{"id":7724,"date":"2015-01-23T10:25:59","date_gmt":"2015-01-23T08:25:59","guid":{"rendered":"http:\/\/www.eoc.ee\/?p=7724"},"modified":"2015-03-06T12:11:39","modified_gmt":"2015-03-06T10:11:39","slug":"commentaire-du-credo-1","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.eoc.ee\/fr\/orthodoxie\/commentaire-du-credo-1\/","title":{"rendered":"Commentaire du CREDO -1"},"content":{"rendered":"<p><b>Partie 1<\/b><\/p>\n<p><b>Introduction.<\/b><\/p>\n<p>Le symbole dit de Nic\u00e9e-Constantinople est, en r\u00e9alit\u00e9, une version \u00e9largie du symbole baptismal de la foi de l\u2019\u00e9glise de J\u00e9rusalem. Compos\u00e9 sous cette forme peu apr\u00e8s le concile d&rsquo;Alexandrie ( 362 ), il fut prononc\u00e9 devant le concile de 381 par Nectaire \u00e9lu par ledit concile \u00e0 la place de Gr\u00e9goire de Nazianze qui venait de d\u00e9missionner. Nectaire \u00e9tait un vieillard v\u00e9n\u00e9rable, qui appartenait \u00e0 l&rsquo;ordre s\u00e9natorial et \u00e9tait alors investi de la dignit\u00e9 de pr\u00e9teur. Mais on s&rsquo;aper\u00e7ut que Nectaire n&rsquo;\u00e9tait pas baptis\u00e9 ! C&rsquo;est avant son bapt\u00eame et la cons\u00e9cration \u00e9piscopale qui s\u2019ensuivit que Nectaire pronon\u00e7a cette profession de foi. Le texte servit ensuite \u00e0 la liturgie du bapt\u00eame \u00e0 Constantinople et devint ainsi le symbole de la foi de l&rsquo;Eglise de Constantinople. Proclamation de la foi de l&rsquo;Eglise en la divine Trinit\u00e9, de la foi des chr\u00e9tiens en l&rsquo;Eglise comme ic\u00f4ne de cette m\u00eame Trinit\u00e9, le symbole est traditionnellement r\u00e9cit\u00e9 ou chant\u00e9 au moment o\u00f9 l&rsquo;Eglise existe en ce qu&rsquo;elle a de plus fondamental, de plus essentiel : lorsqu&rsquo;elle c\u00e9l\u00e8bre la divine liturgie. Dans la liturgie byzantine, on r\u00e9cite ou chante exclusivement le symbole dit de Nic\u00e9e-Constantinople &#8212; celui que nous allons commenter &#8211;, imm\u00e9diatement avant de prononcer l&rsquo;anaphore eucharistique. Dans la messe romaine, le Credo est r\u00e9cit\u00e9 apr\u00e8s la lecture de l&rsquo;Evangile. Avant le concile du Vatican II, il \u00e9tait r\u00e9serv\u00e9 aux dimanches, aux f\u00eates du Christ, de la M\u00e8re de Dieu, des Anges, des Ap\u00f4tres et des Docteurs. Aux autres messes, on r\u00e9citait le symbole des Ap\u00f4tres, qui date tr\u00e8s certainement de la p\u00e9riode ant\u00e9rieure \u00e0 la lutte de l\u2019\u00e9glise contre les h\u00e9r\u00e9sies, et notamment contre l&rsquo;h\u00e9r\u00e9sie arienne, C&rsquo;est pourquoi il est beaucoup moins d\u00e9velopp\u00e9, sans aucune influence de la philosophie ou de la th\u00e9ologie. C&rsquo;est cette diff\u00e9rence de longueur qui est \u00e0 l&rsquo;origine de l&rsquo;expression proven\u00e7ale : Lou grand credo, utilis\u00e9e pour d\u00e9signer le symbole auquel nous allons pr\u00eater notre attention. Apr\u00e8s la r\u00e9forme liturgique post\u00e9rieure \u00e0 Vatican II, le Credo dit de Nic\u00e9e-Constantinople s&rsquo;est g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 dans le monde catholique bien que, dans certains pays francophones, on emploie aussi le symbole des Ap\u00f4tres.<\/p>\n<p><b>Je crois en&#8230;<\/b><\/p>\n<p>En fran\u00e7ais, il y a une diff\u00e9rence consid\u00e9rable entre croire que.. et croire en&#8230; Quand je dis : Je crois que demain il fera beau, cela signifie que je n&rsquo;en suis pas s\u00fbr. Si je crois que&#8230; je ne sais pas. La croyance s&rsquo;oppose \u00e0 la science. Que penserions-nous de notre m\u00e9decin s&rsquo;il nous disait : Je crois que vous devez prendre un comprim\u00e9 de tel m\u00e9dicament \u00e0 chacun des trois repas ? Du m\u00e9decin nous attendons qu&rsquo;il sache, nous n&rsquo;admettons pas qu\u2019il puisse se contenter de croire que&#8230; Je crois que&#8230; exprime une opinion, et d\u00e9signe un assentiment imparfait, qui, comme l&rsquo;opinion, comporte tous les degr\u00e9s de probabilit\u00e9. Au contraire, croire en consiste \u00e0 faire cr\u00e9dit, \u00e0 se fier \u00e0 une personne, \u00e0 lui faire confiance. Croire que est \u00e0 croire en ce que la croyance est \u00e0 la foi. Et \u00e0 la diff\u00e9rence de la croyance, la foi ne s&rsquo;oppose pas \u00e0 la science. Je crois en mon m\u00e9decin, j&rsquo;ai confiance en lui parce qu&rsquo;il sait et ne se contente pas de croire que&#8230; Plus il poss\u00e8de de science, plus j&rsquo;ai foi en lui. La foi et la science ne s&rsquo;excluent pas mutuellement parce que toutes deux sont, comme dirait Pascal d&rsquo;un autre ordre. Nos m\u00e9decins savent de mieux en mieux pourquoi telle personne meurt, si par pourquoi on entend les causes efficientes qui ont entra\u00een\u00e9 le d\u00e9c\u00e8s. Mais il est un autre pourquoi que seule la foi en la r\u00e9surrection du Christ peut prononcer et que le m\u00e9decin, en tant que tel, ignore. Imaginez une maman affol\u00e9e de souffrance \u00e0 la mort de son enfant et qu\u2019un p\u00e9diatre chercherait \u00e0 consoler en lui disant : Ne pleurez plus, votre enfant est mort pour telle et telle raison que la Facult\u00e9 conna\u00eet bien d\u00e9sormais. J&rsquo;ai foi en mon m\u00e9decin parce qu&rsquo;il sait, mais ce qu&rsquo;il sait ne saurait me d\u00e9livrer du d\u00e9sespoir du sens si je dois mourir \u00e0 jamais sans l&rsquo;esp\u00e9rance que me donne la r\u00e9surrection du Christ. La foi n&rsquo;est pas une exp\u00e9rience exclusivement religieuse : \u00e0 longueur de journ\u00e9e nous exp\u00e9rimentons la foi en l&rsquo;homme. Quand nous montons dans un avion, une automobile ou un train, nous nous fions aux pilotes ou aux conducteurs. Lorsque nous allons chez le dentiste ou quand nous subissons une endoscopie, ou quand nous nous soumettons \u00e0 un pr\u00e9l\u00e8vement sanguin, nous faisons confiance au dentiste, aux auxiliaires du gastro-ent\u00e9rologue, au laboratoire. Et il arrive que cette confiance ne soit pas m\u00e9rit\u00e9e : France Info parlait, il y a quelques mois, de ce malheureux que deux laboratoires ont d\u00e9clar\u00e9 s\u00e9ropositif, il y a huit ans alors qu&rsquo;il ne l&rsquo;\u00e9tait pas et qui a d\u00fb vivre durant tout ce temps avec le d\u00e9sespoir &#8212; qui l&rsquo;a conduit notamment \u00e0 l&rsquo;alcoolisme &#8212; de se savoir atteint du sida. Dieu seul m\u00e9rite vraiment qu&rsquo;on ait foi en lui, bien que nous devions constamment faire cr\u00e9dit \u00e0 notre prochain. Qu&rsquo;est-ce donc que des fianc\u00e9s sinon un homme et une femme qui d\u00e9cident de croire lui en elle et elle en lui ? Et qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;un divorce si ce n&rsquo;est le cuisant \u00e9chec de cet acte de foi ?<\/p>\n<p>A cet \u00e9gard, il faut relire avec attention le r\u00e9cit, dans le livre de la Gen\u00e8se, de ce qu&rsquo;on appelle le sacrifice d\u2019Abraham (Gn 22\/1-19), la suite de saint Paul dans son \u00e9p\u00eetre aux Romains (chapitre 4), on insiste (\u00e0 juste titre) sur la foi d&rsquo;Abraham en Iahv\u00e9 : Abraham eut foi en Dieu, et ce lui fui compt\u00e9 comme justice (Ro 4\/3 et Gn 15\/6). Mais il faut souligner aussi la foi d&rsquo;Isaac en son p\u00e8re Abraham. L&rsquo;adolescent demande \u00e0 son p\u00e8re o\u00f9 se trouve la victime animale pour l&rsquo;holocauste. Abraham pose un acte de foi en Dieu lorsqu&rsquo;il r\u00e9pond \u00e0 Isaac : \u00a0\u00bb\u00a0Dieu se pourvoira lui-m\u00eame du mouton pour l&rsquo;holocauste, mon fils (Gn 22\/8). Mais en se contentant de cette r\u00e9ponse, Isaac t\u00e9moigne de sa foi en son p\u00e8re. Et lorsque J\u00e9sus nous demande de prier son P\u00e8re en le consid\u00e9rant aussi comme le n\u00f4tre (Notre P\u00e8re, qui est dans les cieux&#8230;) il fait appel \u00e0 l&rsquo;exp\u00e9rience humaine de la foi en nos parents. Il s&rsquo;agit de se comporter envers Dieu comme on s&rsquo;est comport\u00e9, d\u00e8s la primitive enfance avec son p\u00e8re et sa m\u00e8re : il s&rsquo;agit de se laisser couler \u00e0 pic, de sauter dans le vide avec la conviction que le parachute s&rsquo;ouvrira (encore un bel exemple de la foi de l&rsquo;homme en l&rsquo;homme), exp\u00e9rience que font tous les parachutistes ! La science est intellectuelle. La croyance est \u00e9galement intellectuelle, mais c&rsquo;est de la mauvaise, de la fausse science. La foi, elle, est existentielle. Elle n&rsquo;est pas essentiellement affective, sentimentale, m\u00eame si l&rsquo;affectivit\u00e9 est appel\u00e9e \u00e0 constituer un ingr\u00e9dient de la foi : il est raisonnable d&rsquo;avoir confiance en tel ou tel excellent m\u00e9decin. Et il est raisonnable de croire en Dieu cr\u00e9ateur : si, vous promenant dans une for\u00eat, vous trouvez dans un sentier des pierres dispos\u00e9es de telle mani\u00e8re qu&rsquo;elles reproduisent le portrait de Napol\u00e9on, vous ne direz pas que c&rsquo;est le hasard, mais que quelqu&rsquo;un est pass\u00e9 par l\u00e0 avant vous. De m\u00eame, il est raisonnable de croire en Dieu cr\u00e9ateur de l&rsquo;ordre que la science d\u00e9couvre dans le monde, notamment en biologie, de fa\u00e7on de plus en plus rigoureuse.\u2028\u00a0\u2028<b>&#8230; un seul Dieu &#8230;<\/b><\/p>\n<p>La structure du Credo est trinitaire : nous confessons notre foi en Dieu le P\u00e8re, en son Fils J\u00e9sus Christ, le Seigneur, et en l\u2019esprit saint \u00e9galement Seigneur, c&rsquo;est-\u00e0-dire Dieu. Et tout ce qu&rsquo;en sa derni\u00e8re partie le Credo dit de l&rsquo;Eglise n\u2019est qu&rsquo;une expression de la foi de celle-ci en l\u2019esprit saint et de sa conviction que son \u00eatre eccl\u00e9sial est ic\u00f4ne de la divine Trinit\u00e9. Je crois en un seul Dieu qui n\u2019est pas solitaire. Le texte grec dit : eis h\u00e9na Th\u00e9on. \u00a0\u00bb\u00a0ena\u00a0\u00a0\u00bb et non pas \u00a0\u00bb\u00a0monon\u00a0\u00ab\u00a0. Certaines langues, comme le grec ancien, ont eu l&rsquo;intuition que le pluriel ne commence qu&rsquo;avec trois. En grec ancien, l&rsquo;orthographe d&rsquo;un nom peut se modifier non seulement selon qu&rsquo;il est au singulier ou au pluriel mais aussi s&rsquo;il est au duel. Il faut \u00eatre trois pour conjuguer le verbe (et notamment le verbe aimer) \u00e0 toutes les personnes du singulier et du pluriel. Si nous sommes trois, je peux dire je, je peux m&rsquo;adresser \u00e0 l&rsquo;une des deux autres personnes en lui disant tu, je peux parler \u00e0 l&rsquo;une des deux de la troisi\u00e8me en disant il, tous les trois nous pouvons dire nous, je peux m&rsquo;adresser aux deux autres simultan\u00e9ment en leur disant vous, et je peux penser aux deux autres en me disant ils. Lorsqu&rsquo;en sa premi\u00e8re \u00e9p\u00eetre, saint Jean affirme que Dieu est amour, il ne veut pas dire que Dieu est amour parce qu&rsquo;il nous aime et depuis qu&rsquo;il nous aime, comme si Dieu avait eu besoin de cr\u00e9er l&rsquo;homme et le monde pour commencer \u00e0 exp\u00e9rimenter l&rsquo;amour. Saint Jean entend dire que de toute \u00e9ternit\u00e9 Dieu sait ce qu\u2019est l&rsquo;amour parce qu&rsquo;il n&rsquo;est pas seul mais trinit\u00e9 de personnes consubstantielles. L\u00e0 est la grande diff\u00e9rence entre la th\u00e9ologie chr\u00e9tienne et les th\u00e9ologie juive et musulmane. Si d&rsquo;accord que soient les chr\u00e9tiens avec les musulmans et les juifs pour affirmer que Dieu est l\u2019Unique, ils confessent pourtant leur foi en un Dieu unique au sein duquel existent trois foyers de conscience personnelle. La r\u00e9alit\u00e9 du Dieu des chr\u00e9tiens est simultan\u00e9ment unique et plurielle : unique, si l&rsquo;on se place au point de vue de l&rsquo;essence, de la substance divine, et pluriel si l&rsquo;on se situe au point de vue des personnes (ou des hypostases). Le Dieu des juifs et des musulmans est unique, le Dieu des chr\u00e9tiens est tri-unique.<\/p>\n<p><b>&#8230; P\u00e8re &#8230;<\/b><\/p>\n<p>Dans l\u2019Evangile, J\u00e9sus dit : Mon P\u00e8re, aux disciples il prescrit de s&rsquo;adresser \u00e0 Dieu en lui disant\u00a0: Notre P\u00e8re&#8230; mais il ne dit jamais : Notre P\u00e8re&#8230; avec ses disciples. Apr\u00e8s sa r\u00e9surrection il dit \u00e0 Marie de Magdala : va vers mes fr\u00e8res et dis-leur que je monte vers mon P\u00e8re et votre P\u00e8re, mon Dieu et votre Dieu (Jn 20\/17). Quand on lit attentivement les Evangiles, on sent bien qu&rsquo;il y a un plan de l&rsquo;\u00eatre de J\u00e9sus o\u00f9 les disciples ne p\u00e9n\u00e8trent pas. Du c\u00f4t\u00e9 de la terre, il est seul, myst\u00e9rieusement seul. Pas du c\u00f4t\u00e9 de Dieu, qu&rsquo;il appelle son P\u00e8re avec un accent \u00e9trange et qui n&rsquo;est qu&rsquo;\u00e0 lui. Tout comme Dieu n&rsquo;a pas d\u00fb attendre de cr\u00e9er l&rsquo;homme pour exp\u00e9rimenter l&rsquo;amour de l&rsquo;Autre, de m\u00eame Dieu n&rsquo;est pas d&rsquo;abord et essentiellement P\u00e8re parce qu&rsquo;il fait de nous ses enfants. C&rsquo;est, \u00e0 l&rsquo;inverse, parce que de toute \u00e9ternit\u00e9 il engendre son Fils unique qu&rsquo;il devient notre P\u00e8re si peu que nous confessions la filiation divine de son Fils. C&rsquo;est notre foi en Dieu P\u00e8re du Fils unique qui nous donne la \u00a0\u00bb\u00a0parrh\u00e8sia\u00a0\u00ab\u00a0, c&rsquo;est-\u00e0-dire la tranquille assurance, l&rsquo;audace de dire \u00e0 Dieu, notre P\u00e8re. Il est significatif que l\u2019\u00e9glise latine tout autant que l\u2019\u00e9glise de rite byzantin ait pris des pr\u00e9cautions avant d\u2019oser, dans la c\u00e9l\u00e9bration de la divine liturgie, s&rsquo;adresser \u00e0 Dieu en lui disant P\u00e8re. Praeceptis salutaribus moniti, et divina institutione formati, audemus dicere : Pater noster.. Ob\u00e9issant au pr\u00e9cepte du Sauveur qui nous apprit lui-m\u00eame cette divine pri\u00e8re, nous avons l&rsquo;audace de dire : Notre P\u00e8re &#8230; (messe romaine). Cette audace dont parle la liturgie romaine, c&rsquo;est la \u00a0\u00bb\u00a0parrh\u00e8sia\u00a0\u00a0\u00bb de l\u2019\u00e9glise\u00a0: grecque : Et juge-nous dignes, \u00f4 Ma\u00eetre, d\u2019oser avec assurance t&rsquo;appeler, toi le Dieu du ciel, P\u00e8re, et de dire : Notre P\u00e8re&#8230; Le mot \u00a0\u00bb\u00a0parrh\u00e8sia\u00a0\u00a0\u00bb qui est ici employ\u00e9 pour renforcer le verbe \u00a0\u00bb\u00a0tolman\u00a0\u00a0\u00bb ( oser ; en latin : audemus, nous osons ) est employ\u00e9 par saint Luc dans les Actes des Ap\u00f4tres pour d\u00e9signer l&rsquo;attitude de quelqu&rsquo;un comme l&rsquo;ap\u00f4tre Pierre apr\u00e8s l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement de la Pentec\u00f4te, attitude on ne peut plus oppos\u00e9e \u00e0 celle du m\u00eame homme au moment de la Passion, lorsqu\u2019il est reconnu comme galil\u00e9en disciple du condamn\u00e9 d\u00e9sormais infr\u00e9quentable, Pierre, pour le dire cr\u00fbment se d\u00e9gonfle : Femme, je ne le connais pas (une servante vient de dire en fixant Pierre des yeux\u00a0: celui-l\u00e0 aussi \u00e9tait avec lui\u00a0! Lc 22\/56)&#8230; Homme, je n&rsquo;en suis pas(quelqu\u2019un vient de dire \u00e0 Pierre\u00a0: toi aussi tu es des leurs\u00a0! Lc 22\/58). Homme, je ne sais pas de quoi tu parles (une troisi\u00e8me personne vient de dire\u00a0: en v\u00e9rit\u00e9 celui-l\u00e0 aussi \u00e9tait avec lui\u00a0; c\u2019est m\u00eame un galil\u00e9en\u00a0! Lc 22\/59 cf. aussi Lc 22\/57-58 et 60). Apr\u00e8s la Pentec\u00f4te, les ap\u00f4tres affrontent les officiels du juda\u00efsme \u00a0\u00bb\u00a0m\u00e9ta parrh\u00e8sias\u00a0\u00a0\u00bb (Ac 4\/31), avec une tranquille assurance, franchement, en toute libert\u00e9 de langage. Le mot grec signifie \u00e9tymologiquement\u00a0: tout dire.<\/p>\n<p>Il faut avoir de l&rsquo;audace, de l&rsquo;assurance pour dire P\u00e8re \u00e0 Dieu dans la mesure o\u00f9 il s&rsquo;agit de quelque chose d&rsquo;inou\u00ef, d&rsquo;insens\u00e9 (on comprend que les incroyants ou m\u00eame les croyants non-chr\u00e9tiens ne puissent faire autrement que de r\u00e9duire cette pr\u00e9tention chr\u00e9tienne) \u00e0 savoir d&rsquo;une greffe divinisatrice, d\u2019un acte par lequel l&rsquo;homme est entra\u00een\u00e9 dans la filiation divine \u00e9ternelle du Fils Unique-Engendr\u00e9. Et ici, l&rsquo;affirmation du Credo ne peut que contester radicalement la r\u00e9duction (par r\u00e9duire, par r\u00e9duction j\u2019entends le proc\u00e9d\u00e9 consistant pour des philosophes comme Feurbach, Nietzsche, Freud, \u00e0 expliquer le sup\u00e9rieur par l\u2019inf\u00e9rieur, le divin -consid\u00e9r\u00e9 comme illusoire- par l\u2019humain, la superstructure religieuse par l\u2019infrastructure \u00e9conomique ou instinctivo-affective) freudienne de la foi chr\u00e9tienne en Dieu comme P\u00e8re. On sait que, pour Freud, qui se fait de la religion une conception essentiellement naturaliste, la vision religieuse du monde n&rsquo;est qu&rsquo;une psychologie projet\u00e9e dans le monde ext\u00e9rieur. Le Dieu\/P\u00e8re du Credo chr\u00e9tien n&rsquo;est, pour Freud, qu&rsquo;un \u00a0\u00bb\u00a0p\u00e8re transfigur\u00e9\u00a0\u00a0\u00bb (\u00e9tude sur L\u00e9onard de Vinci 1910) par l&rsquo;infantilisme d\u2019une affectivit\u00e9 incapable d\u2019assumer la trag\u00e9die de la souffrance et de la mort, d\u2019accepter \u00a0\u00bb\u00a0que le monde ne (soit) pas une pouponni\u00e8re\u00a0\u00a0\u00bb (Nouvelles conf\u00e9rences 1933). Et Freud remarque qu&rsquo;il nous est donn\u00e9 de \u00a0\u00bb\u00a0voir tous les jours comment des jeunes gens perdent la foi au moment m\u00eame o\u00f9 le prestige de l&rsquo;autorit\u00e9 paternelle, pour eux s&rsquo;\u00e9croule\u00a0\u00a0\u00bb (Ibidem). Ainsi, selon Freud, nous retrouvons dans le complexe parental la racine du besoin religieux qu&rsquo;\u00e9prouve l&rsquo;homme. Pour Freud, c&rsquo;est l&rsquo;attitude de l&rsquo;enfant vis-\u00e0-vis de son p\u00e8re qui explique, de mani\u00e8re r\u00e9ductrice, la croyance (pour Freud, la foi n&rsquo;est qu&rsquo;une croyance) en Dieu de cet enfant devenu homme. Pour un chr\u00e9tien, au contraire, c&rsquo;est le fait que Dieu soit P\u00e8re de toute \u00e9ternit\u00e9 de son Fils unique, ant\u00e9rieurement au fait d&rsquo;\u00eatre cr\u00e9ateur de l&rsquo;homme et du monde, qui explique que l&rsquo;homme cr\u00e9\u00e9 par ce Dieu-l\u00e0 soit pr\u00e9construit pour exp\u00e9rimenter la relation fils\/p\u00e8re, d\u2019abord avec ses parents et ensuite, en continuit\u00e9 existentielle avec cette premi\u00e8re exp\u00e9rience toute humaine, avec Dieu qui ne d\u00e9sire rien autant qu&rsquo;\u00e9tendre \u00e0 l&rsquo;homme l&rsquo;acte g\u00e9n\u00e9rateur \u00e9ternel par lequel il donne \u00e0 son Fils la pl\u00e9nitude de son saint Esprit. Ce n&rsquo;est pas la foi toute humaine, la croyance illusoire en Dieu\/P\u00e8re qui se r\u00e9duit \u00e0 la relation oedipienne au g\u00e9niteur humain, c\u2019est la relation humaine au p\u00e8re biologique qui est comprise, englob\u00e9e \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de la relation \u00e9ternelle de Dieu\/P\u00e8re \u00e0 son Fils Unique-Engendr\u00e9 (Cf. st Paul qui, dans l\u2019\u00e9p\u00eetre aux \u00e9ph\u00e9siens englobe l\u2019exp\u00e9rience du myst\u00e8re de l\u2019amour humain \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du myst\u00e8re de l\u2019amour du Christ pour l\u2019Eglise). C&rsquo;est parce que Dieu est, de toute \u00e9ternit\u00e9, P\u00e8re de ce Fils-l\u00e0 que, lorsqu&rsquo;il cr\u00e9e l&rsquo;homme, il ne peut le faire, qu&rsquo;en contemplant son Fils (c\u2019est ce que le Credo dira plus loin en affirmant que tout a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 \u00a0\u00bb\u00a0dia\u00a0\u00ab\u00a0, par l\u2019entremise du Fils) qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;image et selon la ressemblance de cette relation \u00e9ternelle \u00e0 son Fils.<\/p>\n<p><b>&#8230; tout-puissant &#8230;<\/b><\/p>\n<p>Dieu est tout-puissant d&rsquo;abord et essentiellement parce qu\u2019il est p\u00e8re. Nous devons songer ici au sens qu&rsquo;ont les adjectifs puissant et impuissant lorsqu&rsquo;on les applique \u00e0 la sexualit\u00e9 humaine masculine. Un p\u00e8re, c&rsquo;est avant tout quelqu\u2019un qui est capable de donner la vie. Et ici encore il faut redire que ce n\u2019est pas depuis que Dieu s&rsquo;est voulu cr\u00e9ateur de l&rsquo;univers qu&rsquo;il a exp\u00e9riment\u00e9 sa toute-puissance. De toute \u00e9ternit\u00e9, Dieu est tout-puissant parce que, de toute \u00e9ternit\u00e9 il engendre son Fils auquel il communique toute la pl\u00e9nitude vitale de sa paternit\u00e9 qui n&rsquo;est pas quelque chose mais quelqu&rsquo;un, \u00e0 savoir le saint Esprit, le Souffle vital du P\u00e8re. Toute la prodigieuse puissance qui se manifeste dans la cr\u00e9ation : dans l&rsquo;univers infiniment grand des galaxies group\u00e9es en amas de galaxies, et ces amas eux-m\u00eames en amas d&rsquo;amas, et dont les dimensions se mesurent en dizaines de milliers d&rsquo;ann\u00e9es de lumi\u00e8re, et les distances en millions et centaines de millions d&rsquo;ann\u00e9es de lumi\u00e8re, galaxies qui, pour ne prendre qu&rsquo;un exemple\u00a0: la n\u00f4tre, dont la trace sur notre ciel est la Voie lact\u00e9e, sont peupl\u00e9es de millions d&rsquo;\u00e9toiles de toutes couleurs de toutes temp\u00e9ratures et de toutes dimensions\u00a0; dans l&rsquo;univers infiniment petit des milliards de cellules qui peuplent un organisme vivant, chaque cellule (pour autant qu&rsquo;elle est normale) \u00e9tant soumise \u00e0 un flot d\u2019informations qui dicte sa conduite et, inversement, \u00e9mettant des signaux qui influencent le devenir des cellules voisines\u00a0; toute cette prodigieuse puissance de vie et d&rsquo;intelligence, toute cette force d&rsquo;esprit, comme dirait Pascal, n&rsquo;est qu&rsquo;un p\u00e2le reflet de la toute-puissance de vie et de lumi\u00e8re que, de toute \u00e9ternit\u00e9, le P\u00e8re manifeste en communiquant \u00e0 son Fils son saint Esprit. N\u2019en d\u00e9plaise \u00e0 Feuerbach (Ludwig-Andreas Fawbach (1804-1872) publia en 1841 l\u2019essence du christianisme, dans lequel il affirme que, r\u00e9duit \u00e0 sa condition, l&rsquo;homme, lorsqu\u2019il pr\u00e9tend parler de Dieu ne fait que projeter ses pens\u00e9es, et c&rsquo;est l&rsquo;infinit\u00e9 de son d\u00e9sir qu&rsquo;inconsciemment il pr\u00eate \u00e0 son objet. Sans doute, cette projection exalte ses sentiments, mais elle les d\u00e9nature aussi en brisant l&rsquo;unit\u00e9 de l&rsquo;homme et en opposant \u00e0 une divinit\u00e9 inhumaine une humanit\u00e9 sacrifi\u00e9e.) et \u00e0 Freud, il ne faut pas partir de l&rsquo;homme pour expliquer Dieu mais partir de Dieu pour comprendre l&rsquo;homme.<\/p>\n<p><b>&#8230; Cr\u00e9ateur du ciel et de la terre, de toutes les r\u00e9alit\u00e9s aussi bien visibles &#8230;<\/b><\/p>\n<p>Dieu cr\u00e9e le monde en ce sens qu&rsquo;il le fait exister ex nihilo, \u00e0 partir de rien. Cr\u00e9er, ce n&rsquo;est pas fabriquer. L&rsquo;id\u00e9e de cr\u00e9ation connote la distinction radicale entre Dieu et le monde, la transcendance fondamentale du Cr\u00e9ateur. Cette id\u00e9e n&rsquo;est pas une id\u00e9e spontan\u00e9e, naturelle \u00e0 la pens\u00e9e humaine. D\u00e8s le premier verset du livre de la Gen\u00e8se\u00a0: \u00a0\u00bb\u00a0Au commencement Dieu cr\u00e9a le ciel et la terre\u00a0\u00a0\u00bb (Gn 1\/1) la Sainte Ecriture se s\u00e9pare de toutes les mythologies et cosmogonies de l\u2019Orient ancien ainsi que de la philosophie grecque antique. Il est int\u00e9ressant de remarquer que le verbe h\u00e9breu \u00a0\u00bb\u00a0bara\u00a0\u00ab\u00a0, que les Septante ont traduit par \u00a0\u00bb\u00a0\u00e9poi\u00e8sen\u00a0\u00a0\u00bb et la Vulgate par \u00a0\u00bb\u00a0creavit\u00a0\u00a0\u00bb ne s&#8217;emploie dans la Bible que pour d\u00e9signer l&rsquo;action divine produisant quelque chose de nouveau, de prodigieux ou d&rsquo;inou\u00ef.\u2028La Science nous a appris qu&rsquo;il y a une infinit\u00e9 de commencements : la gen\u00e8se des macromol\u00e9cules, la biogen\u00e8se, le commencement de la vie, celui des reptiles, celui des primates, etc&#8230; Mais la Bible est encore plus affirmative\u00a0: selon elle, la mati\u00e8re primitive elle-m\u00eame n&rsquo;\u00e9chappe pas au processus de la gen\u00e8se, le substrat de l&rsquo;Univers n&rsquo;est pas \u00e9ternel. Dans la philosophie grecque antique, c&rsquo;\u00e9tait le D\u00e9miurge qui donnait \u00e0 la mati\u00e8re informe et \u00e9ternelle les formes diverses et successives et qui imposait l&rsquo;ordre \u00e0 ce d\u00e9sordre primitif D\u00e9miurge est le terme par lequel Platon, dans le Tim\u00e9e, d\u00e9signe le dieu fabricateur de l&rsquo;univers. Le m\u00eame mot avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 pris comme terme de comparaison par Socrate en parlant de la fabrication du corps humain. Le D\u00e9miurge, ce n&rsquo;est pas le Cr\u00e9ateur, mais le Fabricateur supr\u00eame. Dans la cosmogonie babylonienne, il y avait deux principes antagonistes et co-\u00e9ternels, le Chaos et le dieu D\u00e9miurge. La Bible refuse cat\u00e9goriquement cette dualit\u00e9 des principes \u00e0 la source de la r\u00e9alit\u00e9 concr\u00e8te ainsi que le dualisme substantiel qui en r\u00e9sulte. Ce faisant, elle distingue radicalement la cr\u00e9ation et la fabrication. Saint Ir\u00e9n\u00e9e \u00e9crit \u00a0\u00bb\u00a0attribuer la mati\u00e8re des \u00eatres cr\u00e9\u00e9s \u00e0 la puissances et \u00e0 la volont\u00e9 du Dieu de toutes choses, c&rsquo;est croyable, admissible et coh\u00e9rent. C&rsquo;est ici qu&rsquo;on peut dire avec raison : \u00a0\u00bb\u00a0Ce qui est impossible aux hommes est possible \u00e0 Dieu\u00a0\u00a0\u00bb (citation de Luc 18\/27). Les hommes ne peuvent pas faire quelque chose de rien, mais seulement \u00e0 partir d&rsquo;une mati\u00e8re pr\u00e9alable ; Dieu l&#8217;emporte sur les hommes en ceci d&rsquo;abord qu&rsquo;il pose lui-m\u00eame la mati\u00e8re de son ouvrage alors qu&rsquo;elle n&rsquo;existait pas auparavant\u00a0\u00a0\u00bb (Ir\u00e9n\u00e9e de Lyon Contre les h\u00e9r\u00e9sies. D\u00e9nonciation de la gnose au nom menteur II, 10, 4 Trad. fr\u00e7se. par A. Rousseau Ed. du Cerf, Paris, 1984 p.166) . L&rsquo;homme est homo faber. Et saint Ir\u00e9n\u00e9e nous fait saisir l&rsquo;identit\u00e9 qu\u2019il y a, dans le Credo, entre l&rsquo;affirmation que Dieu est tout-puissant et celle selon laquelle il est cr\u00e9ateur. Ici encore, science et foi chr\u00e9tienne ne doivent pas \u00eatre oppos\u00e9es. L&rsquo;id\u00e9e d\u2019une \u00e9ternit\u00e9 de la mati\u00e8re n\u2019est pas une v\u00e9rit\u00e9 relevant de la connaissance scientifique, mais un postulat d&rsquo;origine philosophique et religieuse. On ne voit pas en quoi cette id\u00e9e serait plus rationnelle &#8212; coh\u00e9rente, dit saint Ir\u00e9n\u00e9e &#8212; que l&rsquo;id\u00e9e de cr\u00e9ation ex nihilo. Alors que la science moderne et contemporaine nous enseigne que toutes les r\u00e9alit\u00e9s visibles commencent \u00e0 un moment donn\u00e9 du devenir de l&rsquo;univers &#8212; il y eut un moment o\u00f9 la terre a commenc\u00e9, o\u00f9 la vie a commenc\u00e9, o\u00f9 les poissons ont commenc\u00e9, etc&#8230; &#8212; on ne voit pas en quoi il serait anti scientifique de consid\u00e9rer que la mati\u00e8re primitive elle-m\u00eame a commenc\u00e9. Le conflit ne r\u00e9side pas entre la Science et la foi chr\u00e9tienne, mais entre la foi chr\u00e9tienne et la vision du monde des Grecs de l&rsquo;Antiquit\u00e9, des anciens babyloniens et du rationalisme et de l&rsquo;ath\u00e9isme modernes et contemporains.<\/p>\n<p>Et l&rsquo;id\u00e9e que la mati\u00e8re est \u00e9ternelle signifiait pour les Grecs que la mati\u00e8re est \u00e9galement incorruptible. C&rsquo;est ainsi que, pour Aristote, les astres sont indestructibles aussi bien qu&rsquo;\u00e9ternels. Le cosmos apparaissait aux Grecs de l&rsquo;Antiquit\u00e9 comme la r\u00e9alit\u00e9 consistante par excellence, immobile \u00e0 sa place ou bien tournant sur soi-m\u00eame, \u00e9ternellement pareille \u00e0 elle-m\u00eame. Pour la Bible, au contraire, seul Iahv\u00e9 est la R\u00e9alit\u00e9 consistante par excellence. D\u00e8s la premi\u00e8re page de la Bible, les astres qu&rsquo;on adorait dans tout le Moyen-Orient de l&rsquo;\u00e9poque, \u00e0 Babylone, en Canaan, comme en Egypte, sont d\u00e9chus du rang divin : \u00a0\u00bb\u00a0Dieu fit les deux grands luminaires, le grand luminaire pour pr\u00e9sider au jour\u00a0\u00a0\u00bb (en Egypte, il \u00e9tait ador\u00e9 sous le nom de R\u00e2 ou R\u00ea), le petit luminaire pour pr\u00e9sider \u00e0 la nuit\u00a0\u00a0\u00bb (chez les Ph\u00e9niciens et en Chald\u00e9e, on l&rsquo;adorait sous le nom d&rsquo;Astart\u00e9, d\u2019Astaroth, d\u2019Astar ou encore d&rsquo;Ishtar), et aussi les \u00e9toiles\u00a0\u00a0\u00bb (Gn 1\/16). Et si l\u2019univers tout entier a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 ex nihilo, il peut tout aussi bien \u00eatre annihil\u00e9 par le Cr\u00e9ateur tout-puissant. La Bible affirme un commencement du monde. \u00a0\u00bb\u00a0Au commencement, Dieu cr\u00e9a le ciel et la terre\u00a0\u00a0\u00bb et aussi une fin de ce monde, une consommation de l\u2019Univers en un paroxysme o\u00f9 il sera transform\u00e9 et renouvel\u00e9, la fin du monde dont parle Mt. 24, 3. La fin du monde, c&rsquo;est l&rsquo;ach\u00e8vement de la gen\u00e8se, c&rsquo;est l&rsquo;accomplissement de la cr\u00e9ation. Pour la Sainte Ecriture, la r\u00e9alit\u00e9 mat\u00e9rielle n&rsquo;a pas cette indestructible solidit\u00e9, ce caract\u00e8re inamovible qui tient, dans le cosmos grec antique, \u00e0 son \u00e9ternit\u00e9. Affirmer que le Dieu en lequel nous croyons est le Cr\u00e9ateur, c&rsquo;est dire que l&rsquo;Univers physique (toutes les r\u00e9alit\u00e9s visibles) n&rsquo;est pas ce qu&rsquo;il y a de plus solide, ni de plus consistant. \u00a0\u00bb\u00a0Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront pas\u00a0\u00ab\u00a0, affirme J\u00e9sus en Mt. 24, 35. Jamais un Grec de l&rsquo;Antiquit\u00e9 n&rsquo;e\u00fbt os\u00e9 dire cela. Le seul qui soit le Rocher in\u00e9branlable, la Consistance, c&rsquo;est Iahv\u00e9, le Dieu unique, le Cr\u00e9ateur du ciel et de la terre. Remarquons au passage qu&rsquo;en disant ce qu&rsquo;il dit en Mt. 24, 35, J\u00e9sus affirme de mani\u00e8re \u00e0 peine voil\u00e9e, pour qui conna\u00eet bien sa Bible (et ses adversaires scribes, pharisiens et sadduc\u00e9ens la connaissaient bien !) sa divinit\u00e9, sa myst\u00e9rieuse identit\u00e9 avec le Dieu d&rsquo;Isra\u00ebl, ce qui, pour les docteurs et les officiels du Juda\u00efsme \u00e9tait inou\u00ef, impie et tout \u00e0 fait inadmissible.<\/p>\n<p><b>&#8230; qu&rsquo;invisibles.<\/b><\/p>\n<p>Le Credo ne se contente pas d&rsquo;affirmer que Dieu est le cr\u00e9ateur des galaxies et des macromol\u00e9cules. Il est tout autant celui des r\u00e9alit\u00e9s invisibles. Le texte grec emploie le neutre pluriel (oraton t\u00e9 panton k\u00e9 aoraton) qu&rsquo;il ne faut pas rendre en fran\u00e7ais par choses, mais par r\u00e9alit\u00e9s. En effet, un c\u00e8dre, a fortiori un chien, et surtout le corps humain ne sont pas des choses. Encore moins peut-on parler de choses invisibles si, par l\u00e0 on entend d\u00e9signer le fait que le Dieu auquel nous croyons est le Cr\u00e9ateur des personnes humaines et des anges, donc des r\u00e9alit\u00e9s spirituelles. C&rsquo;est Dieu qui, en le cr\u00e9ant \u00e0 l&rsquo;image de son Fils, a mis dans le c\u0153ur de l&rsquo;homme le fait de pr\u00e9f\u00e9rer mourir plut\u00f4t que de continuer \u00e0 vivre en ayant perdu les raisons de vivre, la passion de la justice, le sens de l&rsquo;honneur, la capacit\u00e9 d&rsquo;aimer. Il est particuli\u00e8rement important de remarquer que Dieu est ainsi le Cr\u00e9ateur de la libert\u00e9 de l&rsquo;homme. Dieu n&rsquo;est pas la cause efficiente de la libert\u00e9 humaine comme si celle-ci \u00e9tait un objet, une chose. Il en est plut\u00f4t la Source vivifiante. C&rsquo;est ce qu&rsquo;ont oubli\u00e9 les chr\u00e9tiens lorsqu&rsquo;ils ont compris la pr\u00e9destination sur le mode du d\u00e9terminisme. Le Dieu cr\u00e9ateur des r\u00e9alit\u00e9s invisibles n&rsquo;est pas cette sorte d\u2019espion c\u00e9leste dont l&rsquo;omnipotence et l&rsquo;omniscience r\u00e9duiraient n\u00e9cessairement l&rsquo;histoire des hommes \u00e0 un jeu de marionnettes. Il y a une mani\u00e8re d&rsquo;attribuer \u00e0 Dieu une omniscience int\u00e9grale qui ne laisse aucune place au surgissement de la libert\u00e9 humaine. On se repr\u00e9sente l&rsquo;omniscience divine comme une science humaine dilat\u00e9e \u00e0 l&rsquo;infini et ce Dieu omniscient-l\u00e0 transforme en quelque sorte le temps en espace, pose des questions mais conna\u00eet d&rsquo;avance les r\u00e9ponses, semble dialoguer avec l&rsquo;homme, mais ne parle en somme qu&rsquo;\u00e0 lui-m\u00eame conna\u00eet d\u00e9j\u00e0 l&rsquo;avenir d&rsquo;une connaissance contraignante (Olivier Cl\u00e9ment Dionysos et le Ressuscit\u00e9, in Evangile et r\u00e9volution, Ed du Centurion, 1968, p.83) et qui ne laisse pas la moindre place \u00e0 la libert\u00e9 humaine. Les th\u00e9ologies d\u00e9terministes de la pr\u00e9destination sont tout simplement pass\u00e9es \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du fait qui constitue l&rsquo;essence m\u00eame du christianisme, \u00e0 savoir que, de toute \u00e9ternit\u00e9, Dieu est Amour (1Jn 4\/8 et 16) et qu&rsquo;en cons\u00e9quence lorsqu&rsquo;il cr\u00e9e l&rsquo;homme capable de libert\u00e9, il devient le Mendiant d&rsquo;amour frappant \u00e0 la porte du c\u0153ur de l&rsquo;homme. Paul Evdokimov a pu parler excellemment de \u00a0\u00bb\u00a0la faiblesse du Dieu tout-puissant\u00a0\u00a0\u00bb (P. Evdokimov. L\u2019amour fou de Dieu, Paris Ed. du Seuil, 1973, p.35). Parce qu&rsquo;il est Amour le Cr\u00e9ateur tout-puissant se veut, par \u00a0\u00bb\u00a0manikos eros\u00a0\u00ab\u00a0, par amour fou de l&rsquo;homme, impuissant devant la libert\u00e9 qu&rsquo;a l&rsquo;homme de se refuser \u00e0 l&rsquo;\u00e9treinte divine. \u00a0\u00bb\u00a0La voix de Dieu est silencieuse, elle exerce une pression infiniment l\u00e9g\u00e8re, jamais irr\u00e9sistibles\u00a0\u00a0\u00bb (P.Evdokimov. op.cit. p.31).<\/p>\n<p>Pour conclure notre commentaire de cette premi\u00e8re partie du Credo sur Dieu le P\u00e8re, il faut encore remarquer que l&rsquo;acte divin cr\u00e9ateur n&rsquo;est pas un acte du pass\u00e9, que Dieu aurait pos\u00e9 une fois pour toutes, laissant ensuite l\u2019Univers suivre son cours inexorable. Dieu ne cesse pas d&rsquo;\u00eatre cr\u00e9ateur. Dieu cr\u00e9e chaque fois qu&rsquo;un homme et une femme procr\u00e9ent, chaque fois que l&rsquo;homme pose un acte de libert\u00e9 dont Dieu est la Source. Que si Dieu venait \u00e0 d\u00e9tourner son regard du monde ne serait-ce qu&rsquo;une seconde, le monde retournerait au n\u00e9ant. Aux juifs qui lui reprochent d&rsquo;avoir op\u00e9r\u00e9 une gu\u00e9rison un jour de shabbat, J\u00e9sus r\u00e9torque \u00a0\u00bb\u00a0mon P\u00e8re travaille toujours\u00a0\u00a0\u00bb (Jn 5\/17). Il veut signifier par l\u00e0 le fait que si le shabbat a \u00e9t\u00e9 \u00e9tabli en Isra\u00ebl comme une imitation du repos divin apr\u00e8s la cr\u00e9ation (cf. Gn 2\/1-3\u00a0; Ex 20\/11\u00a0et 31\/17) il n&rsquo;en reste pas moins qu&rsquo;en Dieu il n&rsquo;y a rien de successif, Dieu ne cesse pas de cr\u00e9er et d&rsquo;agir, de m\u00eame qu&rsquo;il ne cesse pas d&rsquo;\u00eatre en repos. Autrement il ne serait pas le Dieu vivant. \u00a0\u00bb\u00a0Mon P\u00e8re agit jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent\u00a0\u00a0\u00bb signifie : Mon P\u00e8re continue \u00e0 agir, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00e0 cr\u00e9er. En Gn. 1, 1, l&rsquo;h\u00e9breu et le grec ne disent pas : Au commencement\u2026 mais \u00a0\u00bb\u00a0en un commencement, Dieu cr\u00e9a le ciel et la terre\u00a0\u00ab\u00a0. En effet, il s&rsquo;agit d&rsquo;un commencement dans lequel Dieu cr\u00e9e l&rsquo;Univers, mais non de l&rsquo;unique commencement. Maintenant aussi se produisent une multiplicit\u00e9 de commencements. L&rsquo;Univers tout entier ne cesse de commencer, chaque fois que na\u00eet un enfant, un animal, chaque fois que surgit d&rsquo;un bourgeon une fleur. Chaque instant de la dur\u00e9e marque un commencement. Le temps toujours nouveau, toujours vierge signifie que la cr\u00e9ation ne cesse pas de s&rsquo;effectuer. Lorsque, dans Le Cimeti\u00e8re marin, Paul Val\u00e9ry s&rsquo;\u00e9crie \u00a0\u00bb\u00a0La mer, la mer toujours recommenc\u00e9e\u00a0\u00ab\u00a0, il ne faut pas r\u00e9duire l&rsquo;express\u00eeon \u00e0 une allusion \u00e0 l&rsquo;immensit\u00e9 spatiale de la M\u00e9diterran\u00e9e. Il faut y voir plut\u00f4t une allusion au fait que, pour un artiste, un peintre, un po\u00e8te, la mer n&rsquo;est jamais la m\u00eame : il y a la mer le matin, il y a la mer \u00e0 midi, il y a la mer le soir, il y a la mer aujourd&rsquo;hui, qui n&rsquo;est pas celle d&rsquo;hier ni celle de demain. Quand la cr\u00e9ation sera parvenue \u00e0 son ach\u00e8vement, il n&rsquo;y aura plus de temps, tout comme il n&rsquo;y en avait pas avant la cr\u00e9ation. Le temps est n\u00e9 avec le monde cr\u00e9\u00e9 et s&rsquo;ach\u00e8vera avec lui. Le temps de la cr\u00e9ation est enracin\u00e9 dans l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 d&rsquo;o\u00f9 il proc\u00e8de par la libert\u00e9 du Cr\u00e9ateur aimant follement ses cr\u00e9atures, mais il porte sa cime et d\u00e9pose ses fruits dans le sein de l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 o\u00f9 il s&rsquo;ach\u00e8ve en s&rsquo;accomplissant, par exc\u00e8s de pl\u00e9nitude. Pr\u00e9sentement, nous vivons entre le commencement et la fin, dans le r\u00e9gime provisoire de la dur\u00e9e cr\u00e9atrice, inachev\u00e9e, en marche vers le Royaume qui ne passera pas. Rien de ce qui sera advenu \u00e0 l&rsquo;\u00eatre au sein de la cr\u00e9ation ne sera perdu. Rien ne sera \u00e9vacu\u00e9 de la saveur du monde &#8212; &#8230; et Dieu vit que cela \u00e9tait bon&#8230; rudement bon &#8211;. Au contraire, dans le Royaume, tout sera port\u00e9 \u00e0 sa pl\u00e9nitude. Au moment de passer de ce monde dans l&rsquo;autre, J\u00e9sus ne dit pas \u00e0 ses disciples qu&rsquo;il ne boira jamais plus du fruit de la vigne mais plut\u00f4t \u00a0\u00bb\u00a0Je vous le dis, je ne boirai plus d\u00e9sormais de ce produit de la vigne jusqu&rsquo;\u00e0 ce jour o\u00f9 j&rsquo;en boirai du nouveau avec vous, dans le Royaume de mon P\u00e8re\u00a0\u00a0\u00bb (Mt 26\/29).<\/p>\n<p><b>Et en un seul Seigneur&#8230;<\/b><\/p>\n<p>Du P\u00e8re le Credo affirme qu&rsquo;il est Dieu. Du Fils il dit ensuite qu&rsquo;il est Seigneur. Est-ce \u00e0 dire que le Fils n&rsquo;est pas Dieu ? Aucunement. Le mot qu&rsquo;en fran\u00e7ais nous traduisons par Seigneur est kurios(Kyrios). Si peu hell\u00e9niste qu&rsquo;ils soient, tous les orthodoxes &#8212; et nagu\u00e8re encore tous les catholiques &#8212; supplient le Dieu tri-unique en lui disant : kurie eleison(Kyrie eleison ), ce qui veut dire : Seigneur, aie piti\u00e9 ( de nous ). Dans la Bible grecque, kurioV rend syst\u00e9matiquement IHVH, le t\u00e9tragramme sacr\u00e9, Iahv\u00e9, Adona\u00ef. Lorsqu&rsquo;en Mt. 22, 43, citant le psaume 110, 1 &#8212; Le Seigneur a dit \u00e0 mon Seigneur : \u00ab\u00a0Si\u00e8ge \u00e0 ma droite&#8230; \u00a0\u00bb &#8212; J\u00e9sus s&rsquo;applique \u00e0 lui-m\u00eame le titre de Seigneur, laissant ainsi soup\u00e7onner sa nature divine. Et l&rsquo;Eglise primitive utilisera le m\u00eame psaume pour proclamer la seigneurie, C&rsquo;est-\u00e0-dire la divinit\u00e9 du Christ ressuscit\u00e9 (cf. Ac 2, 34 ; Ro 10, 9 ; 1Co 12, 3 ; Col 12, 6). En confessant la seigneurie de J\u00e9sus Christ, le Credo de l&rsquo;Eglise exprime, \u00e0 la suite de saint Paul, sa conviction qu&rsquo;en inaugurant par sa mort et sa r\u00e9surrection le Royaume de Dieu, et en recevant de son P\u00e8re c\u00e9leste la souverainet\u00e9 supr\u00eame, le Christ est devenu le Seigneur des Seigneurs, reconnu par l&rsquo;univers tout entier et infiniment sup\u00e9rieur aux pr\u00e9tendus kurioi que sont les empereurs. \u00abPoss\u00e9dant forme (le Dieu, le Christ J\u00e9sus n&rsquo;a pas regard\u00e9 comme une pr\u00e9rogative d&rsquo;\u00eatre \u00e9gal \u00e0 Dieu, mais il s&rsquo;est an\u00e9anti en prenant forme d&rsquo;esclave, en devenant pareil aux hommes. Et quand il a eu figure humaine, il s&rsquo;est abaiss\u00e9 \u00e0 ob\u00e9ir jusqu&rsquo;\u00e0 mourir et mourir en croix. Aussi Dieu exalt\u00e9 et lui a-t-il accord\u00e9 le Nom qui est au-dessus de tout nom, pour qu&rsquo;au Nom de J\u00e9sus, tout genou plie, dans les cieux, sur terre et sous terre, et que toute langue confesse que J\u00e9sus Chrisl est Seigneur, \u00e0 la gloire de Dieu le P\u00e8re\u00bb (Ph 2, 5-11).<\/p>\n<p><b>&#8230; J\u00e9sus &#8230;<\/b><\/p>\n<p>Le fran\u00e7ais J\u00e9sus est une transcription de l&rsquo;h\u00e9breu I\u00e9shoua, nom propre signifiant Iahv\u00e9 est salutaire, Iahv\u00e9 sauve. Avant J\u00e9sus de Nazareth, ce nom fut port\u00e9 par de nombreux Isra\u00e9lites, notamment par le fils de Nun ( Josu\u00e9 ), auxiliaire de Mo\u00efse durant la marche au d\u00e9sert (cf Nb 13, 8 et 16 et 32, 28 ; Ex 17, 8-16 et 24, 3) et par le grand pr\u00eatre Josu\u00e9 (Za 3, 1) et par le Siracide (Si 50, 27cf \u00e9galement IIChr 31, 15 ; Ichr 24, 11 et Esdr 3, 9). Dans le Nouveau Testament, ce nom est \u00e9galement port\u00e9 par J\u00e9sus Barabbas, tout au moins selon de bons manuscrits qui d\u00e9signent ainsi le brigand dont il est question en Mc. 15, 7 et Lc. 23, 18-19. Mais ces manuscrits n&rsquo;ont pas \u00e9t\u00e9 suivis tr\u00e8s certainement par respect pour le Christ. Dans l&rsquo;\u00e9p\u00eetre Aux Colossiens, il est question d&rsquo;un J\u00e9sus surnomm\u00e9 Justus, collaborateur de St. Paul (Col 4, 11). Dans le christianisme seuls les Espagnols ont os\u00e9 donner ce nom \u00e0 des cat\u00e9chum\u00e8nes. Mais, quand les Corses ou les Grecs appellent un homme Sauveur, ils lui donnent un nom qui a le m\u00eame sens que J\u00e9sus. Dans le r\u00e9cit du songe de Joseph en Mt. 1, 21 l&rsquo;auteur du premier Evangile se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 l&rsquo;\u00e9tymologie du nom J\u00e9sus lorsqu&rsquo;il fait dire \u00e0 l&rsquo;ange &#8230; Elle enfantera un fils et tu lui donneras le nom de J\u00e9sus, car il sauvera (autoV gar swsei) son peuple de leurs p\u00e9ch\u00e9s. J\u00e9sus est annonc\u00e9 \u00e0 Joseph comme le Sauveur, non point des oppresseurs \u00e9trangers, mais de ses p\u00e9ch\u00e9s.<\/p>\n<p><b>&#8230; Christ&#8230;<\/b><\/p>\n<p>Avant de devenir, dans le christianisme, un nom propre, ce mot a d\u00e9sign\u00e9 une fonction. C&rsquo;est la transcription du mot grec CristoV (Christos), lui-m\u00eame traduction du mot h\u00e9breu mashiah, devenu en fran\u00e7ais messie. En grec, Christos signifie : oint, enduit, graiss\u00e9, qui a re\u00e7u l&rsquo;onction d&rsquo;huile sainte. Cet adjectif &#8212; car c&rsquo;est un adjectif avant d&rsquo;\u00eatre un substantif &#8212; vient du verbe criw ( chri\u00f4 ) qui signifie : oindre, notamment pour consacrer. Dans l&rsquo;Ancien Testament, les rois d&rsquo;Isra\u00ebl \u00e9taient consacr\u00e9s par une onction d&rsquo;huile sainte signifiant que leur fonction royale faisait d&rsquo;eux les lieutenants de Iahv\u00e9 en Isra\u00ebl. Apr\u00e8s l&rsquo;exil, la royaut\u00e9 ayant disparu, on se mit \u00e0 oindre le Grand Pr\u00eatre qui \u00e9tait devenu le chef de la communaut\u00e9 isra\u00e9lite. J\u00e9sus fut baptis\u00e9 par Jean dans le Jourdain, mais il ne re\u00e7ut aucune onction d&rsquo;huile. Et pourtant, les chr\u00e9tiens le consid\u00e8rent comme l&rsquo;Oint par excellence. C&rsquo;est que J\u00e9sus Christ est essentiellement celui sur lequel, de toute \u00e9ternit\u00e9 &#8212; avant tous les si\u00e8cles &#8212; repose la pl\u00e9nitude du saint Esprit qui proc\u00e8de du P\u00e8re. Dans la synagogue de Nazareth, J\u00e9sus lit le texte d&rsquo;Is. 6 1, 1 sq. : L&rsquo;Esprit du Seigneur est sur moi.. Or, il a la pr\u00e9tention &#8212; absolument exorbitante pour ses auditeurs ! &#8212; de s&rsquo;appliquer le texte \u00e0 lui-m\u00eame. A la fin, tous dans la synagogue furent remplis de col\u00e8re, et s&rsquo;\u00e9tant lev\u00e9s ils le pouss\u00e8rent hors de la ville et le conduisirent jusqu&rsquo;au sommet de la colline sur laquelle leur ville \u00e9tait b\u00e2tie, pour le pr\u00e9cipiter (Lc 4, 28-29). Cette fois-l\u00e0, J\u00e9sus \u00e9chappa \u00e0 la mort. Mais nous savons que l&rsquo;Acte V de la trag\u00e9die sera le Vendredi saint. Or, si J\u00e9sus fut mis \u00e0 mort, ce ne fut pas parce qu&rsquo;il pr\u00e9tendit \u00eatre le Messie attendu depuis si longtemps et avec quelle impatience par Isra\u00ebl, mais essentiellement parce qu&rsquo;il pr\u00e9tendit \u00eatre le Messie d&rsquo;une mani\u00e8re totalement inattendue pour les Juifs. J\u00e9sus est mort d&rsquo;avoir os\u00e9 s&rsquo;affirmer comme Messie oint par le P\u00e8re d&rsquo;une mani\u00e8re telle qu&rsquo;elle faisait de lui le R\u00e9ceptacle \u00e9ternel de l&rsquo;Esprit, et, en cons\u00e9quence, son Dispensateur unique et incontournable ici-bas, parmi les hommes.<\/p>\n<p><b>&#8230; le Fils de Dieu, son unique-engendr\u00e9, n\u00e9 du P\u00e8re avant tous les si\u00e8cles.<\/b><\/p>\n<p>On se contente, dans toutes nos traductions en fran\u00e7ais, de rendre le mot grec monogenhV (monog\u00e9n\u00e8se), par Fils unique. Le grec est beaucoup plus pr\u00e9cis : il s&rsquo;agit du Fils unique engendr\u00e9. Ce n&rsquo;est pas un pl\u00e9onasme. En effet, si un couple adopte un. enfant, ce dernier sera l\u00e9galement, juridiquement et surtout affectivement fils mais non pas engendr\u00e9 : si vous adoptez un asiatique ou un africain, tout le monde le consid\u00e8rera comme votre fils, vous-m\u00eame l&rsquo;aimerez autant que vos autres enfants, si vous en avez d\u00e9j\u00e0, mais il sautera aux yeux de tout le monde que cet enfant n&rsquo;est pas biologiquement votre fils ! Le Credo de l&rsquo;Eglise affirme que de toute \u00e9ternit\u00e9 Dieu est P\u00e8re d&rsquo;un Fils qu&rsquo;il engendre en lui communiquant toute sa Puissance vitale de P\u00e8re &#8212; c&rsquo;est-\u00e0-dire l&rsquo;Esprit saint dont il sera question dans la troisi\u00e8me partie &#8212; et que, lorsque ce Fils co\u00e9ternel \u00e0 lui est devenu l&rsquo;un des hommes, il fut encore son unique P\u00e8re au plan de la g\u00e9n\u00e9ration biologique humaine : J\u00e9sus de Nazareth est le fils biologique de la vierge Marie, mais il n&rsquo;est pas le fils engendr\u00e9 de Joseph, il n&rsquo;en est que son fils adoptif. L&rsquo;homme J\u00e9sus \u00e9tant la m\u00eame personne que le Fils co\u00e9ternel au P\u00e8re, il n&rsquo;a pu avoir qu&rsquo;un P\u00e8re ici-bas, celui qui est dans les cieux.<\/p>\n<p>Dans les Evangiles, J\u00e9sus nous demande de nous adresser \u00e0 Dieu en lui disant : Notre P\u00e8re&#8230; Il dit Mon P\u00e8re. Mais il ne dit jamais Notre P\u00e8re en se comptant lui-m\u00eame avec ses disciples. Apr\u00e8s sa r\u00e9surrection, il dit \u00e0 Marie de Magdala en Jn. 20, 17: &#8230; va trouver mes fr\u00e8res et dis-leur : je monte vers mon P\u00e8re et votre P\u00e8re, vers mon Dieu et votre Dieu. Et d&rsquo;ailleurs, tout au long des quatre Evangiles nous voyons bien que le regard que les disciples avaient sur la personnalit\u00e9 si myst\u00e9rieuse de J\u00e9sus, les laissait p\u00e9n\u00e9tr\u00e9s de crainte et de respect. Certes, ils avaient aupr\u00e8s de lui chaud au c\u0153ur, d&rsquo;une mani\u00e8re que ni un ami, ni une femme, ni leurs parents, ni leurs vignes ni leurs figuiers ne leur avaient jamais laiss\u00e9 pressentir. Mais ce n&rsquo;\u00e9tait pas de la camaraderie. Ils avaient besoin de lui, un besoin de toute l&rsquo;\u00e2me; il parlait tr\u00e8s fortement \u00e0 tout ce que leur \u00eatre fruste avait de meilleur, de cet Autre obscur qu&rsquo;attend secr\u00e8tement tout homme. Mais lui n&rsquo;avait nul besoin d&rsquo;eux. Il y avait un plan de son \u00eatre o\u00f9 ils ne p\u00e9n\u00e9traient pas. Du c\u00f4t\u00e9 de la terre, il \u00e9tait seul, myst\u00e9rieusement seul. Mais il ne l&rsquo;\u00e9tait pas du c\u00f4t\u00e9 de Dieu, du c\u00f4t\u00e9 de celui qu&rsquo;il appelait, avec un accent \u00e9trange et qui n&rsquo;\u00e9tait qu&rsquo;\u00e0 lui, son P\u00e8re.<\/p>\n<p><b>Lumi\u00e8re issue de la Lumi\u00e8re, Dieu v\u00e9ritable issu du Dieu v\u00e9ritable&#8230;<\/b><\/p>\n<p>En Jn 8, 12, J\u00e9sus affirme Moi, je suis la Lumi\u00e8re du monde. A l&rsquo;office des v\u00eapres, l&rsquo;Eglise chante : Lumi\u00e8re joyeuse de la sainte gloire du P\u00e8re immortel, c\u00e9leste, saint et bienheureux, \u00f4 J\u00e9sus Christ !J\u00e9sus Christ est la Lumi\u00e8re du monde, c&rsquo;est-\u00e0-dire des hommes, en ce sens tr\u00e8s pr\u00e9cis qu&rsquo;il est le R\u00e9v\u00e9lateur du P\u00e8re et le Dispensateur de l&rsquo;Esprit que, de toute \u00e9ternit\u00e9, il re\u00e7oit de son P\u00e8re. En cr\u00e9ant le monde et les hommes, le P\u00e8re c\u00e9leste a r\u00e9pandu dans sa cr\u00e9ation comme dans le c\u0153ur de tout homme, la Lumi\u00e8re et la Vie dont le P\u00e8re comble de toute \u00e9ternit\u00e9 son Fils en lui faisant le don de son saint Esprit. Le Fils est le Mod\u00e8le divin dont le P\u00e8re reproduit quelques traits, quelques p\u00e2les reflets en chaque r\u00e9alit\u00e9 qu&rsquo;il cr\u00e9e. Le P\u00e8re des lumi\u00e8res r\u00e9pand la splendeur infinie de son \u00eatre en son Fils, et de son Fils, par le prisme de l&rsquo;acte cr\u00e9ateur, il fait sortir des \u00eatres qui tous participent de quelque mani\u00e8re \u00e0 la lumi\u00e8re, \u00e0 la beaut\u00e9, \u00e0 la gloire de l&rsquo;Etre unique, mais ne peuvent en \u00eatre qu&rsquo;un aspect fini, limit\u00e9. Toute r\u00e9alit\u00e9 cr\u00e9\u00e9e est le reflet du Fils unique-engendr\u00e9. Toute r\u00e9alit\u00e9 cr\u00e9\u00e9e est l&rsquo;image du P\u00e8re, un fragment de l&rsquo;ic\u00f4ne du P\u00e8re qu&rsquo;est le Fils unique-engendr\u00e9. Toute r\u00e9alit\u00e9 cr\u00e9\u00e9e &#8212; le corps d&rsquo;une femme, la musique de Mozart, les montagnes de Corse dans le soleil de juillet &#8212; r\u00e9pand quelque chose de la Lumi\u00e8re v\u00e9ritable qu&rsquo;est le P\u00e8re r\u00e9verb\u00e9r\u00e9e en son Fils. Et, en ce qui nous concerne nous, les \u00eatres humains, tout notre \u00eatre personnel n&rsquo;a de signification que pour \u00eatre plong\u00e9 un jour totalement dans la Vie divine qui est lumi\u00e8re, pour \u00eatre immerg\u00e9 dans la Vie divine qu&rsquo;est l&rsquo;Esprit saint et qui jaillit de la g\u00e9n\u00e9ration du Fils unique-engendr\u00e9 par le P\u00e8re. La Vie \u00e9tait Lumi\u00e8re des hommes, dit le Prologue du quatri\u00e8me Evangile. \u00abEt la Lumi\u00e8re dans la t\u00e9n\u00e9bre brille\u00bb (Jn 1, 4-5).<\/p>\n<p><b>&#8230; engendr\u00e9, non cr\u00e9\u00e9&#8230;<\/b><\/p>\n<p>C&rsquo;est \u00e0 cause de l&rsquo;h\u00e9r\u00e9sie d&rsquo;Arius que l&rsquo;Eglise a \u00e9t\u00e9 amen\u00e9e \u00e0 formuler sa foi en Christ en op\u00e9rant cette distinction fondamentale entre engendr\u00e9 et cr\u00e9\u00e9. Originaire de Libye, Arius ( 256-336 ) re\u00e7ut sa formation th\u00e9ologique \u00e0 Antioche. D&rsquo;Antioche, il se rendit \u00e0 Alexandrie o\u00f9 il fut ordonn\u00e9 diacre puis pr\u00eatre. A partir de l&rsquo;an 318 environ, il se mit \u00e0 provoquer de nombreuses discussions, en raison d&rsquo;une doctrine th\u00e9ologique individuelle qu&rsquo;il proposait dans ses hom\u00e9lies comme la foi de l&rsquo;Eglise.<\/p>\n<p>A la base de la th\u00e9ologie d&rsquo;Arius se trouve un postulat qui, d\u00e8s le d\u00e9part, l&#8217;emp\u00eachait de saisir la v\u00e9ritable relation unissant Dieu le P\u00e8re et Dieu le Fils. Ce postulat \u00e9tait que la divinit\u00e9 devait non seulement \u00eatre incr\u00e9\u00e9e, mais aussi agennhtoV ( agenn\u00e8tos ), inengendr\u00e9e. Il s&rsquo;ensuivait que le Fils ne peut \u00eatre vraiment Dieu. Il n&rsquo;est que la premi\u00e8re des cr\u00e9atures deDieu et, comme elles toutes, il fut tir\u00e9 du n\u00e9ant, et non point de la substance m\u00eame du P\u00e8re. Aussi diff\u00e8re-t-il essentiellement de lui, Il y eut un temps, selon Arius, o\u00f9 le Fils n&rsquo;existait pas. Il est le Fils de Dieu au sens moral du terme, mais non pas au sens m\u00e9taphysique. C&rsquo;est improprement qu&rsquo;on lui d\u00e9cerne le titre de Dieu, car l&rsquo;unique Dieu v\u00e9ritable, le P\u00e8re, l&rsquo;a adopt\u00e9 comme fils. De cette filiation par adoption ne r\u00e9sulte aucune participation effective \u00e0 la divinit\u00e9 du P\u00e8re, aucune v\u00e9ritable ressemblance avec celle-ci. Le Fils occupe une place interm\u00e9diaire entre le monde et Dieu le P\u00e8re qui l&rsquo;a cr\u00e9\u00e9 pour en faire l&rsquo;instrument de sa cr\u00e9ation. Le saint Esprit est encore moins divin que le Fils. Le Fils est devenu J\u00e9sus de Nazareth en ce sens qu&rsquo;il a rempli en J\u00e9sus la fonction de l&rsquo;\u00e2me.\u2028Mais si J\u00e9sus de Nazareth n&rsquo;est pas Dieu, c&rsquo;est tout l&rsquo;\u00e9difice chr\u00e9tien qui s&rsquo;effondre comme un ch\u00e2teau de cartes. Car enfin, toute la nouveaut\u00e9 du christianisme par rapport \u00e0 toutes les autres religions, consiste \u00e0 affirmer que l&rsquo;humanit\u00e9 a \u00e9t\u00e9 atteinte et de part en part p\u00e9n\u00e9tr\u00e9e par la divinit\u00e9, qu&rsquo;elle a \u00e9t\u00e9 divinis\u00e9e. Si ce n&rsquo;est pas Dieu lui-m\u00eame qui, en la personne du Fils, est devenu l&rsquo;un des hommes, l&rsquo;homme n&rsquo;a aucune possibilit\u00e9 de devenir ce que Dieu est, d&rsquo;\u00eatre divinis\u00e9, d&rsquo;\u00eatre introduit dans l&rsquo;intimit\u00e9 m\u00eame de la vie divine. L&rsquo;homme ne peut \u00eatre atteint et rejoint par Dieu autrement que par Dieu le Fils devenu l&rsquo;un des hommes. L&rsquo;homme \u00e9tant un corps est rejoint corporellement par Dieu. L&rsquo;humanit\u00e9 est divinis\u00e9e par le seul fait que Dieu le Fils est entr\u00e9 en elle. Dans le corps humain de J\u00e9sus de Nazareth habite toute la pl\u00e9nitude de la divinit\u00e9 du P\u00e8re. Et si tout homme est sauv\u00e9, c&rsquo;est en ce sens que Dieu le Fils \u00e9tant r\u00e9ellement devenu corporellement l&rsquo;un des hommes, tout homme a pour destin\u00e9e, toute humaine existence a pour sens ultime de p\u00e9n\u00e9trer dans l&rsquo;intimit\u00e9 de l&rsquo;Acte g\u00e9n\u00e9rateur \u00e9ternel par lequel Dieu le P\u00e8re communique \u00e0 Dieu le Fils la pl\u00e9nitude de sa Vie divine de P\u00e8re, \u00e0 savoir Dieu le saint Esprit.<\/p>\n<p><b>consubstantiel au P\u00e8re&#8230;<\/b><\/p>\n<p>La plupart du temps, \u00e0 l&rsquo;heure actuelle, les chr\u00e9tiens traduisent tr\u00e8s mal ce passage du Credo en disant, au lieu de consubstantiel au P\u00e8re: de m\u00eame nature que le P\u00e8re. En effet, les milliards d&rsquo;hommes et de femmes que nous sommes fragmentent la nature humaine. Chacun de nous a plus ou moins de m\u00e9moire, d&rsquo;intelligence, de sant\u00e9, de vertu. Nous sommes plus ou moins des hommes, aucun de nous ne poss\u00e8de la pl\u00e9nitude de l&rsquo;humanit\u00e9. Seul J\u00e9sus de Nazareth a poss\u00e9d\u00e9 cette pl\u00e9nitude. Seul J\u00e9sus de Nazareth a \u00e9t\u00e9 un homme en pl\u00e9nitude parce qu&rsquo;il \u00e9tait pleinement Dieu. En J\u00e9sus de Nazareth nous a \u00e9t\u00e9 r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que Dieu seul est pleinement humain. J\u00e9sus de Nazareth fut plus pleinement, plus compl\u00e8tement humain que ne l&rsquo;avait cru Arius.<\/p>\n<p>Mais dire que l&rsquo;Un de la Trinit\u00e9 devenu l&rsquo;un des hommes \u00e9tait pleinement, totalement Dieu tout en \u00e9tant pleinement homme, et plus g\u00e9n\u00e9ralement dire que Dieu est simultan\u00e9ment trois personnes et un Dieu unique, c&rsquo;est dire que chacune des trois divines personnes est si totalement, si compl\u00e8tement, si pleinement Dieu que toutes trois r\u00e9unies ne constituent pas trois dieux mais un Dieu unique : chacune des trois personnes divines poss\u00e8de toute la nature divine.<\/p>\n<p><b>par l&rsquo;entremise de qui tout a \u00e9t\u00e9 fait.<\/b><\/p>\n<p>Le Credo cite ici le Prologue de l&rsquo;Evangile selon saint Jean qui, en son troisi\u00e8me verset, affirme au sujet du Fils: Tout fut fait par son entremise, et sans lui rien n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 fait de ce qui fut fait. Dieu le P\u00e8re tout-puissant a cr\u00e9\u00e9 le ciel et la terre, toutes les r\u00e9alit\u00e9s aussi bien visibles qu&rsquo;invisibles, par la m\u00e9diation de son Fils. Le Fils est, de toute \u00e9ternit\u00e9, le Miroir du P\u00e8re (l&rsquo;image du Dieu invisible) (Col 1, 15), c&rsquo;est pourquoi il en a \u00e9t\u00e9 ici-bas l&rsquo;unique R\u00e9v\u00e9lateur &#8211;. Il est donc comme la repr\u00e9sentation devant le P\u00e8re de toutes les possibilit\u00e9s infinies de r\u00e9alit\u00e9s que le P\u00e8re est en mesure de cr\u00e9er. Et en cr\u00e9ant ces r\u00e9alit\u00e9s, Dieu le P\u00e8re contemple le Mod\u00e8le de toutes choses en son Fils unique engendr\u00e9. Son Unique-engendr\u00e9 est, nous dit saint Paul dans son \u00e9p\u00eetre Aux Colossiens, le Premier-n\u00e9 de toute la cr\u00e9ation (Col 1, 15). L&rsquo;expression paulinienne n&rsquo;est pas sans \u00e9quivoque. En effet, faut-il comprendre que le Fils est le premier-n\u00e9 de toute cr\u00e9ature &#8212; ce que dirait volontiers Arius &#8211;, ou bien qu&rsquo;il est le premier-n\u00e9, le premier-engendr\u00e9 du P\u00e8re avant toute cr\u00e9ature ? St.Paul n&rsquo;est pas encore arriv\u00e9, ici, \u00e0 la pl\u00e9nitude de clart\u00e9 dans l&rsquo;expression du myst\u00e8re divin. Au contraire, saint Jean, dans son Prologue, a atteint cette pl\u00e9nitude. Le Fils est Dieu, il est le Miroir du P\u00e8re, le resplendissement de la gloire divine du P\u00e8re, la splendeur de sa substance. L&rsquo;admirable anaphore de saint Basile le Grand s&rsquo;adresse au P\u00e8re au sujet de son Fils en lui disant : \u00abIl est l&rsquo;Ic\u00f4ne de ta bont\u00e9, le Sceau qui le reproduit fid\u00e8lement. En lui-m\u00eame il montre que tu es son P\u00e8re. Il est la Parole vivante, Dieu v\u00e9ritable, la Sagesse d&rsquo;avant les si\u00e8cles, la Vie, la sanctification, la puissance, la Lumi\u00e8re v\u00e9ritable\u00bb. Et un peu plus loin la m\u00eame anaphore dit encore au P\u00e8re au sujet de son Fils : \u00abLorsque vint la pl\u00e9nitude des temps, c&rsquo;est par ton propre Fils que tu nous as parl\u00e9, par l&rsquo;entremise de qui tu as cr\u00e9\u00e9 les si\u00e8cles (c&rsquo;est-\u00e0-dire le monde). Lui qui, \u00e9tant resplendissement de ta gloire, et empreinte de ta r\u00e9alit\u00e9 personnelle, lui qui porte l&rsquo;univers par la puissance de sa Parole, il n&rsquo;a pas estim\u00e9 comme une pr\u00e9rogative d&rsquo;\u00eatre ton \u00e9gal, \u00f4 Dieu son P\u00e8re\u00bb. De toute \u00e9ternit\u00e9, Dieu le P\u00e8re engendre son Fils unique comme le Miroir, la repr\u00e9sentation de tout ce qui peut exister, de toutes les cr\u00e9atures possibles que Dieu a le dessein providentiel de cr\u00e9er. Dieu le P\u00e8re pense son Fils, et en pensant son Fils, il pense toutes les cr\u00e9atures qu&rsquo;il va amener \u00e0 l&rsquo;existence avec la Puissance de vie dont, de toute \u00e9ternit\u00e9, il comble son Fils et qui est son saint Esprit. De toute \u00e9ternit\u00e9, le Fils est en Dieu le R\u00e9ceptacle de la Vie du P\u00e8re.\u2028C&rsquo;est pourquoi, ce serait une grave erreur de croire que les r\u00e9alit\u00e9s cosmiques, la splendeur du monde cr\u00e9\u00e9, et donc la physico-chimie math\u00e9matique et la biologie, ainsi que l&rsquo;astronomie, la mati\u00e8re se situent en dehors de Dieu, comme si Dieu s&rsquo;\u00e9tait content\u00e9 de les cr\u00e9er pour les abandonner ensuite \u00e0 elles-m\u00eames et les condamner \u00e0 exister sans relation vivante et \u00e9troite avec lui. En r\u00e9alit\u00e9, le Credo affirme &#8212; et d\u00e9j\u00e0 saint Jean en son Prologue -que toutes les merveilleuses d\u00e9couvertes de nos savants modernes et contemporains sur le cosmos, sur la terre, sur les \u00e9toiles, sur les atomes, sur l&rsquo;univers prodigieux de la cellule vivante, que tout cela est l&rsquo;oeuvre du Fils consubstantiel et co\u00e9ternel au P\u00e8re.<\/p>\n<p>Par cons\u00e9quent, lorsque nous communions au Corps et au sang du Fils ressuscit\u00e9, nous communions \u00e0 Celui qui a cr\u00e9\u00e9 le ciel et la terre, qui ne cesse de les cr\u00e9er, de les maintenir dans l&rsquo;\u00eatre. Nous devons adopter sur le myst\u00e8re de notre foi un point de perspective cosmique. Le Fils est le Prisme de la Lumi\u00e8re divine et incr\u00e9\u00e9e du P\u00e8re, qui dans l&rsquo;acte cr\u00e9ateur se polarise en un nombre apparemment infini de cr\u00e9atures. Par elle-m\u00eame, la lumi\u00e8re est blanche, mais \u00e0 travers un prisme elle se d\u00e9compose dans toutes les couleurs de l&rsquo;arc-en-ciel : le rouge, le vert, etc&#8230; C&rsquo;est un peu ainsi, mutatis mutandis, que le Fils est celui par l&rsquo;entremise de qui tout a \u00e9t\u00e9 fait. Le Fils est infiniment au-dessus des anges, infiniment au-dessus des saints, infiniment au-dessus de tout \u00eatre cr\u00e9\u00e9 parce que \u00ab\u00e0 l&rsquo;origine \u00e9tait la parole, et la Parole \u00e9tait aupr\u00e8s de Dieu, et la Parole \u00e9tait Dieu. Elle-m\u00eame \u00e9tait \u00e0 l&rsquo;origine pr\u00e8s de Dieu. Tout fut fait par son entremise et sans elle rien n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 fait de ce qui fut fait (Jn 1, 1-3). Le P\u00e8re est bien le cr\u00e9ateur du ciel et de la terre, de toutes les r\u00e9alit\u00e9s visibles aussi bien qu&rsquo;invisibles, mais il ne l&rsquo;est pas autrement que par l&rsquo;entremise co-cr\u00e9atrice de son Fils unique-engendr\u00e9. Dieu cr\u00e9e en pronon\u00e7ant son Fils. En tant que nous sommes des cr\u00e9atures du P\u00e8re tout-puissant, nous sommes marqu\u00e9 du sceau de son Fils. Et donc, tout ce qui survient en chacune de nos pauvres vies, toutes les \u00e9preuves que nous exp\u00e9rimentons, toutes les souffrances, parfois atroces, que nous \u00e9prouvons, toutes les vicissitudes de chacune de nos existences tourment\u00e9es, tout est, myst\u00e9rieusement mais tr\u00e8s effectivement, en relation intime avec l&rsquo;Acte g\u00e9n\u00e9rateur \u00e9ternel par lequel le P\u00e8re communique \u00e0 son Fils la pl\u00e9nitude de Vie qu&rsquo;est son Souffle paternel, son tr\u00e8s saint, bon et vivifiant Esprit. Si tout est advenu \u00e0 l&rsquo;existence par l&rsquo;entremise co-cr\u00e9atrice du Fils, cela signifie que tout ce qui nous advient, m\u00eame la souffrance, m\u00eame la maladie, m\u00eame la mort in\u00e9luctable, est directement ordonn\u00e9 \u00e0 notre entr\u00e9 dans l&rsquo;Acte g\u00e9n\u00e9rateur et divinisant du P\u00e8re sur son Fils.<\/p>\n<p>A nous de prendre conscience de notre grandeur infinie et de notre infinie dignit\u00e9 du fait que nous sommes sortis des Mains du P\u00e8re par son Fils. \u00abAgnosce, o christiane, dignitatem tuam\u00bb nous dit le pape saint L\u00e9on le Grand (Reconnais, \u00f4 chr\u00e9tien, ta dignit\u00e9, St L\u00e9on le Grand, Premier sermon en la Nativit\u00e9 du Seigneur. In Sermons t1 Coll Sources chr\u00e9tiennes, n\u00b022bis Ed. du Cerf 1964 2\u00e8me \u00e9d. p.72). A nous de m\u00e9diter avec toute notre foi et tout notre amour sur la toute-puissance du Fils en nous comme cr\u00e9ateur et r\u00e9dempteur, c&rsquo;est-\u00e0-dire lib\u00e9rateur et divinisateur. A nous de nous soumettre totalement \u00e0 son action divinisatrice pour que nous vivions jour apr\u00e8s jour dans l&rsquo;attente de sa gloire. A nous de voir le cours du monde et l&rsquo;odyss\u00e9e de chacune de nos existences conduits par le P\u00e8re selon l&rsquo;ordre de son Fils.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>P\u00e8re Andr\u00e9 Borr\u00e9ly, recteur de la Paroisse St Ir\u00e9n\u00e9e \u00e0 Marseille (France) Revue \u00ab\u00a0Orthodoxes \u00e0 Marseille\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Partie 1 Introduction. Le symbole dit de Nic\u00e9e-Constantinople est, en r\u00e9alit\u00e9, une version \u00e9largie du symbole baptismal de la foi de l\u2019\u00e9glise de J\u00e9rusalem. 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