{"id":7740,"date":"2015-01-23T10:41:42","date_gmt":"2015-01-23T08:41:42","guid":{"rendered":"http:\/\/www.eoc.ee\/?p=7740"},"modified":"2015-01-23T10:41:42","modified_gmt":"2015-01-23T08:41:42","slug":"l-amour-parfait-et-la-juste-retribution-du-merite","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.eoc.ee\/fr\/peres-de-leglise\/l-amour-parfait-et-la-juste-retribution-du-merite\/","title":{"rendered":"L&rsquo;amour parfait et la juste r\u00e9tribution du m\u00e9rite"},"content":{"rendered":"<p><b>\u00a0<\/b><\/p>\n<p><b>St Jean Chrysostome<\/b><\/p>\n<p>Toute bonne action est un fruit de l&rsquo;amour ; aussi l&rsquo;amour est-il un sujet sur lequel on revient souvent. Tant\u00f4t c&rsquo;est le Christ qui dit : \u00ab\u00a0A cela tous reconna\u00eetront que vous \u00eates mes disciples, si vous vous aimez les uns les autres ; \u00a0\u00bb (Jn 13,35) tant\u00f4t c&rsquo;est Paul qui s&rsquo;\u00e9crie : \u00ab\u00a0Ne devez rien \u00e0 personne, si ce n&rsquo;est l&rsquo;amour qu&rsquo;on se doit les uns aux autres.\u00a0\u00bb (Rom 13,8) Il ne parle pas de l&rsquo;amour purement et simplement ; mais il ajoute que nous nous le devons les uns aux autres. De m\u00eame que nous sommes constamment tenus de donner au corps sa nourriture, et que nous la lui donnons constamment, car c&rsquo;est une dette qui s&rsquo;impose \u00e0 notre vie tout enti\u00e8re ; ainsi, d&rsquo;apr\u00e8s l&rsquo;Ap\u00f4tre, en est-il de l&rsquo;amour ; et nous devons le faire avec d&rsquo;autant plus de z\u00e8le que l&rsquo;amour nous m\u00e8ne \u00e0 la vie \u00e9ternelle et qu&rsquo;il demeurera \u00e9ternellement avec nous. \u00ab\u00a0Ces trois choses restent, la foi, l&rsquo;esp\u00e9rance et l&rsquo;amour ; mais la plus parfaite de toutes est l&rsquo;amour.\u00a0\u00bb (1 Cor 13, 13) L&rsquo;amour ne nous est pas appris seulement en paroles, elle nous est appris encore en exemples. La premi\u00e8re le\u00e7on qui nous en est donn\u00e9e, c&rsquo;est par la mani\u00e8re dont nous avons \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9s. Dieu forma le premier homme et Il ordonna que tous les autres naquissent de celui-ci, afin que nous nous regardions comme une seule et m\u00eame famille et que nous pers\u00e9v\u00e9rions dans des sentiments d&rsquo;amour les uns vis-\u00e0-vis des autres. Apr\u00e8s cela Il s&rsquo;est servi des \u00e9changes pour entretenir cet amour mutuel ; de quelle mani\u00e8re, je vais vous le dire : en comblant la terre de biens, Il a donn\u00e9 \u00e0 chaque contr\u00e9e une esp\u00e8ce particuli\u00e8re de fruits ; de la sorte, les besoins que nous avons nous attirent les uns vers les autres, nous livrons \u00e0 nos semblables le superflu que nous avons, nous en recevons ce qui nous manque, et ainsi, s&rsquo;entretient l&rsquo;amour. La m\u00eame mesure, Dieu l&rsquo;a appliqu\u00e9e aux individus. Il n&rsquo;a pas permis \u00e0 chacun de tout savoir ; mais l&rsquo;un conna\u00eetra la m\u00e9decine, l&rsquo;autre l&rsquo;art de b\u00e2tir, l&rsquo;autre une autre chose, de fa\u00e7on que, ayant besoin les uns des autres, nous nous aimions de fa\u00e7on que, ayant besoin les uns des autres, nous nous aimions mutuellement. \u2028Il en est de m\u00eame pour les dons spirituels, \u00e0 ce que nous apprend l&rsquo;Ap\u00f4tre : \u00ab\u00a0L&rsquo;un re\u00e7oit le don de parler avec sagesse, l&rsquo;autre celui de parler avec science, l&rsquo;autre celui de proph\u00e9tie, l&rsquo;autre celui de gu\u00e9rir, l&rsquo;autre celui de parler diverses langues, l&rsquo;autre celui de les interpr\u00e9ter.\u00a0\u00bb (1 Cor 12,8-10) Cependant il n&rsquo;y a rien au-dessus de l&rsquo;amour, et c&rsquo;est pourquoi il la pr\u00e9f\u00e8re \u00e0 tout le reste en ces termes : \u00ab\u00a0Quand je parlerais les langues des hommes et des anges, si je n&rsquo;ai pas l&rsquo;amour, je suis comme un airain sonnant et une cymbale retentissante. Quand j&rsquo;aurais le don de proph\u00e9tie, et quand je p\u00e9n\u00e9trerais tous les myst\u00e8res, quand j&rsquo;aurais une foi capable de transporter les montages, si je n&rsquo;ai pas l&rsquo;amour, je ne suis rien.\u00a0\u00bb (1 Cor 13,1-2) Il ne s&rsquo;arr\u00eate pas encore l\u00e0 ; et il d\u00e9clare que la mort pour la religion ne lui servirait de rien s&rsquo;il n&rsquo;avait l&rsquo;amour. Ce n&rsquo;est pas sans motif qu&rsquo;il exalte cette vertu \u00e0 ce point ; il savait, cet observateur des commandements de Dieu, il savait parfaitement que l\u00e0 o\u00f9 cette vertu a jet\u00e9 de profondes racines, les fruits de toutes sortes de biens ne tardent pas \u00e0 se montrer. En effet, ces commandements : \u00ab\u00a0Tu ne commettras point l&rsquo;impuret\u00e9, tu ne tueras pas, tu ne voleras pas, tu ne diras pas de faux t\u00e9moignage,\u00a0\u00bb et tous les autres quels qu&rsquo;ils soient, sont impliqu\u00e9s dans ce commandement capital : \u00ab\u00a0Tu aimeras ton prochain comme toi-m\u00eame. (Ex 20,13-16 ; L\u00e9v 19,18 ; Gal 5,14) Mais pourquoi nous appesantir sur ces consid\u00e9rations d&rsquo;un ordre peu \u00e9lev\u00e9, tandis que nous garderons le silence sur des consid\u00e9rations d&rsquo;un ordre sublime ? C&rsquo;est l&rsquo;amour qui a fait descendre jusqu&rsquo;\u00e0 nous le Fils bien-aim\u00e9 de Dieu, qui l&rsquo;a fait habiter et converser avec les hommes, chasser les terreurs de l&rsquo;idol\u00e2trie, publier la religion v\u00e9ritable, instruire les hommes \u00e0 s&rsquo;aimer les uns les autres. \u00ab\u00a0Dieu a tellement aim\u00e9 le monde, dit l&rsquo;\u00e9vang\u00e9liste Jean, qu&rsquo;Il a donn\u00e9 son Fils unique afin que quiconque croira en Lui ne p\u00e9risse pas, mais obtienne la vie \u00e9ternelle.\u00a0\u00bb (Jn 3,16) Aussi Paul, dans l&rsquo;ardeur de son amour, laissa-t-il \u00e9chapper ces paroles c\u00e9lestes : \u00ab\u00a0Qui nous s\u00e9parera de l&rsquo;amour du Christ ? Sera-ce la tribulation, l&rsquo;angoisse, la pers\u00e9cution, la faim, la nudit\u00e9, le p\u00e9ril, le glaive ? \u00a0\u00bb (Rom 8,35) Et, d\u00e9daignant ces obstacles, sans importance \u00e0 ses yeux, il en signale de plus redoutables : \u00ab\u00a0Non, poursuit-il, ni la vie, ni la mort, ni le pr\u00e9sent, ni l&rsquo;avenir, ni tout ce qu&rsquo;il y a de plus haut, ni tout ce qu&rsquo;il y a de plus profond, ni aucune cr\u00e9ature ne pourra nous s\u00e9parer de l&rsquo;amour de Dieu dans le Christ J\u00e9sus notre Seigneur.\u00a0\u00bb (Ibid., 38-39) Rien n&rsquo;\u00e9tait donc capable d&rsquo;\u00e9teindre dans l&rsquo;\u00e2me de ce bienheureux l&rsquo;amour qui l&#8217;embrasait, ni le ciel, ni la terre ; toutes ces choses, il les d\u00e9daignait pour le Christ. De m\u00eame, si nous examinions la vie des autres saints, nous trouverions que l&rsquo;amour a toujours \u00e9t\u00e9 pour tous le principe de leur cr\u00e9dit sur le c\u0153ur de Dieu. \u2028C&rsquo;est l&rsquo;amour qui vous d\u00e9couvre dans le prochain un autre vous-m\u00eame, qui vous apprend \u00e0 vous r\u00e9jouir de sa prosp\u00e9rit\u00e9 comme de la v\u00f4tre, \u00e0 g\u00e9mir sur ses infortunes comme sur vos infortunes propres. C&rsquo;est l&rsquo;amour qui fait de nous tous un seul corps et de nos \u00e2mes autant de tabernacles du saint Esprit ; car cet Esprit de paix aime \u00e0 se reposer, non l\u00e0 o\u00f9 r\u00e8gne la division, mais l\u00e0 o\u00f9 r\u00e8gne l&rsquo;union entre les c\u0153urs. C&rsquo;est l&rsquo;amour qui fait des biens de chacun les biens de tous, comme nous l&rsquo;enseigne le Livre des Actes : \u00ab\u00a0La foule des fid\u00e8les n&rsquo;avait qu&rsquo;un c\u0153ur et qu&rsquo;une \u00e2me. Aucun d&rsquo;eux ne consid\u00e9rait ce qu&rsquo;il poss\u00e9dait comme lui appartenant ; mais toutes choses leur \u00e9taient communes ; on les distribuait \u00e0 chacun selon ses besoins.\u00a0\u00bb (Ac 4,32-35) Quelle muraille form\u00e9e de pierres \u00e9normes et fortement ciment\u00e9es les unes avec les autres, pourrait par sa solidit\u00e9 et sa masse, braver aussi bien les efforts de l&rsquo;ennemi que cette soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;hommes s&rsquo;aimant entre eux et unis les uns aux autres par les liens de la plus parfaite harmonie ! Les assauts du d\u00e9mon lui-m\u00eame viendront se briser contre une telle muraille. Et certes je le comprends. Oui, tous ceux qui se pr\u00e9senteront \u00e0 ses attaques \u00e9troitement press\u00e9s les uns contre les autres, sans qu&rsquo;aucun passe jamais \u00e0 l&rsquo;ennemi, seront victorieux de ses stratag\u00e8mes, et pourront dresser les brillants troph\u00e9es de l&rsquo;amour. De m\u00eame que les cordes d&rsquo;une lyre, quel qu&rsquo;en soit le nombre, exhalent les plus m\u00e9lodieux accents lorsqu&rsquo;une main savante en harmonise les sons ; de m\u00eame les \u00e2mes qu&rsquo;unit l&rsquo;harmonie des sentiments exhalent les suaves accents de l&rsquo;amour. Voil\u00e0 pourquoi Paul recommandait aux fid\u00e8les de rechercher dans leurs paroles, dans leurs pens\u00e9es, les m\u00eames sentiments, d&rsquo;estimer les autres sup\u00e9rieurs \u00e0 eux-m\u00eames, de fa\u00e7on \u00e0 ce que l&rsquo;ambition ne chass\u00e2t point l&rsquo;amour, et que tous, luttant de modestie entre eux, v\u00e9cussent dans une concorde sans nuage. \u2028\u00a0\u00bbSoyez, dit-il, par l&rsquo;amour les serviteurs les uns des autres. Car toute la loi se r\u00e9sume en une seule parole : Vous aimerez le prochain comme vous-m\u00eames.\u00a0\u00bb (Gal 5,13-14 ; Lev 19,18 ; Ph 2,3 et 3,16) Celui qu&rsquo;anime l&rsquo;amour ne veut pas seulement ne pas commander, il veut de plus \u00eatre command\u00e9 ; il lui est moins doux de commander que d&rsquo;ob\u00e9ir. Celui qu&rsquo;anime l&rsquo;amour aime mieux octroyer une gr\u00e2ce que de la recevoir, \u00eatre le cr\u00e9ancier d&rsquo;un ami que d&rsquo;en \u00eatre \u00e0 cet \u00e9gard le d\u00e9biteur. Celui qu&rsquo;anime l&rsquo;amour, tout en voulant faire du bien \u00e0 son ami, ne voudrait point para\u00eetre le faire ; car, tout en voulant tenir le premier rang par la bienfaisance, il ne voudrait point que cela f\u00fbt connu. Peut-\u00eatre quelques-uns d&rsquo;entre vous ne comprennent pas ce que je dis ; essayons de l&rsquo;\u00e9claircir par un exemple. Notre mis\u00e9ricordieux Seigneur voulait nous donner son Fils ; afin de para\u00eetre, non pas nous faire une gr\u00e2ce, mais s&rsquo;acquitter d&rsquo;une dette, il ordonne \u00e0 Abraham de sacrifier son enfant : de cette mani\u00e8re, quand Il sacrifierait le Sien, Il ne semblerait pas octroyer un bienfait, mais payer une dette, dans les richesses infinies de sa Bont\u00e9. Je n&rsquo;ignore pas que ceci para\u00eet \u00e9trange \u00e0 plusieurs : la raison en est que je parle d&rsquo;une chose dont le ciel est maintenant la patrie ; car, si je parlais d&rsquo;une plante qui cro\u00eet dans l&rsquo;Inde, et que personne n&rsquo;aurait pu conna\u00eetre par exp\u00e9rience, je n&rsquo;arriverais point \u00e0 la d\u00e9peindre fid\u00e8lement, quelque soin que j&rsquo;y consacrasse ; de m\u00eame, quoi que je dise, ce sera du temps perdu, parce que l&rsquo;on ne comprend pas le sujet que je traite. Il s&rsquo;agit, je le r\u00e9p\u00e8te, d&rsquo;une plante qui ne fleurit que dans le ciel. Mais, si nous le voulons, elle fleurira aussi en nous ; et c&rsquo;est pour cela que l&rsquo;on nous enseigne \u00e0 dire au P\u00e8re des cieux : \u00ab\u00a0Que ta Volont\u00e9 soit faite sur la terre comme au ciel \u00a0\u00bb (Mt 6,10) \u2028N&rsquo;allons donc pas nous imaginer qu&rsquo;il ne nous est pas possible de poss\u00e9der ce bien. Oui, cela nous est vraiment possible, si nous voulons pratiquer la vigilance, si nous voulons surtout pratiquer toute sorte de vertus. C&rsquo;est notre volont\u00e9 libre qui nous dirige, et non la fatalit\u00e9 du destin, comme quelques-uns le supposent ; et c&rsquo;est \u00e0 vouloir ou ne pas vouloir qu&rsquo;est le bien ou le mal. Voil\u00e0 pourquoi le Seigneur nous a promis son royaume d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, et de l&rsquo;autre nous a menac\u00e9s de ses ch\u00e2timents. Or, Il n&rsquo;e\u00fbt pas agi de la sorte avec des \u00eatres riv\u00e9s \u00e0 la fatalit\u00e9 ; car ces deux ordres de choses ne concernent que des actes \u00e9man\u00e9s de la volont\u00e9. Le Seigneur ne nous e\u00fbt pas non plus donn\u00e9 des lois et des conseils, si nous eussions \u00e9t\u00e9 retenus dans les liens du destin. Mais, comme nous sommes libres et les arbitres de notre propre volont\u00e9 ; comme c&rsquo;est la n\u00e9gligence qui nous rend mauvais, et le z\u00e8le qui nous rend bons, Il a jug\u00e9 n\u00e9cessaire de nous pr\u00e9parer ces rem\u00e8des, et de nous amener soit \u00e0 nous amender, soit \u00e0 pratiquer la sagesse, par la crainte de ses ch\u00e2timents et l&rsquo;esp\u00e8rence de son royaume. Ind\u00e9pendamment de ces preuves, nous trouverons dans notre propre conduite des faits qui d\u00e9montrent que nous ne sommes les instruments aveugles ni du destin, ni de la fortune, ni de la nature, ni du cours des astres. Car, si tels \u00e9taient les principes v\u00e9ritables de nos actions, et non pas la libert\u00e9 humaine, pourquoi donc battriez-vous de verges votre esclave voleur ? pourquoi tra\u00eeneriez-vous au tribunal votre \u00e9pouse adult\u00e8re ? pourquoi rougissez-vous en faisant des choses d\u00e9raisonnables ? pourquoi ne pouvez-vous pas supporter une seule parole injurieuse ? pourquoi, lorsqu&rsquo;on vous traite d&rsquo;adult\u00e8re, de d\u00e9bauch\u00e9, d&rsquo;intemp\u00e9rant, appelez-vous cela une outrage ? S&rsquo;il n&rsquo;y a du c\u00f4t\u00e9 de la volont\u00e9 aucune faute, ni votre action n&rsquo;est un crime, ni ce que l&rsquo;on vous dit une injure. D\u00e8s lors que vous \u00eates sans piti\u00e9 pour les gens vicieux, que vous avez honte vous-m\u00eame en faisant le mal, que vous cherchez \u00e0 vous cacher, et que vous qualifiez de d\u00e9tracteurs ceux qui vous reprochent votre conduite ; par toutes ces choses vous d\u00e9clarez que la n\u00e9cessit\u00e9 n&rsquo;encha\u00eene pas notre vie, et que nous avons la dignit\u00e9 que donne la libert\u00e9. Lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agit de personnes soumises \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9, nous savons bien user d&rsquo;indulgence. Qu&rsquo;un poss\u00e9d\u00e9 lac\u00e9r\u00e2t notre manteau, nous assaill\u00eet de coups, loin d&rsquo;en tirer vengeance, nous g\u00e9mirions et nous nous apitoierions sur son \u00e9tat. Et pourquoi cela ? Parce qu&rsquo;il n&rsquo;aurait point agi librement, et qu&rsquo;il aurait \u00e9t\u00e9 l&rsquo;instrument de la violence du d\u00e9mon. Nous excuserions de m\u00eame toute autre action op\u00e9r\u00e9e sous l&rsquo;influence de la fatalit\u00e9 ; et c&rsquo;est parce que nous sommes convaincus de la nullit\u00e9 de cette influence, que ni les ma\u00eetres ne pardonnent \u00e0 leurs esclaves, ni les hommes \u00e0 leurs femmes, ni les femmes \u00e0 leurs maris, ni les p\u00e8res aux enfants, ni les ma\u00eetres aux disciples, ni les princes aux sujets, et qu&rsquo;au contraire nous sommes inexorables dans la recherche des crimes de nos semblables, et que nous en poursuivons de m\u00eame la punition, recourant aux tribunaux, mettant en \u0153uvre les ch\u00e2timents corporels et les reproches, et prenant toute sorte de moyens pour d\u00e9livrer du mal ceux \u00e0 qui nous nous int\u00e9ressons. A nos enfants, par exemple, nous donnons des gouverneurs, nous leur imposons des ma\u00eetres, nous employons les menaces, les fouets, et une infinit\u00e9 d&rsquo;autres moyens, afin de les former \u00e0 la vertu. \u2028Mais quel besoin avons-nous d&rsquo;efforts et de sueurs pour pratiquer le bien ? S&rsquo;il est \u00e9crit qu&rsquo;un tel sera bon, il aura beau dormir et ronfler, il sera bon ; ou plut\u00f4t il ne sera pas, car on ne peut appeler bon celui qui est tel par n\u00e9cessit\u00e9. Quel besoin avons-nous d&rsquo;efforts et de sueurs pour \u00e9viter le mal ? S&rsquo;il est \u00e9crit qu&rsquo;un tel sera m\u00e9chant, quelques \u00e9preuves qu&rsquo;il subisse, il sera m\u00e9chant ; ou plut\u00f4t il ne le sera pas, car on ne saurait appeler m\u00e9chant celui que la n\u00e9cessit\u00e9 pousse dans une mauvaise voie. De m\u00eame, encore une fois, que vous ne traiterez pas de d\u00e9tracteur le d\u00e9moniaque qui vous injuriera, vous frappera m\u00eame, et que vous rendrez le d\u00e9mon et non lui responsable de ces injures ; de m\u00eame nous ne devons pas qualifier de m\u00e9chant l&rsquo;homme que la fatalit\u00e9 pousse au mal, ni de bon celui qui fait le bien par le m\u00eame principe. Accordez cela, et la confusion r\u00e9gnera dans les choses humaines ; il n&rsquo;y aura plus ni vertu, ni vice, ni arts, ni rien de semblable. Pourquoi, lorsque nous sommes malades, nous donner tant de soins, d\u00e9penser de l&rsquo;argent, appeler des m\u00e9decins, employer des rem\u00e8des, nous imposer la di\u00e8te, mettre un frein \u00e0 la volupt\u00e9 ? Si le destin d\u00e9cide de la maladie et de la sant\u00e9, superflues sont ces d\u00e9penses, superflues les visites du m\u00e9decin, superflue la di\u00e8te rigoureuse qui nous est impos\u00e9e. Mais ces derni\u00e8res preuves et les pr\u00e9c\u00e9dentes ont \u00e9tabli le contraire. Laissons donc cette fable du destin : non, la n\u00e9cessit\u00e9 n&rsquo;est point l&rsquo;arbitre supr\u00eame des choses humaines, elles ne sont soumises \u00e0 d&rsquo;autre empire qu&rsquo;\u00e0 l&#8217;empire honorable de la volont\u00e9 libre. \u2028Que ces raisons, et bien d&rsquo;autres qu&rsquo;il nous serait facile d&rsquo;apporter \u00e0 l&rsquo;appui de cette proposition, si les pr\u00e9sentes ne suffisaient pas \u00e0 votre sagacit\u00e9, nous d\u00e9terminent \u00e0 fuir le mal, \u00e0 ch\u00e9rir la vertu, et \u00e0 prouver ainsi par nos actes la pleine libert\u00e9 que nous avons de faire ce qui nous pla\u00eet, afin de n&rsquo;\u00eatre point couverts de confusion au jour o\u00f9 nos oeuvres para\u00eetront \u00e0 la lumi\u00e8re. Car \u00ab\u00a0il faut que tous nous comparaissions au tribunal du Christ, dit Paul, afin de recevoir chacun ce qui nous est d\u00fb soit en bien, soit en mal.\u00a0\u00bb (2 Cor 5,10) P\u00e9n\u00e9trons-nous, je vous en conjure, de la pens\u00e9e de ce tribunal, supposons-le dress\u00e9 devant nous, avec le juge sur son si\u00e8ge, au moment o\u00f9 toutes choses vont \u00eatre r\u00e9v\u00e9l\u00e9es et montr\u00e9es \u00e0 tous les regards. Ce n&rsquo;est point assez pour nous, en effet, d&rsquo;y compara\u00eetre, tout ce qui nous regarde y sera de plus d\u00e9couvert. Et vous ne rougissez pas, et vous n&rsquo;\u00eates point saisis de frayeur ! Est-ce que nous ne pr\u00e9f\u00e9rions pas souvent la mort \u00e0 la r\u00e9v\u00e9lation de l&rsquo;une de nos fautes secr\u00e8tes aux yeux des amis que nous v\u00e9n\u00e9rons ? Quels seront donc nos sentiments, lorsque nos p\u00e9ch\u00e9s seront publi\u00e9s \u00e0 la face des anges et des hommes expos\u00e9s \u00e0 tous les regards ? \u00ab\u00a0Je vous accuserai, dit le Seigneur, et je mettrai sous vos yeux vos p\u00e9ch\u00e9s.\u00a0\u00bb (Ps 49,21) Si, maintenant que cet instant est loin de nous, la seule hypoth\u00e8se et la description verbale de cette sc\u00e8ne r\u00e9veille en nous les reproches accablants de la conscience, que deviendrons-nous quand l&rsquo;heure fatale aura sonn\u00e9, que l&rsquo;univers tout entier sera rassembl\u00e9 avec les anges et les archanges, les principaut\u00e9s et les puissances ; quand les trompettes feront entendre sans rel\u00e2che leurs accents et se r\u00e9pondront les uns aux autres, quand les juges seront ravis au-dessus des nuages, et que les p\u00e9cheurs \u00e9clateront en sanglots ? de quel effroi seront remplis en ce moment ceux qui resteront sur la terre ? Alors, dit l&rsquo;Evangile, \u00a0\u00bb l&rsquo;une sera prise et l&rsquo;autre sera laiss\u00e9e ; l&rsquo;un sera pris et l&rsquo;autre sera laiss\u00e9. (Mt 24,40) Que se passera-t-il dans leur \u00e2me quand ils verront leurs semblables transport\u00e9s dans les cieux avec gloire, et eux-m\u00eames laiss\u00e9es ignominieusement ici bas ? Jamais, croyez-moi, jamais la parole n&rsquo;exprimera la douleur qu&rsquo;ils \u00e9prouveront. Avez-vous jamais vu des condamn\u00e9s men\u00e9s au dernier supplice ? Que se passe-t-il en eux, \u00e0 votre avis, pendant qu&rsquo;ils marchent jusqu&rsquo;\u00e0 la porte fatale ? Que ne voudraient-ils pas faire ou souffrir pour \u00eatre soustraits \u00e0 ce terrible moment ? Pour moi, j&rsquo;ai ou\u00ef dire \u00e0 des condamn\u00e9s que la cl\u00e9mence imp\u00e9riale avait graci\u00e9s sur le lieu du supplice, qu&rsquo;ils ne voyaient plus des hommes dans les hommes, tant leur \u00e2me \u00e9tait troubl\u00e9e et frapp\u00e9e ! Et que parl\u00e9-je des condamn\u00e9s ? Une foule immense se pressait autour d&rsquo;eux, laquelle en grande partie ne les connaissait en aucune mati\u00e8re ; et bien ! si l&rsquo;on e\u00fbt scrut\u00e9 l&rsquo;\u00e2me de ces spectateurs, quelque cruels, quelque inhumains, quelque fermes qu&rsquo;ils fussent, on n&rsquo;en e\u00fbt trouv\u00e9 aucun que la terreur et la tristesse n&rsquo;eussent point \u00e9mu et boulevers\u00e9. \u2028Si la mort de gens avec qui nous n&rsquo;avons aucun rapport nous touche \u00e0 ce point, quelle sera notre \u00e9motion lorsque nous serons nous-m\u00eames expos\u00e9s \u00e0 un sort plus terrible encore, exclus du bonheur ineffable du ciel, et vou\u00e9s \u00e0 des supplices sans fin ? N&rsquo;y e\u00fbt-il pas d&rsquo;enfer, quel ch\u00e2timent ce serait d&rsquo;\u00eatre priv\u00e9 de cette gloire \u00e9clatante et d&rsquo;\u00eatre honteusement repouss\u00e9 ! Ici bas bien des gens qui verront le cort\u00e8ge de l&#8217;empereur, \u00e9prouveront moins de plaisir \u00e0 contempler ce spectacle qu&rsquo;ils n&rsquo;\u00e9prouveront de peine en songeant \u00e0 leur pauvret\u00e9 et en pensant qu&rsquo;ils ne sont point au nombre des courtisans en faveur, et de ceux qui approchent le prince. Que sera-ce donc alors ? Car croyez-vous que ce soit un ch\u00e2timent l\u00e9ger que de ne point faire partie des c\u00e9lestes ch\u0153urs, de ne point participer \u00e0 cette gloire in\u00e9narrable, d&rsquo;\u00eatre rejet\u00e9 loin et bien loin de cette f\u00eate et de ces biens incompr\u00e9hensibles ? Ce n&rsquo;est pas tout ; il faut y joindre les t\u00e9n\u00e8bres, le grincement des dents, les fers que rien ne pourra briser, le ver qui ne meurt pas, le feu qui ne s&rsquo;\u00e9teint pas, le d\u00e9sespoir, les angoisses de l&rsquo;\u00e2me, la langue ardente comme celle du mauvais riche, des pleurs que personne n&rsquo;entendra, des g\u00e9missements et des fr\u00e9missements que personne ne remarquera, des regards jet\u00e9s de tous les c\u00f4t\u00e9s sans qu&rsquo;il paraisse un consolateur ; que penser des infortun\u00e9s plong\u00e9s dans ces supplices ? Quel sort plus affreux, plus mis\u00e9rable que le sort de ces \u00e2mes ? \u2028Nous arrive-t-il d&rsquo;entrer dans une prison, \u00e0 la vue des prisonniers qui se pr\u00e9sentent les uns livides, les autres charg\u00e9s de fers, les autres plong\u00e9s dans de t\u00e9n\u00e9breux cachots, nous sommes bris\u00e9s d&rsquo;\u00e9pouvante, et nous nous gardons bien apr\u00e8s cela de rien faire qui puisse nous exposer \u00e0 partager un semblable malheur ; mais, quand il s&rsquo;agira d&rsquo;\u00eatre pr\u00e9cipit\u00e9s charg\u00e9s de cha\u00eenes dans les tourments de l&rsquo;enfer, quels seront nos sentiments, quelle sera notre conduite ? Ces cha\u00eenes ne sont pas des cha\u00eenes de fer, mais des cha\u00eenes de feu et d&rsquo;un feu qui ne se consume jamais ; ce n&rsquo;est pas non plus \u00e0 la surveillance d&rsquo;\u00eatres semblables \u00e0 nous que nous serons confi\u00e9s, \u00e0 des \u00eatres que nous puissions fl\u00e9chir, mais \u00e0 des anges terribles et inexorables dont nous ne pourrons supporter le regard et que nos outrages envers le Seigneur auront enflamm\u00e9s de courroux. Il n&rsquo;y aura pas l\u00e0, comme sur la terre, de soulagement \u00e0 esp\u00e9rer soit en argent, soit en nourriture, soit en paroles : l\u00e0 point de consolation, point de cl\u00e9mence \u00e0 esp\u00e9rer. Un No\u00e9, un Job, un Daniel y vissent-ils quelques-uns des leurs dans les tourments, ils n&rsquo;oseraient venir \u00e0 leur aide et leur tendre la main : les sentiments de piti\u00e9 qu&rsquo;inspire la nature seront alors eux-m\u00eames effac\u00e9s. Comme il y a aura des justes dont les enfants ou les parents seront p\u00e9cheurs, la volont\u00e9 et non la nature \u00e9tant le principe du mal, afin qu&rsquo;ils jouissent d&rsquo;un bonheur sans m\u00e9lange et que ce bonheur ne soit pas alt\u00e9r\u00e9 par l&rsquo;influence irr\u00e9sistible de la compassion, ce sentiment s&rsquo;\u00e9vanouira dans leurs \u00e2mes, et ils partageront l&rsquo;indignation du Seigneur contre leurs propres entrailles. M\u00eame d\u00e8s \u00e0 pr\u00e9sent, lorsque leurs enfants sont trop libertins, ils les retranchent de leur famille et ils les d\u00e9sh\u00e9ritent ; \u00e0 plus forte raison agiront-ils ainsi au jour du Jugement. Loin de vous donc toute esp\u00e9rance de bonheur, si vous ne faites pas le bien, quelque justes que soient vos nombreux anc\u00eatres. \u00ab\u00a0Chacun recevra, est-il \u00e9crit, selon ce qu&rsquo;il aura fait soit en bien soit en mal.\u00a0\u00bb (2 Cor 5,10) \u2028Pr\u00eatons, je vous en prie, l&rsquo;oreille \u00e0 ces paroles, et amendons notre vie. Si vous \u00eates d\u00e9vor\u00e9 du feu des convoitises criminelles, songez au feu de la vengeance, et les flammes impures s&rsquo;\u00e9vanouiront. Etes-vous tent\u00e9 de prof\u00e9rer quelque propos criminel, songez au grincement des dents, et cette crainte vous servira de frein. Voudriez-vous prendre le bien d&rsquo;autrui, rappelez-vous la sentence du Juge : \u00ab\u00a0Liez-lui les pieds et les mains et jetez-le dans les t\u00e9n\u00e8bres ext\u00e9rieures ;\u00a0\u00bb (Mt 22,13) et vous repousserez ce d\u00e9sir. Etes-vous dur et inhumain, songez \u00e0 ces vierges qui n&rsquo;ayant plus d&rsquo;huile dans leurs lampes \u00e9teintes ne furent point admises \u00e0 cause de cela dans la chambre de l&rsquo;Epoux ; et vous sentirez dans votre c\u0153ur p\u00e9n\u00e9trer l&rsquo;humanit\u00e9. L&rsquo;intemp\u00e9rance et la volupt\u00e9 exciteraient-elles vos d\u00e9sirs, \u00e9coutez le riche s&rsquo;\u00e9crier : \u00ab\u00a0Envoyez-moi Lazare, afin que de l&rsquo;extr\u00e9mit\u00e9 de son doigt il rafra\u00eechisse ma langue embras\u00e9e,\u00a0\u00bb (Luc 16,24) faveur qui ne lui fut pas accord\u00e9e ; et vous prendrez aussit\u00f4t ces mouvements en aversion. De cette mani\u00e8re il n&rsquo;est pas de vertu que vous ne parveniez \u00e0 pratiquer ; car Dieu ne nous a rien ordonn\u00e9 de difficile. Savez-vous ce qui fait para\u00eetre difficile les commandements ? Notre n\u00e9gligence. Soyez fervents, et ce qui semble lourd vous sera l\u00e9ger et facile ; soyez n\u00e9gligents, et ce qui est l\u00e9ger vous semblera insupportable. P\u00e9n\u00e9trons-nous bien de ces consid\u00e9rations, et, loin d&rsquo;exalter le bonheur des gens qui vivent dans la mollesse, nous en aurons toujours en vue la fin. Sur la terre ce bonheur a pour fin la mati\u00e8re et le fumier ; dans l&rsquo;autre vie le ver rongeur et le feu. N&rsquo;exaltons pas le bonheur des ravisseurs du bien d&rsquo;autrui, et consid\u00e9rons-en la fin : ici-bas ce ne sont qu&rsquo;inqui\u00e9tudes et labeurs ; dans l&rsquo;autre vie ce sont des cha\u00eenes insolubles et les t\u00e9n\u00e8bres ext\u00e9rieures. N&rsquo;exaltons pas le bonheur des amants de la gloire ; consid\u00e9rons-en plut\u00f4t la fin : ici-bas servitude et d\u00e9ception, dans l&rsquo;autre vie douleurs profondes et un feu qui ne finira pas. Si nous nous tenons \u00e0 nous-m\u00eames ce langage, et si nous ne cessons de l&rsquo;opposer \u00e0 nos mauvais penchants, nous arriverons rapidement \u00e0 fuir le vice, \u00e0 pratiquer la vertu, \u00e0 \u00e9touffer en nous l&rsquo;amour des biens pr\u00e9sents et \u00e0 y allumer celui des biens \u00e0 venir. Qu&rsquo;ont donc les biens pr\u00e9sents de solide, de nouveau, de surprenant, pour que nous leur consacrions toute notre activit\u00e9 ? Ne les voyons-nous pas emport\u00e9s dans un cercle qui ne s&rsquo;arr\u00eate jamais, comme le jour et la nuit, la nuit et le jour, l&rsquo;hiver et l&rsquo;\u00e9t\u00e9, l&rsquo;\u00e9t\u00e9 et l&rsquo;hiver ; et puis rien de plus ? Embrasons-nous plut\u00f4t de l&rsquo;amour des biens futurs. Magnifique est la r\u00e9compense r\u00e9serv\u00e9e aux justes, et la parole ne saurait en donner une parfaite id\u00e9e : ils rev\u00eatiront apr\u00e8s la r\u00e9surrection des corps incorruptibles et ils partageront la Gloire et la Royaut\u00e9 du Christ. \u2028La grandeur de cette f\u00e9licit\u00e9, la comparaison suivante nous la fera comprendre, ou plut\u00f4t nous ne la comprendrons jamais clairement ; servons-nous cependant des biens que nous avons sous les yeux pour nous en faire une id\u00e9e, et t\u00e2chons autant qu&rsquo;il est en nous de faire saisir le sujet qui nous occupe. Dites-moi donc : si vous, vieillard d\u00e9cr\u00e9pit et mis\u00e9rable, on vous proposait de vous rajeunir tout \u00e0 coup, de vous ramener \u00e0 la fleur de votre \u00e2ge, de telle sorte que vous l&#8217;emportiez sur tous en force et en beaut\u00e9 ; si on s&rsquo;engageait en outre \u00e0 vous donner durant mille ann\u00e9es l&#8217;empire de la terre enti\u00e8re, au milieu de la plus profonde paix, que ne seriez-vous point d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 faire et \u00e0 subir pour jouir de ces avantages ? Or, voil\u00e0 le Christ qui vous promet, non ces biens, mais des biens infiniment plus pr\u00e9cieux. Ce n&rsquo;est pas d&rsquo;apr\u00e8s la diff\u00e9rence qui existe entre la vieillesse et la jeunesse qu&rsquo;il faut juger de celle qui existe entre la corruption et l&rsquo;incorruption, ni d&rsquo;apr\u00e8s la diff\u00e9rence qui s\u00e9pare la pauvret\u00e9 de la possession d&rsquo;un empire, qu&rsquo;il faut juger de la diff\u00e9rence qui s\u00e9pare la gloire pr\u00e9sente et la gloire future, mais d&rsquo;apr\u00e8s celle qui existe entre un songe et la r\u00e9alit\u00e9. Je me trompe encore, et il n&rsquo;est pas de comparaison capable d&rsquo;exprimer au juste cette diff\u00e9rence. Impossible de l&rsquo;exprimer du c\u00f4t\u00e9 du temps ; comment, en effet, rapprocher des choses pr\u00e9sentes une vie qui n&rsquo;aura pas de terme ? Du c\u00f4t\u00e9 de la paix il y a autant de diff\u00e9rence entre ces deux vies qu&rsquo;entre la paix elle-m\u00eame et la guerre ; et quant \u00e0 l&rsquo;incorruption, elle s&rsquo;\u00e9loigne autant de la corruption que s&rsquo;\u00e9loignerait de l&rsquo;argile impure une perle de la plus belle eau. Ou plut\u00f4t, quoique vous disiez, vous resterez toujours au-dessous de la v\u00e9rit\u00e9. Quand m\u00eame je comparerais les corps des bienheureux \u00e0 une lumi\u00e8re radieuse, \u00e0 l&rsquo;\u00e9clair le plus \u00e9blouissant, je ne donnerais point une exacte id\u00e9e de leur \u00e9clat. Que de richesses, que de corps ne devrait-on point sacrifier pour arriver \u00e0 cette gloire ? De combien de vies m\u00eame ne m\u00e9riterait-elle pas le sacrifice ? Si maintenant on vous introduisait \u00e0 la cour, si le prince vous adressait la parole en pr\u00e9sence d&rsquo;une foule nombreuse, et vous invitait \u00e0 partager avec lui sa table et son palais, est-ce que vous ne vous proclameriez pas le plus fortun\u00e9 des hommes ? Et, quand il d\u00e9pend de vous de monter au ciel, de vous pr\u00e9senter au souverain m\u00eame de l&rsquo;univers, d&rsquo;y briller de l&rsquo;\u00e9clat des anges, d&rsquo;y jouir d&rsquo;une gloire inaccessible, vous vous demandez en h\u00e9sitant si vous renoncerez aux biens de la terre, quand il vous faudrait sacrifier la vie elle-m\u00eame avec les transports de la joie et de l&rsquo;all\u00e9gresse la plus grande et avec l&#8217;empressement le plus vif ! Pour obtenir une pr\u00e9fecture o\u00f9 vous trouverez l&rsquo;occasion de commettre une foule d&rsquo;injustices, car je ne qualifierai pas cela de b\u00e9n\u00e9fice v\u00e9ritable, vous d\u00e9pensez votre fortune, vous empruntez l&rsquo;argent d&rsquo;autrui, vous n&rsquo;h\u00e9siteriez pas s&rsquo;il le fallait \u00e0 engager votre femme et vos enfants ; et quand on vous offre le royaume des cieux, un royaume que l&rsquo;on est certain de poss\u00e9der toujours, vous reculez, vous h\u00e9sitez, et vous soupirez apr\u00e8s les richesses ! \u2028D&rsquo;ailleurs, si les parties apparentes du ciel sont si belles, si douces \u00e0 voir, les parties invisibles et les cieux des cieux, quelle beaut\u00e9 n&rsquo;auront-ils pas ? puisque vous ne pouvez pas les voir des yeux du corps, \u00e9levez-vous par la pens\u00e9e, montez au-dessus de ce ciel, et contemplez le ciel sup\u00e9rieur avec sa hauteur incommensurable, sa lumi\u00e8re inaccessible, avec ses tribus d&rsquo;anges, ses ordres d&rsquo;archanges et les autres puissances incorporelles ; puis, descendant sur la terre, recourez aux images qu&rsquo;elle nous fournit, et d\u00e9crivez-moi l&rsquo;appareil qui entoure un prince d&rsquo;ici-bas, des gardes couverts d&rsquo;or, un char ruisselant de pierres pr\u00e9cieuses, attel\u00e9 d&rsquo;un couple de blanches mules \u00e9tincelantes d&rsquo;or, les lames dont le char est rev\u00eatu, les dragons repr\u00e9sent\u00e9s sur des v\u00eatements de soie, les aspics aux yeux d&rsquo;or, les chevaux couverts d&rsquo;or et leurs freins d&rsquo;or \u00e9galement. Toutefois, d\u00e8s que nous apercevons l&#8217;empereur, nous ne voyons plus rien de tout cela : lui seul fixe nos regards avec son manteau de pourpre, son diad\u00e8me, son tr\u00f4ne, son agrafe, sa chaussure, et l&rsquo;\u00e9clat de son visage. Apr\u00e8s avoir rassembl\u00e9 toutes ces images, transportez de nouveau votre pens\u00e9e dans une sph\u00e8re sup\u00e9rieure, et repr\u00e9sentez-vous le jour terrible de l&rsquo;av\u00e8nement du Christ. Vous ne verrez alors ni chars dor\u00e9s avec leur attelage de mules blanches, ni dragons, ni aspics ; mais vous verrez une sc\u00e8ne tellement effrayante, tellement extraordinaire, que les vertus c\u00e9lestes seront elles-m\u00eames dans la stupeur ; \u00ab\u00a0car les vertus des cieux, dit le Seigneur, seront profond\u00e9ment \u00e9mues.\u00a0\u00bb (Mt 24,29) Alors le ciel s&rsquo;ouvrira tout entier, et le Fils unique de Dieu en descendra, escort\u00e9 non d&rsquo;une vingtaine ou d&rsquo;une centaine de satellites, mais de plusieurs millions d&rsquo;anges et d&rsquo;archanges ; la terreur et l&rsquo;effroi se r\u00e9pandront en tous lieux, la terre s&rsquo;entr&rsquo;ouvrira, tous les hommes qui auront v\u00e9cu depuis Adam jusqu&rsquo;\u00e0 ce jour en sortiront et ressusciteront, tandis que le Sauveur s&rsquo;avancera environn\u00e9 d&rsquo;une gloire tellement \u00e9blouissante que ses rayons \u00e9clipseront la splendeur de la lune et du soleil. Oh ! que notre insensibilit\u00e9 est grande \u00e0 nous qui, malgr\u00e9 les biens ineffables promis \u00e0 nos efforts, soupirons encore avidement apr\u00e8s les biens pr\u00e9sents, et ne comprenons pas la malice du diable, qui se sert de ces biens sans valeur pour nous d\u00e9pouiller des biens les plus pr\u00e9cieux, qui nous donne un peu de boue pour nous ravir le ciel, qui nous montre une ombre pour nous d\u00e9rober la v\u00e9rit\u00e9, et qui nous berce de songes riants, car les richesses d&rsquo;ici-bas ne sont pas autre chose, afin que le jour venu, nous soyons les plus pauvres des hommes. Puisque nous n&rsquo;ignorons pas ce v\u00e9rit\u00e9s, \u00e9vitons, mes bien-aim\u00e9s, les pi\u00e8ges du d\u00e9mon ; prenons garde de partager sa condamnation et d&rsquo;entendre un jour le Juge nous dire : \u00ab\u00a0Eloignez-vous de moi, maudits, allez au feu \u00e9ternel qui a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9par\u00e9 pour le diable et ses anges.\u00a0\u00bb (Mt 25, 41) \u2028Mais Dieu est bon, cela n&rsquo;arrivera pas, dit-on. &#8211; Donc, c&rsquo;est en vain que cela a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit. &#8211; Assur\u00e9ment non, est-il r\u00e9pliqu\u00e9 ; mais ce n&rsquo;est qu&rsquo;une menace destin\u00e9e \u00e0 nous ramener \u00e0 de meilleurs sentiments. &#8211; Et si nous ne voulons pas de ces sentiments, si nous pers\u00e9v\u00e9rons dans l&rsquo;iniquit\u00e9, nous dispensera-t-Il de ces supplices ? Dans ce cas Il refusera \u00e9galement aux bons leurs r\u00e9compenses. &#8211; Il ne la leur refusera pas ; car il est digne de Lui de donner encore au del\u00e0 du m\u00e9rite. &#8211; D&rsquo;o\u00f9 il suit que ce qui concerne les r\u00e9compenses est certain, et que ce qui concerne les ch\u00e2timents ne l&rsquo;est pas ! Oh ! que la perfidie du d\u00e9mon est grande, que cette apparente humanit\u00e9 a de cruaut\u00e9 ! Car c&rsquo;est lui qui est l&rsquo;auteur de ce raisonnement, source d&rsquo;une erreur si funeste et de notre n\u00e9gligence. Il sait que la crainte du ch\u00e2timent est pour notre \u00e2me un frein qui la retient, qui l&rsquo;\u00e9loigne du vice ; et voil\u00e0 pourquoi il met tout en oeuvre pour arracher de notre c\u0153ur ce sentiment, afin que nous nous pr\u00e9cipitions aveugl\u00e9ment dans l&rsquo;ab\u00eeme. Comment triompherons-nous de ces efforts ? Les t\u00e9moignages de l&rsquo;Ecriture que nous invoquons n&rsquo;ont, d&rsquo;apr\u00e8s nos contradicteurs, qu&rsquo;une valeur comminatoire. Qu&rsquo;ils parlent ainsi de ch\u00e2timents \u00e0 venir, soit, encore que ce langage ne manque pas d&rsquo;impi\u00e9t\u00e9 ; mais, quant aux ch\u00e2timents pass\u00e9s, et dont la r\u00e9alit\u00e9 est incontestable, ils ne sauraient maintenir ce syst\u00e8me. Nous leur adresserons donc cette question : \u2028Avez-vous ou\u00ef parler du d\u00e9luge, du fl\u00e9au qui frappa l&rsquo;humanit\u00e9 tout enti\u00e8re ? est-ce par forme de menace seulement qu&rsquo;il avait \u00e9t\u00e9 annonc\u00e9 ? Ces menaces n&rsquo;ont-elles pas \u00e9t\u00e9 ex\u00e9cut\u00e9es dans toute leur \u00e9tendue ? Les montagnes de l&rsquo;Arm\u00e9nie o\u00f9 l&rsquo;arche se reposa n&rsquo;en rendent-elles pas elles-m\u00eames t\u00e9moignage ? Les restes de l&rsquo;arche n&rsquo;ont-ils pas \u00e9t\u00e9 conserv\u00e9s jusqu&rsquo;\u00e0 ce jour ? Alors aussi, bien des gens disaient ce que vous dites ; et, durant les cent ans de la construction de l&rsquo;arche, tandis que le juste les avertissait et pr\u00e9parait le bois, personne n&rsquo;ajoutait foi \u00e0 sa parole : or, c&rsquo;est parce qu&rsquo;ils ne crurent pas \u00e0 ces menaces orales, que la vengeance \u00e9clata tout \u00e0 coup sur leur t\u00eate. Croyez-vous que l&rsquo;auteur de ce ch\u00e2timent terrible ne voudra pas nous en infliger de plus terribles encore ? car les crimes de ce temps-l\u00e0 ne sont pas pires que les crimes d&rsquo;aujourd&rsquo;hui. En ce temps-l\u00e0 on se livrait \u00e0 d&rsquo;abominables impudicit\u00e9s : \u00ab\u00a0Les enfants de Dieu entr\u00e8rent en rapports avec les filles des hommes.\u00a0\u00bb (Gen 6,2) Aujourd&rsquo;hui il n&rsquo;est point de p\u00e9ch\u00e9 qu&rsquo;on ne commette. Cependant entretenons-nous, si vous le voulez, de quelques autres ch\u00e2timents, afin que le pass\u00e9 garantisse la certitude de l&rsquo;avenir. Quelqu&rsquo;un de vous a-t-il jamais voyag\u00e9 en Palestine ? Je le pense : \u00e0 vous donc de rendre t\u00e9moignage de la v\u00e9rit\u00e9 de mes paroles. Au del\u00e0 de Gaza et d&rsquo;Ascalon, non loin de l&#8217;embouchure du Jourdain, il y avait une vaste contr\u00e9e d&rsquo;une fertilit\u00e9 telle qu&rsquo;elle \u00e9tait compar\u00e9e au paradis lui-m\u00eame. \u00ab\u00a0Lot aper\u00e7ut, dit l&rsquo;Ecriture, toutes la contr\u00e9e des bords du Jourdain, laquelle \u00e9tait arros\u00e9e comme le paradis du Seigneur.\u00a0\u00bb (Gen 13,10) Eh bien, cette m\u00eame contr\u00e9e est aujourd&rsquo;hui le plus d\u00e9sol\u00e9 des d\u00e9serts. On y voit des arbres, ces arbres ont des fruits, mais ces fruits sont un m\u00e9morial de la Col\u00e8re divine. On y voit des grenadiers de superbe apparence et qui donnent d&rsquo;eux-m\u00eames les plus favorables id\u00e9es ; mais, quand on prend dans les mains les grenades et qu&rsquo;on les brise, au lieu d&rsquo;un fruit savoureux on ne trouve dedans que poussi\u00e8re et que cendre. Ainsi en est-il du sol, ainsi des pierres, ainsi de l&rsquo;air. L&rsquo;incendie y a tout d\u00e9vor\u00e9, y a tout r\u00e9duit en cendres, \u00e0 l&rsquo;exception de ce qui doit perp\u00e9tuer le souvenir de la Col\u00e8re de Dieu, et annoncer les supplices \u00e0 venir. Sont-ce l\u00e0 des menaces verbales ; sont-ce l\u00e0 des cliquetis de mots ? Si quelqu&rsquo;un ne croit pas \u00e0 l&rsquo;enfer, qu&rsquo;il se souvienne de Sodome, qu&rsquo;il pense \u00e0 Gomorrhe, \u00e0 ces ch\u00e2timents du pass\u00e9 dont nous voyons encore aujourd&rsquo;hui l&rsquo;accomplissement. A ce sujet se rapportent ces passages de l&rsquo;Ecriture parlant de la sagesse : \u00ab\u00a0C&rsquo;est elle qui d\u00e9livra le juste de ce feu qui tombait sur la Pentapole, tandis que les impies p\u00e9rissaient. &#8211; Aussi cette terre reste d\u00e9serte et fumante en t\u00e9moignage de leurs crimes, et les arbres y portent des fruits qui ne m\u00fbrissent pas.\u00a0\u00bb (Sag 10,6-7) Il faudrait maintenant d\u00e9signer la cause de cette \u00e9pouvantable catastrophe. Un seul genre de crime souillait les habitants de cette contr\u00e9e, mais un crime horrible et abominable. Les jeunes gens \u00e9taient l&rsquo;objet de leur passion, et c&rsquo;est pour cela qu&rsquo;ils furent d\u00e9vor\u00e9s par une pluie de feu. Or, aujourd&rsquo;hui des crimes pareils, en plus grand nombre et de plus graves encore se commettent, et le feu ne tombe pas du ciel. Pourquoi cela ? Parce qu&rsquo;un autre feu est pr\u00e9par\u00e9 qui ne s&rsquo;\u00e9teindra jamais. Comment, en effet, Celui qui punit un seul p\u00e9ch\u00e9 d&rsquo;une fa\u00e7on si effrayante et qui n&rsquo;eut \u00e9gard ni aux supplications d&rsquo;Abraham, ni \u00e0 la pi\u00e9t\u00e9 de Lot, habitant de Sodome, nous pardonnerait-Il, nous coupables d&rsquo;une infinit\u00e9 de crimes ? Non, cela ne se peut, et cela ne sera pas. \u2028Ne nous entendons pas \u00e0 ces exemples ; citons encore d&rsquo;autres ch\u00e2timents, afin que cette abondance de preuves \u00e9tablisse convenablement la v\u00e9rit\u00e9 qui nous occupe. Vous avez tous ou\u00ef parler de Pharaon, roi d&rsquo;Egypte ; vous savez quelle vengeance Dieu tira de lui : ce prince fut englouti avec toute son arm\u00e9e, ses chars et ses chevaux, dans les flots de la mer Rouge. Quant aux ch\u00e2timents que les Juifs eurent \u00e0 subir, Paul vous en parle dans les termes suivants : \u00ab\u00a0Ne commettons pas de fornication comme le firent quelques-uns d&rsquo;entre eux ; si bien que vingt-trois mille p\u00e9rirent en un seul jour. Ne murmurons pas comme murmur\u00e8rent quelques-uns d&rsquo;entre eux, lesquels furent frapp\u00e9s par l&rsquo;exterminateur. Ne tentons pas le Seigneur comme quelques-uns le tent\u00e8rent, lesquels furent tu\u00e9s par le serpents d&rsquo;airain.\u00a0\u00bb (1 Cor 10,8-10) Si les Juifs expi\u00e8rent de cette mani\u00e8re leurs p\u00e9ch\u00e9s, quel traitement nous sera r\u00e9serv\u00e9 ? Si l&rsquo;on nous \u00e9pargne, ce n&rsquo;est pas que nous n&rsquo;ayons \u00e0 redouter aucun ch\u00e2timent ; c&rsquo;est au contraire pour que nous soyons plus s\u00e9v\u00e8rement punis, dans le cas o\u00f9 nous refuserions de nous convertir. Voil\u00e0 pourquoi, encore que rien de grave ne nous arrive, nous devons pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 cause de cela craindre davantage. Les pr\u00e9varicateurs cit\u00e9s tout \u00e0 l&rsquo;heure ne connaissaient point d&rsquo;enfer, et ils ont \u00e9t\u00e9 punis en ce monde ; mais nous, avec les p\u00e9ch\u00e9s que nous commettons, si nous ne sommes aucunement frapp\u00e9s ici-bas, nous les expierons pleinement dans la vie \u00e0 venir. Serait-il raisonnable d&rsquo;ailleurs que ces malheureux beaucoup moins \u00e9clair\u00e9s que nous, aient \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9s, et que nous, avec la doctrine parfaite dont nous avons \u00e9t\u00e9 imbus, nous dont les fautes sont cons\u00e9quemment plus graves, nous \u00e9chappions aux ch\u00e2timents ! Vous parlerai-je encore des autres d\u00e9sastres dont les Juifs furent frapp\u00e9s en Palestine par les Babyloniens, les Assyriens, les Mac\u00e9doniens ; de la famine, des pestes, des guerres, de la captivit\u00e9 qui les d\u00e9sol\u00e8rent sous Titus et Vespasien ? Lisez l&rsquo;ouvrage que Jos\u00e8phe a \u00e9crit sur la ruine de J\u00e9rusalem, et vous aurez une id\u00e9e de cette lamentable trag\u00e9die. Entre autres cala-mit\u00e9s, ils furent r\u00e9duits \u00e0 une si cruelle famine, qu&rsquo;ils d\u00e9voraient leurs baudriers, leurs chaussures, et d&rsquo;autres objets mille fois plus repoussants. La n\u00e9cessit\u00e9, comme le dit l&rsquo;\u00e9crivain juif, transformait toutes choses en aliment. Ce ne fut pas encore assez, et ils d\u00e9vor\u00e8rent jusqu&rsquo;\u00e0 leurs propres enfants. Encore une fois, ils ont \u00e9t\u00e9 si terriblement ch\u00e2ti\u00e9s ; comment ne le serions-nous pas, nous dont les fautes sont plus graves ? S&rsquo;ils l&rsquo;ont \u00e9t\u00e9 d\u00e8s cette vie, pourquoi ne le sommes-nous pas d\u00e8s cette vie ? N&rsquo;est-il pas \u00e9vident, m\u00eame pour un aveugle, que ce ch\u00e2timent nous attend dans le si\u00e8cle futur ? Jetons un coup d&rsquo;\u0153il sur ce qui se passe sur la terre, et nous n&rsquo;aurons aucune peine \u00e0 croire \u00e0 l&rsquo;enfer. \u2028Si Dieu est juste, s&rsquo;Il ne fait pas d&rsquo;acception de personnes, ce qui est incontestable, d&rsquo;o\u00f9 vient que certains homicides sont punis ici-bas et que d&rsquo;autres ne le sont pas ? D&rsquo;o\u00f9 vient que certains adult\u00e8res sont punis et que d&rsquo;autres meurent sans avoir subi aucune peine ? Que de violations de tombeaux sont rest\u00e9es impunies ; que de vols, que d&rsquo;injustices, que de rapines ! Et, s&rsquo;il n&rsquo;y a pas d&rsquo;enfer, o\u00f9 les criminels expieront-ils leurs crimes ? Allons plus loin, montrons \u00e0 nos contradicteurs que le dogme de l&rsquo;enfer n&rsquo;est point une fable. Ce dogme est tellement certain que les po\u00e8tes, les philosophes, les \u00e9crivains de toute nature ont admis la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;une r\u00e9tribution \u00e0 venir, et ont d\u00e9sign\u00e9 l&rsquo;enfer comme le lieu de supplice des m\u00e9chants. S&rsquo;ils n&rsquo;ont pu exposer la v\u00e9rit\u00e9 dans toute sa puret\u00e9, n&rsquo;ayant pour se guider que leur raison et des fragments incomplets de nos doctrines, ils n&rsquo;en ont pas moins con\u00e7u l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;un jugement. Ils nous parlent, en effet, des fleuves Cocyte et Phl\u00e9g\u00e9ton, des eaux du Styx, du Tartare, qui est aussi loin de la terre que la terre l&rsquo;est du ciel, et de plusieurs genres de supplices : ils nous parlent, d&rsquo;autres part, des Champs Elys\u00e9es, d&rsquo;\u00eeles fortun\u00e9es, de prairies \u00e9maill\u00e9es de fleurs, de parfums qui s&rsquo;exhalent dans ce s\u00e9jour, de brise l\u00e9g\u00e8re, de ch\u0153urs que forment les bienheureux v\u00eatus de robes blanches et chantant des hymnes ; en un mot, ils retracent le sort qui attend au sortir de cette vie les m\u00e9chants et les bons. \u2028Que le dogme de l&rsquo;enfer ne vous trouve donc pas incr\u00e9dules, de crainte que nous n&rsquo;y soyons engloutis : celui qui n&rsquo;y croit pas devient \u00e0 coup s\u00fbr plus n\u00e9gligent ; or, celui qui se n\u00e9glige tombera certainement dans ce terrible s\u00e9jour. Croyons sans h\u00e9sitation aucune, entretenons-nous souvent sur ce sujet, et nos fautes deviendront plus rares. Le souvenir de ces entretiens profond\u00e9ment grav\u00e9 dans notre \u00e2me, sera comme une m\u00e9decine am\u00e8re propre \u00e0 la purifier de toute iniquit\u00e9. Faisons donc usage de ce rem\u00e8de, afin d&rsquo;acqu\u00e9rir la puret\u00e9 qui nous rendra dignes de voir Dieu comme il est possible \u00e0 un homme de Le voir, et de jouir des biens \u00e0 venir, par la Gr\u00e2ce et l&rsquo;Amour de notre Seigneur J\u00e9sus Christ : gloire \u00e0 Lui dans les si\u00e8cles des si\u00e8cles. Amen.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0 St Jean Chrysostome Toute bonne action est un fruit de l&rsquo;amour ; aussi l&rsquo;amour est-il un sujet sur lequel on revient souvent. 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