{"id":7727,"date":"2015-01-23T10:27:56","date_gmt":"2015-01-23T08:27:56","guid":{"rendered":"http:\/\/www.eoc.ee\/?p=7727"},"modified":"2015-03-06T12:11:31","modified_gmt":"2015-03-06T10:11:31","slug":"commentaire-du-credo-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.eoc.ee\/fr\/orthodoxie\/commentaire-du-credo-2\/","title":{"rendered":"Commentaire du Credo &#8211; 2"},"content":{"rendered":"<p><b>Partie 2<\/b><\/p>\n<p><b>Et en un seul Seigneur&#8230;<\/b>\u2028Du P\u00e8re le Credo affirme qu&rsquo;il est Dieu. Du Fils il dit ensuite qu&rsquo;il est Seigneur. Est-ce \u00e0 dire que le Fils n&rsquo;est pas Dieu ? Aucunement. Le mot qu&rsquo;en fran\u00e7ais nous traduisons par Seigneur est Kyrios. Si peu hell\u00e9niste qu&rsquo;ils soient, tous les orthodoxes, et nagu\u00e8re encore tous les catholiques, supplient le Dieu tri-unique en lui disant : Kyrie eleison, ce qui veut dire : Seigneur, aie piti\u00e9 ( de nous ). Dans la Bible grecque, \u00ab\u00a0Kyrios\u00a0\u00bb rend syst\u00e9matiquement \u00ab\u00a0IHVH\u00a0\u00bb, le t\u00e9tragramme sacr\u00e9, Iahv\u00e9, Adona\u00ef. Lorsqu&rsquo;en Mt. 22, 43, citant le psaume 110, 1 \u00a0\u00bb Le Seigneur a dit \u00e0 mon Seigneur : Si\u00e8ge \u00e0 ma droite&#8230; \u00ab\u00a0. J\u00e9sus s&rsquo;applique \u00e0 lui-m\u00eame le titre de Seigneur, laissant ainsi soup\u00e7onner sa nature divine. Et l&rsquo;Eglise primitive utilisera le m\u00eame psaume pour proclamer la seigneurie, c&rsquo;est-\u00e0-dire la divinit\u00e9 du Christ ressuscit\u00e9 (cf. Ac 2,34 ; Ro 10, 9 ; 1Co 12, 3 ; Col 12, 6). En confessant la seigneurie de J\u00e9sus Christ, le Credo de l&rsquo;Eglise exprime, \u00e0 la suite de saint Paul, sa conviction qu&rsquo;en inaugurant par sa mort et sa r\u00e9surrection le Royaume de Dieu, et en recevant de son P\u00e8re c\u00e9leste la souverainet\u00e9 supr\u00eame, le Christ est devenu le Seigneur des Seigneurs, reconnu par l&rsquo;univers tout entier et infiniment sup\u00e9rieur aux pr\u00e9tendus \u00a0\u00bb Kyrioi \u00a0\u00bb que sont les empereurs. \u00a0\u00bb Poss\u00e9dant forme de Dieu, le Christ J\u00e9sus n&rsquo;a pas regard\u00e9 comme une pr\u00e9rogative d&rsquo;\u00eatre \u00e9gal \u00e0 Dieu, mais il s&rsquo;est an\u00e9anti en prenant forme d&rsquo;esclave, en devenant pareil aux hommes. Et quand il a eu figure humaine, il s&rsquo;est abaiss\u00e9 \u00e0 ob\u00e9ir jusqu&rsquo;\u00e0 mourir et mourir en croix. Aussi Dieu l&rsquo;a-t-il exalt\u00e9 et lui a-t-il accord\u00e9 le Nom qui est au-dessus de tout nom, pour qu&rsquo;au Nom de J\u00e9sus, tout genou plie, dans les cieux, sur terre et sous terre, et que toute langue confesse que J\u00e9sus Christ est Seigneur, \u00e0 la gloire de Dieu le P\u00e8re \u00a0\u00bb (Ph 2, 5-11).<\/p>\n<p><b>&#8230; J\u00e9sus &#8230;<\/b>\u2028Le fran\u00e7ais J\u00e9sus est une transcription de l&rsquo;h\u00e9breu \u00a0\u00bb I\u00e9shoua \u00ab\u00a0, nom propre signifiant Iahv\u00e9 est salutaire, lahv\u00e9 sauve. Avant J\u00e9sus de Nazareth, ce nom fut port\u00e9 par de nombreux Isra\u00e9lites, notamment par le fils de Nun ( Josu\u00e9 ), auxiliaire de Mo\u00efse durant la marche au d\u00e9sert (cf Nb. 13, 8 et 16 et 32, 28 ; Ex. 17, 8-16 et 24, 3), et par le grand pr\u00eatre Josu\u00e9 (Za 3, 1) et par le Siracide (Si. 50, 27. cf. \u00e9galement 2Chr 31, 15 ; 1Chr. 24, 11 et Esdr, 3, 9). Dans le Nouveau Testament, ce nom est \u00e9galement port\u00e9 par J\u00e9sus Barabbas, tout au moins selon de bons manuscrits qui d\u00e9signent ainsi le brigand dont il est question en Mc. 15, 7 et Lc. 23, 18-19. Mais ces manuscrits n&rsquo;ont pas \u00e9t\u00e9 suivis, tr\u00e8s certainement par respect pour le Christ. Dans l&rsquo;\u00e9p\u00eetre aux Colossiens, il est question d&rsquo;un J\u00e9sus surnomm\u00e9 Justus, collaborateur de st Paul (Col 4,11). Dans le christianisme seuls les Espagnols ont os\u00e9 donner ce nom \u00e0 des cat\u00e9chum\u00e8nes. Mais, quand les Corses ou les Grecs appellent un homme Sauveur, ils lui donnent un nom qui a le m\u00eame sens que J\u00e9sus. Dans le r\u00e9cit du songe de Joseph en Mt. 1, 21 l&rsquo;auteur du premier Evangile se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 l&rsquo;\u00e9tymologie du nom J\u00e9sus lorsqu&rsquo;il fait dire \u00e0 l&rsquo;ange : \u00a0\u00bb &#8230; Elle enfantera un fils et tu lui donneras le nom de J\u00e9sus, car il sauvera ( autos gar sossei ) son peuple de leurs p\u00e9ch\u00e9s \u00ab\u00a0. J\u00e9sus est annonc\u00e9 \u00e0 Joseph comme le Sauveur, non point des oppresseurs \u00e9trangers, mais de ses p\u00e9ch\u00e9s.<\/p>\n<p><b>&#8230; Christ&#8230;<\/b>\u2028Avant de devenir, dans le christianisme, un nom propre, ce mot a d\u00e9sign\u00e9 une fonction. C&rsquo;est la transcription du mot grec \u00a0\u00bb Christos \u00ab\u00a0, lui-m\u00eame traduction du mot h\u00e9breu \u00a0\u00bb mashiah \u00ab\u00a0, devenu en fran\u00e7ais \u00a0\u00bb messie \u00ab\u00a0. En grec, \u00a0\u00bb Christos \u00a0\u00bb signifie : oint, enduit, graiss\u00e9, qui a re\u00e7u l&rsquo;onction d&rsquo;huile sainte. Cet adjectif, car c&rsquo;est un adjectif avant d&rsquo;\u00eatre un substantif, vient du verbe \u00a0\u00bb chri\u00f4 \u00a0\u00bb qui signifie : oindre, notamment pour consacrer. Dans l&rsquo;Ancien Testament, les rois d&rsquo;Isra\u00ebl \u00e9taient consacr\u00e9s par une onction d&rsquo;huile sainte signifiant que leur fonction royale faisait d&rsquo;eux les lieutenants de Iahv\u00e9 en Isra\u00ebl. Apr\u00e8s l&rsquo;exil, la royaut\u00e9 ayant disparu, on se mit \u00e0 oindre le Grand Pr\u00eatre qui \u00e9tait devenu le chef de la communaut\u00e9 isra\u00e9lite. J\u00e9sus fut baptis\u00e9 par Jean dans le Jourdain, mais il ne re\u00e7ut aucune onction d&rsquo;huile. Et pourtant, les chr\u00e9tiens le consid\u00e8rent comme l&rsquo;Oint par excellence. C&rsquo;est que J\u00e9sus Christ est essentiellement celui sur lequel, de toute \u00e9ternit\u00e9, avant tous les si\u00e8cles, repose la pl\u00e9nitude du saint Esprit qui proc\u00e8de du P\u00e8re. Dans la synagogue de Nazareth, J\u00e9sus lit le texte d&rsquo;Is. 6 1, 1 sq, : \u00a0\u00bb L&rsquo;Esprit du Seigneur est sur moi&#8230; \u00a0\u00bb Or, il a la pr\u00e9tention, absolument exorbitante pour ses auditeurs, de s&rsquo;appliquer le texte \u00e0 lui-m\u00eame. A la fin, \u00a0\u00bb tous dans la synagogue furent remplis de col\u00e8re, et s&rsquo;\u00e9tant lev\u00e9s ils le pouss\u00e8rent hors de la ville et le conduisirent jusqu&rsquo;au sommet de la colline sur laquelle leur ville \u00e9tait b\u00e2tie, pour le pr\u00e9cipiter \u00a0\u00bb (Lc 4, 28-29). Cette fois-l\u00e0, J\u00e9sus \u00e9chappa \u00e0 la mort. Mais nous savons que l&rsquo;Acte 5 de la trag\u00e9die sera le Vendredi saint. Or, si J\u00e9sus fut mis \u00e0 mort, ce ne fut pas parce qu&rsquo;il pr\u00e9tendit \u00eatre le Messie attendu depuis si longtemps et avec quelle impatience par Isra\u00ebl, mais essentiellement parce qu&rsquo;il pr\u00e9tendit \u00eatre le Messie d&rsquo;une mani\u00e8re totalement inattendue pour les Juifs. J\u00e9sus est mort d&rsquo;avoir os\u00e9 s&rsquo;affirmer comme Messie oint par le P\u00e8re d&rsquo;une mani\u00e8re telle qu&rsquo;elle faisait de lui le R\u00e9ceptacle \u00e9ternel de l&rsquo;Esprit, et, en cons\u00e9quence, son Dispensateur unique et incontournable ici-bas, parmi les hommes.<\/p>\n<p><b>&#8230; le Fils de Dieu, son unique-engendr\u00e9, n\u00e9 du P\u00e8re avant tous les si\u00e8cles.<\/b>\u2028On se contente, dans toutes nos traductions en fran\u00e7ais, de rendre le mot grec \u00a0\u00bb monog\u00e9n\u00e8s \u00ab\u00a0, par : \u00a0\u00bb Fils unique \u00ab\u00a0. Le grec est beaucoup plus pr\u00e9cis : il s&rsquo;agit du Fils unique engendr\u00e9. Ce n&rsquo;est pas un pl\u00e9onasme. En effet, si un couple adopte un enfant, ce dernier sera l\u00e9galement, juridiquement et surtout affectivement fils mais non pas engendr\u00e9 : si vous adoptez un asiatique ou un africain, tout le monde le consid\u00e8rera comme votre fils, vous-m\u00eame l&rsquo;aimerez autant que vos autres enfants, si vous en avez d\u00e9j\u00e0, mais il sautera aux yeux de tout le monde que cet enfant n&rsquo;est pas biologiquement votre fils ! Le Credo de l&rsquo;Eglise affirme que de toute \u00e9ternit\u00e9 Dieu est P\u00e8re d&rsquo;un Fils qu&rsquo;il engendre en lui communiquant toute sa Puissance vitale de P\u00e8re, c&rsquo;est-\u00e0-dire l&rsquo;Esprit saint dont il sera question dans la troisi\u00e8me partie, et que, lorsque ce Fils co\u00e9ternel \u00e0 lui est devenu l&rsquo;un des hommes, il fut encore son unique P\u00e8re au plan de la g\u00e9n\u00e9ration biologique humaine : J\u00e9sus de Nazareth est le fils biologique de la vierge Marie, mais il n&rsquo;est pas le fils engendr\u00e9 de Joseph, il n&rsquo;en est que son fils adoptif . L&rsquo;homme J\u00e9sus \u00e9tant la m\u00eame personne que le Fils co\u00e9ternel au P\u00e8re, il n&rsquo;a pu avoir qu&rsquo;un P\u00e8re ici-bas, celui qui est dans les cieux.\u2028Dans les Evangiles, J\u00e9sus nous demande de nous adresser \u00e0 Dieu en lui disant : \u00a0\u00bb Notre P\u00e8re \u00ab\u00a0. Il dit : \u00a0\u00bb Mon P\u00e8re \u00a0\u00bb Mais il ne dit jamais \u00a0\u00bb Notre P\u00e8re \u00a0\u00bb en se comptant lui-m\u00eame avec ses disciples. Apr\u00e8s sa r\u00e9surrection, il dit \u00e0 Marie de Magdala en Jn. 20, 17 : \u00a0\u00bb &#8230; va trouver mes fr\u00e8res et dis-leur : je monte vers mon P\u00e8re et votre P\u00e8re, vers mon Dieu et votre Dieu \u00ab\u00a0. Et d&rsquo;ailleurs, tout au long des quatre Evangiles nous voyons bien que le regard que les disciples avaient sur la personnalit\u00e9 si myst\u00e9rieuse de J\u00e9sus, les laissait p\u00e9n\u00e9tr\u00e9s de crainte et de respect. Certes, ils avaient aupr\u00e8s de lui chaud au c\u0153ur, d&rsquo;une mani\u00e8re que ni un ami, ni une femme, ni leurs parents, ni leurs vignes ni leurs figuiers ne leur avaient jamais laiss\u00e9 pressentir. Mais ce n&rsquo;\u00e9tait pas de la camaraderie. Ils avaient besoin de lui, un besoin de toute l&rsquo;\u00e2me ; il parlait tr\u00e8s fortement \u00e0 tout ce que leur \u00eatre fruste avait de meilleur, de cet Autre obscur qu&rsquo;attend secr\u00e8tement tout homme. Mais lui n&rsquo;avait nul besoin d&rsquo;eux. Il y avait un plan de son \u00eatre o\u00f9 ils ne p\u00e9n\u00e9traient pas. Du c\u00f4t\u00e9 de la terre, il \u00e9tait seul, myst\u00e9rieusement seul. Mais il ne l&rsquo;\u00e9tait pas du c\u00f4t\u00e9 de Dieu, du c\u00f4t\u00e9 de celui qu&rsquo;il appelait, avec un accent \u00e9trange et qui n&rsquo;\u00e9tait qu&rsquo;\u00e0 lui, son P\u00e8re.<\/p>\n<p><b>Lumi\u00e8re issue de la Lumi\u00e8re, Dieu v\u00e9ritable issu du Dieu v\u00e9ritable&#8230;<\/b>\u2028En Jn 8, 12, J\u00e9sus affirme : \u00a0\u00bb Moi je suis la Lumi\u00e8re du monde \u00ab\u00a0. A l&rsquo;office des v\u00eapres, l&rsquo;Eglise chante : \u00a0\u00bb Lumi\u00e8re joyeuse de la sainte gloire du P\u00e8re immortel, c\u00e9leste, saint et bienheureux, \u00f4 J\u00e9sus Christ ! \u00a0\u00bb J\u00e9sus Christ est la Lumi\u00e8re du monde, c&rsquo;est-\u00e0-dire des hommes, en ce sens tr\u00e8s pr\u00e9cis qu&rsquo;il est le R\u00e9v\u00e9lateur du P\u00e8re et le Dispensateur de l&rsquo;Esprit que, de toute \u00e9ternit\u00e9, il re\u00e7oit de son P\u00e8re. En cr\u00e9ant le monde et les hommes, le P\u00e8re c\u00e9leste a r\u00e9pandu dans sa cr\u00e9ation comme dans le c\u0153ur de tout homme, la Lumi\u00e8re et la Vie dont le P\u00e8re comble de toute \u00e9ternit\u00e9 son Fils en lui faisant le don de son saint Esprit. Le Fils est le Mod\u00e8le divin dont le P\u00e8re reproduit quelques traits, quelques p\u00e2les reflets en chaque r\u00e9alit\u00e9 qu&rsquo;il cr\u00e9e. Le P\u00e8re des lumi\u00e8res r\u00e9pand la splendeur infinie de son \u00eatre en son Fils, et de son Fils, par le prisme de l&rsquo;acte cr\u00e9ateur, il fait sortir des \u00eatres qui tous participent de quelque mani\u00e8re \u00e0 la lumi\u00e8re, \u00e0 la beaut\u00e9, \u00e0 la gloire de l&rsquo;Etre unique, mais ne peuvent en \u00eatre qu&rsquo;un aspect fini, limit\u00e9. Toute r\u00e9alit\u00e9 cr\u00e9\u00e9e est le reflet du Fils unique-engendr\u00e9. Toute r\u00e9alit\u00e9 cr\u00e9\u00e9e est l&rsquo;image du P\u00e8re, un fragment de l&rsquo;ic\u00f4ne du P\u00e8re qu&rsquo;est le Fils unique-engendr\u00e9. Toute r\u00e9alit\u00e9 cr\u00e9\u00e9e, le corps d&rsquo;une femme, la musique de Mozart, les montagnes de Corse dans le soleil de juillet, r\u00e9pand quelque chose de la Lumi\u00e8re v\u00e9ritable qu&rsquo;est le P\u00e8re r\u00e9verb\u00e9r\u00e9e en son Fils. Et, en ce qui nous concerne nous, les \u00eatres humains, tout notre \u00eatre personnel n&rsquo;a de signification que pour \u00eatre plong\u00e9, un jour, totalement dans la Vie divine qui est lumi\u00e8re, pour \u00eatre immerg\u00e9 dans la Vie divine qu&rsquo;est l&rsquo;Esprit saint et qui jaillit de la g\u00e9n\u00e9ration du Fils unique-engendr\u00e9 par le P\u00e8re. \u00a0\u00bb La Vie \u00e9tait Lumi\u00e8re des hommes, dit le Prologue du quatri\u00e8me Evangile. Et la Lumi\u00e8re dans les t\u00e9n\u00e8bres brille \u00a0\u00bb (Jn 1, 4-5).<\/p>\n<p><b>&#8230; engendr\u00e9, non cr\u00e9\u00e9&#8230;<\/b>\u2028C&rsquo;est \u00e0 cause de l&rsquo;h\u00e9r\u00e9sie d&rsquo;Arius que l&rsquo;Eglise a \u00e9t\u00e9 amen\u00e9e \u00e0 formuler sa foi en Christ en op\u00e9rant cette distinction fondamentale entre engendr\u00e9 et cr\u00e9\u00e9. Originaire de Libye, Arius ( 256-336 ) re\u00e7ut sa formation th\u00e9ologique \u00e0 Antioche. D&rsquo;Antioche, il se rendit \u00e0 Alexandrie o\u00f9 il fut ordonn\u00e9 diacre puis pr\u00eatre. A partir de l&rsquo;an 318 environ, il se mit \u00e0 provoquer de nombreuses discussions, en raison d&rsquo;une doctrine th\u00e9ologique individuelle qu&rsquo;il proposait dans ses hom\u00e9lies comme la foi de l&rsquo;Eglise.\u2028A la base de la th\u00e9ologie d&rsquo;Arius se trouve un postulat qui, d\u00e8s le d\u00e9part, l&#8217;emp\u00eachait de saisir la v\u00e9ritable relation unissant Dieu le P\u00e8re et Dieu le Fils. Ce postulat \u00e9tait que la divinit\u00e9 devait non seulement \u00eatre incr\u00e9\u00e9e, mais aussi \u00a0\u00bb agenn\u00e8tos \u00ab\u00a0, inengendr\u00e9e. Il s&rsquo;ensuivait que le Fils ne peut \u00eatre vraiment Dieu. Il n&rsquo;est que la premi\u00e8re des cr\u00e9atures de Dieu et, comme elles toutes, il fut tir\u00e9 du n\u00e9ant, et non point de la substance m\u00eame du P\u00e8re. Aussi diff\u00e8re-t-il essentiellement de lui. Il y eut un temps, selon Arius, o\u00f9 le Fils n&rsquo;existait pas. Il est le Fils de Dieu au sens moral du terme, mais non pas au sens m\u00e9taphysique. C&rsquo;est improprement qu&rsquo;on lui d\u00e9cerne le titre de Dieu, car l&rsquo;unique Dieu v\u00e9ritable, le P\u00e8re, l&rsquo;a adopt\u00e9 comme fils. De cette filiation par adoption ne r\u00e9sulte aucune participation effective \u00e0 la divinit\u00e9 du P\u00e8re, aucune v\u00e9ritable ressemblance avec celle-ci. Le Fils occupe une place interm\u00e9diaire entre le monde et Dieu le P\u00e8re qui l&rsquo;a cr\u00e9\u00e9 pour en faire l&rsquo;instrument de sa cr\u00e9ation. Le saint Esprit est encore moins divin que le Fils. Le Fils est devenu J\u00e9sus de Nazareth en ce sens qu&rsquo;il a rempli en J\u00e9sus la fonction de l&rsquo;\u00e2me.\u2028Mais si J\u00e9sus de Nazareth n&rsquo;est pas Dieu, c&rsquo;est tout l&rsquo;\u00e9difice chr\u00e9tien qui s&rsquo;effondre comme un ch\u00e2teau de cartes. Car enfin, toute la nouveaut\u00e9 du christianisme par rapport \u00e0 toutes les autres religions, consiste \u00e0 affirmer que l&rsquo;humanit\u00e9 a \u00e9t\u00e9 atteinte et de part en part p\u00e9n\u00e9tr\u00e9e par la divinit\u00e9, qu&rsquo;elle a \u00e9t\u00e9 divinis\u00e9e. Si ce n&rsquo;est pas Dieu lui-m\u00eame qui, en la personne du Fils, est devenu l&rsquo;un des hommes, l&rsquo;homme n&rsquo;a aucune possibilit\u00e9 de devenir ce que Dieu est, d&rsquo;\u00eatre divinis\u00e9, d&rsquo;\u00eatre introduit dans l&rsquo;intimit\u00e9 m\u00eame de la vie divine. L&rsquo;homme ne peut \u00eatre atteint et rejoint par Dieu autrement que par Dieu le Fils devenu l&rsquo;un des hommes. L&rsquo;homme \u00e9tant un corps est rejoint corporellement par Dieu. L&rsquo;humanit\u00e9 est divinis\u00e9e par le seul fait que Dieu le Fils est entr\u00e9 en elle. Dans le corps humain de J\u00e9sus de Nazareth habite toute la pl\u00e9nitude de la divinit\u00e9 du P\u00e8re. Et si tout homme est sauv\u00e9, c&rsquo;est en ce sens que Dieu le Fils \u00e9tant r\u00e9ellement devenu corporellement l&rsquo;un des hommes, tout homme a pour destin\u00e9e, toute humaine existence a pour sens ultime de p\u00e9n\u00e9trer dans l&rsquo;intimit\u00e9 de l&rsquo;Acte g\u00e9n\u00e9rateur \u00e9ternel par lequel Dieu le P\u00e8re communique \u00e0 Dieu le Fils la pl\u00e9nitude de sa Vie divine de P\u00e8re, \u00e0 savoir Dieu le saint Esprit.<\/p>\n<p><b>&#8230; consubstantiel au P\u00e8re&#8230;<\/b>\u2028La plupart du temps, \u00e0 l&rsquo;heure actuelle, les chr\u00e9tiens traduisent tr\u00e8s mal ce passage du Credo en disant, au lieu de consubstantiel au P\u00e8re : de m\u00eame nature que le P\u00e8re. En effet, les milliards d&rsquo;hommes et de femmes que nous sommes fragmentent la nature humaine. Chacun de nous a plus ou moins de m\u00e9moire, d&rsquo;intelligence, de sant\u00e9, de vertu. Nous sommes plus ou moins des hommes, aucun de nous ne poss\u00e8de la pl\u00e9nitude de l&rsquo;humanit\u00e9. Seul J\u00e9sus de Nazareth a poss\u00e9d\u00e9 cette pl\u00e9nitude. Seul J\u00e9sus de Nazareth a \u00e9t\u00e9 un homme en pl\u00e9nitude parce qu&rsquo;il \u00e9tait pleinement Dieu. En J\u00e9sus de Nazareth nous a \u00e9t\u00e9 r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que Dieu seul est pleinement humain. J\u00e9sus de Nazareth fut plus pleinement, plus compl\u00e8tement humain que ne l&rsquo;avait cru Arius.\u2028Mais dire que l&rsquo;Un de la Trinit\u00e9 devenu l&rsquo;un des hommes \u00e9tait pleinement, totalement Dieu tout en \u00e9tant pleinement homme, et plus g\u00e9n\u00e9ralement dire que Dieu est simultan\u00e9ment trois personnes et un Dieu unique, c&rsquo;est dire que chacune des trois divines personnes est si totalement, si compl\u00e8tement, si pleinement Dieu que toutes trois r\u00e9unies ne constituent pas trois dieux mais un Dieu unique : chacune des trois personnes divines poss\u00e8de toute la nature divine.<\/p>\n<p><b>par l&rsquo;entremise de qui tout a \u00e9t\u00e9 fait.<\/b>\u2028Le Credo cite ici le Prologue de l&rsquo;Evangile selon saint Jean qui, en son troisi\u00e8me verset, affirme au sujet du Fils : \u00a0\u00bb Tout fut fait par son entremise, et sans lui rien n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 fait de ce qui fut fait. Dieu le P\u00e8re tout-puissant a cr\u00e9\u00e9 le ciel et la terre, toutes les r\u00e9alit\u00e9s aussi bien visibles qu&rsquo;invisibles \u00ab\u00a0, par la m\u00e9diation de son Fils. Le Fils est, de toute \u00e9ternit\u00e9, le Miroir du P\u00e8re ( l&rsquo;image du Dieu invisible Col 1, 15), c&rsquo;est pourquoi il en a \u00e9t\u00e9, ici-bas, l&rsquo;unique R\u00e9v\u00e9lateur. Il est donc, comme la repr\u00e9sentation devant le P\u00e8re de toutes les possibilit\u00e9s infinies de r\u00e9alit\u00e9s que le P\u00e8re est en mesure de cr\u00e9er. Et en cr\u00e9ant ces r\u00e9alit\u00e9s, Dieu le P\u00e8re contemple le Mod\u00e8le de toutes choses en son Fils unique-engendr\u00e9. Son unique-engendr\u00e9 est, nous dit saint Paul dans son \u00e9p\u00eetre aux Colossiens, \u00a0\u00bb le Premier-n\u00e9 de toute la cr\u00e9ation \u00a0\u00bb (Col 1, 15). L&rsquo;expression paulinienne n&rsquo;est pas sans \u00e9quivoque. En effet, faut-il comprendre que le Fils est le premier-n\u00e9 de toute cr\u00e9ature, ce que dirait volontiers Arius, ou bien qu&rsquo;il est le premier-n\u00e9, le premier-engendr\u00e9 du P\u00e8re avant toute cr\u00e9ature ? St. Paul n&rsquo;est pas encore arriv\u00e9, ici, \u00e0 la pl\u00e9nitude de clart\u00e9 dans l&rsquo;expression du myst\u00e8re divin. Au contraire, saint Jean, dans son Prologue, a atteint cette pl\u00e9nitude. Le Fils est Dieu, il est le Miroir du P\u00e8re, le resplendissement de la gloire divine du P\u00e8re, la splendeur de sa substance. L&rsquo;admirable anaphore de saint Basile le Grand s&rsquo;adresse au P\u00e8re au sujet de son Fils en lui disant : \u00a0\u00bb Il est l&rsquo;ic\u00f4ne de ta bont\u00e9, le Sceau qui te reproduit fid\u00e8lement. En lui-m\u00eame il montre que tu es son P\u00e8re. Il est la Parole vivante, Dieu v\u00e9ritable, la Sagesse d&rsquo;avant les si\u00e8cles, la Vie, la sanctification, la puissance, la Lumi\u00e8re v\u00e9ritable \u00ab\u00a0. Et un peu plus loin la m\u00eame anaphore dit encore au P\u00e8re au sujet de son Fils : \u00a0\u00bb Lorsque vint la pl\u00e9nitude des temps, c&rsquo;est par ton propre Fils que tu nous as parl\u00e9, par l&rsquo;entremise de qui tu as cr\u00e9\u00e9 les si\u00e8cles (c&rsquo;est-\u00e0-dire le monde). Lui qui, \u00e9tant resplendissement de ta gloire, et empreinte de ta r\u00e9alit\u00e9 personnelle, lui qui porte l&rsquo;univers par la puissance de sa Parole, il n&rsquo;a pas estim\u00e9 comme une pr\u00e9rogative d&rsquo;\u00eatre ton \u00e9gal, \u00f4 Dieu son P\u00e8re \u00ab\u00a0. De toute \u00e9ternit\u00e9, Dieu le P\u00e8re engendre son Fils unique comme le Miroir, la repr\u00e9sentation de tout ce qui peut exister, de toutes les cr\u00e9atures possibles que Dieu a le dessein providentiel de cr\u00e9er. Dieu le P\u00e8re pense son Fils, et en pensant son Fils, il pense toutes les cr\u00e9atures qu&rsquo;il va amener \u00e0 l&rsquo;existence avec la Puissance de vie dont, de toute \u00e9ternit\u00e9, il comble son Fils et qui est son saint Esprit. De toute \u00e9ternit\u00e9, le Fils est en Dieu le R\u00e9ceptacle de la Vie du P\u00e8re.\u2028C&rsquo;est pourquoi, ce serait une grave erreur de croire que les r\u00e9alit\u00e9s cosmiques, la splendeur du monde cr\u00e9\u00e9, et donc la physico-chimie math\u00e9matique et la biologie, ainsi que l&rsquo;astronomie, la mati\u00e8re se situent en dehors de Dieu, comme si Dieu s&rsquo;\u00e9tait content\u00e9 de les cr\u00e9er pour les abandonner ensuite \u00e0 elles-m\u00eames et les condamner \u00e0 exister sans relation vivante et \u00e9troite avec lui. En r\u00e9alit\u00e9, le Credo affirme, et d\u00e9j\u00e0 saint Jean en son Prologue, que toutes les merveilleuses d\u00e9couvertes de nos savants modernes et contemporains sur le cosmos, sur la terre, sur les \u00e9toiles, sur les atomes, sur l&rsquo;univers prodigieux de la cellule vivante, que tout cela est l&rsquo;\u0153uvre du Fils consubstantiel et co\u00e9ternel au P\u00e8re.\u2028Par cons\u00e9quent, lorsque nous communions au Corps et au sang du Fils ressuscit\u00e9, nous communions \u00e0 Celui qui a cr\u00e9\u00e9 le ciel et la terre, qui ne cesse de les cr\u00e9er, de les maintenir dans l&rsquo;\u00eatre. Nous devons adopter sur le myst\u00e8re de notre foi un point de perspective cosmique. Le Fils est le Prisme de la Lumi\u00e8re divine et incr\u00e9\u00e9e du P\u00e8re, qui dans l&rsquo;acte cr\u00e9ateur se polarise en un nombre apparemment infini de cr\u00e9atures. Par elle-m\u00eame, la lumi\u00e8re est blanche, mais \u00e0 travers un prisme elle se d\u00e9compose dans toutes les couleurs de l&rsquo;arc-en-ciel : le rouge, le vert, etc&#8230; C&rsquo;est un peu ainsi, mutatis mutandis, que le Fils est celui par l&rsquo;entremise de qui tout a \u00e9t\u00e9 fait. Le Fils est infiniment au-dessus des anges, infiniment au-dessus des saints, infiniment au-dessus de tout \u00eatre cr\u00e9\u00e9 parce que, \u00a0\u00bb \u00e0 l&rsquo;origine \u00e9tait la Parole, et la Parole \u00e9tait aupr\u00e8s de Dieu, et la Parole \u00e9tait Dieu. Elle-m\u00eame \u00e9tait \u00e0 l&rsquo;origine pr\u00e8s de Dieu. Tout fut fait par son entremise et sans elle rien n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 fait de ce qui fut fait (Jn 1, 1-3). Le P\u00e8re est bien le cr\u00e9ateur du ciel et de la terre, de toutes les r\u00e9alit\u00e9s visibles aussi bien qu&rsquo;invisibles, mais il ne l&rsquo;est pas autrement que par l&rsquo;entremise co-cr\u00e9atrice de son Fils unique-engendr\u00e9. Dieu cr\u00e9e en pronon\u00e7ant son Fils. En tant que nous sommes des cr\u00e9atures du P\u00e8re tout-puissant, nous sommes marqu\u00e9 du sceau de son Fils. Et donc, tout ce qui survient en chacune de nos pauvres vies, toutes les \u00e9preuves que nous exp\u00e9rimentons, toutes les souffrances, parfois atroces, que nous \u00e9prouvons, toutes les vicissitudes de chacune de nos existences tourment\u00e9es, tout est, myst\u00e9rieusement mais tr\u00e8s effectivement, en relation intime avec l&rsquo;Acte g\u00e9n\u00e9rateur \u00e9ternel par lequel le P\u00e8re communique \u00e0 son Fils la pl\u00e9nitude de Vie qu&rsquo;est son Souffle paternel, son tr\u00e8s saint, bon et vivifiant Esprit. Si tout est advenu \u00e0 l&rsquo;existence par l&rsquo;entremise co-cr\u00e9atrice du Fils, cela signifie que tout ce qui nous advient, m\u00eame la souffrance, m\u00eame la maladie, m\u00eame la mort in\u00e9luctable, est directement ordonn\u00e9 \u00e0 notre entr\u00e9e dans l&rsquo;Acte g\u00e9n\u00e9rateur et divinisant du P\u00e8re sur son Fils.\u2028A nous de prendre conscience de notre grandeur infinie et de notre infinie dignit\u00e9 du fait que nous sommes sortis des Mains du P\u00e8re par son Fils. \u00a0\u00bb Agnosce, o christiane, dignitatem tuam \u00ab\u00a0, nous dit le pape saint L\u00e9on le Grand (Reconnais, \u00f4 chr\u00e9tien, ta dignit\u00e9. Saint L\u00e9on le Grand. Premier sermon en la Nativit\u00e9 du Seigneur. ln Sermons. t.1 Coll. Sources chr\u00e9tiennes, n\u00b022bis. Ed. du Cerf. 1964. 2\u00e8me \u00e9dition. p. 72). A nous de m\u00e9diter avec toute notre foi et tout notre amour sur la toute-puissance du Fils en nous comme cr\u00e9ateur et r\u00e9dempteur, c&rsquo;est-\u00e0-dire lib\u00e9rateur et divinisateur. A nous de nous soumettre totalement \u00e0 son action divinisatrice pour que nous vivions jour apr\u00e8s jour dans l&rsquo;attente de sa gloire. A nous de voir le cours du monde et l&rsquo;odyss\u00e9e de chacune de nos existences conduits par le P\u00e8re selon l&rsquo;ordre de son Fils.<\/p>\n<p><em><b>P. Andr\u00e9 Borrely Recteur de la paroisse St Ir\u00e9n\u00e9e, Marseille (France) in revue \u00ab\u00a0Orthodoxes \u00e0 Marseille\u00a0\u00bb N\u00b0 68<\/b><\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Partie 2 Et en un seul Seigneur&#8230;\u2028Du P\u00e8re le Credo affirme qu&rsquo;il est Dieu. Du Fils il dit ensuite qu&rsquo;il est Seigneur. Est-ce \u00e0 dire que le Fils n&rsquo;est pas Dieu ? Aucunement. 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