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DIMANCHE DE ZACHEE

Chers Frères et Sœurs en Christ,

  1. Grande est ma joie d’être parmi vous ce matin, en ce dimanche qui nous raconte la conversion de Zachée.
  1. Comme Jésus passait par Jéricho, ce riche chef des percepteurs d’impôts monta sur un figuier pour mieux voir Jésus car il était petit de taille. Notre Seigneur, en le voyant, lui dit : « Zachée, dépêche-toi de descendre, car aujourd’hui c’est chez toi que je dois loger » (Luc 19,5). Sitôt dit, sitôt fait : Zachée obéit, il se hâta de descendre de son arbre pour accueillir Jésus « avec joie », précise l’Evangile.
  1. Les témoins de cette scène se mirent à murmurer : « Il est allé loger chez un pécheur » Mais Jésus déclara :  «  Le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu » (Luc 19,10). C’est sur cette parole que s’achève la lecture de ce dimanche. Le temps de la Nativité et du Baptême du Christ vient de toucher à sa fin. Un autre temps liturgique commence qui nous introduit dans celui du pardon et du salut.
  1. Mais revenons au texte de l’Evangile que nous venons de lire. Il nous relate une des plus belles venues de Jésus parmi nous. Plus précisément, fixons notre attention sur l’essentiel de cette rencontre.
  1. Il y a d’abord le regard. Zachée est de petite taille, « court » comme le dit si bien un mot arabe. Pour cette raison, sa vue reste courte surtout quand la foule lui bouche l’horizon. Il faut à tout prix qu’il puisse voir Jésus, lui que tout Jéricho méprise parce que, de par sa position sociale, il s’enrichit en pressurant les gens. Pour surmonter le handicap de sa taille, il sait qu’il doit se percher sur une hauteur, au-dessus de cette foule qui le hait. Il court, il grimpe sur le figuier pour assouvir sa curiosité. Il nous arrive à nous aussi de chercher à voir Jésus, autrement dit à comprendre. Alors tout comme Zachée, nous cherchons l’équivalent d’un autre « arbre » sur lequel nous installer et où nous attendrions, juchés sur les hauteurs de notre poste d’observation.
  1. Mais Jésus n’est pas un objet d’observation : comme Zachée, si haut que nous puissions nous hisser pour chercher à voir Jésus, c’est Lui le premier qui lève les yeux vers nous. Il connaît Zachée. Il nous connaît aussi. Zachée Le cherche du regard. Nous aussi, c’est Lui que nous cherchons et selon le mot du grand penseur français Pascal, Jésus nous dit : « Tu ne me chercherais pas si je ne t’avais déjà trouvé ». Oui, quoiqu’il arrive, nous ne sommes plus perdus : nous sommes déjà trouvés.
  1. J’ai ici une suggestion à vous faire : puisque chacun de nous peut avoir chez soi une icône du Christ, apprenons à être pris, surpris par Lui en priant devant son icône. Pour que son regard nous prenne, nous enveloppe, nous pénètre. Il faut faire l’expérience de cette surprise qui nous montre que Jésus nous aime, qu’Il nous cherche inlassablement et qu’Il cherche à attirer notre regard.
  1. Ah, ce regard de Jésus qui éveille le nôtre. C’est une rencontre et une rencontre qui bouleverse tout, qui nous transforme, qui illumine les yeux de notre cœur. Voilà le début de notre conversion : pour être pris par Jésus, il faut d’abord être « surpris » par Lui.
  1. Commençons par Zachée. Jésus ne le regarde pas comme tout le monde. Jésus voit en lui ce que personne ne voit : un cœur extraordinairement mûr pour la conversion. Un coeur tel qu’il est, avec sa merveille divine et ses misères, et qui consent d’ être envahi, habité par Jésus.
  1. On dirait ici que l’Evangile passe soudain à un rythme accéléré. Zachée court, monte sur le figuier. Jésus lui dit ; « Descends vite » ;  il descend aussitôt et sans respirer, il fait cette stupéfiante déclaration : « Je vais donner largement et si j’ai fait du tort à quelqu’un, je vais réparer encore plus largement ». Jésus lui dit : « Aujourd’hui, le salut est arrivé pour cette maison » (Luc 19,9). L’aujourd’hui de Dieu est plus rapide que tous les moyens les plus rapides qu’il nous est possible d’imaginer. Dieu n’attend pas : ce n’est pas dans quelques jours, ce n‘est pas demain qu’Il vient. C’est à l’instant même, malgré les murmures aigris ou indignés de la foule, qui n’est pas forcément méchante mais qui n’en demeure pas moins très superficielle. Une foule qui ressemble à une sorte de liste d’inventaire bien organisée : Zachée est l‘exploiteur, Jésus le prophète. D’après cette foule, on ne mélange pas les extrêmes.
  1. Mais Luc nous dit que justement, les extrêmes se sont regardés et que leurs regards ont crevé les apparences. « Toi Zachée, a pensé Jésus, tu vaux mieux que ce que tu es entrain de vivre ». Et Zachée a pensé : « Toi Jésus, Tu vas tout bouleverser et ce sera la joie ». Et ce fut la joie !
  1. Hier Zachée, aujourd’hui nous… Avec toujours ce même appel, cette même exigence prioritaire de convertir nos cœurs. Le propre de la conversion, nous dit Jésus, c’est de « descendre ». C’est tellement surprenant. Alors que nous, nous pensons à monter, à grandir, à enfler le plus possible, Jésus nous demande de descendre parce que c’est en descendant dans la vérité, dans la profondeur de notre cœur que nous sommes sûrs d’être trouvés par Lui. Et c’est ce qui nous fait le plus peur car dans notre mensonge, dans notre manque de vérité, nous sommes tellement pleins de nous-mêmes que nous voulons que Jésus nous rencontre dans ce que nous voulons être à nos propres yeux et à ceux du monde, alors qu’au contraire il s’agit d’être saisis par Lui là où nous sommes et comme nous sommes.
  1. Comprenons une bonne fois pour toutes que Dieu nous parle autrement. « Vite, descends, car c’est là que je demeure, dans le cœur humble et contrit » (Psaumes 33(34),19 ; 50(51),19). La merveille de la Révélation est bien là : tant que mon cœur est habité par moi, je suis seul et je ne connais ni mon Seigneur ni les autres. Mais dès que mon cœur consent d’être envahi par Jésus, il devient la demeure du Père. Ma maison devient la sienne, dès que je ne veux plus vivre pour moi mais pour Lui, qui m’aime et qui se livre pour moi.
  1. Et quand le cœur est pris, il ne s’occupe plus de lui-même mais de celui ou de celle qui lui a ravi le cœur. Vient alors le troisième moment : ne nous occupant plus de nous, nous sommes exclusivement tournés vers Jésus et pour Lui. Comme Zachée, nous pouvons L’accueillir avec joie puisque c’est dans l’humilité du cœur que la joie peut se dilater.
  1. Alors, comme Zachée nous commencerons à donner, à partager, contrairement à notre façon habituelle de faire qui est de posséder, de nous replier sur nous-mêmes, de dorloter nos états d’âme et de nous plaindre de ce que les autres nous font ou ne nous font pas. Aussi, demandons avec persévérance à l’Esprit Saint de nous apprendre à rencontrer ce regard de Jésus qui illuminera notre cœur. Encore, demandons à l’Esprit Saint qu’Il nous mette en état de communion et de don. Qu’Il nous conforme à Jésus pour que notre cœur, ravi par notre Seigneur et Sauveur qui veut être notre Tout, commence à agir comme Lui. Qu’il donne en surabondance comme Lui.
  1. Une autre raison de ma présence parmi vous, c’est de vous présenter mon frère bien-aimé en Christ l’évêque Makarios de Hristoupolis, que Sa Sainteté notre Patriarche Œcuménique Bartholomaios a mis à notre disposition pour qu’il nous aide à organiser tout notre système théologique. C’est pour notre Eglise non pas seulement un grand honneur mais aussi un soutien de la plus grande importance. Mgr Makarios, par ses travaux théologiques et scientifiques en biologie tant à Constantinople qu’en Grèce et en Amérique jouit d’une forte réputation internationale. Sa présence parmi nous est pour notre Eglise un gage d’avenir irremplaçable.
  1. J’ai décidé de lui confier une responsabilité liturgique et seulement liturgique en cette prestigieuse Eglise de la Transfiguration afin de rehausser la splendeur de vos offices religieux, de signifier l’importance de votre paroisse pour notre Eglise et enfin pour honorer la mémoire de notre Grand Evêque Martyr Saint Platon. Chaque fois que je serai présent à Tallinn, Mgr Makarios viendra présider chez vous la Divine Liturgie. Sinon il officiera à notre Eglise Cathédrale Sts Siméon et Anne ou ailleurs, selon les missions que je lui demanderai d’assumer. Ces jours-ci par exemple il doit se rendre en Crète pour une série de cours à l’Académie Théologique. Il sera de retour au mois de mars. Je suis convaincu que vous lui ferez bon accueil chaque fois qu’il viendra célébrer chez vous les offices divins et je vous en remercie par avance très chaleureusement. Pour le reste, la Paroisse de Suur-Kloostri continuera à fonctionner en toute sérénité selon les statuts et les modalités qui lui sont propres.

Que Dieu vous bénisse, vous garde et vous protège. Qu’il donne à votre congrégation de grandir dans la paix et l’union des cœurs. Amen !

31.01.2016, à Suur-Kloostri