NATIVITE 2017

« Et le Verbe s’est fait chair, et il a dressé sa tente parmi nous, et nous avons contemplé sa gloire, la gloire qu’un Fils unique reçoit de son Père, plein de grâce et de vérité » (Jn1,14).

 

Frères et Sœurs, Amis de notre Sainte Eglise d’Estonie,

Et vous tous, autant que vous êtes, particulièrement chers à notre cœur,

 

La naissance de Jésus à Bethléem n’est pas qu’un lointain événement historique qui ne nous concerne pas. Son message n’est pas donné de façon impersonnelle à l’humanité en général. Il s’adresse en particulier à chaque homme d’une manière unique et exceptionnelle. La joie de la naissance du Christ est annoncée pour chacun de nous en particulier car c’est pour chacun de nous en particulier qu’un Sauveur est né. Comme ce fut le cas pour les bergers à Bethléem, cette grande joie nous est donnée à nous aussi avec la même intensité.

Voilà pourquoi la naissance du Christ est, pour chacun d’entre nous, un don très personnel. Toutefois, nous ne le recevrons qu’à partir du moment où, comme les bergers, nous nous empresserons de l’annoncer avec foi et reconnaissance partout où nous mèneront nos pas. Le Sauveur est vraiment parmi nous et Il nous sauve ; telle est notre espérance et plus encore, telle est l’audace de notre espérance, de laquelle jaillit la certitude de notre joie. Une joie qui puise sa source dans l’abaissement incompréhensible pour notre entendement de l’ Enfant Jésus, notre Dieu, devenu volontairement pauvre parmi les plus pauvres et enveloppé de langes dans une modeste mangeoire à bestiaux.

Tel fut le dessein de Dieu en cette fête de la Nativité de son Fils unique, le Christ Jésus : non pas seulement descendre sur terre, non pas seulement naître mais se faire connaître et, par-dessus tout, manifester sa bonté et son amour infinis pour les hommes ((Tite 3,4). C’est en cela que réside l’incomparable message de ce jour: « Un Sauveur vous est né, annonce l’ange aux bergers, qui est le Christ, le Seigneur (Luc 2, 11-12) ». Comprenez par là : un Sauveur est né et tout peut être sauvé, au ciel, sur la terre et jusque dans les enfers !

Et « le Verbe s’est fait chair », confesse l’Evangéliste Jean (1,14). Pour nous chrétiens, il ne s’agit pas seulement ici du mystère par lequel le Fils de Dieu est devenu homme. Cette même formule a une implication d’ordre moral et pratique pour tout baptisé en Christ, chaque fois que sa propre chair est pour lui une occasion de péché. Puisse alors le Verbe de Dieu, devenu chair, entrer dans notre propre corps pour que la loi de l’Esprit l’emporte sur la loi de la chair ; pour que, sous l’emprise du Verbe de Dieu devenu chair, notre propre chair devienne transfigurée par la grâce de l’Esprit Saint, puisque nous sommes désormais « le Corps du Christ et chacun pour sa part un de ses membres (1 Corinthiens 12,27) ». (in : Un moine de l’Eglise d’Orient : « L’An de Grâces du Seigneur » – Chapitre III)

Il y a ensuite les Mages qui, suivant la direction tracée par une nouvelle étoile, viennent adorer le bébé divin. Ils le trouvèrent endormi, dans une vulgaire étable. Mages venus de ce lointain Pays d’Orient, je vous le demande :

« où donc est sa cour royale ? Où est son trône? Une étable peut-elle être un palais ou une crèche un trône ? Comment des sages tels que vous sont devenus à ce point fous pour aller jusqu’à adorer un enfant si insignifiant tant par son âge que par la pauvreté des siens  (in Bernard de Clairvaux : Premier Sermon pour l’Epiphanie) » ?

Les Mages seraient-ils donc devenus fous à ce point ? Fous oui, mais dans le but de devenir sages selon ces paroles de l’Apôtre Paul : « Où est-il le sage ?…Puisqu’en effet le monde, avec sa sagesse n’a point reconnu Dieu dans la sagesse de Dieu, il a plu à Dieu de sauver les croyants par la folie de son message » (1 Corinthiens 1,21).

Celui qui les a conduit, non pas dans un Palais royal mais dans la petite bourgade de Bethléem, est bien l’Esprit Saint qui les a guidés de l’extérieur par l’étoile et qui les as enseignés dans le secret de leur cœur. Voilà pourquoi le petit enfant de la crèche ne les offusque pas : ils se prosternent devant Lui ; ils Lui rendent hommage comme à un roi ; ils l’adorent comme un Dieu ! Ils déposent à ses pieds de l’or pour affirmer sa royauté, de l’encens pour confesser sa divinité et de la myrrhe pour souligner le don total qu’Il fera de Lui-même sur la Croix à toute l’humanité !

Parce qu’ils ont été dociles à la lumière de l’étoile qui leur fut donnée, les Mages ont été conduits par elle jusqu’au divin enfant. Si moi aussi j’ai le courage de tout quitter pour suivre cette même étoile, si je décide d’être vrai, prêt à rendre témoignage à la « lumière véritable qui éclaire tout homme venant dans le monde (Jean 1,9) », alors la lumière divine ne manquera pas, malgré mon ignorance, de me conduire dans toutes les circonstances concrètes de la vie, et chaque fois que cela sera nécessaire, jusqu’auprès de Jésus en qui j’ai mis tout mon espoir. (Un moine l’Eglise d’Orient , ibid.)

« Soudain, écrit l’Evangéliste Luc (2, 13-14), se joignit à l’ange une troupe céleste, louant Dieu en ces termes : «Gloire à Dieu aux plus haut des cieux, et sur la terre, paix aux hommes de bonne volonté »… Oui mais voilà, tous ne sont pas de bonne volonté. La puissance mystérieuse du mal enveloppait déjà en ce temps là et enveloppe encore aujourd’hui le monde dans la nuit. L’Apôtre Jean (1,5) ne craint pas de nous le rappeler avec force : « la lumière luit dans les ténèbres et les ténèbres ne L’ont point reçu ». La lumière est pour ceux qui Le reçoivent, Lui le Christ Jésus ; non pas pour les fils des ténèbres. La paix est pour les fils de lumière, le glaive pour les fils des ténèbres. Voilà la « lourde et grave vérité que ne doit pas dissimuler le charme poétique de l’Enfant de la crèche. Le mystère de l’incarnation et le mystère du mal sont étroitement liés. A la lumière descendue du ciel s’oppose, d’autant plus sombre et lugubre, la nuit du péché (Edith Stein in Le mystère de Noël) ».   L’Enfant de la crèche, qui est le maître de la vie et de la mort, nous tend ses mains. Elles nous disent : « Suis-moi » ! En un mot: elles nous mettent en demeure de choisir entre la lumière et les ténèbres.

Mes bien-aimés,

Dans une époque comme la nôtre qui est secouée par l’incertitude, la confusion en tous genres, l’instabilité, les guerres et toutes sortes d’autres atrocités, le Christ s’offre à nous comme la seule sécurité, la seule solution capable de résoudre les problèmes aussi bien du monde que les nôtres. Alors pas de tricherie : nous ne sommes pas dupes ; nous savons que nous vivons en même temps la joie qui envahit le monde et la détresse qui l’habite. La vie d’ici-bas est une tension permanente entre souffrance et gloire. Seule l’espérance peut nous conduire à la plénitude de la gloire, qui est celle du Royaume de Dieu. Cette espérance, c’est uniquement l’Esprit Saint qui peut nous la donner.

Mais pour cela, il nous faut d’abord apprendre à connaître Jésus, en vivant avec Lui, parfois même en étant affronté à Lui. Alors nos yeux s’ouvriront et nous verrons que c’est bien cette même espérance qui submerge le monde depuis la grotte de Bethléem. Une espérance qui jamais ne déçoit parce qu’elle est l’humble servante des affaires du Père (Luc 2,49). Affaires qui consistent essentiellement en ce qu’Il soit aimé, Lui qui a tant aimé.

Tel est finalement le don de ce mystère merveilleux qu’est le jour  de la nativité de Jésus à Bethléem. Un mystère de confiance et d’offrande réciproque avec Lui, qui nous introduit dans l’amour miséricordieux, la joie et la gloire de son Père.

Que l’année nouvelle 2018 nous mette chaque jour un peu plus à l’écoute de notre Dieu et par là, à l’écoute de nos frères et sœurs qui ont tant besoin d’être reconnus partout dans le monde où sévissent la détresse, la pauvreté et le désespoir. Amen !

 

+STEPHANOS, métropolite de Tallinn et de toute l’Estonie.