{"id":7748,"date":"2015-01-23T10:49:38","date_gmt":"2015-01-23T08:49:38","guid":{"rendered":"http:\/\/www.eoc.ee\/?p=7748"},"modified":"2015-03-06T12:24:33","modified_gmt":"2015-03-06T10:24:33","slug":"homelie-sur-le-jeune","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.eoc.ee\/fr\/spiritualite\/homelie-sur-le-jeune\/","title":{"rendered":"HOM\u00c9LIE SUR LE JE\u00dbNE"},"content":{"rendered":"<p><b>ST BASILE LE GRAND<\/b><\/p>\n<p><i>On ne sait pas en quelle ann\u00e9e a \u00e9t\u00e9 prononc\u00e9e cette hom\u00e9lie ; on voit par l&rsquo;hom\u00e9lie m\u00eame que \u00e7a a d\u00fb \u00eatre au commencement d&rsquo;un car\u00eame. Les deux objets principaux que traite l&rsquo;orateur, sont l&rsquo;antiquit\u00e9 et les avantages du je\u00fbne. Sans suivre un plan bien marqu\u00e9, il \u00e9tablit ces deux points, dans le corps du discours, par des raisonnements tir\u00e9s de la chose, et surtout par des exemples pris dans l&rsquo;Ancien et le Nouveau Testament : aux avantages spirituels et corporels du je\u00fbne, il oppose les suites affreuses de l&rsquo;intemp\u00e9rance. Il commence son hom\u00e9lie par montrer qu&rsquo;on ne doit pas affecter de la tristesse lorsqu&rsquo;on je\u00fbne. En finissant, apr\u00e8s avoir annonc\u00e9 que le je\u00fbne ne consiste pas seulement dans l&rsquo;abstinence des viandes, mais surtout dans l&rsquo;abstinence des passions, il s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve contre l&rsquo;ivresse, dont il expose les tristes et funestes effets pour l&rsquo;\u00e2me et pour le corps.<\/i><\/p>\n<p><i>SONNEZ de la trompette en ce premier jour du mois, au jour c\u00e9l\u00e8bre de votre grande solennit\u00e9<\/i> (Ps. 80. 4.). Tel est le commandement du Roi-Proph\u00e8te. Les lectures qu&rsquo;on vient de faire nous annoncent, d&rsquo;une mani\u00e8re plus sensible et plus \u00e9clatante que la trompette et que tous les instruments de musique, une f\u00eate qui am\u00e8ne les jours du je\u00fbne, dont Isa\u00efe nous apprend les avantages, en r\u00e9prouvant la mani\u00e8re dont les Juifs je\u00fbnaient,\u00a0et en nous montrant quel est le vrai jeune. <i>Vous je\u00fbnez<\/i>, leur dit-il, <i>pour dire des proc\u00e8s et des querelles&#8230;. Mais rompez tout lien d&rsquo;iniquit\u00e9<\/i> (ls. 58. 4 et 6.). Et que dit le Seigneur ? <i>Lorsque vous je\u00fbnez, ne soyez point tristes, mais lavez votre visage et parfumez votre t\u00eate<\/i> (Matth. 6.16). Pratiquons ces maximes : ne soyons point tristes dans les jours o\u00f9 nous allons entrer ; disposons-nous-y avec joie comme il convient \u00e0 des saints. Nul homme \u00e0 qui on met la couronne sur la t\u00eate n&rsquo;est abattu ; nul n&rsquo;\u00e9rige un troph\u00e9e avec la tristesse sur le front. Ne vous affligez point parce qu&rsquo;on travaille \u00e0 vous gu\u00e9rir. Il est ridicule de ne pas se r\u00e9jouir de la sant\u00e9 de l\u2019\u00e2me, de se chagriner du retranchement de quelques nourritures, et de montrer plus d&#8217;empressement pour les plaisirs du corps que pour la sanctification de l&rsquo;\u00e2me. Le plaisir de manger satisfait le corps ; le je\u00fbne tourne \u00e0 l&rsquo;avantage de l\u2019\u00e2me. R\u00e9jouissez-vous de ce que le m\u00e9decin vous a donn\u00e9 un rem\u00e8de propre \u00e0 d\u00e9truire le p\u00e9ch\u00e9. Les vers qui fourmillent dans les entrailles d&rsquo;un enfant en sont chass\u00e9s par des m\u00e9decines am\u00e8res : ainsi le je\u00fbne (1) p\u00e9n\u00e9trant jusqu&rsquo;au fond de l\u2019\u00e2me, en bannit et y fait mourir le p\u00e9ch\u00e9.<\/p>\n<p><i>Lavez votre visage et parfumez votre t\u00eate<\/i>. Ces paroles sont myst\u00e9rieuses (2), et doivent \u00eatre\u00a0tendues dans un sens spirituel. Lavez votre visage, c&rsquo;est-\u00e0-dire, effacez les p\u00e9ch\u00e9s de votre \u00e2me. Parfumez votre t\u00eate, c&rsquo;est-\u00e0-dire, r\u00e9pandez sur notre t\u00eate l&rsquo;huile sainte, afin que vous soyez participant de J\u00e9sus-Christ. Approchez du je\u00fbne avec ces dispositions. Ne d\u00e9guisez pas votre visage \u00e0 la mani\u00e8re des hypocrites. On d\u00e9guise son visage, lorsqu&rsquo;on cache ses sentiments sous de faux dehors, et qu&rsquo;on les couvre, pour ainsi dire, d&rsquo;un voile d&rsquo;imposture. Les hypocrites ressemblent aux com\u00e9diens, lesquels repr\u00e9sentent des personnages \u00e9trangers. Sur le th\u00e9\u00e2tre, l&rsquo;esclave est souvent ma\u00eetre, le simple particulier est souvent roi. Dans la vie, comme sur le th\u00e9\u00e2tre, plusieurs se d\u00e9guisent et annoncent \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur ce qu&rsquo;ils n&rsquo;ont point au fond de l&rsquo;\u00e2me. Ne d\u00e9guisez pas votre visage. Montrez-vous tel que vous \u00eates ; n\u2019affectez pas un air triste et sombre pour vous donner la r\u00e9putation d&rsquo;un homme abstinent. Un bienfait publi\u00e9 \u00e0 son de trompe perd tout son m\u00e9rite ; le je\u00fbne expos\u00e9 aux yeux des hommes ne produit aucun avantage. Les bonnes \u0153uvres faites avec ostentation ne fructifient point pour la vie \u00e9ternelle, mais se terminent en vaines louanges des hommes. Accourez donc avec joie \u00e0 la gr\u00e2ce du je\u00fbne.<\/p>\n<p>Le je\u00fbne est une faveur ancienne, qui ne vieillit pas avec le temps, mais qui se renouvelle sans cesse, toujours dans sa premi\u00e8re vigueur. Croyez-vous que je tire de la loi l&rsquo;antiquit\u00e9 du jeune ? Il est plus ancien que la loi m\u00eame ; et vous en conviendrez, si vous voulez \u00e9couter ce que je vais vous dire. Ne pensez pas que le jour de propitiation, que les Isra\u00e9lites c\u00e9l\u00e9braient le dixi\u00e8me jour du septi\u00e8me mois, soit l&rsquo;origine du je\u00fbne : parcourez l&rsquo;histoire, et remontez plus haut\u00a0pour trouver son antiquit\u00e9. Ce n&rsquo;est pas une invention nouvelle ; c&rsquo;est un tr\u00e9sor qui nous a \u00e9t\u00e9 transmis par nos premiers anc\u00eatres. Tout ce qui est fort ancien est v\u00e9n\u00e9rable. Respectez l&rsquo;anciennet\u00e9 du je\u00fbne qui a commenc\u00e9 avec le premier homme, qui a \u00e9t\u00e9 prescrit dans le paradis terrestre. Adam re\u00e7ut ce premier pr\u00e9cepte :<i> Vous ne mangerez pas le fruit de l&rsquo;arbre de la science du bien et du mal<\/i> ( Gen. 2. 17.\u00a0) . Cette d\u00e9fense est une loi de je\u00fbne et d&rsquo;abstinence. Si Eve se f\u00fbt abstenue de manger du fruit de l&rsquo;arbre, nous n&rsquo;aurions pas maintenant besoin de je\u00fbner. <i>Ce ne sont pas ceux qui sont en sant\u00e9, mais ceux qui sont malades, qui ont besoin de m\u00e9decin<\/i> (Matth. 9. 12.). Le p\u00e9ch\u00e9 nous a fait des blessures, gu\u00e9rissons-les par la p\u00e9nitence : or la p\u00e9nitence sans le je\u00fbne est inutile. <i>La terre maudite vous produira des ronces et des \u00e9pines<\/i> ( Gen. 3. 17.). Vous \u00eates ici-bas pour vivre dans la tristesse et non dans les d\u00e9lices. Satisfaites \u00e0 Dieu par le je\u00fbne.<\/p>\n<p>Le je\u00fbne est une fid\u00e8le image de la vie du paradis terrestre, non seulement parce que le premier homme vivait comme les anges, et qu&rsquo;il parvenait \u00e0 leur ressembler en se contentant de peu ; mais encore parce que tous ces besoins, fruits de l\u2019industrie humaine, \u00e9taient ignor\u00e9s dans le paradis terrestre. On n&rsquo;y buvait pas de vin, on n\u2019y tuait pas d&rsquo;animaux, on n&rsquo;y connaissait pas tout ce qui tourmente l&rsquo;esprit des malheureux mortels. C&rsquo;est parce que nous n&rsquo;avons pas je\u00fbn\u00e9, que nous avons \u00e9t\u00e9 chass\u00e9s du paradis : je\u00fbnons donc pour y rentrer. Ne voyez-vous pas que c&rsquo;est le je\u00fbne qui a ouvert \u00e0 Lazare l\u2019entr\u00e9e du ciel ? N\u2019imitez pas la d\u00e9sob\u00e9issance d&rsquo;Eve : ne suivez pas les conseils du serpent perfide, qui lui sugg\u00e9ra de manger du fruit de l&rsquo;arbre pour flatter ses sens. Ne\u00a0vous excusez ni sur votre faiblesse, ni sur votre sant\u00e9 : ce n&rsquo;est pas \u00e0 moi que vous all\u00e9guez des excuses, mais \u00e0 celui qui conna\u00eet tout. Vous ne sauriez je\u00fbner, dites-vous ; mais vous savez bien, manger sans aucune retenue, et user votre corps en le chargeant de nourritures. Toutefois les m\u00e9decins ordonnent \u00e0 leurs malades, non des mets vari\u00e9s, mais une di\u00e8te rigoureuse. Quoi ! Vous pouvez vous incommoder en mangeant, et vous ne pouvez vous abstenir de manger ! passe-t-on mieux la nuit apr\u00e8s s&rsquo;\u00eatre livr\u00e9 aux exc\u00e8s d&rsquo;un grand festin qu&rsquo;apr\u00e8s s&rsquo;\u00eatre content\u00e9 d&rsquo;un repas frugal ? Charg\u00e9 de vin et de viande, vous vous tourmentez dans votre lit, vous vous tournez de tous c\u00f4t\u00e9s sans savoir quelle position choisir. Dira-t-on qu&rsquo;un pilote conduit plus ais\u00e9ment un vaisseau charg\u00e9 outre mesure, qu&rsquo;un vaisseau leste et d\u00e9gag\u00e9. Le moindre soul\u00e8vement de flots submerge le navire que son propre poids accable d\u00e9j\u00e0 : celui qui n&rsquo;a qu&rsquo;une charge m\u00e9diocre surnage ais\u00e9ment, parce que rien ne l&#8217;emp\u00eache de s&rsquo;\u00e9lever au-dessus des vagues. Ainsi les corps appesantis par les viandes deviennent la proie des maladies : au lieu que ceux qui ne prennent qu&rsquo;une nourriture sobre et l\u00e9g\u00e8re, \u00e9chappent aux menaces d&rsquo;une maladie, comme \u00e0 un soul\u00e8vement de flots, et dissipent bient\u00f4t les maux actuels qui viennent les assaillir comme un violent orage. Vous croirez donc qu&rsquo;il y a plus de peine \u00e0 \u00eatre assis qu&rsquo;\u00e0 courir, \u00e0 se tenir en repos qu&rsquo;\u00e0 lutter, puisque vous dites que les d\u00e9lices conviennent mieux aux personnes infirmes qu&rsquo;une di\u00e8te raisonnable ? La chaleur naturelle dig\u00e8re bien une quantit\u00e9 modique de nourriture et en forme une bonne substance; mais si on lui donne plus d&rsquo;aliments qu&rsquo;elle n&rsquo;en saurait porter, elle ne peut les dig\u00e9rer enti\u00e8rement ; et de l\u00e0 viennent toutes les maladies.<\/p>\n<p>Mais reprenons l\u2019histoire de l&rsquo;antiquit\u00e9 du je\u00fbne, et montrons comment tous les saints, le recevant les uns des autres comme un patrimoine, il s&rsquo;est transmis jusqu&rsquo;\u00e0 nous de p\u00e8res en fils par une succession ininterrompue. On ne connaissait point le vin dans le paradis terrestre, on n&rsquo;y tuait point d&rsquo;animaux, on n&rsquo;y mangeait point de chair. C&rsquo;est apr\u00e8s le d\u00e9luge que le vin a \u00e9t\u00e9 connu ; c&rsquo;est apr\u00e8s le d\u00e9luge qu&rsquo;il a \u00e9t\u00e9 dit aux hommes: <i>Nourrissez-vous de tout ce qui a vie et mouvement ; je vous l&rsquo;abandonne, comme les l\u00e9gumes et les herbes de la campagne<\/i> ( Gen. 9. 8. ). C&rsquo;est lorsqu&rsquo;on a d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 de leur perfection, qu&rsquo;on leur a accord\u00e9 cette jouissance. Ce qui prouve qu&rsquo;on n&rsquo;avait aucune exp\u00e9rience du vin, c&rsquo;est que No\u00e9 en ignorait l&rsquo;usage. Cette liqueur n&rsquo;avait pas encore \u00e9t\u00e9 introduite dans le monde, et les hommes n&rsquo;\u00e9taient pas accoutum\u00e9s \u00e0 s&rsquo;en servir. Comme donc No\u00e9 n&rsquo;avait vu personne en boire, et qu\u2019il ne l&rsquo;avait pas \u00e9prouv\u00e9e lui-m\u00eame, il se trouva pris sans qu&rsquo;il p\u00fbt s&rsquo;en garantir. <i>No\u00e9 planta la vigne<\/i>, dit l&rsquo;Ecriture, <i>il but de son fruit, et s&rsquo;enivra <\/i>( Gen. 9. 20. ) : non qu&rsquo;il f\u00fbt coupable, mais il ignorait la quantit\u00e9 de vin qu\u2019on pouvait se permettre. Ainsi les hommes n&rsquo;ont connu le vin qu&rsquo;au sortir du paradis terrestre, tant la dignit\u00e9 du je\u00fbne est ancienne.<\/p>\n<p>Nous savons que c&rsquo;est par le je\u00fbne que Mo\u00efse s&rsquo;est approch\u00e9 de la montagne. Jamais il n&rsquo;e\u00fbt os\u00e9 monter sur cette cime fumante, jamais il n&rsquo;e\u00fbt eu la hardiesse de p\u00e9n\u00e9trer dans la nue, s&rsquo;il n&rsquo;e\u00fbt \u00e9t\u00e9 muni du je\u00fbne ( Exode. 24. 18.\u201434. 28. ). C&rsquo;est le je\u00fbne qui a fait recevoir la loi \u00e9crite de la main de Dieu m\u00eame sur des tables. Au haut de la montagne le je\u00fbne obtenait du Seigneur la loi, tandis qu&rsquo;en bas la gourmandise pr\u00e9cipitait le peuple dans tous les exc\u00e8s de l&rsquo;idol\u00e2trie.<i> Le peuple s&rsquo;assit pour manger\u00a0<\/i><i>et pour boire, et il se leva pour jouer <\/i>(Exode. 32. 6 ). Ce qu&rsquo;un fid\u00e8le serviteur avait obtenu en priant et en je\u00fbnant durant quarante jours, la seule intemp\u00e9rance le rendit inutile : et les tables \u00e9crites de la main de Dieu qu&rsquo;avait re\u00e7ues le je\u00fbne, l&rsquo;exc\u00e8s de vin les brisa, le proph\u00e8te ne jugeant pas qu\u2019un peuple ivre f\u00fbt digne de recevoir du Seigneur ce riche tr\u00e9sor. Un peuple que Dieu avait instruit par les plus grands prodiges, fut plong\u00e9 par la gourmandise dans l\u2019idol\u00e2trie des Egyptiens. Faites le parall\u00e8le, et voyez comment le je\u00fbne nous rapproche de Dieu, comment les d\u00e9lices nous perdent.<\/p>\n<p>Poursuivons, et avan\u00e7ons dans l\u2019histoire sainte. Qu&rsquo;est-ce qui a avili Esa\u00fc, et l&rsquo;a rendu esclave de son fr\u00e8re n&rsquo;est-ce pas un seul potage qui lui a fait vendre son droit d&rsquo;a\u00eenesse\u00a0? Pour Samuel, n&rsquo;a-t-il pas \u00e9t\u00e9 accord\u00e9 \u00e0 la pri\u00e8re et au je\u00fbne de sa m\u00e8re ? Qu&rsquo;est-ce qui a rendu invincible le brave Samson ? N&rsquo;est-ce pas encore le je\u00fbne\u00a0? C&rsquo;est par le je\u00fbne qu&rsquo;il a \u00e9t\u00e9 con\u00e7u dans le ventre de sa m\u00e8re ; le je\u00fbne l&rsquo;a mis au monde, le je\u00fbne l&rsquo;a nourri, le je\u00fbne l&rsquo;a fortifi\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;il est devenu Monime. Il s&rsquo;est montr\u00e9 fid\u00e8le \u00e0 ce pr\u00e9cepte de l&rsquo;Ange: <i>Il ne mangera pas du fruit de la<\/i> <i>vigne, il ne boira pas de vin, ni d\u2019aucune liqueur ferment\u00e9e<\/i> ( Jug. 13. 14. ). Le je\u00fbne enfante les proph\u00e8tes et fortifie les puissants. Le je\u00fbne instruit les l\u00e9gislateurs; il est la meilleure garde de l&rsquo;\u00e2me, le plus s\u00fbr compagnon du corps, l&rsquo;armure des gens braves, le gymnase des athl\u00e8tes; il chasse les tentations, excite \u00e0 la pi\u00e9t\u00e9, fait aimer la sobri\u00e9t\u00e9, inspire la modestie ; donne du courage dans la guerre et apprend \u00e0 ch\u00e9rir la paix ; il sanctifie les Nazar\u00e9ens, il consacre les pr\u00eatres, qui ne pourraient, sans lui, offrir le sacrifice dans le\u00a0culte mystique et v\u00e9ritable de nos jours, qui ne le pouvaient pas m\u00eame dans celui qui a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 et qui n&rsquo;en \u00e9tait que la figure. C&rsquo;est par le je\u00fbne qu&rsquo;Elie fut favoris\u00e9 d&rsquo;une vision extraordinaire. Il purifia son \u00e2me en je\u00fbnant quarante jours ; et il m\u00e9rita de voir le Seigneur dans la caverne d&rsquo;Horeb, autant qu&rsquo;il est possible \u00e0 un homme. C&rsquo;est apr\u00e8s avoir je\u00fbn\u00e9 qu&rsquo;il rendit l&rsquo;enfant \u00e0 la veuve, et qu&rsquo;il sut triompher de la mort m\u00eame. La parole sortie d&rsquo;une bouche sobre ferma le ciel pendant trois ans et six mois pour punir un peuple pr\u00e9varicateur. Il s&rsquo;exposa lui-m\u00eame avec les autres \u00e0 cette calamit\u00e9, pour amollir des \u00e2mes dures et intraitables. <i>Vive le Seigneur,<\/i> dit-il ; <i>il ne tombera de pluie sur la terre que selon la parole qui sortira de ma bouche<\/i> (3. Rois. 17. 1.). Il obligea par la famine tout un peuple de je\u00fbner, afin de corriger les d\u00e9sordres, suites des d\u00e9lices et d&rsquo;une vie dissolue. Et le proph\u00e8te Elis\u00e9e comment vivait-il comment fut-il re\u00e7u chez la Sunamite? Comment lui-m\u00eame traita-t-il les proph\u00e8tes ? Il leur donna des herbes sauvages et un peu de farine. On avait m\u00eal\u00e9 parmi ces herbes de la coloquinte, et tous ceux qui en mang\u00e8rent eussent \u00e9t\u00e9 en danger de p\u00e9rir, si le je\u00fbne et les pri\u00e8res du proph\u00e8te n&rsquo;eussent amorti la force du poison. Enfin c&rsquo;est le je\u00fbne qui a conduit tous les Saints \u00e0 une vie selon Dieu.<\/p>\n<p>Il est une sorte de pierre appel\u00e9e amiante (1), qui ne peut \u00eatre consum\u00e9e par le feu ; qui, jet\u00e9 dans les flammes, para\u00eet \u00eatre r\u00e9duite en charbon, mais qui en \u00e9tant tir\u00e9e n&rsquo;en est que plus pure comme si elle e\u00fbt \u00e9t\u00e9 lav\u00e9e dans l&rsquo;eau. Tels \u00e9taient\u00a0les corps des trois enfants de Babylone ; le je\u00fbne leur donnait la vertu de l&rsquo;amiante. Au milieu d&rsquo;une ardente fournaise, sup\u00e9rieurs au feu s&rsquo;ils eussent \u00e9t\u00e9 d&rsquo;or, ils n&rsquo;en re\u00e7urent aucun dommage : ils parurent m\u00eame plus puissants que l&rsquo;or, puisque le feu, loin de fondre leurs chairs, les conservait intacts. Cependant rien alors ne r\u00e9sistait \u00e0 une flamme, dont la violence redoubl\u00e9e par des amas de sarments, de souffre et de bitume, s&rsquo;\u00e9tendait \u00e0 quarante-neuf coud\u00e9es, d\u00e9vora tous les objets environnants, et consuma nombre de Chald\u00e9ens. Entr\u00e9s avec le je\u00fbne dans un incendie aussi terrible, les trois jeunes hommes le foul\u00e8rent aux pieds : ils respiraient un air doux et suave au milieu d&rsquo;un feu violent, qui respecta m\u00eame leur chevelure, parce que c&rsquo;\u00e9tait le je\u00fbne qui l&rsquo;avait nourrie et entretenue. Daniel, cet homme de d\u00e9sir, apr\u00e8s avoir pass\u00e9 trois semaines sans manger de pain et sans boire de vin, apprit aux lions \u00e0 je\u00fbner dans la fosse : leurs dents ne purent entamer son corps, comme s&rsquo;il e\u00fbt \u00e9t\u00e9 de pierre, ou de fer, ou de quelque autre mati\u00e8re plus dure. Le je\u00fbne avait donn\u00e9 au corps du Saint une trempe de nature \u00e0 \u00e9mousser les dents de ces animaux f\u00e9roces, qui n&rsquo;entreprirent pas m\u00eame de le d\u00e9vorer. Ainsi le je\u00fbne \u00e9teint les flammes et adoucit les lions.<\/p>\n<p>Le je\u00fbne sert d&rsquo;ailes \u00e0 la pri\u00e8re pour s&rsquo;\u00e9lever en haut et p\u00e9n\u00e9trer jusqu&rsquo;aux cieux. Le je\u00fbne est le soutien des maisons, le p\u00e8re de la sant\u00e9, l&rsquo;instituteur de la jeunesse, l\u2019ornement des vieillards, l&rsquo;agr\u00e9able compagnon des voyageurs, l&rsquo;ami s\u00fbr des \u00e9poux. Un mari ne soup\u00e7onne pas la fid\u00e9lit\u00e9 de sa femme, quand il la voit faire du je\u00fbne ses d\u00e9lices: une femme n&rsquo;est pas jalouse de son mari, quand elle le voit ch\u00e9rir et embrasser le je\u00fbne. Le je\u00fbne\u00a0n&rsquo;a jamais ruin\u00e9 une maison. Comptez ce que vous avez de bien aujourd\u2019hui ; comptez encore par la suite, et vous ne trouverez pas que le je\u00fbne ait rien diminu\u00e9 de votre fortune. Lorsque l&rsquo;abstinence r\u00e8gne, nul animal ne d\u00e9plore son tr\u00e9pas : le sang ne coule nulle part, nulle part une voracit\u00e9 impitoyable ne prononce une sentence cruelle contre les animaux : le couteau des cuisiniers se repose; la table se contente des fruits que donne la nature. Le sabbat avait \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 aux Juifs, pour qu&rsquo;ils laissassent reposer leurs b\u00eates de somme et leurs serviteurs ( Exode. 20. 10.). Que le je\u00fbne donne quelque rel\u00e2che \u00e0 ceux qui vous servent toute l&rsquo;ann\u00e9e, qu\u2019ils respirent de leurs continuels travaux. Qu&rsquo;on n&rsquo;entende plus dans votre maison tout ce tumulte, que la fum\u00e9e et l&rsquo;odeur des viandes en soient bannies ; que cette foule d&rsquo;hommes diversement employ\u00e9s au service de la table, qui vont et qui viennent sans cesse pour ex\u00e9cuter les ordres du ventre, de ce ma\u00eetre dur et sans piti\u00e9, se tiennent enfin tranquilles. Les collecteurs des tributs laissent au moins quelques moments de repos \u00e0 ceux qui sont sous leur juridiction: que le ventre fasse au moins avec nous une tr\u00eave de cinq jours (1), ce ventre insatiable, qui demande toujours et n&rsquo;est jamais satisfait, qui a d\u00e9j\u00e0 oubli\u00e9 aujourd&rsquo;hui ce qu&rsquo;on lui donna hier, qui raisonne \u00a0la temp\u00e9rance lorsqu&rsquo;il est rempli, et ne sonne plus \u00e0 ses beaux pr\u00e9ceptes d\u00e8s qu&rsquo;il a dig\u00e9r\u00e9. Le je\u00fbne ne conna\u00eet pas l&rsquo;usure ; ces int\u00e9r\u00eats accumul\u00e9s,<\/p>\n<p>(1) Une tr\u00eave de cinq jours, sans doute pendant chaque semaine de car\u00eame\u00a0: car les Grecs ne je\u00fbnaient ni le dimanche, ni le samedi. Au reste, nous voyons ici que, quand ils je\u00fbnaient, leur je\u00fbne \u00e9tait beaucoup plus aust\u00e8re que le n\u00f4tre, puisqu&rsquo;il n\u2019y avait alors chez eux presqu\u2019aucune cuisine.<\/p>\n<p><b>186<\/b><\/p>\n<p>qui se replient comme des serpents, sont ignor\u00e9s \u00e0 la table de l\u2019homme sobre. Ses enfants non plus ne recueillent pas le triste h\u00e9ritage de ses dettes. Le je\u00fbne d\u2019ailleurs est propre \u00e0 inspirer la joie et la satisfaction. On boit avec plaisir quand on a soif, la faim assaisonne tous les mets : ainsi l&rsquo;abstinence, qui interrompt le cours de la bonne ch\u00e8re, r\u00e9veille l&rsquo;app\u00e9tit, et donne du go\u00fbt aux viandes. Si donc vous voulez trouver agr\u00e9able ce que vous mangez, faites diversion par le je\u00fbne. La sati\u00e9t\u00e9 des d\u00e9lices en \u00e9mousse le go\u00fbt, et l&rsquo;exc\u00e8s du plaisir le fait dispara\u00eetre. Les meilleures choses fatiguent par la continuit\u00e9 de la jouissance. On jouit avec empressement de ce qui ne s&rsquo;offre que de loin \u00e0 loin. C&rsquo;est ainsi que le Cr\u00e9ateur nous a m\u00e9nag\u00e9 par la vicissitude un plus vif agr\u00e9ment dans les faveurs journali\u00e8res dont il nous comble. Le soleil para\u00eet plus brillant apr\u00e8s la nuit, le r\u00e9veil est plus agr\u00e9able apr\u00e8s le sommeil, la sant\u00e9 est plus douce apr\u00e8s la maladie ; la table de m\u00eame est plus satisfaisante apr\u00e8s le je\u00fbne, pour le riche dont la table est somptueuse, comme pour le pauvre dont la nourriture est simple et frugale. Craignez le malheur de ce riche de l&rsquo;Evangile, que les d\u00e9lices ont plong\u00e9 dans les enfers ( Luc. 16. 19 et suiv ). Ce n&rsquo;est point pour ses injustices, mais pour sa vie molle qu&rsquo;il a \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 \u00e0 un feu \u00e9ternel. Pour \u00e9teindre ce feu, il faut de l&rsquo;eau. Ce n&rsquo;est pas seulement pour la vie future que le je\u00fbne est utile ; il contribue encore \u00e0 la sant\u00e9 dans cette vie. Un excessif embonpoint est sujet \u00e0 bien des retours, parce que la nature qui succombe ne peut en soutenir le poids. Vous d\u00e9daignez maintenant de boire de l&rsquo;eau; prenez garde d&rsquo;avoir par la suite, comme le mauvais riche, \u00e0 en d\u00e9sirer une seule goutte. L&rsquo;eau n\u2019a jamais\u00a0enivr\u00e9 personne ; l&rsquo;eau ne charge pas la t\u00eate elle ne lie ni les pieds ni les mains quand on boit de l&rsquo;eau, on n&rsquo;a jamais besoin pour marcher du secours d&rsquo;autrui. Les mauvaises digestions, suite de l&rsquo;intemp\u00e9rance, occasionnent des maladies f\u00e2cheuses. L\u2019ext\u00e9rieur de l\u2019homme qui je\u00fbne n&rsquo;a rien que de v\u00e9n\u00e9rable. Son teint n&rsquo;est pas fleuri, ni color\u00e9 d&rsquo;un rouge insolent, mais d\u00e9cor\u00e9 d&rsquo;une p\u00e2leur modeste; ses yeux sont doux, sa d\u00e9marche grave, son air r\u00e9fl\u00e9chi : il ne se permet pas un rire immod\u00e9r\u00e9 ; son langage est aussi tranquille que son \u00e2me est pure.<\/p>\n<p>Rappelez-vous les saints des si\u00e8cles pass\u00e9s, <i>dont le monde n&rsquo;\u00e9tait pas digne, qui erraient couverts de peaux, manquant de tout, pers\u00e9cut\u00e9s,<\/i> <i>afflig\u00e9s<\/i> (Heb. 11. 37 et 38). Imitez leur conduite, si vous voulez obtenir leur gloire. Qu&rsquo;est-ce qui a fait reposer Lazare dans le sein d&rsquo;Abraham? N\u2019est-ce pas le je\u00fbne ? Toute la vie de Jean-Baptiste n&rsquo;\u00e9tait-elle pas un je\u00fbne continuel ? Il n&rsquo;avait ni lit, ni table, ni terre labourable, ni b\u0153uf pour labourer, ni grains, ni serviteur pour les moudre, en un mot aucune des choses n\u00e9cessaires \u00e0 la vie.\u00a0 C\u2019est pour cela que <i>parmi ceux qui sont n\u00e9s des femmes, il n&rsquo;en a point paru de plus grand que Jean-Baptiste <\/i>(Math. 11. 11.). Entre toutes les tribulations dont se glorifiait Paul, c&rsquo;est surtout le je\u00fbne qui l&rsquo;a transport\u00e9 au troisi\u00e8me ciel. Enfin J\u00e9sus-Christ notre Seigneur, apr\u00e8s avoir fortifi\u00e9, par le je\u00fbne, la chair qu&rsquo;il a prise pour nous, a voulu soutenir dans cette m\u00eame chair les attaques du d\u00e9mon, afin\u00a0 de nous apprendre comment nous devons nous disposer et nous exercer aux combats des tentations. Comme la divinit\u00e9 du Fils de Dieu le rendait inaccessible \u00e0 l&rsquo;esprit tentateur, il s&rsquo;est assujetti \u00e0 nos besoins, afin de lui\u00a0donner l\u2019occasion de l&rsquo;attaquer par cette apparence de faiblesse. Pr\u00e8s de monter aux cieux, s\u2019il a pris de la nourriture, ce n&rsquo;\u00e9tait que pour fournir des preuves de sa r\u00e9surrection.<\/p>\n<p>Et vous, vous ne cesserez pas d&rsquo;engraisser votre corps \u00e0 l\u2019exc\u00e8s, tandis que vous ne vous embarrasserez nullement de laisser dess\u00e9cher votre esprit en n\u00e9gligeant de le nourrir d&rsquo;une doctrine salutaire et vivifiante ! Dans la m\u00eal\u00e9e, secourir un parti, c\u2019est faire succomber l&rsquo;autre : ainsi se ranger du parti de la chair, c&rsquo;est combattre contre l&rsquo;esprit; comme passer du c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;esprit, c&rsquo;est assujettir la chair : car ce sont deux puissances oppos\u00e9es. Si donc vous voulez fortifier l&rsquo;esprit, il vous faut dompter la chair par le je\u00fbne. C&rsquo;est-l\u00e0 ce qui a fait dire \u00e0 l\u2019ap\u00f4tre : <i>Plus l\u2019homme int\u00e9rieur se d\u00e9truit en nous, plus l&rsquo;homme ext\u00e9rieur se renouvelle<\/i> ; et ailleurs : Lorsque je suis\u00a0 faible, c&rsquo;est alors que je suis fort (2. Cor. 4. 16. &#8211; 12. 10.). Ne m\u00e9priserez-vous pas des viandes corruptibles? Ne d\u00e9sirerez-vous pas la table du royaume c\u00e9leste, que vous pr\u00e9parera le je\u00fbne d&rsquo;ici-bas, ignorez-vous que l&rsquo;intemp\u00e9rance vous engendre une foule de vers rongeurs ? Qui jamais dans les d\u00e9lices continuelles d&rsquo;une table abondante, m\u00e9rita de participer aux gr\u00e2ces spirituelles ? Il fallut que Mo\u00efse se dispos\u00e2t par un second je\u00fbne \u00e0 recevoir une seconde fois les pr\u00e9ceptes de la loi ( Exode. 34. 28.). Les Ninivites n&rsquo;auraient pu \u00e9chapper \u00e0 la ruine totale dont ils \u00e9taient menac\u00e9s s&rsquo;ils n&rsquo;eussent fait je\u00fbner jusqu&rsquo;\u00e0 leurs animaux. Quels sont les Juifs dont les corps sont rest\u00e9s \u00e9tendus dans le d\u00e9sert (Heb. 3. 17.) ? Ne sont-ce pas ceux qui demandaient \u00e0 manger de la chair ? Tant qu&rsquo;ils se commu\u00e8rent de la manne et de l&rsquo;eau du rocher, ils vainquirent les Egyptiens, ils pass\u00e8rent la mer \u00e0 pied sec,<i> il n&rsquo;y avait pas de\u00a0<\/i><i>malades dans leurs tribus<\/i> (Ps. 104. 37.) ; mais lorsqu&rsquo;ils regrett\u00e8rent les chairs de l&rsquo;Egypte ( Exode. 16. 3. ), qu\u2019ils se transport\u00e8rent dans ce pays par leurs d\u00e9sirs, ils furent priv\u00e9s du bonheur de voir la terre promise. Cet exemple ne vous fait-il pas trembler ? Ne craignez-vous pas que votre amour pour des viandes terrestre ne vous prive des biens \u00e9ternels ? Le sage Daniel n&rsquo;e\u00fbt pas eu des visions aussi merveilleuses, s\u2019il n&rsquo;e\u00fbt purifi\u00e9 et \u00e9clair\u00e9 son \u00e2me par le je\u00fbne. Les vapeurs et les fum\u00e9es qui s&rsquo;\u00e9l\u00e8vent d&rsquo;une nourriture grossi\u00e8re, sont comme un nuage \u00e9pais qui offusque les lumi\u00e8res par lesquelles l&rsquo;Esprit-Saint \u00e9claire nos intelligences. Si les anges prennent quelque nourriture, ce n&rsquo;est que du pain selon le t\u00e9moignage du Proph\u00e8te : <i>L&rsquo;homme a mang\u00e9 le pain des anges<\/i> ( Ps. 77. 25.) (1). Ils ne connaissent ni la chair, ni le vin, ni rien de ce que d\u00e9sirent avec tant d&rsquo;ardeur les esclaves du ventre. Le je\u00fbne est une arme qui nous fait triompher de l&rsquo;arm\u00e9e des d\u00e9mons. <i>Cette sorte de d\u00e9mons<\/i>, dit J\u00e9sus-Christ, <i>ne se chasse que par la pri\u00e8re et par le je\u00fbne<\/i>. Tels sont les grands avantages que le je\u00fbne nous procure. L&rsquo;intemp\u00e9rance est la source des plus affreux d\u00e9sordres. Les mets d\u00e9licats et les vins exquis nous portent \u00e0 des passions brutales. Les d\u00e9lices irritent la concupiscence et allument dans les hommes des d\u00e9sirs furieux qui les rendent semblables \u00e0 des chevaux indompt\u00e9s. Les exc\u00e8s de vin nous font renverser l&rsquo;ordre de la nature, pervertir et corrompre l&rsquo;usage des diff\u00e9rents sexes. Le je\u00fbne, au contraire, entretient la modestie et la continence\u00a0dans le mariage ; il fait qu&rsquo;on se retranche m\u00eame les choses permises, et que deux \u00e9poux se les interdisent de concert pendant quelque temps pour vaquer plus librement \u00e0 l&rsquo;oraison.<\/p>\n<p>Prenez garde n\u00e9anmoins de borner l&rsquo;avantage du je\u00fbne \u00e0 l&rsquo;abstinence des viandes. Le je\u00fbne v\u00e9ritable est de s&rsquo;abstenir des vices. <i>Rompez tout lien d&rsquo;iniquit\u00e9 <\/i>( Is. 58. 4 et. 6.) : pardonnez \u00e0 votre prochain la peine qu\u2019il a pu vous faire, remettez-lui ses dettes; n<i>e je\u00fbnez plus pour faire des proc\u00e8s et des querelles<\/i>. Vous ne mangez point de chair, mais vous d\u00e9vorez votre fr\u00e8re. Vous vous abstenez de boire du vin, mais vous ne mod\u00e9rez aucune des passions qui vous emportent. Vous attendez le soir pour manger, mais vous consumez, tout le jour dans les tribunaux. Malheur \u00e0 ceux que, non le vin, mais leurs passions enivrent ( Is. 51. 21. ). La col\u00e8re est une ivresse de l\u2019\u00e2me ; elle la trouble et la transporte comme le vin. La tristesse est aussi une ivresse, puisqu&rsquo;elle enveloppe et ensevelit la raison. La crainte est une autre ivresse, quand elle nous fait trembler mal-\u00e0-propos. <i>D\u00e9livrez mon \u00e2me<\/i>, dit David au Seigneur,\u00a0<i>de la crainte de mon ennemi<\/i>,( Ps. 63. 2). En g\u00e9n\u00e9ral, toute passion violente qui trouble et d\u00e9range la raison, peut \u00eatre appel\u00e9e ivresse. Oyez un homme emport\u00e9 par la col\u00e8re : cette passion le rend ivre ; il n&rsquo;est plus ma\u00eetre de lui-m\u00eame, il ne se conna\u00eet plus, il ne conna\u00eet aucun de ceux qui sont pr\u00e9sents ; il se jette sur tous ceux qu&rsquo;il rencontre, comme dans un combat nocturne ; il parie au hasard, il ne peut se contenir, il invective, il frappe, il menace, il crie, il s&#8217;emporte en jurements, il se livre \u00e0 toute sa rage. Evitez une pareille ivresse.<\/p>\n<p>Fuyez aussi celle que cause le vin. Ne vous pr\u00e9parez\u00a0pas \u00e0 boire de l&rsquo;eau en buvant du vin avec exc\u00e8s. Que l&rsquo;ivresse ne vous introduise pas dans les myst\u00e8res du je\u00fbne. Ce n&rsquo;est pas l&rsquo;ivresse qui conduit au je\u00fbne, comme ce n&rsquo;est pas la cupidit\u00e9 qui conduit au d\u00e9sint\u00e9ressement, ni l&rsquo;intemp\u00e9rance \u00e0 la sagesse, ni en g\u00e9n\u00e9ral le vice \u00e0 la vertu. Il est un autre chemin qui conduit au je\u00fbne; la frugalit\u00e9 m\u00e8ne au je\u00fbne comme l&rsquo;ivresse m\u00e8ne aux dissolutions. Les athl\u00e8tes se pr\u00e9parent au combat par des exercices; on se dispose au je\u00fbne en s&rsquo;exer\u00e7ant \u00e0 l&rsquo;abstinence. Ne cherchez pas \u00e0 \u00e9luder la loi, et \u00e0 vous d\u00e9dommager d&rsquo;avance, par la d\u00e9bauche, d&rsquo;un je\u00fbne de cinq jours (1). C&rsquo;est en vain que vous mortifiez votre corps, si vous ne rendez pas cette mortification utile en renon\u00e7ant au vice. Vous confiez des provisions \u00e0 un cellier perfide : vous versez du vin dans un tonneau perc\u00e9. Le vin s&rsquo;\u00e9coule par le passage qu&rsquo;il trouve ouvert, et le p\u00e9ch\u00e9 demeure. Un esclave fuit le ma\u00eetre qui le frappe ; et vous ne vous \u00e9loignez pas du vin qui attaque tous les jours votre t\u00eate. La meilleure mesure dans l&rsquo;usage du vin, c&rsquo;est de n&rsquo;en prendre que pour le besoin du corps. Si vous passez aujourd\u2019hui les bornes, vous aurez demain la t\u00eate pesante, vous serez ennuy\u00e9, \u00e9tourdi, vous exhalerez une odeur d\u00e9sagr\u00e9able, vous croirez que tous les objets qui vous environnent tournent autour de vous. L\u2019ivresse cause un sommeil qui approche de la mort, et un r\u00e9veil qui ressemble \u00e0 un assoupissement. Ne songez-vous plus \u00e0 celui que vous devez recevoir C&rsquo;est celui qui nous fait \u00a0cette promesse consolante : <i>Mon P\u00e8re et moi nous viendrons, et nous ferons en lui notre, demeure<\/i> (Jean. 14. 23.). Pourquoi donc recevez-vous d&rsquo;abord l\u2019ivresse, et fermez-vous par-l\u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e au Seigneur ? Pourquoi invitez-vous l\u2019ennemi \u00e0 s&#8217;emparer des avenues de votre \u00e2me ? L&rsquo;ivresse ne re\u00e7oit pas le Seigneur, l&rsquo;ivresse bannit l&rsquo;Esprit-Saint. L&rsquo;intemp\u00e9rance chasse la gr\u00e2ce, comme la fum\u00e9e chasse les abeilles. Le je\u00fbne est l&rsquo;ornement de la ville, le soutien du forum, la paix des maisons, la s\u00fbret\u00e9 des fortunes. Voulez-vous comprendre quelle est sa dignit\u00e9 ? Comparez le jour o\u00f9 nous sommes avec le jour suivant : vous verrez le bruit et le tumulte se changer en un calme profond. Je voudrais que nous fussions aussi sages aujourd&rsquo;hui que nous le serons demain, et que demain il r\u00e9gn\u00e2t la m\u00eame joie qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui.<\/p>\n<p>Que le Seigneur qui fait succ\u00e9der les temps les uns aux autres, nous accorde, apr\u00e8s nous \u00eatre exerc\u00e9s comme de braves athl\u00e8tes, et avoir pratiqu\u00e9 constamment la temp\u00e9rance, d&rsquo;arriver au jour o\u00f9 seront distribu\u00e9es les couronnes : qu\u2019il nous accorde, apr\u00e8s nous \u00eatre conform\u00e9s dans cette vie au Sauveur souffrant, de recevoir dans la vie future la r\u00e9compense de nos travaux, de la main du souverain Juge, \u00e0 qui soit la gloire dans les si\u00e8cles des si\u00e8cles. Ainsi soit-il.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>(1) Le grec dit :\u00a0<i>Le je\u00fbne vraiment digne de ce nom<\/i>. La vraie \u00e9tymologie de\u00a0<i>nesteia<\/i>, c&rsquo;est la particule n\u00e9gative\u00a0<i>n\u00e8<\/i>\u00a0et\u00a0<i>estio<\/i>, je mange, ou\u00a0<i>sitos<\/i>\u00a0nourriture. Saint Basile fait sans doute ici allusion au mot\u00a0<i>nestis<\/i>, qui signifie un homme \u00e0 jeun et nu des intestins: il regarde\u00a0<i>n\u00e9steia<\/i>, je\u00fbne, comme venant de\u00a0<i>nestis<\/i>, un des intestins.<\/p>\n<p>(2) Il m&rsquo;a \u00e9t\u00e9 impossible de rendre ici l&rsquo;orateur, dont les id\u00e9es tiennent \u00e0 sa langue, et ne peuvent \u00eatre transport\u00e9es dans une autre.<\/p>\n<p>(1) Dioscoride parle de cette pierre comme naissant dans l\u2019\u00eele de Chypre, et ayant la propri\u00e9t\u00e9 que lui donne ici saint Basile.<\/p>\n<p>(1)\u00a0<i>Le pain des anges<\/i>, c&rsquo;est-\u00e0-dire, selon David, la manne qui tombait du ciel. L&rsquo;application que saint Basile fait de ce passage parait peu naturelle et point assez grave.<\/p>\n<p>(1)\u00a0<i>D&rsquo;un jeune de cinq jours<\/i>\u00a0par semaine, comme nous l&rsquo;avons observ\u00e9 plus haut. Ou voit que les exc\u00e8s de l\u2019intemp\u00e9rance, par lesquels des hommes peu raisonnables se pr\u00e9paraient au je\u00fbne du car\u00eame, sont fort anciens.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>ST BASILE LE GRAND On ne sait pas en quelle ann\u00e9e a \u00e9t\u00e9 prononc\u00e9e cette hom\u00e9lie ; on voit par l&rsquo;hom\u00e9lie m\u00eame que \u00e7a a d\u00fb \u00eatre au commencement d&rsquo;un car\u00eame. Les deux objets principaux que traite l&rsquo;orateur, sont l&rsquo;antiquit\u00e9 et les avantages du je\u00fbne. 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