{"id":7608,"date":"2015-01-22T12:09:21","date_gmt":"2015-01-22T10:09:21","guid":{"rendered":"http:\/\/www.eoc.ee\/?p=7608"},"modified":"2015-01-22T12:09:21","modified_gmt":"2015-01-22T10:09:21","slug":"reflexions-sur-le-careme-aujourd-hui","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.eoc.ee\/fr\/spiritualite\/reflexions-sur-le-careme-aujourd-hui\/","title":{"rendered":"REFLEXIONS SUR LE CAREME AUJOURD&rsquo;HUI"},"content":{"rendered":"<p>Conf\u00e9rence prononc\u00e9e par le P. Jean Gueit, recteur de la paroisse St Hermog\u00e8ne de Marseille (France), \u00e0 la paroisse Sts C\u00f4me et Damien en Avignon le 3 mars 2001.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Il est pr\u00e9f\u00e9rable de parler d&rsquo;asc\u00e8se plut\u00f4t que de car\u00eame, car le mot car\u00eame vient du latin qui d\u00e9signe la \u00a0\u00bb quarantaine \u00ab\u00a0, c&rsquo;est-\u00e0-dire quatre dizaines. Mais si c&rsquo;est le cas du grand car\u00eame, le car\u00eame pascal ainsi que de celui de l&rsquo;Avent, d&rsquo;autres car\u00eames durent moins longtemps. En r\u00e9alit\u00e9, le contenu du car\u00eame, c&rsquo;est l&rsquo;asc\u00e8se. Et si le car\u00eame suppose et exige l&rsquo;asc\u00e8se, notons que l&rsquo;exigence de l&rsquo;asc\u00e8se est pr\u00e9sente dans toutes les religions.<\/p>\n<p>Quel est le bien-fond\u00e9 de l&rsquo;asc\u00e8se et quelles formes peut-elle prendre ? Le car\u00eame et l&rsquo;asc\u00e8se sont une r\u00e9alit\u00e9 permanente dans l&rsquo;Eglise. Pour mieux r\u00e9fl\u00e9chir sur l&rsquo;actualit\u00e9 et la n\u00e9cessit\u00e9 de l&rsquo;asc\u00e8se aujourd&rsquo;hui, rappelons quels en sont les fondements spirituels. L&rsquo;asc\u00e8te est celui qui fait un exercice. L&rsquo;asc\u00e8se est un ensemble d&rsquo;exercices. Il s&rsquo;agit de d\u00e9finir lesquels et pourquoi.<\/p>\n<p>La condition humaine<\/p>\n<p>Notre condition humaine n&rsquo;est pas celle que Dieu a imagin\u00e9e et a voulue pour nous. C&rsquo;est le th\u00e8me de la Gen\u00e8se, de l&rsquo;expulsion du paradis pour d\u00e9sob\u00e9issance, pour s\u00e9paration, pour transgression &#8211; les juifs aiment parler de \u00ab\u00a0rendez-vous manqu\u00e9 \u00ab\u00a0, ce qui est int\u00e9ressant, mais qui r\u00e9duit un peu la responsabilit\u00e9 de l&rsquo;homme, d&rsquo;Adam devant le Cr\u00e9ateur ; c&rsquo;est le th\u00e8me de l&rsquo;expulsion du paradis pour \u00a0\u00bb p\u00e9ch\u00e9 \u00ab\u00a0, terme que l&rsquo;on \u00e9vite volontiers dans notre langage, sans doute \u00e0 cause de la connotation tr\u00e8s lourde dont il a \u00e9t\u00e9 charg\u00e9, partiellement \u00e0 juste titre, alors m\u00eame que c&rsquo;est ce mot qui r\u00e9capitule la condition dans laquelle nous sommes aujourd&rsquo;hui, celle qui n&rsquo;\u00e9tait pas voulue par Dieu.<\/p>\n<p>\u00a0\u00bb D\u00e9sob\u00e9issance \u00ab\u00a0, \u00a0\u00bb s\u00e9paration \u00ab\u00a0, \u00a0\u00bb transgression \u00a0\u00bb d\u00e9signent des actes, ceux qui nous ont conduits \u00e0 un nouvel \u00e9tat.<\/p>\n<p>Quant au mot \u00a0\u00bb p\u00e9ch\u00e9 \u00ab\u00a0, il ne d\u00e9signe pas tant l&rsquo;acte lui-m\u00eame que la condition dans laquelle nous sommes, ce que l&rsquo;on retrouve notamment dans le verset du psaume 50 : \u00a0\u00bb Dans le p\u00e9ch\u00e9 ma m\u00e8re m&rsquo;a con\u00e7u \u00ab\u00a0. La formule est d\u00e9rangeante car dans notre culture contemporaine occidentale elle semble \u00e9voquer en premier lieu la dimension sexuelle de la procr\u00e9ation, alors que l\u00e0 n&rsquo;est pas le fondement du probl\u00e8me. Elle signifie, \u00a0\u00bb j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 engendr\u00e9 par ma m\u00e8re, dans la filiation de la condition p\u00e9cheresse \u00ab\u00a0. Ce rappel pose le probl\u00e8me de l&rsquo;acceptation de cette \u00a0\u00bb lecture biblique \u00a0\u00bb de la condition humaine.<\/p>\n<p>Pendant le \u00a0\u00bb Grand car\u00eame \u00ab\u00a0, nous c\u00e9l\u00e9brons la liturgie de saint Basile, qui nous rappelle dans la pri\u00e8re eucharistique ce point de d\u00e9part dans lequel s&rsquo;enracine le plan de r\u00e9demption. \u00a0\u00bb Ayant fa\u00e7onn\u00e9 l&rsquo;homme en prenant du limon de la terre et l&rsquo;ayant honor\u00e9 de ton image, tu l&rsquo;as plac\u00e9 au paradis des d\u00e9lices, lui promettant, s&rsquo;il observait tes pr\u00e9ceptes, une vie immortelle et la jouissance des biens \u00e9ternels. Mais l&rsquo;homme ne t&rsquo;a pas \u00e9cout\u00e9, toi, son vrai Dieu, son Cr\u00e9ateur, et s\u00e9duit par la ruse du serpent, il s&rsquo;est donn\u00e9 la mort par ses propres p\u00e9ch\u00e9s. Alors dans ton juste jugement, Seigneur, tu l&rsquo;as chass\u00e9 du paradis pour le placer dans ce monde et tu l&rsquo;as fait retourner \u00e0 cette terre d&rsquo;o\u00f9 tu l&rsquo;avais tir\u00e9 [\u2026] tout en disposant pour lui le salut par une seconde naissance en ton Christ lui-m\u00eame \u00ab\u00a0. Ce point de d\u00e9part conditionne toute la Tradition spirituelle.<\/p>\n<p>La d\u00e9sob\u00e9issance : Adam se d\u00e9tourne de son Cr\u00e9ateur<\/p>\n<p>\u00a0\u00bb Il t&rsquo;a d\u00e9sob\u00e9i \u00a0\u00bb : il est bien question de d\u00e9sob\u00e9issance. En quoi consiste-t-elle ? Il n&rsquo;est pas inutile de rappeler la r\u00e9ponse, puisque la culture occidentale n&rsquo;a pas v\u00e9hicul\u00e9 exactement la m\u00eame r\u00e9flexion, celle-ci a focalis\u00e9 l&rsquo;id\u00e9e de la chute ou du p\u00e9ch\u00e9 principalement sur une probl\u00e9matique corporelle et sexuelle, alors que la \u00a0\u00bb d\u00e9sob\u00e9issance \u00a0\u00bb r\u00e9side bel et bien dans le fait qu&rsquo;Adam s&rsquo;est d\u00e9tourn\u00e9 de son Cr\u00e9ateur. L&rsquo;homme a choisi de se r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 lui-m\u00eame plut\u00f4t que d&rsquo;accepter de se r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 son Cr\u00e9ateur.<\/p>\n<p>Quelles sont les cons\u00e9quences de cette d\u00e9sob\u00e9issance, qui est un d\u00e9tournement du visage d&rsquo;Adam vers lui-m\u00eame ? \u00a0\u00bb Il s&rsquo;est donn\u00e9 la mort par ses propres p\u00e9ch\u00e9s \u00a0\u00bb . Il s&rsquo;est donn\u00e9 la mort et s&rsquo;est condamn\u00e9 \u00e0 vivre dans une vie de passions. C&rsquo;est ce que d\u00e9signe \u00a0\u00bb ce monde \u00ab\u00a0. \u00a0\u00bb Vous \u00eates dans le monde et non pas de ce monde \u00ab\u00a0, J\u00e9sus est venu dans \u00a0\u00bb ce monde \u00ab\u00a0&#8230; Ce monde est celui de l&rsquo;opacit\u00e9, de l&rsquo;espace-temps et celui des passions. II y a deux approches possibles concernant la relation entre les passions et la mort. Est-ce en se condamnant \u00e0 la mort que l&rsquo;homme se condamne \u00e0 vivre des passions, ou bien est-ce le monde des passions qui le condamne \u00e0 la mort ?<\/p>\n<p>Ces deux r\u00e9alit\u00e9s ne se contredisent pas ni ne s&rsquo;excluent: c&rsquo;est une question de contenu ou d&rsquo;encha\u00eenement. En se r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 lui-m\u00eame, l&rsquo;homme s&rsquo;est condamn\u00e9 \u00e0 vivre par lui-m\u00eame, de lui-m\u00eame et \u00e0 s&rsquo;enfermer dans un syst\u00e8me de passions qui le conduit in\u00e9luctablement \u00e0 la mort. La patristique byzantine dit, avec saint Maxime le Confesseur, que c&rsquo;est parce qu&rsquo;il s&rsquo;est condamn\u00e9 \u00e0 la mort que l&rsquo;angoisse de la mort l&rsquo;entretient dans un monde de passions et que ses d\u00e9sordres sont les cons\u00e9quences de l&rsquo;angoisse de la mort. Saint Basile sugg\u00e8re que ces deux approches ne sont pas contradictoires, l&rsquo;une \u00e9tant la cons\u00e9quence de l&rsquo;autre, et r\u00e9ciproquement.<\/p>\n<p>Les cons\u00e9quences de la faute d&rsquo;Adam<\/p>\n<p>En tant que \u00a0\u00bb descendants \u00a0\u00bb d&rsquo;Adam, de quoi sommes-nous h\u00e9ritiers ? H\u00e9ritiers de la faute du premier ? Est-ce que je porte en moi et personnellement la responsabilit\u00e9 de la faute du premier, ou bien seulement la cons\u00e9quence de la faute du premier ? Il y a sur ce point une diff\u00e9rence sensible entre la tradition chr\u00e9tienne occidentale et la tradition byzantine. La spiritualit\u00e9 d&rsquo;inspiration augustinienne privil\u00e9gie l&rsquo;id\u00e9e que chacun porte la responsabilit\u00e9 de la faute premi\u00e8re, approche sensiblement culpabilisante qui se r\u00e9sume dans l&rsquo;affirmation \u00a0\u00bb J\u00e9sus est mort pour tes p\u00e9ch\u00e9s \u00a0\u00bb . Pour la patristique \u00a0\u00bb orthodoxe \u00ab\u00a0, l&rsquo;homme n&rsquo;est pas co-responsable de la faute d&rsquo;Adam mais il en subit les cons\u00e9quences. Pour cette raison \u00a0\u00bb je suis \u00ab\u00a0, \u00a0\u00bb nous sommes \u00a0\u00bb dans cette condition dramatique, condamn\u00e9s aux passions et \u00e0 la mort. Dans son \u00a0\u00bb infra-conscience \u00a0\u00bb (red\u00e9couverte partiellement par Jung, mais pas seulement) l&rsquo;homme se \u00a0\u00bb sait \u00a0\u00bb condamn\u00e9 \u00e0 une autre relation aux choses : au lieu de b\u00e9n\u00e9ficier du \u00a0\u00bb paradis des d\u00e9lices \u00ab\u00a0, il a \u00e9t\u00e9 chass\u00e9 du paradis.<\/p>\n<p>La relation de chacun \u00e0 tout ce qui l&rsquo;entoure est une relation de tension, de volont\u00e9 de contr\u00f4le, de volont\u00e9 de compr\u00e9hension (et dans compr\u00e9hension, il y a possession par l&rsquo;esprit et le savoir), de volont\u00e9 de domination. Intervient aussi la cons\u00e9quence de la division, de la dislocation des \u00eatres et des choses. Comment ne pas le percevoir aujourd&rsquo;hui ? Nous sommes par excellence dans le monde de la cons\u00e9quence de la chute o\u00f9 nous essayons de tout contr\u00f4ler : la vie, la mort, la nature, l&rsquo;organisation de la soci\u00e9t\u00e9&#8230; Toute l&rsquo;histoire de la pens\u00e9e humaine, autre que proprement spirituelle, ne s&rsquo;inscrit-elle pas dans la nostalgie du paradis perdu, celui \u00a0\u00bb des d\u00e9lices \u00ab\u00a0, et dans la qu\u00eate d&rsquo;un r\u00e9tablissement de ce paradis qu&rsquo;elle voudrait en d\u00e9finitive fondamentalement terrestre. \u00a0\u00bb Ce qui fait de la terre un enfer, dit Voltaire, c&rsquo;est que l&rsquo;homme cherche \u00e0 en faire un paradis \u00ab\u00a0.<\/p>\n<p>Orgueil et avidit\u00e9<\/p>\n<p>Les cons\u00e9quences de la chute, de la s\u00e9paration, de la d\u00e9sob\u00e9issance ram\u00e8nent cette condition humaine \u00e0 deux mots qui sont aussi deux maux : l&rsquo;orgueil et l&rsquo;avidit\u00e9. Le premier rel\u00e8ve de l&rsquo;esprit, du spirituel, et l&rsquo;autre, d&rsquo;une relation plus concr\u00e8te, plus mat\u00e9rielle au monde. L&rsquo;orgueil et l&rsquo;avidit\u00e9, deux maux qui sont reli\u00e9s, s&rsquo;enracinant l&rsquo;un dans l&rsquo;autre.<\/p>\n<p>L&rsquo;orgueil, c&rsquo;est la concentration sur soi, la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 soi-m\u00eame (\u00a0\u00bb vous serez comme des dieux \u00ab\u00a0), \u00a0\u00bb ma \u00a0\u00bb raison devient la mesure de toute chose, la volont\u00e9 de \u00a0\u00bb com-prendre \u00a0\u00bb , de poss\u00e9der, intellectuellement ou physiquement. L&rsquo;avidit\u00e9 est le prolongement ou la concr\u00e9tisation de cette premi\u00e8re d\u00e9marche de mon ego. Elle s&rsquo;exprime dans tous les domaines, les choses, les personnes, les sentiments. Dans la relation \u00e0 l&rsquo;autre, notamment amoureuse ou m\u00eame amicale par exemple, on dit couramment \u00a0\u00bb tu ne me comprends pas \u00a0\u00bb , ce qui signifie que j&rsquo;attends que tu me prennes avec ou peut-\u00eatre plus subtilement, dans un secret espoir de r\u00e9ciprocit\u00e9, que je te prenne avec.<\/p>\n<p>Orgueil et avidit\u00e9 conduisent \u00e0 l&rsquo;angoisse. L&rsquo;enfant, \u00e0 5 ou 6 ans, ressent brusquement l&rsquo;angoisse de la mort, puis cela passe. A 20 ans, si on est en bonne sant\u00e9 on se sent, on se pense immortel. C&rsquo;est dans la vingtaine qu&rsquo;on est pr\u00eat \u00e0 \u00a0\u00bb tout refaire \u00a0\u00bb &#8211; on n&rsquo;a peur de rien &#8211; en s&rsquo;auto-d\u00e9ifiant. Au XIXe\u00a0\u00bb si\u00e8cle, les courants philosophiques portent les stigmates terribles de l&rsquo;angoisse de la mort. Marx, par exemple, dans une lettre \u00e0 son p\u00e8re, dit ouvertement que c&rsquo;est par angoisse de la mort qu&rsquo;il se fixe comme objectif de transformer la terre en enfer, au milieu duquel \u00a0\u00bb il se sentira l&rsquo;\u00e9gal du Cr\u00e9ateur \u00ab\u00a0.<\/p>\n<p>Orgueil et avidit\u00e9 conduisent \u00e0 l&rsquo;oubli de l&rsquo;\u00e9merveillement devant la beaut\u00e9 de la nature, que l&rsquo;on d\u00e9figure. Cela conduit \u00e0 une v\u00e9ritable aspiration par le d\u00e9couragement et le d\u00e9sespoir, car le d\u00e9mon lui-m\u00eame est d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9. Les formes ultimes de p\u00e9ch\u00e9 sont le m\u00e9pris de l&rsquo;autre ou encore le d\u00e9couragement et le d\u00e9sespoir, qui conduisent parfois au suicide. Cette lecture des choses est une constante inter-religieuse : toutes les religions \u00e9voquent la disharmonie dans le monde, provoqu\u00e9e par la disharmonie de l&rsquo;homme qui se disloque, qui se d\u00e9sint\u00e8gre.<\/p>\n<p>L&rsquo;asc\u00e8se : stopper la d\u00e9sint\u00e9gration et reconstituer l&rsquo;harmonie<\/p>\n<p>L&rsquo;asc\u00e8se est suppos\u00e9e prendre le contre-pied de cet \u00e9tat intime de tension vers l&rsquo;ext\u00e9rieur, centrifuge, de dislocation de soi-m\u00eame, des multiples forces qui, en moi, tirent dans tous les sens. Le r\u00f4le de l&rsquo;asc\u00e8se est d&rsquo;interrompre ce processus de d\u00e9sint\u00e9gration pour essayer de reconstituer \u00a0\u00bb mon \u00a0\u00bb harmonie, \u00a0\u00bb mon \u00a0\u00bb int\u00e9grit\u00e9, ce que sugg\u00e8re la pri\u00e8re de saint Ephrem \u00a0\u00bb donne-moi un esprit d&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 \u00ab\u00a0. L&rsquo;esprit d&rsquo;int\u00e9grit\u00e9, est le contraire de la dislocation. C&rsquo;est une d\u00e9marche qui sugg\u00e8re le contr\u00f4le de la passion, ou des passions. La passion est n\u00e9cessairement plurielle, car le d\u00e9mon est pluriel : \u00a0\u00bb mon nom est l\u00e9gion \u00ab\u00a0. Peut-\u00eatre s&rsquo;agit-il d&rsquo;un ange d\u00e9chu mais au bout du compte, il est l\u00e9gion, en contradiction permanente avec lui-m\u00eame. C&rsquo;est de cela que nous sommes h\u00e9ritiers. Lorsqu&rsquo;on a demand\u00e9 \u00e0 saint S\u00e9raphin s&rsquo;il avait vu le d\u00e9mon, il a r\u00e9pondu : \u00a0\u00bb Oui, ils sont hideux \u00ab\u00a0. S\u00e9raphin a donc vu la l\u00e9gion de d\u00e9mons (ou le \u00a0\u00bb d\u00e9mon-l\u00e9gion \u00ab\u00a0). Le propre du ph\u00e9nom\u00e8ne passionnel est d&rsquo;\u00eatre pluriel et contradictoire.<\/p>\n<p>Il s&rsquo;agit de situer l&rsquo;asc\u00e8se dans cette perspective et non dans celle d&rsquo;une mortification. Je suis toujours contraire \u00e0 moi-m\u00eame dans la mesure o\u00f9, comme dit l&rsquo;ap\u00f4tre, \u00a0\u00bb tout ce que je veux faire, je ne le fais pas, et tout ce que je ne veux pas faire, je le fais \u00ab\u00a0. Voil\u00e0 l&rsquo;axe de l&rsquo;asc\u00e8se, quel que soit son contenu, qui peut prendre diff\u00e9rentes formes. Elle a pour objectif de combattre l&rsquo;avidit\u00e9 comme manifestation de la possession et de la domination des choses et des \u00eatres ; de combattre la cons\u00e9quence \u00a0\u00bb dislocatrice \u00a0\u00bb de cette avidit\u00e9, de reconstituer notre harmonie et notre int\u00e9grit\u00e9, signification r\u00e9elle du mot \u00a0\u00bb paix \u00a0\u00bb , non pas comme le chantent les hymnes politiques, mais comme le sugg\u00e8re saint S\u00e9raphin : \u00a0\u00bb Trouve ta paix int\u00e9rieure et beaucoup seront sauv\u00e9s \u00ab\u00a0. Nous avons besoin de reconstituer notre unit\u00e9, pour r\u00e9-accepter Dieu et pour accepter l&rsquo;autre. C&rsquo;est en r\u00e9alit\u00e9 l&rsquo;application des deux premiers commandements: \u00a0\u00bb Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de toute ton \u00e2me et de tout ton esprit \u00a0\u00bb et \u00a0\u00bb Tu aimeras ton prochain comme toi-m\u00eame \u00ab\u00a0, qui en d\u00e9finitive n&rsquo;en font qu&rsquo;un.<\/p>\n<p>L&rsquo;asc\u00e8se par rapport \u00e0 Dieu<\/p>\n<p>On peut donc r\u00e9fl\u00e9chir sur l&rsquo;asc\u00e8se par rapport \u00e0 Dieu et sur l&rsquo;asc\u00e8se par rapport \u00e0 l&rsquo;autre. Par rapport \u00e0 Dieu : l&rsquo;asc\u00e8se est d&rsquo;abord pr\u00e9vue pour Dieu. Et non pour soi : il faut prendre garde de ne pas se lancer dans le je\u00fbne pour soi, ce qui peut se faire, comme technique ou para-technique (discipline sportive, r\u00e9gime alimentaire, etc.), qui peut n&rsquo;\u00eatre pas mauvaise en soi, mais qui ne constitue pas une reconstruction de notre unit\u00e9 et de notre int\u00e9grit\u00e9. Ainsi il nous est rappel\u00e9 dans l&rsquo;Evangile que, \u00a0\u00bb lorsque tu je\u00fbnes, ne le montre pas &#8211; et le P\u00e8re te le rendra \u00ab\u00a0. Une attitude qui fait \u00e9cho \u00e0 ce que nous dit le Christ concernant la pri\u00e8re : \u00a0\u00bb Si tu veux prier, enferme-toi dans ta chambre et l\u00e0, dans le secret, le P\u00e8re t&rsquo;entend \u00ab\u00a0.<\/p>\n<p>L&rsquo;asc\u00e8se et la pri\u00e8re sont deux piliers. Pas d&rsquo;asc\u00e8se pour l&rsquo;asc\u00e8se, quelle qu&rsquo;elle soit, ce que sugg\u00e8re semble-t-il la parabole des dix vierges, que nous entendons notamment le mardi de la semaine sainte. Les cinq vierges \u00a0\u00bb folles \u00a0\u00bb sont apparemment dans les m\u00eames conditions que les \u00a0\u00bb sages \u00ab\u00a0, elles ont pratiqu\u00e9 la m\u00eame asc\u00e8se, mais sans doute l&rsquo;ont-elles faite pour elles-m\u00eames : asc\u00e8se narcissique, \u00e9gocentrique.<\/p>\n<p>L&rsquo;ap\u00f4tre Paul, dans l&rsquo;Ep\u00eetre aux Romains, rappelle en outre une dimension essentielle de l&rsquo;asc\u00e8se : elle ne porte pas de jugement. Certains sont plus forts que d&rsquo;autres pour je\u00fbner, d&rsquo;autres sont plus forts pour s&rsquo;abstenir de mauvaises paroles &#8230;. Il y a dans l&rsquo;humanit\u00e9 une diversit\u00e9 de dons, comme l&rsquo;affirme la parabole des talents. Que chacun fasse en fonction de ce qu&rsquo;il est, qu&rsquo;il apprenne \u00e0 se conna\u00eetre face \u00e0 Dieu et que l&rsquo;autre, les autres, s&rsquo;abstiennent de porter le moindre jugement sur cette question. Nous retrouvons ce pr\u00e9cepte dans l&rsquo;hom\u00e9lie de saint Jean Chrysostome, lue pendant l&rsquo;office des matines pascales, qui pr\u00e9cise que Dieu accueille de la m\u00eame mani\u00e8re l&rsquo;ouvrier de la onzi\u00e8me heure et celui de la premi\u00e8re, et qu&rsquo;il accueille aussi ceux qui n&rsquo;ont pas je\u00fbn\u00e9 du tout.<\/p>\n<p>L&rsquo;h\u00e9ritage du premier monachisme<\/p>\n<p>Les r\u00e8gles de l&rsquo;asc\u00e8se, telles que prescrites dans l&rsquo;Eglise orthodoxe, sont en d\u00e9calage sensible au regard de ce qui se pratique \u00a0\u00bb ailleurs \u00ab\u00a0, dans les autres \u00e9glises, c&rsquo;est \u00e0 dire de tradition occidentale. Souvent, nous semble-t-il, on assiste en Occident \u00e0 une r\u00e9duction de l&rsquo;asc\u00e8se &#8211; voire \u00e0 sa suppression pure et simple -, s&rsquo;inscrivant dans une d\u00e9marche d&rsquo;adaptation au monde. Cette id\u00e9e d&rsquo; \u00a0\u00bb adaptation au monde \u00ab\u00a0, est per\u00e7ue g\u00e9n\u00e9ralement en orthodoxie avec m\u00e9pris. Pour autant, que faisons-nous de nos calendriers liturgiques, qui nous indiquent avec pr\u00e9cision tous les jours de je\u00fbne de l&rsquo;ann\u00e9e ?<\/p>\n<p>Les r\u00e8gles dont nous avons h\u00e9rit\u00e9 ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9velopp\u00e9es par le monachisme. C&rsquo;est l&rsquo;une des caract\u00e9ristiques de l&rsquo;histoire de la spiritualit\u00e9 de l&rsquo;Eglise orthodoxe. Nous en sommes fiers, en tant qu&rsquo;h\u00e9ritiers de ce fameux et fabuleux patrimoine patristique, certes essentiel et incontournable. Mais il convient toutefois de nuancer et de se souvenir que cette d\u00e9marche monastique des premiers si\u00e8cles avait aussi ses sensibilit\u00e9s et ses finalit\u00e9s sp\u00e9cifiques. Le monachisme du premier mill\u00e9naire est essentiellement christocentrique, c&rsquo;est dire centr\u00e9 sur le myst\u00e8re de la personne du Christ. (Toutes les \u00a0\u00bb h\u00e9r\u00e9sies \u00ab\u00a0, en marge de la question \u00a0\u00bb filioquiste \u00ab\u00a0, sont de l&rsquo;ordre christologique). Ce \u00a0\u00bb christo-centrisme \u00a0\u00bb a privil\u00e9gi\u00e9 par mim\u00e9tisme l&rsquo;asc\u00e8se au d\u00e9sert, pour faire \u00a0\u00bb comme le Christ \u00a0\u00bb et, de surcro\u00eet, pour y rencontrer celui que le Christ y avait rencontr\u00e9, c&rsquo;est-\u00e0-dire le d\u00e9mon, ce qui n&rsquo;\u00e9tait pas sans risque : et beaucoup s&rsquo;y sont ab\u00eem\u00e9s. Il y a eu l\u00e0 une sorte de maximalisme sp\u00e9cifique, fortement empreint du dualisme corps-esprit, venu de l&rsquo;hell\u00e9nisme platonicien, relay\u00e9 principalement par saint Augustin, mais pr\u00e9sent aussi dans le monachisme byzantin. Ce dualisme corps-esprit va sugg\u00e9rer une asc\u00e8se de m\u00e9pris, sinon de mortification du corps, dont il n&rsquo;est pas certain qu&rsquo;elle soit toujours tr\u00e8s saine ni tr\u00e8s juste. Il ne s&rsquo;inscrit pas dans la perspective d&rsquo;une v\u00e9ritable transfiguration de la probl\u00e9matique charnelle.<\/p>\n<p>Une perspective d&rsquo;\u00e9quilibre et de respect<\/p>\n<p>Aujourd&rsquo;hui, il semblerait que l&rsquo;asc\u00e8se doive \u00eatre \u00e9quilibr\u00e9e, personnalis\u00e9e, qu&rsquo;elle doive reposer sur une id\u00e9e de retenue de soi, de mesure, c&rsquo;est-\u00e0-dire d&rsquo;autocontr\u00f4le. Par rapport au corps, il s&rsquo;agit d&rsquo;une perspective d&rsquo;\u00e9quilibre, de respect, et surtout pas d&rsquo;auto-d\u00e9ification. Le corps, c&rsquo;est l&rsquo;ensemble de tous les sens, l&rsquo;ou\u00efe, la vue, la bouche. Repensons \u00e0 l&rsquo;Evangile : \u00a0\u00bb C&rsquo;est de la bouche que sort l&rsquo;impuret\u00e9 \u00ab\u00a0. En d&rsquo;autres termes, l&rsquo;aliment qui entre dans la bouche n&rsquo;est pas impur en soi. C&rsquo;est ce qui en sort, c&rsquo;est \u00e0 dire la parole, qui est impur, ou qui risque de l&rsquo;\u00eatre.<\/p>\n<p>D&rsquo;un point de vue de l&rsquo;Evangile, je peux tout manger ; il n&rsquo;y a pas d&rsquo;interdit alimentaire, seulement une exigence d&rsquo;\u00e9quilibre et de quantit\u00e9. Mais c&rsquo;est \u00e0 ce qui sort de ma bouche que je dois \u00eatre attentif Dans la m\u00eame perspective, il y a dans l&rsquo;Evangile d&rsquo;autres mises en garde s\u00e9v\u00e8res : \u00a0\u00bb Si ta main doit te perdre, tu la coupes, si ton \u0153il doit te perdre, tu l&rsquo;arraches \u00a0\u00bb , etc\u2026 Nous sommes donc appel\u00e9s \u00e0 nous surveiller sur ce que l&rsquo;on regarde, sur ce que l&rsquo;on entend et surtout sur ce que l&rsquo;on dit. Observation concernant la \u00a0\u00bb beaut\u00e9 \u00a0\u00bb dont Dosto\u00efevski sugg\u00e8re qu&rsquo;elle \u00a0\u00bb sauvera le monde \u00a0\u00bb . Il n&rsquo;y a pas d&rsquo;objectivit\u00e9 de la beaut\u00e9 ; la beaut\u00e9 spirituelle est n\u00e9cessairement \u00a0\u00bb harmonique \u00a0\u00bb ; mais on peut \u00eatre \u00a0\u00bb s\u00e9duit \u00a0\u00bb par une disharmonie que l&rsquo;on voudra qualifier de belle. Pourtant toute cr\u00e9ativit\u00e9 n&rsquo;est pas belle par d\u00e9finition. La disharmonie est une d\u00e9sint\u00e9gration. Cela vaut pour l&rsquo;art, pour l&rsquo;image, pour les sons. Conform\u00e9ment \u00e0 l&rsquo;observation de l&rsquo;ap\u00f4tre \u00a0\u00bb tout est permis, mais tout n&rsquo;est pas profitable \u00ab\u00a0, pr\u00e9servons-nous des visions et des auditions disharmoniques et d\u00e9sint\u00e9gratrices.<\/p>\n<p>Pr\u00e9servons-nous aussi de l&rsquo;idol\u00e2trie du corps, qui passe aujourd&rsquo;hui par des chemins divers et subtils : la mode-buisness, le sport-buisness&#8230; Une personne tatou\u00e9e, interview\u00e9e dans une revue d\u00e9clarait r\u00e9cemment : \u00a0\u00bb Par le tatouage, je me r\u00e9approprie mon corps, dont j&rsquo;ai h\u00e9rit\u00e9 sans le vouloir, pour en faire ce que je veux \u00ab\u00a0. Nous sommes l\u00e0 en pr\u00e9sence de la probl\u00e9matique \u00e9voqu\u00e9e initialement.<\/p>\n<p>Ne pas confondre, donc, le r\u00e9gime alimentaire qui devient obsessionnel et idol\u00e2tre, et l&rsquo;asc\u00e8se. Le je\u00fbne demande \u00e9norm\u00e9ment d&rsquo;efforts mais il n&rsquo;est pas suppos\u00e9 porter sur beaucoup de choses. Il ne n\u00e9cessite pas les comp\u00e9tences scientifiques et m\u00e9dicales que requi\u00e8rent les r\u00e9gimes alimentaires.<\/p>\n<p>Le \u00a0\u00bb retournement \u00a0\u00bb de l&rsquo;homme vers son Dieu<\/p>\n<p>L&rsquo;asc\u00e8se de l&rsquo;esprit a pour but le combat contre les mauvaises pens\u00e9es. Elle est particuli\u00e8rement li\u00e9e \u00e0 la solitude. C&rsquo;est dans la solitude que l&rsquo;on est v\u00e9ritablement assailli par les mauvaises pens\u00e9es. D&rsquo;o\u00f9 la difficult\u00e9 du monachisme&#8230;<\/p>\n<p>Lorsqu&rsquo;on se met en pri\u00e8re, qu&rsquo;elle soit personnelle ou communautaire, on est assailli de toute part. On essaie de se concentrer et c&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 ce moment que tout passe par la t\u00eate. L&rsquo;asc\u00e8se de l&rsquo;esprit et de l&rsquo;\u00e2me est tout \u00e0 fait actuelle. Quelle que soit l&rsquo;activit\u00e9 que l&rsquo;on pratique, il faut savoir s&rsquo;arr\u00eater, ne pas en faire trop, c&rsquo;est l\u00e0 l&rsquo;asc\u00e8se. Cela vaut pour le sport, pour l&rsquo;activit\u00e9 professionnelle ou toute autre activit\u00e9, qui peuvent \u00eatre des \u00a0\u00bb fuites en avant&#8230; \u00a0\u00bb . Cela vaut pour les nouvelles technologies qui, paradoxalement, ne se laissent pas dominer par l&rsquo;homme mais lui prennent son temps et tendent \u00e0 le dominer, lui. Nous avons cr\u00e9\u00e9 ce qui va nous dominer, et c&rsquo;est le produit de notre propre raison, en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l&rsquo;homme et non pas \u00e0 Dieu. Enfin, l&rsquo;asc\u00e8se peut porter sur les cultes collectifs (showbiz, sport et autres grand-messes la\u00efques).<\/p>\n<p>Le sommet de l&rsquo;asc\u00e8se est la pri\u00e8re. Tout le reste n&rsquo;est l\u00e0 que pour la favoriser. Selon le t\u00e9moignage de toute la tradition des P\u00e8res de l&rsquo;Eglise, ce qui est le plus difficile dans la vie, c&rsquo;est la pri\u00e8re. Car se mettre en pri\u00e8re, c&rsquo;est comme se mettre en anti-condition par rapport \u00e0 ce que nous sommes au d\u00e9part, c&rsquo;est-\u00e0-dire que c&rsquo;est le contraire de la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 soi-m\u00eame. En effet, lorsque nous nous int\u00e9ressons aux choses, que nous sommes fascin\u00e9s par des \u00e9crits, des romans, des films, nous cherchons \u00e0 nous les approprier, par un processus d&rsquo;identification. Se mettre en pri\u00e8re, \u00e0 l&rsquo;inverse, c&rsquo;est accepter de sortir de soi. C&rsquo;est la seule d\u00e9marche qui nous permette de sortir de nous-m\u00eames afin de nous retourner : c&rsquo;est la \u00a0\u00bb m\u00e9tanoia \u00ab\u00a0, le retournement de l&rsquo;homme vers son Dieu. C&rsquo;est ainsi que la pri\u00e8re est infiniment difficile, en m\u00eame temps qu&rsquo;elle constitue la quintessence de l&rsquo;asc\u00e8se en tant qu&rsquo;exercice d&rsquo;int\u00e9gration, de reconstitution de \u00a0\u00bb mon \u00a0\u00bb harmonie.<\/p>\n<p>L&rsquo;asc\u00e8se pour l&rsquo;autre<\/p>\n<p>S&rsquo;il est vrai que le moine prie pour le monde, un monde qu&rsquo;il conna\u00eet sans le voir, par l&rsquo;Esprit Saint (\u00e0 quelque 800 km de Moscou, il y a aujourd&rsquo;hui, semble-t-il, un moine de la \u00a0\u00bb race \u00a0\u00bb d&rsquo;un St S\u00e9raphin, d&rsquo;un Nectaire d&rsquo;Egine ou d&rsquo;un Silouane de l&rsquo;Athos, qui re\u00e7oit des centaines de lettres auxquelles il r\u00e9pond sans m\u00eame les ouvrir), notre asc\u00e8se doit s&rsquo;inscrire \u00e9galement dans cette perspective : pour l&rsquo;autre, pour le prochain, pour le monde. La connaissance que nous avons aujourd&rsquo;hui du monde, \u00e0 la faveur de tous les instruments de communication, engage, aiguise notre responsabilit\u00e9 communautaire \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de la Cr\u00e9ation. Nous sommes en pr\u00e9sence d&rsquo;une nouvelle r\u00e9alit\u00e9. Il est n\u00e9cessairement d\u00e9rangeant et bousculant de savoir ce qui se passe \u00e0 l&rsquo;autre bout du monde, (les famines, les \u00e9pid\u00e9mies, les massacres&#8230;) sans avoir le moyen d&rsquo;y rem\u00e9dier.<\/p>\n<p>Une justification possible est de penser que, du temps du Christ, on ne savait rien de ce qui se passait en dehors de la Palestine. Nous sommes donc \u00e0 un tournant. Le contexte g\u00e9ographique de l&rsquo;Evangile est tr\u00e8s limit\u00e9 (Isra\u00ebl, la Syrie, l&rsquo;Egypte, une partie du Liban&#8230;). Bien entendu, tous les \u00e9l\u00e9ments de la condition humaine sont pr\u00e9sents: la pauvret\u00e9, la faim, la maladie,&#8230; Toutes ces souffrances sont r\u00e9sorb\u00e9es, gu\u00e9ries dans le cadre d&rsquo;une rencontre personnelle avec le Seigneur, ou avec le prochain comme la parabole du \u00a0\u00bb bon samaritain \u00ab\u00a0.<\/p>\n<p>Aujourd&rsquo;hui, nous sommes dans un contexte beaucoup plus vaste, mondial, auquel on ne peut pas se d\u00e9rober. Nous sommes appel\u00e9s \u00e0 prendre sur nous la m\u00eame responsabilit\u00e9 d&rsquo;asc\u00e8se et de pri\u00e8re que les moines.<\/p>\n<p>La finalit\u00e9 moderne de l&rsquo;asc\u00e8se<\/p>\n<p>Le je\u00fbne personnel peut prendre un sens dans la perspective du drame de la famine dans le monde. Rationnellement cela ne signifie certes pas que le morceau que je ne vais pas manger va se retrouver dans la bouche du fam\u00e9lique ; au fond nous n&rsquo;en savons rien. L&rsquo;important est de prendre la mesure de nos actes et comportements dans le m\u00e9canisme de cr\u00e9ation que l&rsquo;on veut enti\u00e8rement contr\u00f4ler et que l&rsquo;on ne contr\u00f4le pas, que l&rsquo;on ne contr\u00f4le plus.<\/p>\n<p>Comment ne pas \u00eatre interpell\u00e9 par le drame-scandale de la viande (vache folle, fi\u00e8vre aphteuse) qui se traduit par la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;abattre des milliers de b\u00eates. On reste sur l&rsquo;impression que la nature, la Cr\u00e9ation elle-m\u00eame se r\u00e9volte contre notre d\u00e9bordement. On peut bien s\u00fbr voir les choses de fa\u00e7on rationnelle : il y a eu un virus et une \u00e9pid\u00e9mie. Mais c&rsquo;est tout de m\u00eame li\u00e9 \u00e0 une surproduction de viande, et il faut que ce soit la pr\u00e9sidente de l&rsquo;Union europ\u00e9enne qui dise aujourd&rsquo;hui \u00a0\u00bb arr\u00eatons de produire pour tuer \u00ab\u00a0. Nous sommes directement interpell\u00e9s, prenons en conscience.<\/p>\n<p>Le je\u00fbne personnel peut contribuer, gr\u00e2ce et par l&rsquo;interm\u00e9diaire de Dieu, \u00e0 un r\u00e9\u00e9quilibrage. Car la finalit\u00e9 moderne de l&rsquo;asc\u00e8se se situe par rapport \u00e0 ces grands d\u00e9s\u00e9quilibres plan\u00e9taires dont nous sommes solidaires, qui se traduisent en termes de puissance financi\u00e8re et technologique et en fin de compte de richesse et de pauvret\u00e9. Il nous appartient de contribuer au r\u00e9tablissement des principes de retenue et d&rsquo;autocontr\u00f4le.<\/p>\n<p>Le progr\u00e8s scientifique \u00e9largit toujours plus les limites de la compr\u00e9hension des m\u00e9canismes de la cr\u00e9ation, de l&rsquo;infiniment grand \u00e0 l&rsquo;infiniment petit. Nous voil\u00e0 proches de la capacit\u00e9 \u00e0 reproduire par nous-m\u00eames (le clonage) l&rsquo;\u00eatre humain, non seulement en dehors de Dieu, mais aussi en dehors de la rencontre nuptiale du masculin et du f\u00e9minin, \u00e9chappant ainsi m\u00eame au \u00a0\u00bb multipliez-vous \u00a0\u00bb et \u00e0 la pl\u00e9nitude de la compl\u00e9mentarit\u00e9 adamique \u00a0\u00bb homme et femme Il Le cr\u00e9a. \u00a0\u00bb , stade ultime peut-\u00eatre de \u00a0\u00bb l&rsquo;auto-d\u00e9ification \u00ab\u00a0. Une asc\u00e8se moderne est appel\u00e9e aussi \u00e0 circonscrire cette idol\u00e2trie.<\/p>\n<p>Reconstruction de notre divino-humanit\u00e9<\/p>\n<p>Le car\u00eame est un temps fort dont nous avons besoin, mais il n&rsquo;est qu&rsquo;un temps de rappel par rapport \u00e0 ce qui devrait \u00eatre quasiment permanent. II s&rsquo;agit d&rsquo;instaurer une autre relation avec ce qui m&rsquo;entoure. Une relation auto-contr\u00f4l\u00e9e, \u00e9quilibr\u00e9e, r\u00e9gul\u00e9e. Peut-\u00eatre faut-il s&rsquo;imposer des p\u00e9riodes, des cycles, et c&rsquo;est ce que nous propose l&rsquo;Eglise. Mais ce n&rsquo;est qu&rsquo;une p\u00e9dagogie et cela ne pr\u00e9tend pas \u00e0 autre chose. Nous sommes suppos\u00e9s rester libres, et la libert\u00e9 est lourde et difficile. Sinon, le risque est d&rsquo;aller vers l&rsquo;int\u00e9grisme, au nom d&rsquo;une p\u00e9dagogie devenue un but en soi, en manquant de respect \u00e0 l&rsquo;autre, en le tuant psychologiquement, si ce n&rsquo;est physiquement.<\/p>\n<p>La p\u00e9dagogie divine est inscrite dans l&rsquo;ancienne Alliance, mais elle n&rsquo;a d&rsquo;autre point d&rsquo;arriv\u00e9e que la reconnaissance du Christ comme Dieu et homme. L&rsquo;asc\u00e8se est la fid\u00e9lit\u00e9 au nom et \u00e0 la personne du Christ comme Dieu et homme.<\/p>\n<p>Reconnaissance qui s&rsquo;enracine dans l&rsquo;asc\u00e8se du Fils venu dans ce monde, et qui est, fondamentalement, ouverture \u00e0 l&rsquo;Esprit.<\/p>\n<p>L&rsquo;asc\u00e8se du Christ s&rsquo;est d\u00e9velopp\u00e9e en deux temps. L&rsquo;asc\u00e8se je\u00fbne de quarante jours dans le d\u00e9sert, apr\u00e8s le bapt\u00eame au Jourdain, qui fonde notre je\u00fbne de quarante jours de P\u00e2ques et de No\u00ebl. Le second temps est celui de l&rsquo;asc\u00e8se-pri\u00e8re sacerdotale du Christ (Jean, 17), \u00e0 la fois pri\u00e8re pour les disciples, pri\u00e8re pour ceux qu&rsquo;il va envoyer dans le monde et pri\u00e8re pour le monde.<\/p>\n<p>L&rsquo;asc\u00e8se-je\u00fbne et l&rsquo;asc\u00e8se-pri\u00e8re, toutes deux pr\u00e9c\u00e8dent un moment de d\u00e9cision et un moment d&rsquo;ob\u00e9issance. Le Christ part au d\u00e9sert avant de commencer sa vie publique par les noces de Cana. Les noces de Cana, c&rsquo;est pour le Christ l&rsquo;ob\u00e9issance \u00e0 sa M\u00e8re, qu&rsquo;il exprime d&rsquo;une mani\u00e8re \u00e9tonnante : \u00a0\u00bb Femme, de quoi te m\u00eales-tu ? \u00ab\u00a0. Pas plus que la canan\u00e9enne, Marie ne se laisse impressionner ; elle passe outre et donne un ordre: \u00a0\u00bb Faites ce qu&rsquo;il vous dira \u00ab\u00a0. Dans cet ordre, il y a \u00e0 la fois l&rsquo;abn\u00e9gation de la M\u00e8re, qui repr\u00e9sente par d\u00e9finition l&rsquo;humanit\u00e9 (elle pressent le myst\u00e8re de son fils) et l&rsquo;ob\u00e9issance du Fils.<\/p>\n<p>II y a, semble-t-il, une association entre le je\u00fbne qui a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 le \u00a0\u00bb lancement \u00a0\u00bb du Christ dans sa mission, pour laquelle il avait une r\u00e9ticence, et d&rsquo;autre part, la pri\u00e8re ultime, la pri\u00e8re sacerdotale, mais aussi celle de Geths\u00e9manie : \u00a0\u00bb P\u00e8re, cette coupe peut-elle s&rsquo;\u00e9loigner de moi ? \u00ab\u00a0, puis \u00a0\u00bb Qu&rsquo;il soit fait selon ta volont\u00e9 \u00a0\u00bb . Cette pri\u00e8re d\u00e9bouche \u00e0 son tour sur le pardon ultime, tel que nous le rapporte Luc: \u00a0\u00bb P\u00e8re, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu&rsquo;ils font \u00ab\u00a0.<\/p>\n<p>Une perspective qui donne un sens \u00e0 l&rsquo;asc\u00e8se : contribuer \u00e0 reconstituer notre \u00a0\u00bb humano-divinit\u00e9 \u00ab\u00a0, non pas auto-d\u00e9ification mais re-divinisation en Christ.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>P\u00e8re Jean Gueit\u00a0in \u00ab\u00a0Orthodoxes \u00e0 Marseille\u00a0\u00bb N\u00b085 avril-mai 2002<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Conf\u00e9rence prononc\u00e9e par le P. 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