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MESSAGE DU METROPOLITE A L’ASSEMBLEE GENERALE DE L’EGLISE

Chers Frères en Christ les Evêques de Tartu Elias et de Pärnu-Saare Alexandre,
Chers Prêtres et Diacres,
Chers Archontes Tônis Rüütel et Viljo Vetik,
Chers Délégués de la Skite St Jean Baptiste et des Paroisses,
Chers Invités,

 
Nous voici de nouveau réunis en Assemblée Générale Annuelle de l’EAÔK dans ce Haut-Lieu religieux et historique, où se trouve la tombe de notre Saint Evêque et Martyr Platon. C’est donc sous son regard et avec sa bénédiction que nous allons entreprendre cette journée de travail, unis et tournés vers l’avenir.

Il est vrai que certains indices, liés à telles ou telles habitudes figées, tant au sein de notre institution ecclésiastique que de  nos paroisses, nous enferment dans un immobilisme certain. Cela peut paraître inquiétant. Rien ne sert de se cacher cette réalité.

Mais il est vrai aussi que nous avons, comme Eglise et comme communautés paroissiales, de sérieuses raisons d’espérer.

Notre espérance réside dans l’assurance que le Seigneur ne nous abandonne pas, qu’Il nous accompagne sur le chemin chaotique de l’existence.

En affirmant la priorité de l’amour, que prône l’Evangile, sur la prolifération des lois administratives à tendance uniquement technocratiques, qui laissent de côté le respect dû à la personne humaine comme icône de Dieu ; en proclamant l’urgence de la pratique du partage fraternel sur celle du « chacun pour soi », nous pouvons, nous les membres de l’EAÔK, délivrer autour de nous un message de libération et même d’anticipation par rapport aux entraves de tous ordres, que les hommes ne cessent de dresser entre eux.

A y regarder de plus près, nous dirons que, depuis l’Assemblée Générale de l’année passée, nous sommes aujourd’hui entrés dans une période de changements pour toute l’Eglise. Et cela s’est clairement vu lors de nos journées du clergé à Otepää à la fin du mois d’avril. Ces changements  nous exhortent à être créatifs. C’est une chance à saisir.

Avant toutes choses, rappelons-nous que l’avenir de l’Eglise, c’est  l’Evangile. L’Evangile est une parole de vie, non parce qu’elle est sans exigence mais parce qu’elle est une activité créatrice. Celui qui met en pratique la Parole de Dieu, contenue dans les Saintes Ecritures, ne doit pas se laisser impressionner par les analyses que font de l’Eglise du Christ certains medias, les bureaux des statistiques et l’indifférence d’un bon nombre de nos concitoyens. Ne soyons donc pas troublés ni découragés par le fait qu’à l’avenir, l’Eglise ressemblera moins aux grandes sociétés ; qu’Elle sera davantage l’Eglise des minorités ; qu’Elle se perpétuera dans de petits cercles vivants, où des gens convaincus agiront selon leur foi…

Sur le plan institutionnel, nous devrons faire évoluer bien des choses. Je prévois que cela prendra bien au minimum 3 ans d’engagement intensif de la part de nous tous.

Parmi ces chantiers, il convient de mentionner ce qui suit :

le premier et non des moindres, c’est la qualité de nos relations les uns envers les autres. Notre existence est faite de relations. Celles qui régissent les liens entre l’administration diocésaine et les paroisses sont loin d’être exemplaires. La responsabilité est partagée de part et d’autre, comme si nous étions les locataires d’une autre tour de Babel où, nous dit la Bible, même si l’on parlait la même langue, régnaient l’incommunication et l’incompréhension..

Que chacun fasse son examen de conscience et balaie devant sa porte, s’il le peut ! Mais pour pouvoir retrouver un langage unitaire et commun à nous tous, il faut autre chose que la rancune, le discrédit et les entêtements de mauvais goût. Un cœur, fermé sur lui-même, n’est plus réceptif  aux choses de Dieu qui sont prioritaires mais  aux choses du monde qui poussent à la division et non pas à l’union et à  la communion entre les personnes.

Surtout je me tourne vers tous les membres de notre clergé. Si nous, les clercs de tous rangs, ne pouvons pas être pour nos fidèles une source de conciliation, de compassion, d’humilité et de patience, comment oserions-nous prétendre mettre en pratique dans nos paroisses et autour de nous cette phrase de Notre-Seigneur, tirée de l’évangile de Matthieu (11,28-30) : « Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés et je vous donnerai du repos. Chargez-vous de mon joug et apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur ; et vous trouverez du repos pour vos âmes, car mon joug est doux et mon fardeau léger ».

Les temps ont changé et ils changent très rapidement. Un certain nombre d’entre nous, que j’espère minoritaire, voudraient bien que l’on reste sur des anciens acquis, sur des anciennes attitudes aussi, pas toujours très constructives. Dites-vous bien que cela n’est plus d’ actualité. Si nous ne sommes pas capables ou ne voulons pas faire tomber les barrières intérieures de tout ce qui dérange dans le petit train-train de notre quotidien, au moins laissons travailler en paix le petit nombre de ceux qui, à tout instant du jour et de la nuit, paient de leur personne le lourd tribut de notre existence ; j’oserai même dire, de notre survie comme Eglise et comme Institution.

le second chantier est celui qui concerne la formation du Clergé, des catéchètes, des aumôniers et des assistants ou assistantes de ces derniers. L’accord de collaboration que nous avons conclu avec l’Institut de Théologie Luthérienne de Tallinn va  permettre à nos étudiantes et à nos étudiants de recevoir une formation théologique digne de ce nom, sanctionnée par des diplômes reconnus par l’Etat. Pour en arriver là, il a fallut beaucoup de patience et de persévérance. Nous espérons pouvoir assez rapidement reprendre aussi pied à l’Université de Tartu.

Au nom de notre Eglise, je rends hommage au travail pastoral que nos prêtres ont réalisé dans nos paroisses, souvent dans des conditions difficiles et parfois avec des connaissances théologiques limitées mais avec une foi tellement grande que bien de problèmes ont été surmontés.

Mais aujourd’hui, cela ne suffit plus. Cela ne suffit plus non pas uniquement sur le plan des connaissances mais aussi en ce qui concerne la spiritualité et le vécu orthodoxes. Il ne suffit pas de célébrer et de participer à un service liturgique pour dire que nous sommes de vrais orthodoxes. Notre vrai déficit, c’est la méconnaissance collective de la notion du véritable sens et de l’authentique expérience de ce qu’est la vie de l’Eglise et « du comment vivre tous ensemble en Eglise ».

Etre Orthodoxe, c’est vivre une vie chrétienne non pas fondée sur une vision juridique ou pragmatique des choses de la vie  mais sur le fait qu’il n’y a pas de limite au pardon parce qu’il est le fruit de l’amour ; c’est faire passer la miséricorde, l’amour du frère et de tout ce qui est faible avant toutes sortes de règles et de prescriptions, hormis l’exigence de garder intègre notre Sainte Foi, envers laquelle aucun compromis n’est possible.

Etre Orthodoxe, c’est choisir le Bon Samaritain comme exemple à suivre de l’attention pour le  prochain ; c’est choisir le Publicain comme exemple du repentir et de l’humilité ; c’est choisir la Femme pécheresse qui a versé du parfum sur les pieds de Jésus comme exemple de l’amour.

La vie, la vérité, la lumière, c’est la communion. C’est cela « le vivre comme chrétien orthodoxe », la communion.  Or, la communion c’est la Trinité Sainte elle-même. Notre Dieu est amour parce qu’il est communion du Père, de son Fils bien-aimé et de son Esprit d’amour. Etre par conséquent Orthodoxe,  c’est entrer dans l’intimité de cette communion, c’est faire nôtre  cette vie de communion à laquelle nous convie la Sainte Trinité au sein de l’Eglise.

Tout cela s’apprend par la prière, par l’usage de nos livres liturgiques, par l’ascèse et par l’enseignement que dispensent nos Pères dans la Foi. Tout cela s’apprend aussi par l’exemple que le Clergé donne aux fidèles que Dieu lui a confiés ; par la fidélité des Clercs envers la régularité de leurs devoirs liturgiques et par le souci spirituel et matériel de tout un chacun qu’ils portent dans leurs demandes jusque devant l’autel du Très-Haut.

Devant l’importance de cette tâche qui incombe désormais à notre Séminaire de Saint Platon, Sa Sainteté notre Patriarche Oecuménique Bartholomée a décidé de nous détacher un de ses évêques auxiliaires, Mgr Makarios de Christoupoulis, qui appuiera nos efforts comme Doyen de notre Ecole Théologique tout en maintenant aussi ses services auprès de Sa Sainteté à Constantinople et aussi à l’Ecole Patriarcale Théologique de Crète, où il est Professeur depuis de longues années. Nous l’en remercions avec immense reconnaissance tout comme l’Archevêque de Crète Mgr Irénée, qui s’est engagé de subvenir aux besoins matériels de Mgr Makarios. Cela nous montre combien à l’étranger on attache une immense importance à ce que nous réussissions dans cette entreprise.

le troisième chantier concerne les monastères.

Concernant la skite « Saint Jean Baptiste » à Reomäe, les Sœurs ont déjà réalisé beaucoup de bonnes et belles choses. Je n’ai pas besoin de les complimenter. Elles recevront un bien plus grand salaire dans le ciel pour leur courage, leur persévérance, leur comportement accueillant et toujours joyeux et leur conviction profonde de témoigner avec zèle de notre Sainte Foi en Terre d’Estonie.

Actuellement, nous préparons avec elles la création d’une fabrique de cierges qui prendra le relais de la nôtre. Nous sommes en relation directe et permanente avec un grand donateur à l’étranger  qui s’est intéressé à ce projet.  Nous espérons vous en dire plus d’ici quelques mois.

Pour ce qui est du projet d’un monastère masculin dans le Setumaa, nous attendons que l’Etat termine la dernière phase d’enregistrement en notre nom d’ un terrain de 17 hectares à Beresje, au bord du lac Peipsi et à environ 10 kms de Räpina.

Quant aux futurs moines, je suis en relation avec un monastère de Crète, qui semble disposé de nous aider. Je suis certain qu’avec l’aide de Dieu et le soutien de la population locale nous atteindrons le but que nous nous sommes assignés d’installer un monastère dans cette région, si profondément marquée par la grande Tradition Orthodoxe.

le quatrième chantier est celui de la Jeunesse. Les jeunes dans notre Eglise ne forment pas une foule immense que nul ne peut dénombrer. Sans doute cette « crise » de la pastorale des jeunes peut-elle nous montrer davantage le chemin de Dieu : un chemin sas contrainte, sans pression, un chemin de patiente infinie.

Il est par conséquent essentiel que cette pastorale se déroule dans des lieux où des Jeunes et des jeunes Adultes puissent être rejoints par la Parole de Dieu. A ce propos, le rassemblement dominical sera toujours un signe très important dans la mesure où la communauté des fidèles qui y participent  aide à redécouvrir et à approfondir notre foi.  Car à la source de la Divine Liturgie les yeux de nos  Jeunes peuvent s’ouvrir à la venue de Dieu.

S’occuper des jeunes, c’est d’abord faire vivre l’Evangile d’une façon plus authentique par toute la communauté. Il s’agit, et cela interpelle en premier tout notre Clergé, d’avancer en profondeur et non plus en surface, dans la profondeur de notre foi tout en osant regarder largement cette humanité qui est la nôtre, cette société qui est la nôtre et cette jeune génération, qui est aussi la nôtre. L’Eglise est là pour le monde, pour tous les humains, donc également pour les Jeunes.

Une Eglise accueillante respecte les Jeunes comme ils sont. Quant à eux, ils ont besoin de s’ouvrir  à la présence de Dieu en toute liberté, au cœur même de leur propre expérience de vie. Ils ont besoin d’entreprendre cette démarche de découverte de Dieu selon le rythme individuel de chacun. Les Jeunes en particulier doivent faire tout un chemin pour arriver pas à pas à reconnaître le Seigneur qui les accompagne sans leur imposer la moindre contrainte.

Nous ne devons pas nous faire des illusions : je l’ai déjà mentionné plus haut, les temps ont fondamentalement changé. La plupart des Jeunes et des jeunes Adultes ne savent à peu près rien de la foi chrétienne. Nous devons, plus que par le passé, leur montrer qu’être authentiquement chrétien en paroles et en actes fait réellement une différence par rapport à une vie non-chrétienne.

Nous devons pouvoir leur dire que, grâce à ce que nous avons vécu dans nos existences, nous avons appris que la vie chrétienne est bonne ; que  pour cette raison nous les chrétiens nous pouvons montrer et  dire au monde qui est véritablement Dieu. Que la vie en Christ est amour de la beauté (philocalie en grec) et voie de la beauté. De la beauté qui sauve le monde, comme le dit si bien Soljenitsine. De cette beauté qui conduit à une vie plus forte que la mort parce qu’elle est à chaque occasion et en toutes circonstances une page vivante de l’Evangile, qui veut dire Bonne Nouvelle, pour les hommes et les femmes de notre temps.

Lors de la rencontre du Clergé du mois d’avril à Otepää, une nouvelle équipe s’est proposée pour réorganiser et redynamiser notre « Noorte Liit ». Je lui souhaite de tout  coeur de réussir dans sa mission si essentielle pour l’avenir de notre Eglise.

Je vous demande à tous, Prêtres et Membres des Conseils Paroissiaux, de faire bon accueil à ceux qui prendront désormais en charge notre « Noorte Liit ». Non seulement de leur faire bon accueil mais de tout mettre en œuvre pour les soutenir et les seconder dans leur mission.

Un mot encore : faisons de nos personnes âgées nos complices dans cette démarche envers nos jeunes générations. Demandons-leur de prier pour nos Jeunes et nos Jeunes Adultes, parce que la vieillesse nous est donnée dans l’Eglise pour prier. C’est terrifiant de savoir que dans une société où l’on ne prie pas, la vieillesse n’a plus de sens. Oui, nous avons un grand besoin des personnes âgées qui prient et c’est pour cela que nous devons les orienter dans ce sens, pour que les attentes de nos nouvelles générations puissent se réaliser en même temps que nous rendons hommage aux générations passées. Telle est la responsabilité des grands parents, telle est la vocation du troisième âge : non pas mépriser les Jeunes mais leur transmettre leur expérience. Telle est aussi notre responsabilité d’Eglise : combattre cette culture du déchet, qui asservit nos temps modernes, par une relance du rapport privilégié entre Jeunes, jeunes Adultes  et Anciens.

-le cinquième chantier sera plutôt le vôtre bien plus que celui du Kirikuvalitsus. Il s’agit de la gestion  future, dès l’année prochaine, de la masse salariale du Clergé.

Au bout de seize années, depuis 1999 jusqu’à nos jours, toutes les charges salariales ont lourdement pesé sur le budget de l’administration centrale de notre Eglise. Nous ne le regrettons pas, bien au contraire. Mais il y a un temps pour tout. Et ce temps est arrivé où nous devons sereinement passer la main aux paroisses pour ce qui est de la prise en charge matérielle de leur Clergé. Certaines ont déjà commencer à amorcer partiellement cette étape ; ailleurs un certain nombre de nos prêtres s’est déjà autonomisé en travaillant par exemple dans des institutions d’état que sont les aumôneries, dans des entreprises privées ou dans l’enseignement comme professeurs.

Je désire ici rendre un vibrant hommage aux épouses de nos prêtres et diacres, qui pratiquent elles aussi des activités rémunérées. Elles contribuent  largement à faire vivre leurs familles avec dignité et participent, avec leurs époux, à assurer à leurs enfants une éducation exemplaire. Qu’elles en soient vivement remerciées au nom de nous tous.

Ainsi, le moment est venu pour que les Paroisses, comme c’est le cas partout ailleurs dans le monde entier, assument leurs propres responsabilités en vue de la prise en charge de leur propre clergé.  Du côté du Saint Synode et du Kirikuvalitsus, nous travaillons nous aussi dans ce sens avec l’intention non pas de laisser notre Clergé sans assistance mais pour qu’avec vous, nous arrivions peu à peu à ce que la trésorerie des Paroisses puisse faire face, en fonction des possibilités locales, à cette nécessité qui leur incombe de soutenir financièrement les prêtres et diacres qui leur rendent service.

En clair, nous allons passer d’un mode de fonctionnement salarial,  dépendant de notre Centre,  à un autre, qui sera dévolu aux paroisses, avec la certitude que cette initiative va donner une impulsion nouvelle au fonctionnement et à l’activité pastorale de nos communautés.

D’ici le mois de décembre de cette année, toutes les enquêtes que nous menons auprès de chacun de nos Clercs nous permettront de voir plus clair. Là où il faudra encore aider financièrement, et seulement là, nous aiderons. Autrement dit, à partir du 1er janvier 2016, le Saint Synode, avec l’avis du Kirikuvalitsus, aura statué cas par cas, paroisse par paroisse s’il faut continuer ou non à verser au clergé les salaires, soit en totalité, soit partiellement, soit plus du tout.

Nous parlerons de cela avec plus de détails et lors de ma propre intervention sur cette question en fin de programme de notre ordre du jour.

enfin, nous sommes en train de réfléchir pour savoir comment faire de notre propriété de  Suur-Kloostri « un Centre Culturel Orthodoxe » de notre Eglise au cœur même de Tallinn. Nous sommes encore au stade de la réflexion d’un projet qui se voudra cohérent. Je confie cette intention à vos prières et aussi à toute suggestion que vous pourrez nous faire en faveur de cette perspective.

Frères et Sœurs bien-aimés en Christ,

Dimanche passé nous avons accueilli l’Esprit Saint, Lui qui est notre salut. Alors, dans la joie, une tout autre joie que celle du contentement et du bien-être de ce monde, laissons-Le nous ramasser et nous consoler  à l’intérieur même de  toutes nos blessures ; laissons-Le répandre sur nous le feu et le baume de son amour qui transforment tout ce qu’Il touche. Laissons-le faire de nous des vivants !

 

+Stéphanos Métropolite de Tallinn et de toute l’Estonie

Tallinn, Assemblée Générale de l’EAÔK du 4.6.2015.