{"id":7919,"date":"2015-01-23T16:00:34","date_gmt":"2015-01-23T14:00:34","guid":{"rendered":"http:\/\/www.eoc.ee\/?p=7919"},"modified":"2015-01-26T14:51:53","modified_gmt":"2015-01-26T12:51:53","slug":"le-petit-manuel-du-moine-orthodoxe","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.eoc.ee\/fr\/homelies\/le-petit-manuel-du-moine-orthodoxe\/","title":{"rendered":"LE PETIT MANUEL DU MOINE ORTHODOXE"},"content":{"rendered":"<p><b><i>PREFACE<\/i><\/b><\/p>\n<p>L\u2019Eglise en g\u00e9n\u00e9ral, nous pouvons la d\u00e9finir comme \u00ab cette vie de Dieu dans les hommes \u00bb pour reprendre ici l\u2019excellente d\u00e9finition de Khomiakov . Vie qui nous fait conna\u00eetre Dieu comme communion des trois Personnes et c\u2019est la raison pour laquelle l\u2019Eglise orthodoxe, Eglise absolue de la Sainte Trinit\u00e9, sera ressentie surtout comme communaut\u00e9 eucharistique, agap\u00e8, o\u00f9 la vie en Christ s\u2019exprime dans une exp\u00e9rience r\u00e9elle de service et de fraternit\u00e9 ; o\u00f9 la spiritualit\u00e9 est normalement celle du martyr, v\u00e9ritable \u00e9tat mystique o\u00f9 l\u2019homme, s\u2019identifiant au Crucifi\u00e9, \u00e9prouve dans une indicible m\u00e9tamorphose, la pl\u00e9nitude de la R\u00e9surrection . C\u2019est cela qui, en la rendant si sensible au c\u0153ur, assure la continuit\u00e9 de l\u2019Orthodoxie : le fil rouge de ses martyrs et le fil d\u2019or des transfigur\u00e9s, dont les P\u00e8res du D\u00e9sert en sont parmi les exemples les plus parlants .<\/p>\n<p>Cela est d\u2019autant plus important \u00e0 souligner que l\u2019homme de notre temps oublie qu\u2019il existe . Il oublie que les autres existent . Il oublie que le monde existe . Il vit dans un temps d\u00e9voreur o\u00f9 chaque instant d\u00e9vore d\u00e9j\u00e0 l\u2019instant suivant ; o\u00f9 il n\u2019y a en quelque sorte jamais de pr\u00e9sent . Bref, il oublie Dieu !<\/p>\n<p>Pourtant, \u00e9crit Olivier Cl\u00e9ment, \u00ab l\u2019homme d\u2019aujourd\u2019hui pressent le myst\u00e8re, mais tr\u00e8s certainement autrement : peut-\u00eatre dans le froid de sa solitude ; peut-\u00eatre dans une tendresse d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e qui fait que dans son regard il y a de l\u2019amour et du chagrin \u00bb .<\/p>\n<p>C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment cela que tend \u00e0 nous d\u00e9chiffrer dans sa finalit\u00e9 le v\u00e9cu des moines : la transformation de la tristesse pour la mort en tristesse pour Dieu ; le silence devant le destin en cri de Jacob ; le jaillissement de la lumi\u00e8re de la R\u00e9surrection au c\u0153ur m\u00eame de la libert\u00e9 de l\u2019homme, dans la grandeur et la folie de l\u2019homme, dans son exp\u00e9rience du paradis et de l\u2019enfer .<\/p>\n<p>Etouffer ses passions, choisir d\u00e9finitivement, pleinement, totalement la voie qui m\u00e8ne \u00e0 Dieu, d\u00e9raciner du plus profond de son \u00eatre les germes du mal, s\u2019ouvrir sur l\u2019amour fou de Dieu et partant, puisque l\u2019un ne vas pas sans l\u2019autre, sur l\u2019amour des autres, tel est le programme que propose la spiritualit\u00e9 de l\u2019Eglise orthodoxe. Tel est aussi le but que poursuit ce petit manuel : rappeler qu\u2019on n\u2019\u00e9difie pas une vie sur la n\u00e9gation puisque l\u2019enseignement du Christ est en tous points le contraire de la n\u00e9gation ; oser dire qu\u2019il ne faut pas craindre la libert\u00e9 mais qu\u2019il faut aller jusqu\u2019au bout de celle-l\u00e0 m\u00eame qui butte sur l\u2019ultime esclavage, autrement dit la mort pour ensuite entrer totalement dans l\u2019exp\u00e9rience de la seule vraie transgression, qui est la R\u00e9surrection !<\/p>\n<p>Puisse ce modeste ouvrage, \u00e9crit dans une intention tr\u00e8s p\u00e9dagogique, nous aider \u00e0 sortir de l\u2019indiff\u00e9rence et de la d\u00e9rision qui sont l\u2019\u00e9cume de notre civilisation . \u00ab Mon d\u00e9sir terrestre, \u00e9crit Saint Ignace d\u2019Antioche ( in Rom.7\/2-3 ), a \u00e9t\u00e9 crucifi\u00e9 ; il n\u2019y a plus en moi de feu pour aimer la mati\u00e8re, mais en moi une eau vive qui murmure et qui dit au-dessus de moi : viens vers le P\u00e8re . Je ne me plais plus \u00e0 une nourriture de corruption ni aux plaisirs de cette vie ; c\u2019est le pain de Dieu que je veux qui est la chair de J\u00e9sus-Christ de la race de David ; et pour boisson, je veux son Sang qui est Amour incorruptible \u00bb .<\/p>\n<p>L\u2019union avec le Ressuscit\u00e9 !&#8230; Un myst\u00e8re qui finalement s\u2019accomplit dans les seules personnes humaines et qui se manifeste surtout par un besoin imp\u00e9rieux de participer \u00e0 la vie divine par un acte libre, conscient, volontaire lequel nous engage dans une extraordinaire aventure spirituelle .<\/p>\n<p>Une extraordinaire aventure spirituelle en effet que ne cessent de nous proposer inlassablement jusqu\u2019\u00e0 la fin des temps ces hommes ivres de Dieu que sont les moines .<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><b><i>LES FONDEMENTS DE L\u2019ASCESE ORTHODOXE<\/i><\/b><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><b><i>Asc\u00e8se de l\u2019enseignement du Christ<\/i><\/b><\/p>\n<p>L\u2019asc\u00e8se orthodoxe est une asc\u00e8se qui a pour base fondamentale les commandements du Christ, auxquels on se consacre totalement \u00e0 tel point qu\u2019ils deviennent la seule loi pour toute l\u2019existence. Et si l\u2019on se demande quelles sont ces lois, on r\u00e9pondra, en premier lieu, d\u2019aimer le Seigneur Dieu de tout son c\u0153ur, de toute son \u00e2me, de toutes ses pens\u00e9es et de toutes ses forces, et en second lieu, d\u2019aimer son prochain comme soi-m\u00eame (Mc 12, 30-31. Mt 22, 40. Ga 5, 14).<\/p>\n<p>Tel est le but de l\u2019asc\u00e8se chr\u00e9tienne dont nous allons maintenant aborder quelques aspects, en fonction de notre vie spirituelle fond\u00e9e ainsi en Dieu.<\/p>\n<p>Combat conscient de l\u2019homme et don de l\u2019Esprit Saint<\/p>\n<p>L\u2019asc\u00e8se est un combat conscient de l\u2019homme, du libre choix de l\u2019homme pour atteindre la perfection. Mais la perfection, en tant que telle, n\u2019est pas contenue dans la nature de l\u2019homme : c\u2019est pourquoi il n\u2019est pas possible de l\u2019atteindre uniquement avec le concours des seules forces de l\u2019homme, contenues dans leurs propres limitations. La perfection ne peut se r\u00e9aliser qu\u2019en Dieu ; elle est un don de l\u2019Esprit Saint.<\/p>\n<p>En tant que telle, l\u2019asc\u00e8se n\u2019est jamais un but en soi. Elle est toujours un moyen, une expression de notre libert\u00e9 et une vie en vue de son acquisition. C\u2019est un exercice pour un combat conscient qui devient, avec le temps, science, technique.<\/p>\n<p>Mais pour que ce combat soit victorieux et ne succombe pas \u00e0 la corruption, il faut qu\u2019il soit scell\u00e9 par la gr\u00e2ce. En ce sens, l\u2019asc\u00e8se peut \u00eatre d\u00e9finie comme la recherche d\u2019un symphonie, d\u2019un accord de notre volont\u00e9 et de notre vie avec la volont\u00e9 et la vie m\u00eame de Dieu. Cette symphonie s\u2019exprime et se pratique essentiellement dans la pri\u00e8re et c\u2019est la raison pour laquelle la pri\u00e8re se situe au sommet de toute l\u2019activit\u00e9 asc\u00e9tique ; elle est le centre duquel toute autre action puise sa force et sa validation.\u2028Dans la pri\u00e8re, l\u2019asc\u00e8se orthodoxe atteint la perfection de son expression parce qu\u2019elle fait participer l\u2019\u00eatre, \u00e0 travers l\u2019Esprit Saint, \u00e0 la vie divine. L\u2019asc\u00e8te va donc consacrer \u00e0 la pri\u00e8re son attention la plus soutenue.<\/p>\n<p>Arriver \u00e0 la pri\u00e8re pure : l\u2019asc\u00e8te quitte tout et par cet abandon entre dans l\u2019essence du renoncement monastique.<\/p>\n<p>Il importe de rappeler que le moine, du point de vue de sa foi, ne diff\u00e8re pas des autres chr\u00e9tiens. Sa vie t\u00e9moigne d\u2019une certaine fa\u00e7on de vivre, mais elle n\u2019a pas d\u2019autre source que les commandements du Christ auxquels tous les baptis\u00e9s adh\u00e8rent par l\u2019asc\u00e8se. Tout chr\u00e9tien orthodoxe devrait \u00eatre un asc\u00e8te et chaque fois donc que nous parlons de l\u2019essence du monachisme, nous touchons \u00e0 quelque chose qui concerne tous les chr\u00e9tiens orthodoxes.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><b><i>La vie monastique : une troisi\u00e8me gr\u00e2ce<\/i><\/b><\/p>\n<p>Est-il possible d\u2019\u00e9difier une vie sur la base de la n\u00e9gation ? Non, bien s\u00fbr, car l\u2019enseignement du Christ est en tous points positif, parce que l\u2019amour et, en g\u00e9n\u00e9ral, la vie en Dieu ne peuvent pas \u00eatre autre chose qu\u2019un engagement positif de tout l\u2019\u00eatre.<\/p>\n<p>Quand rayonne l\u2019amour de Dieu, il ne peut exister de n\u00e9gation consciente visant \u00e0 vaincre telle ou telle passion : quand on aime r\u00e9ellement, quand l\u2019amour du Christ devient en l\u2019homme une seconde nature, il ne lui faut plus se s\u00e9parer du lien qui l\u2019unit au monde des choses, ni de l\u2019esclavage des passions, car il en est lib\u00e9r\u00e9. Au d\u00e9part, chaque \u00e9nergie spirituelle de l\u2019homme qui s\u2019inscrit dans cette lign\u00e9e et qui se conforme \u00e0 l\u2019enseignement du Christ n\u2019exige de lui aucune violence, mais manifeste consciemment l\u2019amour.<\/p>\n<p>\u00ab Nous savons que nous sommes de Dieu et que le monde entier se trouve sous la coupe du Malin \u00bb (1 Jn 5, 19) : le mal consiste en ce que l\u2019homme soit devenu l\u2019esclave du p\u00e9ch\u00e9. Sa lib\u00e9ration et sa renaissance ne se r\u00e9alisent que par l\u2019union entre le Divin et l\u2019humain consomm\u00e9e en Christ.<\/p>\n<p>Il est n\u00e9cessaire de dire que pour certains la n\u00e9gation de ce monde donne du monachisme une image au caract\u00e8re morose, triste et sombre. Mais cette image est erron\u00e9e. Saint Th\u00e9odore Studite d\u00e9finit la vie monastique comme une \u00ab troisi\u00e8me gr\u00e2ce \u00bb, la premi\u00e8re \u00e9tant la Loi de Mo\u00efse, la seconde \u00ab la gr\u00e2ce apr\u00e8s gr\u00e2ce \u00bb (Jn 3, 16.) et la troisi\u00e8me \u00ab la vie monastique \u00bb en tant que vie c\u00e9leste, r\u00e9alisation et possession du transcendant dans le pr\u00e9sent, dans l\u2019actuel.<\/p>\n<p><b><i>Acqu\u00e9rir la vision de Dieu<\/i><\/b><\/p>\n<p>Toute vie monastique n\u2019a de sens que dans la mesure o\u00f9 elle est tourn\u00e9e vers la vision de Dieu. Le moine d\u00e9sire ardemment poss\u00e9der en lui la lumi\u00e8re du Thabor. Aussi, avant d\u2019aller plus loin, il est bon au pr\u00e9alable d\u2019analyser bri\u00e8vement ce que signifie, pour l\u2019Orthodoxie, l\u2019exp\u00e9rience spirituelle de la d\u00e9ification.<\/p>\n<p><b><i>L\u2019exp\u00e9rience spirituelle de la d\u00e9ification<\/i><\/b><\/p>\n<p>\u00ab Dieu est devenu homme pour que l\u2019homme devienne Dieu en Lui \u00bb affirme saint Athanase. \u00ab Dans mon royaume, dit le Christ dans le canon des matines du Jeudi saint, Je serai Dieu et vous serez dieux avec moi \u00bb (4\u00e8me ode, 3\u00e8me tropaire ). Ainsi donc, l\u2019union avec Dieu, but final de la r\u00e9demption, est un myst\u00e8re qui s\u2019accomplit dans les personnes humaines. Librement elles renoncent \u00e0 tout ce qui leur est propre par nature pour se r\u00e9aliser pleinement dans la gr\u00e2ce, pour atteindre la \u00ab th\u00e9osis \u00bb, en d\u2019autres termes la divinisation, toute notion de saintet\u00e9 dans l\u2019Orthodoxie \u00e9tant intimement li\u00e9e \u00e0 celle de la Gr\u00e2ce.<\/p>\n<p>Le saint est un homme qu\u2019habite la Gr\u00e2ce. Cette derni\u00e8re n\u2019est pas, dans la th\u00e9ologie des P\u00e8res grecs, consid\u00e9r\u00e9e comme un effet \u00ab cr\u00e9\u00e9 \u00bb : elle est Dieu lui-m\u00eame se rendant participable. Elle est l\u2019\u00e9nergie m\u00eame de la Divinit\u00e9 \u2013 en quelque sorte les rayons du Soleil \u2013 se communiquant dans l\u2019Esprit Saint. La notion de la Gr\u00e2ce s\u2019identifie en Orient avec celle de la participation. La Gr\u00e2ce est une communion \u00e0 la vie divine pour saint Cyrille d\u2019Alexandrie : \u00ab Adam, avant la chute, pr\u00e9servait en lui-m\u00eame, pure et sans souillure, l\u2019illumination que Dieu lui avait accord\u00e9e et ne prostituait pas la dignit\u00e9 de sa nature ; ainsi le Fils illumine, en tant que Cr\u00e9ateur, puisqu\u2019il est lui-m\u00eame la Lumi\u00e8re v\u00e9ritable, tandis que la cr\u00e9ature est illumin\u00e9e par participation \u00e0 la Lumi\u00e8re et ainsi re\u00e7oit le nom de Lumi\u00e8re et devient Lumi\u00e8re, en s\u2019\u00e9levant vers la surnaturel par la Gr\u00e2ce de Celui qui l\u2019a glorifi\u00e9e et qui la couronne de dignit\u00e9s vari\u00e9es \u00bb (Cyrille d\u2019Alexandrie, Commentaire sur Jean, 1, 9).<\/p>\n<p>Pour saint Gr\u00e9goire Palamas, la Lumi\u00e8re divine est une donn\u00e9e pour l\u2019exp\u00e9rience mystique : c\u2019est le caract\u00e8re visible de la Divinit\u00e9, des \u00e9nergies dans lesquelles Dieu se communique et se r\u00e9v\u00e8le \u00e0 ceux qui ont purifi\u00e9 leur c\u0153ur : \u00ab Celui qui participe \u00e0 l\u2019\u00e9nergie divine (\u2026) devient lui-m\u00eame, en quelque sorte Lumi\u00e8re ; il est uni \u00e0 la Lumi\u00e8re et avec la Lumi\u00e8re il voit en pleine conscience tout ce qui reste cach\u00e9 \u00e0 ceux qui n\u2019ont pas cette gr\u00e2ce ; il surpasse ainsi non seulement les sens corporels, mais aussi tout ce qui peut \u00eatre connu (par l\u2019intelligence) (\u2026) car les c\u0153urs purs voient Dieu (\u2026) qui, \u00e9tant la Lumi\u00e8re habite en eux et se r\u00e9v\u00e8le \u00e0 ceux qui l\u2019aiment, \u00e0 ses bien-aim\u00e9s\u2026 \u00bb (Gr\u00e9goire PALAMAS, Sermon pour la f\u00eate de la Pr\u00e9sentation au Temple de la M\u00e8re de Dieu, \u00e9d. Sophocles, P.176-177).<\/p>\n<p>C\u2019est pourquoi l\u2019union \u00e0 Dieu, la vision lumineuse est pour l\u2019homme \u00e0 la fois pleinement objective, pleinement consciente, pleinement personnelle, parce que tout \u00eatre humain porte en lui l\u2019image du Cr\u00e9ateur, de sa participation libre \u00e0 la vie divine : \u00ab l\u2019homme, d\u00e8s l\u2019origine de la cr\u00e9ation, re\u00e7ut le contr\u00f4le de ses d\u00e9sirs et pouvait suivre librement les inclinations de son choix, parce que la D\u00e9it\u00e9, dont il est l\u2019image, est libre \u00bb (Cyrille d\u2019Alexandrie, Hom. Que Dieu n\u2019est pas l\u2019auteur du mal, 6, PG 31, 344 B).<\/p>\n<p>Cette union en effet ne se r\u00e9sout jamais en une int\u00e9gration de la personne humaine dans l\u2019Infini divin : elle est, au contraire, l\u2019accomplissement de sa destin\u00e9e libre et personnelle. De l\u00e0 \u00e9galement l\u2019insistance des spirituels byzantins sur la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une rencontre personnelle avec le Christ, lieu o\u00f9, par excellence, ont converg\u00e9, une fois pour toutes, l\u2019exp\u00e9rience de l\u2019homme par Dieu et celle de Dieu par l\u2019homme : \u00ab Ce n\u2019est plus moi qui vis, c\u2019est le Christ qui vit en moi \u00bb, proclame saint Paul.<\/p>\n<p>Vu d\u2019en-bas, un saint ne cesse jamais de lutter, assumant le mal universel, traversant l\u2019agonie de Geths\u00e9mani, s\u2019\u00e9panouissant en charit\u00e9 cosmique ; mais vu d\u2019en-haut, il est tout tiss\u00e9 de lumi\u00e8re. La vie spirituelle conduit \u00e0 la contemplation ineffable o\u00f9 la Lumi\u00e8re devient l\u2019objet mais aussi le moyen de la vision ; c\u2019est cette luminosit\u00e9 des corps pneumatis\u00e9s que nous montre l\u2019ic\u00f4ne : \u00ab Tu es devenue belle, mon \u00e2me, en t\u2019approchant de Ma Lumi\u00e8re, ton approche a attir\u00e9 sur toi la participation de Ma beaut\u00e9. S\u2019\u00e9tant approch\u00e9e de la Lumi\u00e8re, l\u2019\u00e2me devient Lumi\u00e8re. \u00bb (Gr\u00e9goire de Nysse, P.G. 44, 869 A.)<\/p>\n<p>La th\u00e9ologie de la Lumi\u00e8re est donc inh\u00e9rente \u00e0 la spiritualit\u00e9 orthodoxe : l\u2019une est impossible sans l\u2019autre. Derri\u00e8re cette doctrine, on trouve l\u2019id\u00e9e fondamentale de l\u2019homme fait \u00e0 l\u2019image et \u00e0 la ressemblance de Dieu, la Sainte Trinit\u00e9. Les saints sont ceux qui expriment en eux la Trinit\u00e9. Le th\u00e8me constant de saint Jean l\u2019Evang\u00e9liste est l\u2019union personnelle et organique entre Dieu et l\u2019homme ; pour saint Paul, la vie chr\u00e9tienne est avant tout \u00ab vie en Christ \u00bb. Le myst\u00e8re de la R\u00e9demption signifie donc la r\u00e9capitulation de notre nature par le Christ, Nouvel Adam, et dans le Christ. Le myst\u00e8re de la Pentec\u00f4te nous rappelle que l\u2019\u0153uvre de notre d\u00e9ification s\u2019accomplit en nous par le Saint Esprit, Donateur de la Gr\u00e2ce. La double \u00e9conomie du Verbe et du Paraclet a pour but l\u2019union des \u00eatres cr\u00e9\u00e9s avec Dieu. Ici, cependant, Cr\u00e9ateur et cr\u00e9ature ne fusionnent pas en un seul \u00eatre, car, dans la th\u00e9ologie mystique orthodoxe, l\u2019homme ne perd jamais sa propre int\u00e9grit\u00e9 ; m\u00eame d\u00e9ifi\u00e9 il reste distinct, mais non s\u00e9par\u00e9 de Dieu : l\u2019homme d\u00e9ifi\u00e9 ne perd pas son libre arbitre mais c\u2019est aussi librement, par amour, qu\u2019il se conforme \u00e0 la volont\u00e9 de Dieu. L\u2019homme ne devient pas Dieu par nature, mais il est seulement \u00ab cr\u00e9\u00e9 dieu \u00bb, un dieu par gr\u00e2ce. L\u2019Eglise orthodoxe \u00e9carte de cette fa\u00e7on toute forme de panth\u00e9isme.<\/p>\n<p>Mais plus une personne progresse dans la voie de l\u2019union, plus elle est consciente ; et cette conscience dans la vie spirituelle s\u2019appelle connaissance qui, dans les degr\u00e9s sup\u00e9rieurs de la voie mystique, se manifeste pleinement comme la connaissance parfaite de la Trinit\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab La pri\u00e8re, dit Evagre le Pontique, est une ascension de l\u2019intelligence vers Dieu. Prie premi\u00e8rement pour \u00eatre purifi\u00e9 des passions, deuxi\u00e8mement pour \u00eatre d\u00e9livr\u00e9 de l\u2019ignorance, troisi\u00e8mement pour \u00eatre d\u00e9livr\u00e9 de toute tentation et d\u00e9r\u00e9liction. Dans ta pri\u00e8re, cherche uniquement la justice et le Royaume (Cf. Mt 6, 33), c&rsquo;est-\u00e0-dire la vertu et la gnosis, la connaissance, et tout le reste te sera donn\u00e9 en plus. Si tu es th\u00e9ologien, tu prieras vraiment, et si tu pries vraiment, tu es th\u00e9ologien. Et th\u00e9ologien est celui qui, s\u2019\u00e9tant purifi\u00e9 et ayant d\u00e9pass\u00e9 les contemplations des \u00eatres, contemple Dieu \u00bb (Evagre le Pontique, cit\u00e9 dans Petite philocalie de la pri\u00e8re du c\u0153ur, pp. 40-43).<\/p>\n<p>Pour atteindre cela, il faut \u00eatre constamment dans l\u2019\u00e9tat de veille, se comporter comme des fils de Lumi\u00e8re : \u00ab Comportez-vous en fils de Lumi\u00e8re \u00bb (Ep 5, 9). La gnosis est de ce fait une exp\u00e9rience de la Lumi\u00e8re incr\u00e9\u00e9e, cette exp\u00e9rience elle-m\u00eame \u00e9tant Lumi\u00e8re, car il est dit dans le psaume : \u00ab Dans ta Lumi\u00e8re nous verrons la Lumi\u00e8re. \u00bb (Ps 35, 10).<\/p>\n<p>Pour saint Sym\u00e9on le Nouveau Th\u00e9ologien, l\u2019exp\u00e9rience de la Lumi\u00e8re, qui est la vie spirituelle consciente ou gnosis, r\u00e9v\u00e8le la pr\u00e9sence de la Gr\u00e2ce acquise par la personne : \u00ab Nous ne parlons pas des choses que nous ignorons, dit-il, mais de ce qui nous est connu nous rendons t\u00e9moignage. Car la Lumi\u00e8re brille d\u00e9j\u00e0 dans les t\u00e9n\u00e8bres, dans la nuit et dans le jour, dans nos c\u0153urs et dans nos esprits. Elle nous illumine, cette Lumi\u00e8re sans d\u00e9clin, sans changement, inalt\u00e9rable, jamais \u00e9clips\u00e9e ; elle parle, elle agit, elle vit et elle vivifie, elle transforme en Lumi\u00e8re ceux qu\u2019elle illumine. Dieu est Lumi\u00e8re et ceux qu\u2019Il rend dignes de Le voir Le voient comme Lumi\u00e8re ; ceux qui l\u2019ont re\u00e7u, l\u2019ont re\u00e7u comme Lumi\u00e8re. Car la Lumi\u00e8re de Sa gloire pr\u00e9c\u00e8de Sa face et il est impossible qu\u2019Il apparaisse autrement que dans la Lumi\u00e8re. Ceux qui n\u2019ont pas vu cette Lumi\u00e8re n\u2019ont pas vu Dieu, car Dieu est Lumi\u00e8re. Ceux qui n\u2019ont point re\u00e7u cette Lumi\u00e8re, n\u2019ont pas encore re\u00e7u la gr\u00e2ce, car en recevant la gr\u00e2ce, on re\u00e7oit la Lumi\u00e8re divine et Dieu\u2026 \u00bb (Sym\u00e9on le Nouveau Th\u00e9ologien, Hom\u00e9lie LXXIX, 2, SC n\u00b0 , p).<\/p>\n<p>\u00ab Nous avons vu la Lumi\u00e8re v\u00e9ritable, nous avons re\u00e7u l\u2019Esprit c\u00e9leste, nous avons trouv\u00e9 la vraie foi dans l\u2019adoration de la Trinit\u00e9 indivisible car c\u2019est elle qui nous a sauv\u00e9s \u00bb, chantons-nous \u00e0 la fin de la c\u00e9l\u00e9bration eucharistique.<\/p>\n<p>La d\u00e9ification qui se r\u00e9alise \u00e0 travers l\u2019illumination de tout l\u2019\u00eatre par laquelle Dieu se r\u00e9v\u00e8le et qui surpasse de ce fait le sens et l\u2019intelligence de la personne humaine n\u2019est plus uniquement une extase, un \u00e9tat passager qui ravit, qui arrache l\u2019\u00eatre humain \u00e0 son exp\u00e9rience habituelle, mais une vie consciente, nous le r\u00e9p\u00e9tons, dans la Lumi\u00e8re divine, dans la communion incessante avec Dieu.<\/p>\n<p>Dans son livre La th\u00e9ologie mystique de l\u2019Eglise d\u2019Orient, V. Lossky nous pr\u00e9sente, \u00e0 ce sujet, un passage tir\u00e9 des R\u00e9v\u00e9lations de saint S\u00e9raphin de Sarov, \u00e9crites au d\u00e9but du XIX\u00e8me si\u00e8cle. Mieux que tous les expos\u00e9s th\u00e9ologiques, il nous fera comprendre en quoi consiste cette certitude, cette gnose ou conscience de l\u2019union avec Dieu. Voici cet entretien \u00e9chang\u00e9 par une matin\u00e9e d\u2019hiver dans la for\u00eat avec l\u2019un de ses disciples : \u2028\u00ab Je ne comprends pas, tout de m\u00eame, comment on peut avoir la certitude d\u2019\u00eatre dans l\u2019Esprit de Dieu. Comment pourrai-je reconna\u00eetre en moi-m\u00eame, d\u2019une fa\u00e7on s\u00fbre, sa manifestation ?\u2028- Je vous ai d\u00e9j\u00e0 dit, fit le P\u00e8re S\u00e9raphin, que c\u2019est bien simple. Je vous ai longuement parl\u00e9 de l\u2019\u00e9tat dans lequel se trouvent ceux qui sont dans l\u2019Esprit de Dieu ; je vous ai expliqu\u00e9 aussi comment il faut reconna\u00eetre sa pr\u00e9sence en nous\u2026 Que vous faut-il donc encore, mon ami ?\u2028- Il faut que je comprenne mieux tout ce que vous m\u2019avez dit.\u2028- Mon ami, nous sommes tous deux en ce moment dans l\u2019Esprit de Dieu\u2026 Pourquoi ne voulez-vous pas me regarder ?\u2028- Je ne peux pas vous regarder, mon P\u00e8re, r\u00e9pondis-je, vos yeux projettent des \u00e9clairs ; votre visage est devenu plus \u00e9blouissant que le soleil et j\u2019ai mal aux yeux en vous regardant.\u2028- Ne craignez rien, dit-il, en ce moment, vous \u00eates devenu aussi clair que moi. Vous \u00eates aussi \u00e0 pr\u00e9sent dans la pl\u00e9nitude de l\u2019Esprit de Dieu ; autrement, vous ne pourriez me voir tel que vous me voyez.\u2028Et, pench\u00e9 vers moi, il me dit tout bas \u00e0 l\u2019oreille :\u2028- Rendez donc gr\u00e2ce au Seigneur Dieu pour sa bont\u00e9 infinie envers nous. Comme vous l\u2019avez remarqu\u00e9, je n\u2019ai m\u00eame pas fait le signe de croix ; il a suffi seulement que j\u2019eusse pri\u00e9 Dieu en pens\u00e9e, dans mon c\u0153ur, disant int\u00e9rieurement : Seigneur, rends-le digne de voir clairement de ses yeux corporels cette descente de ton Esprit, dont Tu favorises tes serviteurs, lorsque Tu daignes leur appara\u00eetre dans la Lumi\u00e8re magnifique de Ta Gloire. Et, comme vous le voyez, mon ami, le Seigneur exau\u00e7a imm\u00e9diatement cette pri\u00e8re de l\u2019humble S\u00e9raphin\u2026Combien devons-nous \u00eatre reconnaissants \u00e0 Dieu pour ce don ineffable accord\u00e9 \u00e0 nous deux ! M\u00eames les P\u00e8res du d\u00e9sert n\u2019ont pas toujours eu de telles manifestations de sa bont\u00e9. C\u2019est que la Gr\u00e2ce de Dieu, telle une m\u00e8re pleine de tendresse envers ses enfants, daigna consoler votre c\u0153ur meurtri, par l\u2019intercession de la M\u00e8re de Dieu Elle-m\u00eame\u2026 Pourquoi donc, mon ami, ne voulez-vous pas me regarder droit en face ? Regardez franchement, sans crainte : le Seigneur est avec nous.\u2028Encourag\u00e9 par ces paroles, je regardai et fus saisi d\u2019une frayeur pieuse. Imaginez-vous au milieu du soleil, dans l\u2019\u00e9clat de ses rayons \u00e9blouissants de midi, la face de l\u2019homme qui vous parle. Vous voyez le mouvement de ses l\u00e8vres, l\u2019expression changeante de ses yeux, vous entendez sa voix, vous sentez ses mains qui vous tiennent par les \u00e9paules, mais vous ne voyez ni ces mains ni le corps de votre interlocuteur \u2013 rien que la lumi\u00e8re resplendissante qui se propage loin, \u00e0 quelques toises \u00e0 l\u2019entour, \u00e9clairant par son \u00e9clat le pr\u00e9 couvert de neige et les flocons blancs qui ne cessent de tomber\u2026 \u00bb (Cit\u00e9 dans Vladimir Lossky, Th\u00e9ologie mystique de l\u2019Eglise d\u2019Orient, Foi Vivante, Cerf, 1990, p.225-227.<\/p>\n<p>On peut r\u00e9sumer ainsi cet entretien : le disciple ne peut plus voir en face le saint car son visage est lumineux comme un soleil.<\/p>\n<p>Dans les th\u00e9ophanies de l\u2019Ancien Testament, cette Lumi\u00e8re appara\u00eet comme la gloire de Dieu : apparition terrifiante et insupportable pour les cr\u00e9atures, parce qu\u2019ext\u00e9rieure, \u00e9trang\u00e8re \u00e0 la nature humaine avant le Christ, en dehors de l\u2019Eglise. C\u2019est cette premi\u00e8re exp\u00e9rience que fit saint Paul sur la route de Damas : n\u2019ayant pas encore la foi, il fut aveugl\u00e9 et terrass\u00e9 par la Lumi\u00e8re divine (Cf. Ac 9, 3-9). Par contre Marie-Madeleine a pu voir la Lumi\u00e8re de la R\u00e9surrection qui remplissait le tombeau vide et rendait visible tout ce qui s\u2019y trouvait, le jour \u00ab sensible \u00bb n\u2019ayant pas encore \u00e9clair\u00e9 la terre. Pour voir la Lumi\u00e8re divine avec les yeux corporels, comme ce fut le cas des disciples au mont Thabor, il faut participer \u00e0 cette Lumi\u00e8re, \u00eatre transform\u00e9 par elle dans une mesure plus grande ; l\u2019homme entier, corps et \u00e2me, ayant \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 \u00e0 l\u2019image de Dieu, il faut aussi que notre corps devienne, selon l\u2019expression de saint Paul, un corps spirituel. Notre fin derni\u00e8re en effet n\u2019est pas seulement une contemplation intellectuelle de Dieu : les bienheureux verront Dieu face \u00e0 face dans la pl\u00e9nitude de leur nature cr\u00e9\u00e9e.\u2028\u00ab Souvent, dit encore saint Sym\u00e9on le Nouveau Th\u00e9ologien, je voyais la Lumi\u00e8re ; parfois elle m\u2019apparaissait \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de moi-m\u00eame, lorsque mon \u00e2me poss\u00e9dait la paix et le silence, ou bien alors elle ne paraissait que loin, et m\u00eame elle se cachait tout \u00e0 fait. J\u2019\u00e9prouvais alors une affliction immense, croyant que jamais plus je ne la reverrais. Mais, d\u00e8s que je commen\u00e7ais \u00e0 verser des larmes, d\u00e8s que je t\u00e9moignais d\u2019un complet d\u00e9tachement de tout, d\u2019une absolue humilit\u00e9 et ob\u00e9issance, la Lumi\u00e8re repassait \u00e0 nouveau, pareille au soleil qui chasse l\u2019\u00e9paisseur des nuages et qui se montre petit \u00e0 petit, cr\u00e9ant la joie. Lentement, Tu dissipas la t\u00e9n\u00e8bre qui \u00e9tait en moi, Tu chassas la nu\u00e9e qui me couvrait, Tu ouvris l\u2019ou\u00efe spirituelle, Tu purifias la prunelle des yeux de mon esprit (\u2026). Et soudain, tu apparus comme un autre Soleil, \u00f4 ineffable condescendance divine \u00bb ( Sym\u00e9on le Nouveau Th\u00e9ologien, Hom\u00e9lie XV, Sources Chr\u00e9tiennes).\u2028Pour celui qui acquiert l\u2019amour, \u00ab les t\u00e9n\u00e8bres se dissipent et la Lumi\u00e8re v\u00e9ritable para\u00eet d\u00e9j\u00e0 \u00bb, dit saint Jean (1 Jn 1, 8). La Lumi\u00e8re divine appara\u00eet ici-bas dans le monde, dans le temps. Elle se r\u00e9v\u00e8le dans l\u2019histoire mais elle n\u2019est pas de ce monde, c\u2019est le commencement de la parousie dans les \u00e2mes saintes, pr\u00e9mices de la manifestation finale lorsque Dieu appara\u00eetra dans Sa lumi\u00e8re inaccessible \u00e0 tous ceux qui demeurent dans les t\u00e9n\u00e8bres des passions, \u00e0 ceux qui vivent attach\u00e9s aux biens p\u00e9rissables. A ceux-l\u00e0, ce jour appara\u00eetra soudain, inattendu, comme le feu que l\u2019on ne peut supporter. Ceux par contre qui marchent dans la lumi\u00e8re ne conna\u00eetront pas le Jour du Seigneur, car ils sont toujours avec Dieu, en Dieu.<\/p>\n<p><b><i>La voie de la perfection<\/i><\/b><\/p>\n<p>Pour atteindre ainsi cette perfection de l\u2019illumination, il y a lieu de passer par trois renoncements, ainsi que le dit saint Paphnuce :\u2028- l\u2019abandon corporel de la richesse et de la possession des biens de ce monde.\u2028- l\u2019abandon des passions et des habitudes du pass\u00e9, aussi bien de l\u2019\u00e2me que du corps.\u2028- enfin, il faut que la pens\u00e9e s\u2019\u00e9carte de toute chose visible et temporelle, et se consacre \u00e0 la vision de l\u2019invisible et de l\u2019\u00e9ternel.\u2028Cet enseignement des trois renoncements, nous le trouvons de m\u00eame chez saint Jean Climaque : \u00ab Personne, \u00e9crit-il, n\u2019entrera au banquet nuptial c\u00e9leste s\u2019il n\u2019a pas accompli le premier et le second et le troisi\u00e8me renoncement. Le premier est le renoncement de toutes choses, de toutes personnes, des parents m\u00eames ; le second est le renoncement \u00e0 sa volont\u00e9 propre ; et le troisi\u00e8me celui de la vaine gloire\u2026 \u00bb (Jean Climaque, Sermon, II, 14).<\/p>\n<p>A ces trois renoncements correspondent trois croix et chaque renoncement est en fait l\u2019acceptation d\u2019une croix. Mais pour cela il faut agir avec la pleine connaissance de ses possibilit\u00e9s et l\u2019exp\u00e9rience spirituelle suffisante. On ne peut acc\u00e9der que par degr\u00e9s aux hauteurs spirituelles, sinon on risque de retomber \u00e0 nouveau sur terre. Pour pr\u00e9ciser davantage, on dira que la premi\u00e8re croix est ext\u00e9rieure, toute faite de tristesse et de malheurs qui viennent frapper l\u2019homme dans sa vie terrestre ; la seconde croix est le combat int\u00e9rieur contre les passions et les d\u00e9sirs ; la troisi\u00e8me est celle du total abandon en Dieu ; cette derni\u00e8re croix est le fruit de la Gr\u00e2ce de l\u2019Esprit Saint et dans sa forme la plus parfaite elle appartient uniquement \u00e0 ceux qui ont atteint la vraie perfection.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><b><i>LES TROIS PROMESSES DE LA VIE MONASTIQUE<\/i><\/b><\/p>\n<p>A ces trois croix correspondent trois d\u00e9sirs, trois promesses que formule le moine.<\/p>\n<p><b><i>1. Ob\u00e9issance<\/i><\/b><\/p>\n<p>L\u2019ob\u00e9issance est la base du monachisme. A son point de d\u00e9part, elle se manifeste par des gestes tr\u00e8s simples, mais, peu \u00e0 peu, elle \u00e9l\u00e8ve l\u2019homme jusqu\u2019\u00e0 un monde que l\u2019on ne peut pas humainement d\u00e9crire. L\u2019ob\u00e9issance est un myst\u00e8re r\u00e9v\u00e9l\u00e9 par l\u2019Esprit Saint et de ce fait elle est de m\u00eame myst\u00e8re et vie dans l\u2019Eglise.<\/p>\n<p>A premi\u00e8re vue, le renoncement \u00e0 un choix libre ou \u00e0 un jugement libre, que contient dans son exigence l\u2019ob\u00e9issance, semble s\u2019opposer \u00e0 la volont\u00e9 m\u00eame de Dieu qui a dot\u00e9 l\u2019homme de libert\u00e9, semblable \u00e0 la sienne.<\/p>\n<p>Mais pour celui qui, par la foi, a fait l\u2019exp\u00e9rience de l\u2019enseignement de l\u2019Eglise, l\u2019ob\u00e9issance appara\u00eet comme un don indescriptible de Dieu. Le moine novice sera lib\u00e9r\u00e9 du fardeau de ses soucis terrestres uniquement par l\u2019ob\u00e9issance : elle le conduira jusqu\u2019\u00e0 la \u00ab puret\u00e9 en Dieu de la pens\u00e9e \u00bb. Purifier donc sa pens\u00e9e est un acte qui se r\u00e9alise par l\u2019ob\u00e9issance. Aussi, conform\u00e9ment aux P\u00e8res, c\u2019est l\u2019ob\u00e9issance qui, des trois promesses, doit retenir toute notre attention dans la vie du moine. Toutefois, c\u2019est en se fondant les unes dans les autres que ces promesses \u2013 ob\u00e9issance, c\u00e9libat-chastet\u00e9, pauvret\u00e9 \u2013 vont cr\u00e9er les circonstances indispensables pour atteindre le but final de l\u2019asc\u00e8se : l\u2019apatheia et la pri\u00e8re pure.<\/p>\n<p>Pour saint Jean Climaque, \u00ab m\u00e8re de la puret\u00e9 est l\u2019h\u00e9sychia avec l\u2019ob\u00e9issance ; la lib\u00e9ration des passions du corps qui est l\u2019apanage de l\u2019h\u00e9sychia ne reste pas in\u00e9branlable lorsqu\u2019elle entre en contact avec le monde ; au contraire, signe de l\u2019ob\u00e9issance, elle reste in\u00e9branlable \u00e0 toute \u00e9preuve \u00bb (Jean Climaque, Discours 15, 33-35).<\/p>\n<p>Myst\u00e8re de l\u2019Eglise, l\u2019ob\u00e9issance fait en sorte que les liens qui unissent le p\u00e8re spirituel et le moine rev\u00eatent un caract\u00e8re sacr\u00e9. Pour le novice, cette ob\u00e9issance consiste \u00e0 s\u2019\u00e9duquer \u00e0 la volont\u00e9 de Dieu, pour qu\u2019il entre dans la sph\u00e8re de l\u2019intention divine et devienne ainsi participant de la Vie divine. Pour le guide spirituel, elle est un moyen de progr\u00e8s du novice par sa pri\u00e8re ; c\u2019est en fin de compte la conduite m\u00eame de la v\u00e9ritable libert\u00e9, sans laquelle il n\u2019y a point de salut possible.<\/p>\n<p>L\u2019Ancien Pa\u00efssios explique que le p\u00e8re spirituel, lorsqu\u2019il re\u00e7oit un nouveau novice, ne peut \u00e0 lui seul arriver \u00e0 \u00ab canaliser l\u2019eau dans le caniveau \u00bb. Aussi, dit-il, il est tr\u00e8s important que le novice y mette aussi du sien en pratiquant une ob\u00e9issance aveugle. Et il ajoute : \u00ab Pour que le probl\u00e8me de l\u2019ob\u00e9issance ne te p\u00e8se pas, il faut que tu saisisses le sens de l\u2019ob\u00e9issance pour le ressentir comme un besoin, et c\u2019est alors seulement qu\u2019elle te sauvera, car l\u2019ob\u00e9issance n\u2019est pas un esclavage mais la libert\u00e9.<\/p>\n<p>Lorsque donc tu auras compris que ton Ancien porte ta propre responsabilit\u00e9 et qu\u2019il prend soin de ton salut et que tout ce qu\u2019il fait dans ce sens c\u2019est pour ton bien et non pour te pers\u00e9cuter, alors tu te r\u00e9jouiras de l\u2019entendre te dire : \u00ab Non point cela, ni cela \u00bb, ou \u00ab viens ici, va l\u00e0 \u00bb, parce que tu auras saisi que tout cela est pour ton bien, pour anticiper, gr\u00e2ce \u00e0 son exp\u00e9rience ou \u00e0 cause de ce qu\u2019il a lui-m\u00eame subi, tout mal qui pourrait te surprendre. Alors tu conna\u00eetras la vraie joie quand tu ob\u00e9iras ou que tu poseras diverses questions, et m\u00eame avec force d\u00e9tails, pour ne pas en faire \u00e0 ta t\u00eate ou pour \u00e9viter de tomber dans des gaffes ; il en sera de m\u00eame aussi par souci d\u2019agir avec d\u00e9licatesse envers ton Ancien afin de ne point le fatiguer, tu te conformeras \u00e0 ce que Dieu te demandera ; c\u2019est de cette mani\u00e8re qu\u2019int\u00e9rieurement ton c\u0153ur deviendra ob\u00e9issant.<\/p>\n<p>Malheureusement, ce grand secret de l\u2019ob\u00e9issance ( qui est la vraie libert\u00e9 ), le Malin, cet ennemi, le cache et il le pr\u00e9sente au novice de fa\u00e7on tout \u00e0 fait oppos\u00e9e. Ainsi il rend la vie difficile aussi bien au novice, qui alors se consid\u00e8re comme un esclave, qu\u2019\u00e0 l\u2019Ancien, lequel ne peut plus le marteler, artisan qu\u2019il est. Alors le novice consid\u00e8re que tous les instruments bienfaisants et tous les moyens qu\u2019utilise \u00e0 son endroit son Ancien, sont pour lui des supplices \u00e9quivalents \u00e0 ceux que subirent les martyrs du temps de Diocl\u00e9tien, car c\u2019est ainsi d\u00e9sormais qu\u2019il voit son p\u00e8re spirituel.<\/p>\n<p>Souvent aussi le novice les accepte avec joie mais alors il a la ferme conviction que Dieu le couronnera de deux couronnes, celle du bienheureux et celle du martyr. Cela n\u2019a pas de sens ; c\u2019est m\u00eame une m\u00e9thode tr\u00e8s risible dont use \u00e0 son endroit le Mauvais.<\/p>\n<p>Comme il est bon pour le novice de saisir le sens de l\u2019ob\u00e9issance et ainsi de devenir un \u00eatre libre ! Alors l\u2019Ancien lui aussi peut travailler en toute libert\u00e9 l\u2019\u00e2me de son novice, et tous les deux se r\u00e9jouissent et sont dans l\u2019all\u00e9gresse et ainsi, \u00ab l\u00e0 o\u00f9 deux ou trois sont r\u00e9unis \u00bb (Mt 18, 10), l\u00e0 aussi est le Christ. Autrement, on peut se retrouver \u00e0 deux ou trois avec au milieu d\u2019eux le rus\u00e9 !<\/p>\n<p>\u00ab Durant tout le temps o\u00f9 tu seras mis \u00e0 l\u2019\u00e9preuve, \u00e9crit encore Pa\u00efssios, s\u2019il t\u2019arrive de trouver quelque difficult\u00e9, humilie-toi devant ton Ancien et confie-lui ce qui te pr\u00e9occupe. Et si cela recommence, \u00e0 nouveau humilie-toi parce qu\u2019il se pourrait qu\u2019il ait oubli\u00e9 ou qu\u2019il d\u00e9sire mesurer ton endurance. Et parall\u00e8lement, prie Dieu pour qu\u2019Il te fortifie et qu\u2019Il \u00e9claire ton Ancien \u00bb.<\/p>\n<p>Et ailleurs, il pr\u00e9cise : \u00ab Les jeunes (novices) qui ne ressentent pas l\u2019ob\u00e9issance comme une n\u00e9cessit\u00e9 afin d\u2019\u00eatre pr\u00e9serv\u00e9s des tentations par les conseils des Anciens, et qui au contraire agissent selon leur bon d\u00e9sir, seront rapidement bless\u00e9s mortellement par l\u2019ennemi et ils deviendront ses prisonniers parce que la libert\u00e9 selon ce monde conduit \u00e0 l\u2019esclavage spirituel.<\/p>\n<p>Tous ceux qui ont \u00e9t\u00e9 capables de couper le fil de leur volont\u00e9 propre ont aussi coup\u00e9 avec une grande facilit\u00e9 les cha\u00eenes des passions et ont \u00e9t\u00e9 lib\u00e9r\u00e9s de la domination spirituelle de l\u2019assassin (le Malin). Le moine qui n\u2019en fait qu\u2019\u00e0 sa t\u00eate se laisse \u00e9garer \u00bb .<\/p>\n<p>La plus grande r\u00e9ussite du Malin, c\u2019est comment faire pour porter atteinte \u00e0 la raison du novice ; de telle sorte qu\u2019ensuite le novice finisse par s\u2019\u00e9crouler de lui-m\u00eame comme c\u2019est la cas des coupoles lorsque l\u2019on retire l\u2019une des briques de son sommet.<\/p>\n<p>\u00ab Ceux qui en toute simplicit\u00e9 confient leur \u00eatre \u00e0 leur p\u00e8re spirituel, ceux-l\u00e0 vont leur chemin avec s\u00e9curit\u00e9 et sans fatigue (car ils sont port\u00e9s par les \u00e9paules de leur Ancien) et ils atteignent joyeusement le paradis . Par contre, les novices qui cherchent \u00e0 \u00e9viter l\u2019ob\u00e9issance subissent le m\u00eame sort que les jeunes veaux excit\u00e9s, qui tirent sur leur corde, tant\u00f4t de ce c\u00f4t\u00e9, tant\u00f4t de celui-l\u00e0, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019ils r\u00e9ussissent \u00e0 d\u00e9raciner le pieu auquel ils sont attach\u00e9s ; ensuite ils sortent comme des fous des limites de leur prairie et si par hasard Dieu ne les pr\u00e9serve, s\u2019il ne se trouve personne pour les retenir, ils courent tout droit \u00e0 leur noyade \u00bb (P\u00e8re Pa\u00efssios).<\/p>\n<p>\u00ab C\u2019est pourquoi l\u2019ob\u00e9issance constitue le chapitre capital de la soci\u00e9t\u00e9 monastique. Tout comme Dieu, qui est le P\u00e8re de nous tous et qui nous permet de l\u2019appeler P\u00e8re, exige la discipline la plus rigoureuse aupr\u00e8s de ses serviteurs, ainsi, aussi, celui qui parmi les hommes est le p\u00e8re spirituel, et qui adapte les commandements aux lois de Dieu, exige une ob\u00e9issance non controvers\u00e9e \u00bb (Basile le Grand, R\u00e8gles asc\u00e9tiques, ch.14).<\/p>\n<p>Puisque donc un grand nombre embrasse la vie du c\u00e9libat (entre dans les ordres monastique) alors que beaucoup de jeunes ne sont pas encore parfaits, il faut trouver un guide et un ma\u00eetre qui soit digne et capable de les conduire dans cette voie, afin qu\u2019ils ne s\u2019\u00e9garent pas dans leur ignorance. Car ainsi qu\u2019il est dit par l\u2019Eccl\u00e9siaste dans les saintes Ecritures : \u00ab Il vaut mieux \u00eatre deux qu\u2019un ; car l\u2019un est vaincu plus facilement par l\u2019ennemi qui veille sur les voies divines \u00bb (Qo 4, 9), et c\u2019est vrai : \u00ab Malheur \u00e0 celui qui est un, lorsqu\u2019il chute, il n\u2019y a personne pour le relever \u00bb [Gr\u00e9goire de Nysse, ch.22 (de l\u2019ob\u00e9issance)].<\/p>\n<p>\u00ab Si tu veux devenir un moine novice et pur, ne suis pas une voie personnelle de complaisance, mais soumets ton point de vue \u00e0 ceux qui ont b\u00each\u00e9 et rabot\u00e9 la vigne divine pendant des ann\u00e9es et avec labeur ; aupr\u00e8s d\u2019eux tu apprendras plus facilement le travail de la vertu \u00bb [Isidore Koupcalis, Lettre 260 (\u00e0 Luc le moine)].<\/p>\n<p>\u00ab Si donc tu trouves, avec la gr\u00e2ce de Dieu, un ma\u00eetre d\u2019\u0153uvres bonnes (et tu en trouveras si tu cherches), conserve-le comme ton conseiller spirituel et n\u2019agis pas en dehors de son avis. Car tout ce que tu feras en dehors de lui ressemblera \u00e0 un vol et \u00e0 un rapt des choses sacr\u00e9es qui conduira, non pas \u00e0 un b\u00e9n\u00e9fice quelconque, mais \u00e0 la mort, m\u00eame si cela te para\u00eet bon. Car si ce que tu fais est bon, pourquoi alors agir en cachette et non au grand jour ? \u00bb (Basile le Grand, Discours asc\u00e9tique, \u00a7 2-4).<\/p>\n<p><b><i>En un mot, par l\u2019ob\u00e9issance on acquiert l\u2019Esprit Saint.<\/i><\/b><\/p>\n<p>Le combat spirituel et asc\u00e9tique du guide spirituel est plus lourd \u00e0 mener que celui du novice \u00e0 cause de sa grande responsabilit\u00e9 envers Dieu. Dans cette optique, le p\u00e8re spirituel s\u2019efforcera non pas d\u2019enlever \u00e0 son disciple toute responsabilit\u00e9, mais au contraire, de lui apprendre ce qu\u2019est la vie chr\u00e9tienne et la v\u00e9ritable libert\u00e9, qui se fixe pour objectif de vaincre toute passion. L\u2019homme qui rend son fr\u00e8re esclave ou simplement fait affront \u00e0 sa libert\u00e9, perd instantan\u00e9ment sa propre libert\u00e9 parce qu\u2019une telle mani\u00e8re d\u2019agir est un \u00e9loignement de la vie divine de l\u2019amour, \u00e0 laquelle l\u2019\u00eatre humain est invit\u00e9 \u00e0 participer.<\/p>\n<p>Le moine, en se livrant lui-m\u00eame de la sorte \u00e0 l\u2019esclavage volontaire, c&rsquo;est-\u00e0-dire en surmontant son \u00e9go\u00efsme, re\u00e7oit en \u00e9change la v\u00e9ritable libert\u00e9. Ainsi l\u2019exp\u00e9rience de l\u2019ob\u00e9issance devient exp\u00e9rience de l\u2019authentique libert\u00e9 de Dieu en ce sens que l\u2019homme surmonte en lui la scission profonde \u00ab des volont\u00e9s en nous \u00bb, cons\u00e9quence de la chute originelle, alors qu\u2019en Dieu, il n\u2019y a qu\u2019une seule volont\u00e9.<\/p>\n<p>C\u2019est pourquoi l\u2019ob\u00e9issance, en tant qu\u2019acte religieux, ne pourra s\u2019exercer que librement si elle veut se pr\u00e9server toute valeur et toute signification, c&rsquo;est-\u00e0-dire pour que l\u2019homme quitte le cercle de sa volont\u00e9 \u00e9gocentrique et s\u2019\u00e9loigne de la faiblesse de sa propre pens\u00e9e.<\/p>\n<p>Pour conclure ce premier point, nous dirons que l\u2019ob\u00e9issance se base essentiellement sur la recherche de la volont\u00e9 divine. Le moine, conscient de son insuffisance \u00e0 discerner directement la volont\u00e9 de Dieu, s\u2019en remet \u00e0 son p\u00e8re spirituel, en tant que celui qui est plus capable que lui de ce discernement.<\/p>\n<p>Le guide spirituel, quant \u00e0 lui, ne tue pas la volont\u00e9 de son disciple et ne le soumet pas \u00e0 son bon vouloir, mais de fa\u00e7on responsable, il porte le lourd fardeau d\u2019un service sacr\u00e9, par lequel il participe \u00e0 un acte divin, la cr\u00e9ation de l\u2019homme ; toute n\u00e9cessit\u00e9 de prendre des mesures disciplinaires ne peut que conduire la vie monastique \u00e0 la d\u00e9cadence et \u00e0 l\u2019\u00e9loignement de son but essentiel.<\/p>\n<p>C\u2019est \u00e0 saint Paul que nous devons la formation des mots ob\u00e9issance et d\u00e9sob\u00e9issance avec une dimension nouvelle de myst\u00e8re. (L\u2019Antiquit\u00e9 classique ne conna\u00eet pas de sens pr\u00e9cis \u00e0 ces deux termes, qu\u2019elle n\u2019utilise pas, sauf une fois la LXX et une fois Platon ). \u00ab Comme par la d\u00e9sob\u00e9issance, \u00e9crit-il, d\u2019un seul homme (Adam), beaucoup ont \u00e9t\u00e9 rendus p\u00e9cheurs, de m\u00eame par l\u2019ob\u00e9issance d\u2019un seul (le Christ), beaucoup seront rendus justes \u00bb (Ro 5, 19). En s\u2019appuyant sur \u00ab le Christ ob\u00e9issant jusqu\u2019\u00e0 la mort \u00bb, saint Paul nous introduit dans une dimension plus profonde : celle de la r\u00e9paration, de la r\u00e9habilitation qui est essentielle, pour nous faire comprendre pourquoi dans notre tradition monastique l\u2019ob\u00e9issance occupe une telle place. Car elle est la voie id\u00e9ale pour le retour \u00e0 Dieu, un retour total de l\u2019homme lib\u00e9r\u00e9 par la gr\u00e2ce.<\/p>\n<p><b><i>2. C\u00e9libat-virginit\u00e9<\/i><\/b><\/p>\n<p>Le c\u00e9libat, qui, en ce sens, appuie sur la notion de puret\u00e9, de virginit\u00e9, en tant que vie \u00e0 l\u2019image de J\u00e9sus-Christ, est tellement peu accept\u00e9 de nos jours par le monde moderne, qu\u2019il est essentiel d\u2019en souligner ici les fondements th\u00e9ologiques. L\u2019exp\u00e9rience de l\u2019Eglise a, en effet, d\u00e9montr\u00e9 que le c\u00e9libat, dans son aspect n\u00e9gatif ( \u00e0 savoir la privation de toute fonction sexuelle ) ne nuit pas, dans la mesure o\u00f9 il est bien v\u00e9cu, \u00e0 la sant\u00e9 psychique et physique de l\u2019homme, mais lui augmente cette sant\u00e9 et lui permet de se d\u00e9velopper spirituellement.<\/p>\n<p>Essayons tout d\u2019abord de situer ensemble la question dans son contexte historique.<\/p>\n<p>Avant le christianisme, le c\u00e9libat, en g\u00e9n\u00e9ral, \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9 comme un mal, aussi bien sur le plan religieux que social, parce que l\u2019individu se d\u00e9robait \u00e0 son devoir de perp\u00e9tuer la race et s\u2019opposait aux lois g\u00e9n\u00e9tiques naturelles de l\u2019homme. Mais cependant, dans toutes les soci\u00e9t\u00e9s, on trouve des tendances religieuses au c\u00e9libat, comme C\u2019est le cas des vestales \u00e0 Rome ou des derviches musulmans.<\/p>\n<p>Un exemple typique de l\u2019attitude antique est celui d\u2019Antigone de Sophocle qui exprime son effroi devant la n\u00e9cessit\u00e9 impos\u00e9e par son devoir et les dieux, de rester c\u00e9libataire, vierge, tant il est vrai que les ath\u00e9niens consid\u00e9raient cela comme un crime. Les romains \u00e9taient encore plus s\u00e9v\u00e8res : les Leges Novae (Lex Julia et Papia) imposaient aux c\u00e9libataires des lourdes charges, inconnues aux gens mari\u00e9s.<\/p>\n<p>Dans les saintes Ecritures, nous voyons dans la Gen\u00e8se que Dieu cr\u00e9e la femme comme une aide pour l\u2019homme et \u00ab les deux deviendront un en une seule chair \u00bb (Gn 2, 18-24), c&rsquo;est-\u00e0-dire que Dieu, dans la Gen\u00e8se, appara\u00eet comme conduisant l\u2019homme et la femme \u00e0 leur union.<\/p>\n<p>Quant au Seigneur J\u00e9sus, par sa pr\u00e9sence \u00e0 Cana il b\u00e9nit les noces (Jn 2, 1-11), de sorte que la r\u00e8gle naturelle pour l\u2019Ancien Testament est le mariage, le c\u00e9libat apparaissant comme un ph\u00e9nom\u00e8ne rare ; nous trouvons cependant le cas du proph\u00e8te Elie qui garde le c\u00e9libat (1 R 1-17).<\/p>\n<p>Le Nouveau Testament d\u00e9j\u00e0 nous rapporte plus de cas, mais ils constituent une petite minorit\u00e9, comme par exemple la Vierge Marie, Jean-Baptiste, Jean l\u2019Evang\u00e9liste et l\u2019ap\u00f4tre Paul.<\/p>\n<p>Mais dans le Nouveau Testament se d\u00e9veloppe peu \u00e0 peu l\u2019enseignement du c\u00e9libat. Le Seigneur d\u2019abord dira que tout le monde n\u2019est pas capable de cette r\u00e9solution ; c\u2019est seulement possible pour ceux \u00e0 qui cela est donn\u00e9 (Mt 19, 11-12). Saint Paul ensuite qui en d\u00e9gagera la valeur. Selon lui, le c\u00e9libat est pr\u00e9f\u00e9rable au mariage. Le chr\u00e9tien c\u00e9libataire, \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 du mari\u00e9, pourra atteindre plus compl\u00e8tement la perfection, lib\u00e9r\u00e9 de tous soucis mat\u00e9riels et uniquement accapar\u00e9 par la vie spirituelle. Mais il avance aussi un autre argument : \u00e0 cause de la pers\u00e9cution qui s\u00e9vissait \u00e0 son \u00e9poque, il est plus facile au c\u00e9libataire d\u2019accepter le martyre (Cf. 1 Co 7, 1-7 et 25-35).<\/p>\n<p>La condition du c\u00e9libat est surtout d\u00e9crite par le Seigneur en fonction du si\u00e8cle \u00e0 venir. Apr\u00e8s la mort, les hommes vivent comme les anges, il n\u2019y a plus mari ni femme (Lc 20, 34-36. Mt 20, 30. Mc 12, 15).<\/p>\n<p>Dans l\u2019Apocalypse, il est question des 144 000 vierges \u00ab qui ne se sont pas souill\u00e9s avec des femmes \u00bb (Ap 14, 1-5). Il y a pour ce texte \u00e9nigmatique deux ex\u00e9g\u00e8ses possibles.<\/p>\n<p>Soit il s\u2019agit de c\u00e9libataires qui sont rest\u00e9s vierges toute leur vie (Cf. Authos de C\u00e9sar\u00e9e, P.G. 106\/684 ; Andr\u00e9 de C\u00e9sar\u00e9e, P.G. 106\/344 ; Pr. Bratsiotis, Sur l\u2019Apocalypse ). Ou bien c\u2019est une ex\u00e9g\u00e8se all\u00e9gorique du mot vierge qui est propos\u00e9e, en ce sens que vierge est celui qui a v\u00e9cu sur la terre en Christ et qui a fait de son \u00e2me l\u2019\u00e9pouse du Christ (Epoux), en dehors de toute consid\u00e9ration de c\u00e9libat ou de lien marital. Cette ex\u00e9g\u00e8se a \u00e9t\u00e9 d\u00e9fendue comme philologiquement meilleure que la premi\u00e8re et aussi parce qu\u2019elle \u00e9carte l\u2019opposition, dans le christianisme, qui pourrait na\u00eetre entre le c\u00e9libat et le mariage. Elle est conforme \u00e0 l\u2019explication des P\u00e8res de l\u2019Eglise, comme c\u2019est par exemple le cas chez saint Jean Chrysostome (Cf. Jean Chrysostome, P.G. 52\/559, 402) et Cl\u00e9ment d\u2019Alexandrie (Cf. Cl\u00e9ment d\u2019Alexandrie, Stromates 7, 12), et elle se rapproche davantage de ce que sous-entend le Nouveau Testament \u00e0 ce sujet ainsi que de l\u2019enseignement de l\u2019Eglise Orthodoxe en g\u00e9n\u00e9ral.<\/p>\n<p>Les P\u00e8res de l\u2019Eglise, les auteurs eccl\u00e9siastiques et les th\u00e9ologiens ont exprim\u00e9 divers avis sur la question. On peut d\u00e9gager chez eux les points suivants :\u2028- La condition de base pour le chr\u00e9tien qui choisit le c\u00e9libat est le choix de sa libre volont\u00e9 et non pas parce qu\u2019il est forc\u00e9 de s\u2019orienter dans cette voie. \u2028- le d\u00e9vouement total pour le Christ par la d\u00e9cision de se consacrer exclusivement \u00e0 Lui. C\u2019est pourquoi officiellement l\u2019Eglise Orthodoxe enseigne qu\u2019il y a deux voies pour atteindre la perfection : le c\u00e9libat et le mariage, la premi\u00e8re \u00e9tant pour la gloire du Seigneur et la seconde r\u00e9alis\u00e9e en Christ.<\/p>\n<p>Dans le Symposium des dix vierges, saint M\u00e9thode d\u2019Olympe (311) nous r\u00e9sume le point de vue de l\u2019Eglise des premiers si\u00e8cles sur la virginit\u00e9. Il se base sur l\u2019exemple \u00e0 imiter de Celui qui, \u00e9tant Dieu, s\u2019est manifest\u00e9 dans la chair, ce qui nous renvoie \u00e0 l\u2019enseignement de l\u2019Eglise sur le salut compris comme d\u00e9ification de l\u2019homme.<\/p>\n<p>Avec saint M\u00e9thode, le th\u00e8me de la virginit\u00e9 conna\u00eet de nouvelles dimensions. Il est le premier \u00e0 avoir pleinement trait\u00e9 du sujet, du fait qu\u2019il rassemble tout ce qui fut exprim\u00e9 avant lui et durant son \u00e9poque. On peut r\u00e9sumer son \u0153uvre de la sorte :<\/p>\n<p>Dans le premier discours, l\u2019auteur affirme que la virginit\u00e9 est le perfectionnement du progr\u00e8s moral qu\u2019a apport\u00e9 \u00e0 l\u2019humanit\u00e9 le salut du Christ pour le monde ; en ce sens, elle couronne l\u2019\u0153uvre du Christ. Plus loin, dans le deuxi\u00e8me discours, il montre que l\u2019union de l\u2019homme et de la femme, telle qu\u2019elle est d\u2019abord pr\u00e9sent\u00e9e dans la Gen\u00e8se, ne peut \u00eatre comprise qu\u2019en Christ et dans l\u2019Eglise, ainsi que le rapporte saint Paul. Or, par son p\u00e9ch\u00e9, l\u2019homme qui a chut\u00e9 a perdu le paradis ; cette chute lui a caus\u00e9 la corruption et la mort. De ce fait, la puret\u00e9 virginale est le moyen par excellence pour r\u00e9habiliter l\u2019immortalit\u00e9 perdue et pour avoir un espace vital dans la J\u00e9rusalem c\u00e9leste. C\u2019est pourquoi, selon les termes du quatri\u00e8me discours, elle a sa place dans le Saint des Saints et elle est le degr\u00e9 le plus \u00e9lev\u00e9 de perfection que l\u2019homme puisse atteindre sur terre. Les vierges pures deviennent donc les fianc\u00e9es de l\u2019Epoux et lui chantent l\u2019hymne des 144 000 vierges de l\u2019Apocalypse, et les fianc\u00e9es du Logos sont semblables \u00e0 la fianc\u00e9e du Cantique parce qu\u2019elles sont l\u2019image parfaite de l\u2019Eglise, la Fianc\u00e9e parfaite, selon les th\u00e8mes respectifs des sixi\u00e8me et septi\u00e8mes discours.<\/p>\n<p>Les onze discours terminent avec un merveilleux cantique \u00e0 la gloire du Christ, que chantent les vierges en l\u2019honneur de leur divin Fianc\u00e9 et de la Fianc\u00e9e, l\u2019Eglise.<\/p>\n<p>Ainsi donc Dieu, malgr\u00e9 la chute, a conserv\u00e9 la puret\u00e9 originelle et a permis que certains puissent directement s\u2019unir au Ciel sans n\u00e9cessairement passer par l\u2019\u00e9tape que la chute avait souill\u00e9e, celle de l\u2019union charnelle de l\u2019homme et de la femme. Le Symposium des dix vierges pr\u00e9sente la virginit\u00e9 comme une \u0153uvre \u00ab exceptionnellement grande \u00bb, comme un myst\u00e8re de l\u2019Eglise, au m\u00eame titre que le mariage.<\/p>\n<p><b><i>Virginit\u00e9 \u2013 chastet\u00e9<\/i><\/b><\/p>\n<p>Ici, il y a lieu de distinguer entre virginit\u00e9 et chastet\u00e9 car leur sens n\u2019est pas pr\u00e9cis\u00e9ment le m\u00eame. Selon la tonsure monastique, ceux qui embrassent le monachisme apr\u00e8s le mariage (ou apr\u00e8s avoir connu des relations extra-conjugales) promettent la chastet\u00e9, c&rsquo;est-\u00e0-dire le rejet de tout commerce sexuel ; mais ceux qui n\u2019ont pas connu de relations avec un autre corps promettent la virginit\u00e9.<\/p>\n<p>La chastet\u00e9 ne signifie pas uniquement la victoire sur la chair en g\u00e9n\u00e9ral et donc la \u00ab victoire sur la nature \u00bb, mais aussi l\u2019obtention de la perfection dont l\u2019expression sera la stabilit\u00e9 en Dieu avec toute sa pens\u00e9e et tout son c\u0153ur. Dans sa forme la plus parfaite, l\u2019exercice de la chastet\u00e9 surmonte la perte irr\u00e9parable de la virginit\u00e9 corporelle et r\u00e9habilite l\u2019homme spirituellement, dans le rang de la virginit\u00e9.<\/p>\n<p>Les P\u00e8res de l\u2019Eglise en effet consid\u00e8rent la virginit\u00e9 comme un \u00e9tat surnaturel. Dans sa forme la plus parfaite, ils la consid\u00e8rent comme la continuit\u00e9 ininterrompue dans l\u2019amour de Dieu, en tant que r\u00e9alisation du commandement du Christ d\u2019aimer Dieu \u00ab de tout son c\u0153ur, de toute sa pens\u00e9e, de toute son \u00e2me et de toute sa force \u00bb. A la lumi\u00e8re de ce crit\u00e8re, chaque transgression de la pens\u00e9e et du c\u0153ur correspond \u00e0 une sorte de \u00ab fornication spirituelle \u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00e0 une transgression de l\u2019amour.<\/p>\n<p>Ne pas souiller son corps ne signifie pas encore \u00eatre vierge . Saint Basile disait : \u00ab Je ne connais pas de femme et pourtant je ne suis pas vierge \u00bb, car la virginit\u00e9 ne se limite pas seulement \u00e0 la non-immixtion des corps. Il y a d\u2019autres formes de corruption et de souillure, soit corporelle, soit en pens\u00e9e. C\u2019est pourquoi notre Eglise distingue trois degr\u00e9s spirituels dans le cas pr\u00e9sent :\u2028- l\u2019\u00e9tat surnaturel : celui des vierges et de la chastet\u00e9 monastique\u2028- l\u2019\u00e9tat naturel : le mariage\u2028- l\u2019\u00e9tat contre-nature : toute autre forme de vie sexuelle.<\/p>\n<p><b><i>Conclusion<\/i><\/b><\/p>\n<p>Aussi il est important de rappeler que la virginit\u00e9 et la chastet\u00e9 monastiques en tant que \u00ab vie de l\u2019homme \u00bb selon l\u2019image de l\u2019homme parfait qu\u2019est le Christ, ne peuvent en aucun cas se fonder sur le rejet de la vie sexuelle, sur le rejet du mariage ou sur le m\u00e9pris de l\u2019acte par lequel \u00ab l\u2019homme vient au monde \u00bb (Jn 16, 21).<\/p>\n<p>L\u2019Eglise, en effet, a toujours condamn\u00e9 ceux qui recherchent la vie monastique pour fuir le mariage ou pour le ridiculiser (Cf. Canons Apostoliques, 51). C\u2019est pourquoi la vocation monastique sera toujours \u00e9prouv\u00e9e par les P\u00e8res, car vouloir atteindre le surnaturel sans le pouvoir est cause de chute dans ce qui est contre-nature.<\/p>\n<p>Toutefois, il faut distinguer dans cette vocation plusieurs degr\u00e9s. Quelques-uns re\u00e7oivent une telle abondance de gr\u00e2ce que leur pens\u00e9e et leur corps sont particuli\u00e8rement et nettement sensibles \u00e0 leur sanctification ; ils atteignent la virginit\u00e9 parfaite, la continence totale dans leur vie charnelle, tant dans leurs actes naturels que dans leurs pens\u00e9es, m\u00eame jusque dans leur sommeil. Sur un degr\u00e9 inf\u00e9rieur, l\u2019\u00e2me d\u00e9sire uniquement la chastet\u00e9 ; la pens\u00e9e tend \u00e0 la puret\u00e9, refuse toute r\u00e9flexion charnelle.<\/p>\n<p>Il n\u2019est pas possible cependant de donner une explication totalement logique \u00e0 cet \u00e9tat de fait : lorsqu\u2019une \u00e2me, par une exp\u00e9rience authentique, a connu la douceur de l\u2019amour du Christ, elle se sent irr\u00e9sistiblement attir\u00e9e par Dieu \u00e0 cause de la douceur de cet amour. Elle en est toujours assoiff\u00e9e, en m\u00eame temps qu\u2019elle embrasse tout l\u2019univers. La cons\u00e9quence de cette situation est la s\u00e9paration, sans combat pour ainsi dire naturel, des passions sensibles par lesquelles s\u2019\u00e9teint l\u2019amour de Dieu, de telle sorte que la pens\u00e9e, contrairement \u00e0 ce qui se passe dans une vie sexuelle, se d\u00e9pouille par l\u2019\u00e9nergie de l\u2019amour divin de toute image terrestre qui traumatise l\u2019\u00e2me. Nous rejoignons ici ce que nous avons d\u00e9j\u00e0 rencontr\u00e9 avec la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019acc\u00e9der \u00e0 la pri\u00e8re pure, c&rsquo;est-\u00e0-dire l\u2019exigence de ne pas laisser son \u00e2me s\u2019\u00e9garer dans tout ce qui n\u2019\u00e9l\u00e8ve pas jusqu\u2019\u00e0 Dieu.<\/p>\n<p>Pour cette raison nous affirmons que l\u2019asc\u00e8se orthodoxe ne s\u2019en prend pas au corps mais \u00ab contre les esprits du Mal des r\u00e9gions c\u00e9lestes \u00bb (Ep 6, 12), contre les esprits d\u00e9chus qui encha\u00eenent l\u2019homme \u00e0 ses passions, faisant de lui un \u00eatre totalement insens\u00e9 et soumis, avec complaisance, aux plaisirs de la chair. Au contraire, un corps pur devient vase de l\u2019Esprit, \u00ab temple de l\u2019Esprit Saint qui est en nous \u00bb (1 Co 6, 19). La vie de la nature logique se fonde sur l\u2019unit\u00e9 des deux volont\u00e9s, des deux \u00e9nergies, celle de Dieu et celle de l\u2019homme. Dans ce sens, la virginit\u00e9 et la chastet\u00e9 ne sont pas uniquement un don de la Gr\u00e2ce, mais aussi une cons\u00e9quence d\u2019un combat logique, raisonnable, qui se concr\u00e9tise par un \u00ab exploit spirituel \u00bb dont le principe consiste \u00e0 \u00ab ne pas d\u00e9poser son esprit \u00bb et qui donne \u00e0 l\u2019homme, durant ses heures d\u2019abandon, de se comporter comme si la gr\u00e2ce de Dieu ne l\u2019avait jamais abandonn\u00e9.<\/p>\n<p><b><i>3- Pauvret\u00e9, abandon de toute possession<\/i><\/b><\/p>\n<p>Cette troisi\u00e8me promesse fondamentale compl\u00e8te tout naturellement les deux autres, afin que le moine arrive \u00e0 la pri\u00e8re pure et imite plus parfaitement le Christ qui n\u2019avait pas o\u00f9 poser la t\u00eate (Cf. Mt 8, 20), car pour atteindre la pri\u00e8re pure, il faut n\u00e9cessairement se d\u00e9tacher de toute attirance mat\u00e9rielle.<\/p>\n<p>\u00ab Vois combien grande est la virginit\u00e9 ; quand elle s\u2019accompagne de sa s\u0153ur la charit\u00e9 (dans le sens qu\u2019on se d\u00e9tache des biens en les donnant aux autres qui sont dans le besoin) ; rien de ce qui fait les difficult\u00e9s de la vie ne peut la surmonter ou la soumettre. C\u2019est la raison pour laquelle ces folles n\u2019ont pas pu entrer dans la chambre nuptiale : elles ne poss\u00e9daient pas, avec leur virginit\u00e9, la charit\u00e9. Cette parole m\u00e9rite grande attention car, alors qu\u2019elles avaient vaincu le plaisir, elles ne se d\u00e9tach\u00e8rent pas de l\u2019argent \u00bb (Jean Chrysostome, Discours pour les dix vierges)<\/p>\n<p>\u00ab Comment, en \u00e9tant vierge, toi qui a renonc\u00e9 \u00e0 la vie mondaine et t\u2019es crucifi\u00e9 pour cela, tu es amoureux de l\u2019argent ? Si tu avais d\u00e9sir\u00e9 une femme, ton p\u00e9ch\u00e9 e\u00fbt \u00e9t\u00e9 moindre car tu aurais simplement d\u00e9sir\u00e9 la mati\u00e8re qui t\u2019est consubstantielle. Mais l\u2019accusation qui est maintenant port\u00e9e contre toi est plus grande car tu as d\u00e9sir\u00e9 une mati\u00e8re qui t\u2019est \u00e9trang\u00e8re \u00bb (Ibid., \u00a73).<\/p>\n<p>Saint Basile dit que l\u2019argent est un app\u00e2t ennemi pour l\u2019\u00e2me, p\u00e8re du p\u00e9ch\u00e9 et serviteur du diable. Aussi le moine ne doit pas se laisser surprendre sous pr\u00e9texte qu\u2019il rend service aux pauvres. C\u2019est pourquoi, plut\u00f4t que de recevoir les dons que l\u2019on destine aux pauvres, il est pr\u00e9f\u00e9rable qu\u2019il indique directement \u00e0 celui qui veut les lui confier qui est dans la n\u00e9cessit\u00e9. (Cf. Basile le Grand, Lettre 42 \u00e0 Chilon et \u00e0 son disciple).<\/p>\n<p>L\u2019insistance ici est particuli\u00e8rement mise sur la n\u00e9cessit\u00e9 de combattre la \u00ab passion de la possession \u00bb, \u00ab l\u2019amour des richesses et des biens \u00bb. En fait, le moine ne promet pas tellement de vivre dans la pauvret\u00e9, mais surtout de lib\u00e9rer son esprit du d\u00e9sir de possession, \u00e0 tel point que le fait de ne pas poss\u00e9der librement le conduit jusqu\u2019\u00e0 ne plus tenir compte de son propre corps. C\u2019est alors qu\u2019on peut vivre r\u00e9ellement la vie du Royaume.<\/p>\n<p>Il ne faut pas non plus caricaturer les choses. Le combat pour la pauvret\u00e9 signifie qu\u2019il faut se limiter \u00e0 ce qui est essentiel pour le maintien de la vie et chacun le r\u00e9alise \u00e0 sa mesure et selon les circonstances. Ainsi par exemple, l\u2019homme d\u2019aujourd\u2019hui n\u2019a plus de temps libre pour ne s\u2019y \u00eatre pas exerc\u00e9, afin de se consacrer \u00e0 la pri\u00e8re et \u00e0 la recherche de la vision de Dieu. C\u2019est pourquoi le sens v\u00e9ritable de la pauvret\u00e9 chr\u00e9tienne ne peut pas \u00eatre saisi par le monde. Car rechercher la pauvret\u00e9 peut aussi bien se tourner vers ce qui est mat\u00e9riel comme vers ce qui est spirituel.<\/p>\n<p>Voici des exemples pour illustrer cela :\u2028- les hommes trouvent dans la science les vraies richesses ; mais ils ne soup\u00e7onnent pas qu\u2019il existe une autre connaissance, sup\u00e9rieure celle-l\u00e0, qui donne une autre richesse, inestimable pour l\u2019homme, incomparable.\u2028- dans la soci\u00e9t\u00e9 de consommation qui est la n\u00f4tre, on pousse \u00e0 l\u2019exc\u00e8s le confort mat\u00e9riel et on perd la possibilit\u00e9 d\u2019acqu\u00e9rir un confort spirituel d\u2019une autre dimension. Ainsi le dynamisme mat\u00e9riel, qui tr\u00f4ne dans les esprits et dans les c\u0153urs, finit par s\u2019exprimer m\u00eame dans des modes d\u00e9moniaques, tant il est vrai que l\u2019amour de la possession finit par chasser l\u2019amour de Dieu et du prochain.<\/p>\n<p><b><i>Les trois naissances<\/i><\/b><\/p>\n<p>L\u2019analyse, m\u00eame succincte, de la signification des trois promesses fondamentales nous d\u00e9montre donc qu\u2019il est absurde de chercher \u00e0 les discuter. C\u2019est pourquoi nous rappellerons simplement l\u2019enseignement des trois naissances que nous a laiss\u00e9 saint Gr\u00e9goire de Nazianze et qui illustre bien ce que nous avons voulu expliquer ici : \u00ab Par la premi\u00e8re naissance selon la chair et le sang, les hommes viennent sur la terre et manifestent aussit\u00f4t leur pr\u00e9sence ; apr\u00e8s cela, l\u2019homme na\u00eet (deuxi\u00e8me naissance) de l\u2019Esprit pur quand la lumi\u00e8re (d\u2019en haut) illumine ceux qui ont \u00e9t\u00e9 saisis par l\u2019eau (bapt\u00eame). La troisi\u00e8me naissance lave en nous par les larmes et les souffrances, l\u2019image de Dieu noircie par le mal. La premi\u00e8re naissance provient des parents, la seconde de Dieu ; mais pour ce qui est de la troisi\u00e8me, tu en es toi-m\u00eame le p\u00e8re, en te manifestant dans le monde comme une lumi\u00e8re bienfaitrice \u00bb (Gr\u00e9goire de Nazianze, P.G. 1458-9).<\/p>\n<p>Cette troisi\u00e8me naissance est d\u00e9finitive. L\u2019homme qui a re\u00e7u la gr\u00e2ce et connu, apr\u00e8s la chute, la lumi\u00e8re de la vie divine, se consacre sans retour \u00e0 la pl\u00e9nitude du bien par son combat lumineux et incessant.<\/p>\n<p>\u00ab Cette transformation s\u2019exprime dans le plus profond de son \u00eatre, \u00e9crit le p\u00e8re Sophrony, par la nostalgie , la soif de Dieu, alors qu\u2019en m\u00eame temps il se sent insatisfait par tout ce qui est sur la terre \u00bb .<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><b><i>LE SENS DE LA VIE MONASTIQUE<\/i><\/b><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La vie monastique trouve son sens v\u00e9ritable sur trois principes fondamentaux :<\/p>\n<p><b><i>1. <\/i><\/b>Elle est une vie int\u00e9rieure, parce qu\u2019elle est un \u00e9v\u00e9nement \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de l\u2019esprit : l\u2019exp\u00e9rience des saints et des mystiques est l\u2019av\u00e8nement de l\u2019Esprit. Le moine donc cherche Dieu par-dessus tout ; il voit dans ce sens le monde \u00ab en Dieu \u00bb. L\u2019homme qui re\u00e7oit par son acte de foi la r\u00e9v\u00e9lation, amorce avec Dieu un dialogue liturgique g\u00e9n\u00e9rateur d\u2019unit\u00e9, \u00e0 l\u2019image du Christ dans lequel ont converg\u00e9, une fois pour toutes, l\u2019exp\u00e9rience de l\u2019homme par Dieu et celle de Dieu par l\u2019homme : c\u2019est cette r\u00e9alit\u00e9 christique qui pr\u00e9c\u00e8de toute exp\u00e9rience religieuse, qui l\u2019actualise en Christ \u2013 \u00ab vous \u00eates en Moi et je suis en vous \u00bb \u2013 et l\u2019int\u00e9riorise jusqu\u2019\u00e0 la proximit\u00e9 divine.<\/p>\n<p>Cette vocation de vie monastique vient d\u2019en haut. Les P\u00e8res ont distingu\u00e9 trois formes d\u2019appel de la part de Dieu :\u2028- l\u2019appel direct : exemple de saint Antoine,\u2028- l\u2019appel indirect \u00e0 travers les \u00e9preuves voulues par Dieu qui conduisent \u00e0 cette vie,\u2028- cette autre forme d\u2019appel qui au d\u00e9part, sans grand enthousiasme, prend corps dans la pens\u00e9e et la raison de l\u2019int\u00e9ress\u00e9.<\/p>\n<p><b><i>2.<\/i><\/b> Elle est une vie de m\u00e9tano\u00efa : \u00ab J\u2019oublie ce qui est en arri\u00e8re, je m\u2019\u00e9lance vers ce qui est devant moi\u2026 \u00bb (Ph 3, 14). La vie monastique est un \u00e9lan, une tension extr\u00eame et ne conna\u00eet pas d\u2019arr\u00eat, car d\u00e8s l\u2019instant o\u00f9 l\u2019homme se consid\u00e8re avoir atteint la perfection, cela signifie au contraire qu\u2019il n\u2019en est rien : Dieu est la seule v\u00e9rit\u00e9 dont on ne peut jamais se lasser. Le bonheur et la paix existent r\u00e9ellement en Dieu. La paix de Dieu est une paix dynamique et elle seule peut l\u2019\u00eatre ainsi. \u00ab Chercher donc Dieu \u00bb, signifie le demander sans cesse. Aussi, le moine ne doit jamais s\u2019arr\u00eater sur sa perfection int\u00e9rieure : \u00ab L\u2019on ne peut tenir un homme pour un saint tant qu\u2019il n\u2019a pas rendu toute pure la terre de son corps \u00bb (Pseudo-Macaire, Hom\u00e9lies spirituelles).<\/p>\n<p>Par ailleurs, il ne doit pas esp\u00e9rer voir dans ce moine de fa\u00e7on sensible les r\u00e9sultats concrets de ses efforts. C\u2019est la raison pour laquelle souvent, le monde &#8211; puisque le moine ne d\u00e9sire rien pour lui, ni m\u00eame la vertu, car il ne recherche que Dieu seul &#8211; jugera la vie de ce dernier comme non r\u00e9ussie et priv\u00e9e de valeurs combatives.<\/p>\n<p><b><i>3.<\/i><\/b> Elle est une vie de doxologie ang\u00e9lique. Le moine, en effet, qui voit Dieu ne peut pas s\u2019arr\u00eater de Lui rendre louange et gloire : dans ce sens, la vie monastique renouvelle l\u2019esprit et augmente la connaissance. Voir le monde avec les yeux du Christ, en un mot, r\u00e9aliser pleinement l\u2019union du myst\u00e8re du Christ dans l\u2019eucharistie et du myst\u00e8re du Christ dans le pauvre, voil\u00e0 l\u2019\u0153uvre du moine.<\/p>\n<p>Les moines ont donn\u00e9 au monde la vraie science : les hymnes liturgiques et leurs m\u00e9thodes asc\u00e9tiques qui conduisent directement jusqu\u2019\u00e0 Dieu. D\u00e8s ici-bas, la vie monastique sera un avant-go\u00fbt de la vie future : le myst\u00e8re du Christ est un myst\u00e8re de mort et de r\u00e9surrection. Le moine meurt \u00e0 lui-m\u00eame et au monde pour rena\u00eetre en Christ et dans le monde de Dieu.<\/p>\n<p>\u00ab Quand bien m\u00eame nous ne sommes pas capables de nous conformer \u00e0 l\u2019exemple rigoureux des saints P\u00e8res d\u2019Egypte, essayons cependant d\u2019imiter les chameaux du d\u00e9sert : ils se contentent de peu tandis qu\u2019ils ploient au contraire sous de lourdes charges ; leurs genoux sont pleins de callosit\u00e9s \u00e0 force de s\u2019agenouiller et tout en portant des fardeaux excessifs ils suivent avec humilit\u00e9 le petit \u00e2ne qui les pr\u00e9c\u00e8de. Ils ont aussi pour r\u00e8gle ceci : ils n\u2019oublient jamais leur bienfaiteur et lui expriment \u00e0 tout moment leur reconnaissance \u00bb (P\u00e8re Pa\u00efssios, p.198).<\/p>\n<p><b><i>Bilan de l\u2019exp\u00e9rience du d\u00e9sert<\/i><\/b><\/p>\n<p>La t\u00e2che du saint, au d\u00e9sert, est de taire ce qu\u2019il a vu : \u00ab Sois comme les morts, ne juge personne et apprends \u00e0 te taire \u00bb (Abba Macaire). Le seul enseignement certain des anachor\u00e8tes est ce silence o\u00f9, volontairement, ils se sont enferm\u00e9s. C\u2019est dire qu\u2019il n\u2019est pas commode de d\u00e9gager le bilan de cette exp\u00e9rience, surtout lorsque l\u2019on sait que le geronda ( ancien ) ou starets a enseign\u00e9 beaucoup plus par son exemple que par sa parole ou ses \u00e9crits.<\/p>\n<p>\u00ab Mourir au monde \u00bb, but fondamental de l\u2019asc\u00e8se au d\u00e9sert, signifie mourir en corps et en esprit. Le corps doit \u00eatre mort, c&rsquo;est-\u00e0-dire cesser de r\u00e9agir normalement aux besoins de la chair ; il doit dominer la soif, la faim, la fatigue, le sommeil, cela afin d\u2019atteindre l\u2019apatheia.<\/p>\n<p>Encore une fois, apatheia signifie litt\u00e9ralement \u00ab qui n\u2019a plus de sensibilit\u00e9 \u00bb. Il s\u2019agit d\u2019un \u00e9tat physique qui conduit naturellement \u00e0 un \u00e9tat identique de l\u2019\u00e2me. Aussi l\u2019insensibilit\u00e9 devient impassibilit\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab L\u2019apatheia ne consiste pas \u00e0 ne point \u00e9prouver les passions, mais \u00e0 ne point les accueillir \u00bb (Calliste et Ignace Xanthopoulos, Centuries, in Philocalie).<\/p>\n<p>C\u2019est donc cet homme apathique que cherche \u00e0 devenir l\u2019asc\u00e8te. Dans son Echelle, saint Jean Climaque situe le corps apathique \u00e0 mi-chemin, en somme, de l\u2019homme et de l\u2019ange.<\/p>\n<p>C\u2019est uniquement par la possession d\u2019un tel corps que l\u2019on pourra parvenir au terme m\u00eame de l\u2019asc\u00e8se : l\u2019h\u00e9sychia. Tout comme l\u2019apatheia, l\u2019h\u00e9sychia est un double \u00e9tat : un \u00e9tat de vie d\u2019abord (tranquillit\u00e9), et un \u00e9tat correspondant de l\u2019\u00e2me. Elle est donc une disponibilit\u00e9 totale de l\u2019\u00e2me, due au \u00ab silence du c\u0153ur et des pens\u00e9es \u00bb, une sorte d\u2019inconscience de soi-m\u00eame comme l\u2019apatheia est une inconscience de son corps.\u2028\u00ab Lorsque tu pries, ne te figure pas la Divinit\u00e9 en toi-m\u00eame, ne laisse pas ton intelligence accepter l\u2019empreinte d\u2019une forme quelconque ; tiens-toi en immat\u00e9riel devant l\u2019Immat\u00e9riel et tu comprendras \u00bb (Evagre le Pontique, De la pri\u00e8re)<\/p>\n<p>Alors l\u2019asc\u00e8te comprendra que \u00ab lorsque l\u2019intellect aura d\u00e9pos\u00e9 le vieil homme et que la pri\u00e8re l\u2019aura rev\u00eatu de l\u2019homme nouveau, il verra son \u00e9tat, au moment de la pri\u00e8re, pareil \u00e0 un saphir et \u00e0 la couleur du ciel. C\u2019est ce que les anciens auxquels il se manifesta sur la montagne ont appel\u00e9 le lieu de Dieu \u00bb (Ibid.).<\/p>\n<p>Dans une telle exp\u00e9rience, le merveilleux, le surnaturel, les anges et les d\u00e9mons n\u2019ont plus de place. Ce qui compte avant tout, c\u2019est de purifier le c\u0153ur et la pens\u00e9e, d\u2019en bannir toute imagination et non de se livrer \u00e0 l\u2019imagination en s\u2019abandonnant aux visions et aux effusions \u00e9quivoques qu\u2019elle entra\u00eene.<\/p>\n<p>Mais l\u2019asc\u00e8se a aussi ses paradoxes : si l\u2019on meurt au monde, pourquoi alors le redouter ou le d\u00e9sirer ? C\u2019est toute l\u2019\u00e9volution du sens de cette fuite qui, en se purifiant, ach\u00e8vera ce cycle prodigieux n\u00e9 avec le d\u00e9go\u00fbt du monde, poursuivi avec l\u2019amour de la solitude et qui trouve sa fin dans l\u2019extinction de tous les sentiments li\u00e9s \u00e0 ce monde.<\/p>\n<p>\u00ab Les plus grands et les meilleurs riches de ce monde sont pr\u00e9cis\u00e9ment ceux qui ne poss\u00e8dent plus de liens mat\u00e9riels et qui sont archi pauvres, tout comme ils sont archi pauvres de passions. Ils ne poss\u00e8dent rien d\u2019inutile, ni en eux-m\u00eames ni en dehors d\u2019eux-m\u00eames. Tout simplement ils poss\u00e8dent seulement Dieu et ils sont continuellement joyeusement plong\u00e9s dans la vie paradisiaque d\u00e8s ici-bas, car l\u00e0 o\u00f9 se trouve Dieu, l\u00e0 aussi se trouve le paradis \u00bb (P\u00e8re Pa\u00efssios).<\/p>\n<p>Autrement dit, l\u00e0 o\u00f9 il n\u2019y a plus de place pour la consolation des hommes, l\u00e0 attend Dieu et sa pr\u00e9sence inonde de joie infinie le c\u0153ur devenu trop petit pour le contenir, de celui qui par sa pri\u00e8re pure a fait du saint Nom de J\u00e9sus le centre et l\u2019axe de tout son \u00eatre.<\/p>\n<p>La pri\u00e8re perp\u00e9tuelle devient ainsi un \u00e9tat constant. L\u2019homme se voit l\u00e9ger, d\u00e9tach\u00e9 de la pesanteur terrestre, d\u00e9tach\u00e9 de son ego. Le monde o\u00f9 vit l\u2019asc\u00e8te est le monde de Dieu, \u00e9tonnamment vivant, car il est le monde des crucifi\u00e9s, des ressuscit\u00e9s, un face \u00e0 face \u00e9tendu \u00e0 l\u2019\u00e9ternit\u00e9 quand \u00ab Dieu vient dans l\u2019\u00e2me et l\u2019\u00e2me \u00e9migre en Dieu \u00bb.<\/p>\n<p>Tallinn, le 8 mai 2006<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><b><i>+STEPHANOS,, M\u00e9tropolite de Tallinn et de toute l\u2019Estonie.<\/i><\/b><\/p>\n<p><b><i>\u00a0<\/i><\/b><\/p>\n<p><b><i>Ce texte a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 par les \u00e9ditions du Monast\u00e8re de la Dormition de la M\u00e8re de Dieu \u00e0 05140 La Faurie (France). On peut le commander par t\u00e9l\u00e9phone au +33(0)4.92.58.05.84 ou par mail \u00e0 l&rsquo;adresse suivante<\/i><\/b><b><i> <a href=\"mailto:dormition@wanadoo.fr\">dormition@wanadoo.fr<\/a><\/i><\/b><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>PREFACE L\u2019Eglise en g\u00e9n\u00e9ral, nous pouvons la d\u00e9finir comme \u00ab cette vie de Dieu dans les hommes \u00bb pour reprendre ici l\u2019excellente d\u00e9finition de Khomiakov . Vie qui nous fait conna\u00eetre Dieu comme communion des trois Personnes et c\u2019est la raison pour laquelle l\u2019Eglise orthodoxe, Eglise absolue de la Sainte Trinit\u00e9, sera ressentie surtout comme [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":7,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_exactmetrics_skip_tracking":false,"_exactmetrics_sitenote_active":false,"_exactmetrics_sitenote_note":"","_exactmetrics_sitenote_category":0,"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[187],"tags":[],"class_list":["post-7919","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-homelies"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.5 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>LE PETIT MANUEL DU MOINE ORTHODOXE &#8211; \u00c9glise Orthodoxe d&#039;Estonie<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/www.eoc.ee\/fr\/metropolite\/homelies\/le-petit-manuel-du-moine-orthodoxe\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"LE PETIT MANUEL DU MOINE ORTHODOXE &#8211; \u00c9glise Orthodoxe d&#039;Estonie\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"PREFACE L\u2019Eglise en g\u00e9n\u00e9ral, nous pouvons la d\u00e9finir comme \u00ab cette vie de Dieu dans les hommes \u00bb pour reprendre ici l\u2019excellente d\u00e9finition de Khomiakov . Vie qui nous fait conna\u00eetre Dieu comme communion des trois Personnes et c\u2019est la raison pour laquelle l\u2019Eglise orthodoxe, Eglise absolue de la Sainte Trinit\u00e9, sera ressentie surtout comme [&hellip;]\" \/>\n<meta property=\"og:url\" content=\"https:\/\/www.eoc.ee\/fr\/metropolite\/homelies\/le-petit-manuel-du-moine-orthodoxe\/\" \/>\n<meta property=\"og:site_name\" content=\"\u00c9glise Orthodoxe d&#039;Estonie\" \/>\n<meta property=\"article:published_time\" content=\"2015-01-23T14:00:34+00:00\" \/>\n<meta property=\"article:modified_time\" content=\"2015-01-26T12:51:53+00:00\" \/>\n<meta name=\"author\" content=\"Heike H\u00e4rma\" \/>\n<meta name=\"twitter:label1\" content=\"\u00c9crit par\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data1\" content=\"Heike H\u00e4rma\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:label2\" content=\"Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data2\" content=\"59 minutes\" \/>\n<script type=\"application\/ld+json\" class=\"yoast-schema-graph\">{\"@context\":\"https:\\\/\\\/schema.org\",\"@graph\":[{\"@type\":\"Article\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.eoc.ee\\\/fr\\\/metropolite\\\/homelies\\\/le-petit-manuel-du-moine-orthodoxe\\\/#article\",\"isPartOf\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.eoc.ee\\\/fr\\\/metropolite\\\/homelies\\\/le-petit-manuel-du-moine-orthodoxe\\\/\"},\"author\":{\"name\":\"Heike H\u00e4rma\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.eoc.ee\\\/#\\\/schema\\\/person\\\/bfa03b2406703aa1a9256392aaa001b3\"},\"headline\":\"LE PETIT MANUEL DU MOINE ORTHODOXE\",\"datePublished\":\"2015-01-23T14:00:34+00:00\",\"dateModified\":\"2015-01-26T12:51:53+00:00\",\"mainEntityOfPage\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.eoc.ee\\\/fr\\\/metropolite\\\/homelies\\\/le-petit-manuel-du-moine-orthodoxe\\\/\"},\"wordCount\":11781,\"articleSection\":[\"Hom\u00e9lies\"],\"inLanguage\":\"fr-FR\"},{\"@type\":\"WebPage\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.eoc.ee\\\/fr\\\/metropolite\\\/homelies\\\/le-petit-manuel-du-moine-orthodoxe\\\/\",\"url\":\"https:\\\/\\\/www.eoc.ee\\\/fr\\\/metropolite\\\/homelies\\\/le-petit-manuel-du-moine-orthodoxe\\\/\",\"name\":\"LE PETIT MANUEL DU MOINE ORTHODOXE &#8211; \u00c9glise Orthodoxe d'Estonie\",\"isPartOf\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.eoc.ee\\\/#website\"},\"datePublished\":\"2015-01-23T14:00:34+00:00\",\"dateModified\":\"2015-01-26T12:51:53+00:00\",\"author\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.eoc.ee\\\/#\\\/schema\\\/person\\\/bfa03b2406703aa1a9256392aaa001b3\"},\"breadcrumb\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.eoc.ee\\\/fr\\\/metropolite\\\/homelies\\\/le-petit-manuel-du-moine-orthodoxe\\\/#breadcrumb\"},\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"potentialAction\":[{\"@type\":\"ReadAction\",\"target\":[\"https:\\\/\\\/www.eoc.ee\\\/fr\\\/metropolite\\\/homelies\\\/le-petit-manuel-du-moine-orthodoxe\\\/\"]}]},{\"@type\":\"BreadcrumbList\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.eoc.ee\\\/fr\\\/metropolite\\\/homelies\\\/le-petit-manuel-du-moine-orthodoxe\\\/#breadcrumb\",\"itemListElement\":[{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":1,\"name\":\"Home\",\"item\":\"https:\\\/\\\/www.eoc.ee\\\/\"},{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":2,\"name\":\"LE PETIT MANUEL DU MOINE ORTHODOXE\"}]},{\"@type\":\"WebSite\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.eoc.ee\\\/#website\",\"url\":\"https:\\\/\\\/www.eoc.ee\\\/\",\"name\":\"\u00c9glise Orthodoxe d'Estonie\",\"description\":\"Eesti Apostlik-\u00d5igeusu Kirik\",\"potentialAction\":[{\"@type\":\"SearchAction\",\"target\":{\"@type\":\"EntryPoint\",\"urlTemplate\":\"https:\\\/\\\/www.eoc.ee\\\/?s={search_term_string}\"},\"query-input\":{\"@type\":\"PropertyValueSpecification\",\"valueRequired\":true,\"valueName\":\"search_term_string\"}}],\"inLanguage\":\"fr-FR\"},{\"@type\":\"Person\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.eoc.ee\\\/#\\\/schema\\\/person\\\/bfa03b2406703aa1a9256392aaa001b3\",\"name\":\"Heike H\u00e4rma\",\"image\":{\"@type\":\"ImageObject\",\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/secure.gravatar.com\\\/avatar\\\/8eb3cb357606a6c8ed98d4b92714824fc7d2f06e57b58d2b730a00e0199effb6?s=96&d=mm&r=g\",\"url\":\"https:\\\/\\\/secure.gravatar.com\\\/avatar\\\/8eb3cb357606a6c8ed98d4b92714824fc7d2f06e57b58d2b730a00e0199effb6?s=96&d=mm&r=g\",\"contentUrl\":\"https:\\\/\\\/secure.gravatar.com\\\/avatar\\\/8eb3cb357606a6c8ed98d4b92714824fc7d2f06e57b58d2b730a00e0199effb6?s=96&d=mm&r=g\",\"caption\":\"Heike H\u00e4rma\"},\"url\":\"https:\\\/\\\/www.eoc.ee\\\/fr\\\/author\\\/heike\\\/\"}]}<\/script>\n<!-- \/ Yoast SEO plugin. -->","yoast_head_json":{"title":"LE PETIT MANUEL DU MOINE ORTHODOXE &#8211; \u00c9glise Orthodoxe d'Estonie","robots":{"index":"index","follow":"follow","max-snippet":"max-snippet:-1","max-image-preview":"max-image-preview:large","max-video-preview":"max-video-preview:-1"},"canonical":"https:\/\/www.eoc.ee\/fr\/metropolite\/homelies\/le-petit-manuel-du-moine-orthodoxe\/","og_locale":"fr_FR","og_type":"article","og_title":"LE PETIT MANUEL DU MOINE ORTHODOXE &#8211; \u00c9glise Orthodoxe d'Estonie","og_description":"PREFACE L\u2019Eglise en g\u00e9n\u00e9ral, nous pouvons la d\u00e9finir comme \u00ab cette vie de Dieu dans les hommes \u00bb pour reprendre ici l\u2019excellente d\u00e9finition de Khomiakov . Vie qui nous fait conna\u00eetre Dieu comme communion des trois Personnes et c\u2019est la raison pour laquelle l\u2019Eglise orthodoxe, Eglise absolue de la Sainte Trinit\u00e9, sera ressentie surtout comme [&hellip;]","og_url":"https:\/\/www.eoc.ee\/fr\/metropolite\/homelies\/le-petit-manuel-du-moine-orthodoxe\/","og_site_name":"\u00c9glise Orthodoxe d'Estonie","article_published_time":"2015-01-23T14:00:34+00:00","article_modified_time":"2015-01-26T12:51:53+00:00","author":"Heike H\u00e4rma","twitter_misc":{"\u00c9crit par":"Heike H\u00e4rma","Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e":"59 minutes"},"schema":{"@context":"https:\/\/schema.org","@graph":[{"@type":"Article","@id":"https:\/\/www.eoc.ee\/fr\/metropolite\/homelies\/le-petit-manuel-du-moine-orthodoxe\/#article","isPartOf":{"@id":"https:\/\/www.eoc.ee\/fr\/metropolite\/homelies\/le-petit-manuel-du-moine-orthodoxe\/"},"author":{"name":"Heike H\u00e4rma","@id":"https:\/\/www.eoc.ee\/#\/schema\/person\/bfa03b2406703aa1a9256392aaa001b3"},"headline":"LE PETIT MANUEL DU MOINE ORTHODOXE","datePublished":"2015-01-23T14:00:34+00:00","dateModified":"2015-01-26T12:51:53+00:00","mainEntityOfPage":{"@id":"https:\/\/www.eoc.ee\/fr\/metropolite\/homelies\/le-petit-manuel-du-moine-orthodoxe\/"},"wordCount":11781,"articleSection":["Hom\u00e9lies"],"inLanguage":"fr-FR"},{"@type":"WebPage","@id":"https:\/\/www.eoc.ee\/fr\/metropolite\/homelies\/le-petit-manuel-du-moine-orthodoxe\/","url":"https:\/\/www.eoc.ee\/fr\/metropolite\/homelies\/le-petit-manuel-du-moine-orthodoxe\/","name":"LE PETIT MANUEL DU MOINE ORTHODOXE &#8211; \u00c9glise Orthodoxe d'Estonie","isPartOf":{"@id":"https:\/\/www.eoc.ee\/#website"},"datePublished":"2015-01-23T14:00:34+00:00","dateModified":"2015-01-26T12:51:53+00:00","author":{"@id":"https:\/\/www.eoc.ee\/#\/schema\/person\/bfa03b2406703aa1a9256392aaa001b3"},"breadcrumb":{"@id":"https:\/\/www.eoc.ee\/fr\/metropolite\/homelies\/le-petit-manuel-du-moine-orthodoxe\/#breadcrumb"},"inLanguage":"fr-FR","potentialAction":[{"@type":"ReadAction","target":["https:\/\/www.eoc.ee\/fr\/metropolite\/homelies\/le-petit-manuel-du-moine-orthodoxe\/"]}]},{"@type":"BreadcrumbList","@id":"https:\/\/www.eoc.ee\/fr\/metropolite\/homelies\/le-petit-manuel-du-moine-orthodoxe\/#breadcrumb","itemListElement":[{"@type":"ListItem","position":1,"name":"Home","item":"https:\/\/www.eoc.ee\/"},{"@type":"ListItem","position":2,"name":"LE PETIT MANUEL DU MOINE ORTHODOXE"}]},{"@type":"WebSite","@id":"https:\/\/www.eoc.ee\/#website","url":"https:\/\/www.eoc.ee\/","name":"\u00c9glise Orthodoxe d'Estonie","description":"Eesti Apostlik-\u00d5igeusu Kirik","potentialAction":[{"@type":"SearchAction","target":{"@type":"EntryPoint","urlTemplate":"https:\/\/www.eoc.ee\/?s={search_term_string}"},"query-input":{"@type":"PropertyValueSpecification","valueRequired":true,"valueName":"search_term_string"}}],"inLanguage":"fr-FR"},{"@type":"Person","@id":"https:\/\/www.eoc.ee\/#\/schema\/person\/bfa03b2406703aa1a9256392aaa001b3","name":"Heike H\u00e4rma","image":{"@type":"ImageObject","inLanguage":"fr-FR","@id":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/8eb3cb357606a6c8ed98d4b92714824fc7d2f06e57b58d2b730a00e0199effb6?s=96&d=mm&r=g","url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/8eb3cb357606a6c8ed98d4b92714824fc7d2f06e57b58d2b730a00e0199effb6?s=96&d=mm&r=g","contentUrl":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/8eb3cb357606a6c8ed98d4b92714824fc7d2f06e57b58d2b730a00e0199effb6?s=96&d=mm&r=g","caption":"Heike H\u00e4rma"},"url":"https:\/\/www.eoc.ee\/fr\/author\/heike\/"}]}},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.eoc.ee\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7919","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.eoc.ee\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.eoc.ee\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.eoc.ee\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/7"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.eoc.ee\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=7919"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.eoc.ee\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7919\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":7921,"href":"https:\/\/www.eoc.ee\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7919\/revisions\/7921"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.eoc.ee\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=7919"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.eoc.ee\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=7919"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.eoc.ee\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=7919"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}