NATIVITE 2016

Chers Frères et Sœurs en Christ,

Evêques, Prêtres, Diacres et Peuple de notre Sainte Eglise,

 

Quelle incommensurable bienveillance divine chaque fois que nous contemplons le mystère de la naissance du Messie, annoncé par les Prophètes ! Un mystère que ni les cieux ni la terre n’arrivent à saisir, que ni l’intelligence humaine n’est à même de pénétrer mais que nous pouvons accueillir avec foi dans nos âmes. « A tous ceux qui l’ont reçu, écrit l’Evangéliste Jean (1,12-13), le Verbe de Dieu, le Christ, a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu ».

Dieu nous donne un Sauveur en la personne de Jésus, qui nait en ce jour à Bethléem du sein de la Vierge Marie. Non pas une naissance d’homme de plus sur cette terre ! Mais la naissance de Dieu dans un homme. Le Seigneur en effet qui nous est né, c’est bien Dieu qui s’est fait homme. Dieu s’est fait chair et dans la chair il a rouvert aux hommes le chemin de la déification, où le feu de la nature divine, à travers Jésus-Christ, embrase toute notre humanité.

« Et quand Dieu naît dans l’homme, c’est pour appeler l’homme à naître en Dieu. Quand Dieu naît dans l’homme, c’est pour qu’il soit invité à devenir à son tour un être de lumière et d’amour… infiniment ! »

L’incarnation de Dieu est une « aventure », celle de l’amour de Dieu si grand pour sa créature qui va jusqu’à l’extrême, jusqu’à mourir pour lui et pour tous les autres ; qui a pour centre la souffrance et la croix et pour fin, l’achèvement de la victoire une fois pour toutes sur la mort. Un amour qui, vu sous l’angle de la vie éternelle, dépasse très largement et de manière décisive le simple cercle des amis, de la famille et des intimes pour se porter aussi vers l’ennemi et l’étranger et vers ceux qui sont peu rassurants.

Si nous avions la force de voir avec clairvoyance et certitude l’enfant divin couché dans la crèche avec autour de lui sa mère, Marie qui l’a mis au monde, avec Joseph qui n’a cessé de veiller sur eux et de les protéger, avec les bergers qui ne philosophent pas beaucoup mais qui se précipitent à la grotte avec grande joie, oui, « si nous savions voir et fêter ce jour comme une fête de l’avenir, comme une explosion d’éternité dans le temps, alors nous comprendrions que ce jour est, comme aucun autre, la fête des portes ouvertes, de la main tendue, des ponts qu’on jette vers les autres, vers celui qui n’a pas de voix, qui n’a plus aucun sentiment, qui est fermé, qui est centré sur lui seul et décidé à le rester jusqu’à l’absurde ».

Il n’est un secret pour personne qu’aujourd’hui l’humanité connaît de grandes menaces, de grandes détresses. Des millions de personnes, hommes-femmes et enfants, meurent de faim, périssent dans des conditions atroces à cause de la guerre, quittent leurs foyers ancestraux pour des exils incertains, voient les efforts de toute une vie balayés d’un coup par des catastrophes naturelles, n’ont pas de travail. Pour faire face à tous ces situations, pour les transformer, comme disait le Patriarche Athénagoras, « en situation d’enfantement », ils faut des hommes et des femmes qui soient de bons serviteurs de la vie, de la communion, de la justice qui ne se sépare pas de l’amour. Des hommes et des femmes qui ne se laissent pas aller à l’abandon et au désespoir mais qui donnent aux autres courage et confiance.

Même si la venue de la lumière de la Nativité semble aujourd’hui très fragile, même si parmi nous il y a bien de personnes qui peinent à croire en elle, cette lumière ne peut en aucun cas mourir puisque c’est Dieu lui-même qui l’entretient et qui la propose inlassablement au cœur de tout homme. Notre temps, malgré les apparences et malgré les évidences les plus pessimistes, n’a pas d’autre choix que d’ouvrir des portes nouvelles où aucun homme ne peut rester plus longtemps seul et pour soi, ni aucun pays, ni aucun continent, ni aucune surpuissance.

Et puisque cette fête est la fête de l’enfant Jésus, ouvrons nous aussi, même petitement, ne fût-ce qu’une seule porte. La porte de cet incroyable mystère, que seule une espérance naïvement enfantine peut confesser sans se troubler: « Dieu n’est pas quelque part au-dessus de nous ; Dieu n’est pas ailleurs ; Dieu est avec nous ». Emmanuel est son nom !

Mes bien-aimés,

Comme le dit si bien un grand prédicateur français :

« Accueillons cette visite de Dieu parmi nous ; elle est pour nous.

Accueillons ce message de Dieu, (qui est venu sur terre pour ouvrir la porte de la vraie vie). Il est pour nous.

Laissons-nous faire par Dieu. Nous ne le regretterons pas ! »

Avec ma bénédiction la plus paternelle. Que le Christ notre Dieu, né de la Vierge Marie et couché dans la crèche à Bethléem, nous donne plus que jamais de marcher résolument sur ces traces, Lui qui est la joie, la lumière, la paix et l’avenir du monde. Amen !

 

Tallinn, en ce 25 décembre 2016 de la Nativité.

 

 

+Stephanos, Métropolite de Tallinn et de toute l’Estonie,

           Président du Saint Synode.