{"id":7926,"date":"2015-01-23T16:48:01","date_gmt":"2015-01-23T14:48:01","guid":{"rendered":"http:\/\/www.eoc.ee\/?p=7926"},"modified":"2015-01-23T16:48:01","modified_gmt":"2015-01-23T14:48:01","slug":"eloge-de-la-solitude","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.eoc.ee\/fr\/spiritualite\/eloge-de-la-solitude\/","title":{"rendered":"ELOGE DE LA SOLITUDE"},"content":{"rendered":"<p><b><i>Par St Eucher de Lyon<\/i><\/b><\/p>\n<p><b>LETTRE A HILAIRE pr\u00eatre de L\u00e9rins\u2028 Au saint seigneur Hilaire, \u00e0 la fois bienheureux par le m\u00e9rite et tr\u00e8s glorieux dans le Christ.\u2028<\/b><br \/>\n<b>Eucher<\/b><\/p>\n<p><b>Le beau geste d&rsquo;Hilaire <\/b><\/p>\n<p>Apr\u00e8s avoir dit adieu, nagu\u00e8re, avec un grand courage, \u00e0 votre maison et \u00e0 vos proches, vous aviez p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 d\u00e9j\u00e0 dans les retraites profondes de la mer immense.\u2028Mais vous avez eu plus de vertu encore pour regagner la solitude que pour y venir la premi\u00e8re fois ! En y sollicitant une place comme \u00e9tranger d&rsquo;abord, vous aviez un ma\u00eetre et comme un guide de votre route. Vous retrouviez, en le suivant, un p\u00e8re pour remplacer les parents que vous aviez quitt\u00e9s. Mais maintenant qu&rsquo;il a \u00e9t\u00e9 appel\u00e9 \u00e0 la dignit\u00e9 pontificale, vous avez cru que vous deviez l&rsquo;accompagner, et ensuite votre amour du d\u00e9sert vous a ramen\u00e9 \u00e0 la solitude amie. Vous nous donnez donc un exemple plus noble et plus grand. En venant au d\u00e9sert, vous paraissiez vous rendre aupr\u00e8s d&rsquo;un fr\u00e8re. En y revenant, c&rsquo;est ce fr\u00e8re m\u00eame que vous abandonnez et quel fr\u00e8re ! Et de quelle dignit\u00e9 ! Et entour\u00e9 par vous de quelle dilection ! Et attach\u00e9 \u00e0 vous-m\u00eame par quelle tendresse singuli\u00e8re ! A l&rsquo;amour d&rsquo;un tel homme, vous ne pouviez rien pr\u00e9f\u00e9rer, si ce n&rsquo;est peut-\u00eatre l&rsquo;amour du d\u00e9sert. Et certes, par cette pr\u00e9f\u00e9rence, vous n&rsquo;avez pas attest\u00e9 que vous l&rsquo;aimiez peu, mais que vous aimiez le d\u00e9sert un peu plus. Vous avez donn\u00e9 la preuve de la grandeur de votre amour de la solitude en triomphant pour elle d&rsquo;un tr\u00e8s grand amour. Mais qu&rsquo;est-ce donc en vous, que cet amour de la solitude, si on ne l&rsquo;appelle l&rsquo;amour de Dieu ?\u2028Vous avez donc observ\u00e9 l&rsquo;ordre de la charit\u00e9 prescrit par la Loi , en aimant Dieu avant tout et votre prochain ensuite. Quant \u00e0 lui, comme je le con\u00e7ois en ma pens\u00e9e, plus attentif \u00e0 la seule consid\u00e9ration de votre progr\u00e8s spirituel, je pense qu&rsquo;il ne fut oppos\u00e9 ni \u00e0 votre dessein ni \u00e0 votre d\u00e9part. Et malgr\u00e9 ce qu&rsquo;il y avait d&rsquo;inusit\u00e9 en tout cela pour les personnes qui lui sont attach\u00e9es, il ne voulut pas moins, j&rsquo;imagine, vous renvoyer que vous ne vouliez partir. Il vous aime en effet et vous l&rsquo;aimez \u00e0 votre tour, mais en son amour il cherche votre bien, et si d\u00e9monstrative et haute que soit sa charit\u00e9 \u00e0 votre \u00e9gard, sa cime s&rsquo;\u00e9tend jusqu&rsquo;\u00e0 votre profit.\u2028Vous aviez d\u00e9j\u00e0 distribu\u00e9 aux pauvres toute votre fortune, pour n&rsquo;\u00eatre riche que dans le Christ.\u2028Vous poss\u00e9dez la vertu d&rsquo;un vieillard avec la jeunesse des ann\u00e9es. On admire en vous l&rsquo;esprit, l&rsquo;\u00e9loquence. Mais plus que tout cela, ce que je place et ce que j&rsquo;aime en vous en premi\u00e8re ligne, c&rsquo;est ce beau d\u00e9sir de la solitude. Aussi, comme vous me demandez souvent de r\u00e9pondre plus abondamment \u00e0 vos lettres si \u00e9tendues et si \u00e9loquentes, il faudra bien que vous, qui \u00eates si sage, supportiez un instant ma sottise, pendant que j&rsquo;essaierai de rappeler la v\u00e9rit\u00e9 des gr\u00e2ces accord\u00e9es par le Seigneur \u00e0 cette solitude m\u00eame que vous aimez tant .\u2028\u2028<b>Le d\u00e9sert, temple de Dieu<\/b>\u2028\u2028J&rsquo;appellerais volontiers le d\u00e9sert le temple sans limite de notre Dieu, car Celui que nous savons, avec certitude, habiter dans le silence, nous devons croire qu&rsquo;Il se r\u00e9jouit de la solitude. C&rsquo;est l\u00e0 qu&rsquo;Il S&rsquo;est montr\u00e9, le plus souvent, \u00e0 ses saints et, le lieu s&rsquo;y pr\u00eatant, Il n&rsquo;a pas d\u00e9daign\u00e9 d&rsquo;y rencontrer l&rsquo;homme. C&rsquo;est au d\u00e9sert que Mo\u00efse, son visage \u00e9tant illumin\u00e9 de gloire, voit Dieu; au d\u00e9sert qu&rsquo;Elie tremblant voile sa face pour ne pas voir Dieu, et bien qu&rsquo;Il parcoure tous les lieux comme son domaine et qu&rsquo;Il ne soit absent nulle part, il est permis toutefois de penser qu&rsquo;Il daigne visiter plus sp\u00e9cialement la solitude du d\u00e9sert et du ciel. Comme on demandait \u00e0 quelqu&rsquo;un, dit-on, en quel lieu il estimait que Dieu se trouv\u00e2t, ce dernier r\u00e9pondit \u00e0 son interlocuteur de le suivre hardiment o\u00f9 il le conduirait. Il vint alors, accompagn\u00e9 de l&rsquo;autre, dans les solitudes d&rsquo;un immense d\u00e9sert, et lui montrant ces vastes \u00e9tendues, il lui dit : \u00ab\u00a0Voici o\u00f9 est Dieu, car on peut bien dire qu&rsquo;Il est plus particuli\u00e8rement aux lieux o\u00f9 on Le trouve plus ais\u00e9ment.\u00a0\u00bb\u2028A l&rsquo;origine des choses, quand Dieu faisait tout avec sagesse et distribuait les aptitudes utiles aux usages futurs, Il ne laissa s\u00fbrement pas cette partie de la terre dans l&rsquo;inutilit\u00e9 et le d\u00e9shonneur, mais en cr\u00e9ant tout avec magnificence dans le pr\u00e9sent, mais tout autant avec pr\u00e9voyance pour l&rsquo;avenir, Il pr\u00e9para le d\u00e9sert pour les saints. Je crois qu&rsquo;Il voulut ici l&rsquo;abondance des fruits et l\u00e0, en l&rsquo;absence d&rsquo;une nature plus indulgente, la f\u00e9condit\u00e9 de la saintet\u00e9, en sorte que les d\u00e9serts en fussent engraiss\u00e9s, et alors qu&rsquo;Il \u00ab\u00a0arrosait du haut des cieux les montagnes\u00a0\u00bb (cf. Ps 103), Il d\u00e9cr\u00e9ta que les vall\u00e9es abonderaient en r\u00e9coltes et que les d\u00e9savantages des lieux seraient compens\u00e9s en ce que l&rsquo;habitant enrichirait l&rsquo;habitation rest\u00e9e st\u00e9rile.<\/p>\n<p><b>Le paradis et le d\u00e9sert<\/b><\/p>\n<p>Ce possesseur du paradis, qui fut aussi le transgresser du pr\u00e9cepte divin, alors qu&rsquo;il habitait un lieu plein de charmes, se montra incapable d&rsquo;observer la loi que Dieu lui avait fix\u00e9e (Il s&rsquo;agit d&rsquo;Adam). Plus son s\u00e9jour \u00e9tait agr\u00e9able, plus il fut enclin \u00e0 la chute. C&rsquo;est pourquoi non seulement la mort le soumit \u00e0 son empire, mais elle \u00e9tendit jusqu&rsquo;\u00e0 nous son aiguillon. En sens inverse, qu&rsquo;il aille au d\u00e9sert celui qui aime la vie, puisque l&rsquo;habitant du paradis a rencontr\u00e9 la mort. Mais venons-en aux exemples ult\u00e9rieurs qui prouvent la Faveur constante de Dieu pour le d\u00e9sert.\u2028<b><\/b><\/p>\n<p><b>Exemples de la Faveur de Dieu pour le d\u00e9sert<\/b><\/p>\n<p>Mo\u00efse conduit son troupeau au d\u00e9sert. C&rsquo;est alors qu&rsquo;il voit de loin Dieu en un buisson embras\u00e9 par un feu qui ne consume pas. Non seulement il le voit, mais il l&rsquo;entend. Le Seigneur lui commande d&rsquo;\u00f4ter ses sandales, il d\u00e9clare sacr\u00e9 le sol du d\u00e9sert : \u00ab\u00a0Le lieu o\u00f9 tu es, lui dit-Il, est une terre sainte !\u00a0\u00bb (Ex 3,1-6). Il r\u00e9v\u00e8le donc clairement la Gloire cach\u00e9e de ce lieu. La saintet\u00e9 de ce sol est confirm\u00e9e par la saintet\u00e9 du T\u00e9moignage divin. Et, \u00e0 mon sens, il sugg\u00e8re secr\u00e8tement et pareillement par ses paroles qu&rsquo;en entrant au d\u00e9sert, il faut se d\u00e9lier des anciennes attaches et des soucis de la vie, pour avancer, affranchi des cha\u00eenes ant\u00e9rieures, en \u00e9vitant de souiller ce lieu.\u2028C&rsquo;est l\u00e0 que, pour la premi\u00e8re fois, Mo\u00efse devient l&rsquo;interpr\u00e8te des Conversations famili\u00e8res de Dieu, il entend ses Paroles et il Lui r\u00e9pond, il s&rsquo;informe de ce qu&rsquo;il devra dire et faire et il en est instruit, il s&rsquo;entretient, par un \u00e9change mutuel et comme usuel de discours, avec le Seigneur du ciel !\u2028C&rsquo;est l\u00e0 qu&rsquo;il reprend sa verge, d\u00e9sormais dou\u00e9e du pouvoir des miracles. Il \u00e9tait entr\u00e9 au d\u00e9sert en pasteur de brebis, il en sort pasteur de peuples !\u2028Mais voici que le peuple de Dieu doit \u00eatre lib\u00e9r\u00e9 d&rsquo;Egypte et arrach\u00e9 aux oeuvres terrestres, que va-t-il arriver ? Ce peuple n&rsquo;ira-t-il pas chercher Dieu dans les d\u00e9serts et la solitude, afin de se rapprocher de Celui qui le d\u00e9livrait de la servitude ? Il se portait donc au d\u00e9sert, rendu terrible au loin par son immensit\u00e9, sous la conduite de Mo\u00efse : \u00ab\u00a0Qu&rsquo;elle est grande la multitude de ta douceur, \u00f4 Seigneur !\u00a0\u00bb (Ps 30,20) Mo\u00efse \u00e9tait entr\u00e9 au d\u00e9sert et il y avait vu Dieu. Il y revient pour Le voir encore. C&rsquo;\u00e9tait Dieu en effet qui choisissait la route de son peuple, et Il le conduisait au d\u00e9sert, en offrant aux voyageurs une colonne pour le jour et la nuit, tant\u00f4t rouge comme une flamme, tant\u00f4t blanche comme un nuage ! Il donnait ainsi \u00e0 ses serviteurs un signe, cette sorte de masse lact\u00e9e qu&rsquo;Il illuminait de feux altern\u00e9s. Isra\u00ebl, \u00e0 cette lumi\u00e8re, suivait les rayons rutilants de loin, en sorte que le Seigneur, conduisant son peuple dans la solitude d\u00e9sertique, lui montrait tr\u00e8s justement la route en Lui fournissant sa clart\u00e9 ! Et ne voil\u00e0-t-Il pas que, sur le chemin des d\u00e9serts, les gouffres redoutables de la mer infranchissable s&rsquo;ouvrent devant ce peuple ?\u2028Entre les flots redress\u00e9s, les bataillons poussi\u00e9reux trouvent une route, sur les rivages rougissants, et contemplant les montagnes mena\u00e7antes des eaux suspendues, du fond de la vall\u00e9e, le gardien du peuple traverse les \u00e9tendues de la mer ! Et l\u00e0 ne s&rsquo;arr\u00eate pas la puissance de l&rsquo;oeuvre divine. Les eaux refluent en effet. Elles recouvrent le chemin qu&rsquo;elles avaient ouvert et d\u00e9truisent l&rsquo;ennemi. La mer reprend toute sa place, afin de s&rsquo;opposer, me semble-t-il, \u00e0 tout retour d&rsquo;Isra\u00ebl hors du d\u00e9sert. Dieu avait trac\u00e9 la route parmi les flots, puis Il l&rsquo;avait cach\u00e9e dans la confusion des ondes, afin d&rsquo;ouvrir un chemin dans la direction du d\u00e9sert et de le fermer en sens oppos\u00e9. Tel fut le miracle de gr\u00e2ce accord\u00e9 \u00e0 ce peuple, en sa marche au d\u00e9sert. Mais il en obtint bien davantage, quand il y fut entr\u00e9. L\u00e0, en effet, le Seigneur le restaura par un prodige inesp\u00e9r\u00e9, en fournissant \u00e0 sa soif des eaux abondantes sorties d&rsquo;un rocher et en tirant de masses pierreuses arides les ruisseaux d&rsquo;une source, comme s&rsquo;Il imposait, d&rsquo;une main cach\u00e9e, une nouvelle nature \u00e0 des canaux cach\u00e9s. Et il ne Lui suffit pas d&rsquo;inonder la roche dess\u00e9ch\u00e9e d&rsquo;un fleuve nouveau, mais Il conf\u00e8re une douceur surnaturelle aux amertumes des eaux d\u00e9sagr\u00e9ables (cf. Ex 17,6). Il avait fait couler les unes, Il transforme les autres, Il ne fait pas un plus grand miracle en arrachant des eaux de la roche qu&rsquo;en changeant les eaux en d&rsquo;autres eaux ! Le peuple entier s&rsquo;\u00e9tonne de ressentir le Secours c\u00e9leste aussi bien dans ces eaux qui existaient d\u00e9j\u00e0 qu&rsquo;en celles qui n&rsquo;existaient pas encore ! \u2028L\u00e0 encore, ce peuple recueille sur le sol blanchissant un aliment venu du ciel (cf. Ex 16,14), et le Seigneur fait tomber des nuages, un pain qui ressemble \u00e0 une pluie s\u00e8che ! Sur les tentes et dans les espaces qui les s\u00e9parent dans le camp, la manne s&rsquo;\u00e9tend comme une neige et \u00ab\u00a0l&rsquo;homme peut manger le pain des anges\u00a0\u00bb (cf. Ps 77,14). Mais comme \u00ab\u00a0\u00e0 chaque jour suffit sa peine\u00a0\u00bb (cf. Mt 6,34), l&rsquo;Indulgence divine ne fournit que la nourriture quotidienne et impose la loi de ne point penser au lendemain. C&rsquo;est ainsi que jadis, quand les habitants du d\u00e9sert ne pouvaient trouver leur nourriture, le ciel la leur apportait !\u2028Mais n&rsquo;est-ce pas aussi au d\u00e9sert que les H\u00e9breux re\u00e7urent la Loi et les Pr\u00e9ceptes divins, quand ils eurent le bonheur de voir de pr\u00e8s les signes inscrits par le Doigt de Dieu sur les Tables saintes ? Sortant de leur camp, ils vinrent au-devant du Seigneur, au pied de la montagne. Frapp\u00e9s de terreur, ils contempl\u00e8rent ce sommet du Sina\u00ef qu&rsquo;entourait de son effroi une majest\u00e9 visible. Ils virent la montagne fumante d&rsquo;une flamme formant barri\u00e8re, puis recouverte en entier par la nu\u00e9e la plus \u00e9paisse. Ils s&rsquo;\u00e9pouvant\u00e8rent des fulgurations \u00e9clatantes de la foudre et des roulements r\u00e9p\u00e9t\u00e9s du tonnerre m\u00eal\u00e9s aux bruits \u00e9clatants des trompettes. C&rsquo;est alors que les fils d&rsquo;Isra\u00ebl, habitant au d\u00e9sert, eurent l&rsquo;honneur de voir le Tr\u00f4ne de Dieu, d&rsquo;entendre sa Voix. Ce fut par de tels miracles ou d&rsquo;autres du m\u00eame genre que cette nation fut maintenue, alors qu&rsquo;elle se trouvait au d\u00e9sert : aliments inusit\u00e9s, breuvages inattendus, v\u00eatements inusables, alors que, autour d&rsquo;eux, tout demeurait dans son \u00e9tat habituel. Tout ce que la nature des lieux n&rsquo;accordait pas \u00e0 leurs besoins, la Magnificence \u00e9clatante de Dieu le leur fournissait. Il n&rsquo;a rien exag\u00e9r\u00e9 celui de leurs saints qui a c\u00e9l\u00e9br\u00e9 tant de faveurs c\u00e9lestes en s&rsquo;\u00e9criant : \u00ab\u00a0Ce n&rsquo;est pas \u00e0 toute nation que le Seigneur en a fait autant.\u00a0\u00bb (Ps 148,20).\u2028Faveurs sp\u00e9ciales, dons inou\u00efs, c&rsquo;est par ces Gr\u00e2ces divines que ce peuple a \u00e9t\u00e9 restaur\u00e9 au d\u00e9sert. En v\u00e9rit\u00e9 tout cela nous est rapport\u00e9 en figure de ce qui nous arrive. Les apparences de tous ces faits sont pleines de myst\u00e8res cach\u00e9s. Tous nous avons \u00e9t\u00e9 en Mo\u00efse baptis\u00e9s dans la nu\u00e9e et la mer, tous nous avons mang\u00e9 de la nourriture spirituelle et bu de la boisson spirituelle. Mais cela n&#8217;emp\u00eache pas que ces r\u00e9cits, en nous offrant la foi de l&rsquo;avenir, conservent la v\u00e9rit\u00e9 du r\u00e9el. Toutefois, la gloire du d\u00e9sert ne serait pas amoindrie m\u00eame si tous ces faits devaient \u00eatre \u00e9lev\u00e9s au rang des signes sacr\u00e9s. Ce ne serait pas une moindre gr\u00e2ce si le prodige des v\u00eatements corporels soustraits \u00e0 l&rsquo;usure n&rsquo;avait d&rsquo;autre sens que d&rsquo;annoncer la vie future; ce serait, en effet, une haute dignit\u00e9 du lieu, si la f\u00e9licit\u00e9 du si\u00e8cle \u00e0 venir s&rsquo;y trouvait pr\u00e9form\u00e9e dans celle des habitants du d\u00e9sert .\u2028Et pourquoi les fils d&rsquo;Isra\u00ebl ne sont-ils parvenus \u00e0 la Terre promise qu&rsquo;en passant par le s\u00e9jour au d\u00e9sert ? Pourquoi, avant de poss\u00e9der cette terre o\u00f9 coulaient le lait et le miel, ont-ils d\u00fb occuper ces \u00e9tendues arides et incultes ? C&rsquo;est une loi g\u00e9n\u00e9rale que le chemin vers la v\u00e9ritable patrie s&rsquo;ouvre dans les demeures d\u00e9sertiques. Il faut qu&rsquo;il habite une terre inhabitable, celui qui \u00ab\u00a0veut voir les Biens du Seigneur dans la r\u00e9gion des vivants\u00a0\u00bb (Ps 26,13), il faut qu&rsquo;il soit l&rsquo;h\u00f4te de la premi\u00e8re pour devenir le citoyen de la seconde (cf. Eph 2,19).<\/p>\n<p><b>Autres exemples, dans l&rsquo;Ancien Testament<\/b><\/p>\n<p>Mais laissons ces exemples : David, lui-m\u00eame, ne put \u00e9chapper aux emb\u00fbches d&rsquo;un roi hostile que par la fuite au d\u00e9sert (cf. I R 23). Devenu l&rsquo;habitant des \u00e9tendues arides de l&rsquo;Idum\u00e9e, il avait soif de Dieu, de tout c\u0153ur ; il se montrait \u00e0 Dieu comme \u00ab\u00a0assoiff\u00e9 au d\u00e9sert sans eau et sans route\u00a0\u00bb (Ps 67,3 ) et m\u00e9ritait ainsi de contempler, comme un saint, et la Vertu et la Gloire de Dieu.\u2028Elie, \u00e0 son tour, le plus grand des hommes du d\u00e9sert, ferma le ciel \u00e0 la pluie, l&rsquo;ouvrit aux flammes d\u00e9vorantes, re\u00e7ut sa nourriture par le minist\u00e8re d&rsquo;un oiseau, triompha des lois immuables de la mort, traversa le Jourdain entrouvert pour lui, monta emport\u00e9 au ciel par un char de feu. (cf. 3 R 17-18 et 4 R 2).\u2028Et que dire ensuite d&rsquo;Elis\u00e9e, disciple de cette vie et h\u00e9ritier de cette puissance ? N&rsquo;est-ce pas lui qui a brill\u00e9 par l&rsquo;\u00e9clat du miracle, quand il a fendu le torrent, fait nager le fer, ressuscit\u00e9 un mort, multipli\u00e9 les vases d&rsquo;huile, et qui, enfin, a bien montr\u00e9 qu&rsquo;il poss\u00e9dait deux fois la puissance de son ma\u00eetre, puisque celui-ci avait, de son vivant, ressuscit\u00e9 un d\u00e9funt, tandis qu&rsquo;Elis\u00e9e, d\u00e9j\u00e0 mort, a fait de m\u00eame (cf. 4 R 2,6-4,3).\u2028Et voici encore les fils des proph\u00e8tes : ils d\u00e9laissaient les villes, gagnaient le Jourdain jailli d&rsquo;une double source, \u00e9levaient leurs tentes dans les lieux secrets, group\u00e9es au bord du torrent (cf. 4 R 1-7). \u2028Toute la cohorte sainte veillait sur les rives du fleuve d\u00e9sert, elle \u00e9tait \u00e9parse sous des tentes et des habitations adapt\u00e9es, et d&rsquo;une vertu choisie, conservait l&rsquo;esprit paternel.<\/p>\n<p><b>Exemples tir\u00e9s du Nouveau Testament<\/b><\/p>\n<p>Mais voici celui dont nul des fils de la femme n&rsquo;a surpass\u00e9 la grandeur. N&rsquo;est-ce pas dans le d\u00e9sert et clamant dans le d\u00e9sert qu&rsquo;il a v\u00e9cu ?\u2028C&rsquo;est au d\u00e9sert qu&rsquo;on nous le montre donnant le bapt\u00eame, au d\u00e9sert qu&rsquo;il pr\u00eache la p\u00e9nitence, au d\u00e9sert qu&rsquo;il fait la premi\u00e8re mention du royaume des cieux. Il a, le premier, annonc\u00e9 \u00e0 ses auditeurs ces choses, au lieu m\u00eame o\u00f9 il serait le plus facile pour chacun de les obtenir. Et il serait bien juste que cet habitant intr\u00e9pide du d\u00e9sert f\u00fbt envoy\u00e9 comme un ange devant la Face du Seigneur, ouvr\u00eet la porte du royaume c\u00e9leste, et en qualit\u00e9 de pr\u00e9curseur et de t\u00e9moin, f\u00fbt digne d&rsquo;entendre la Voix du P\u00e8re parlant du ciel, de toucher le Fils en Le baptisant, et de voir descendre le saint Esprit.\u2028Et enfin le Seigneur Lui-m\u00eame, notre Sauveur, \u00e0 peine baptis\u00e9, comme le dit l&rsquo;Ecriture (cf. Mt 4,1), est conduit au d\u00e9sert par l&rsquo;Esprit ! Et quel est donc cet Esprit ? Aucun doute que ce ne soit le saint Esprit. Mais justement, que le saint Esprit L&rsquo;entra\u00eene au d\u00e9sert, par l\u00e0 m\u00eame Il le dicte, Il l&rsquo;inspire en secret, et le d\u00e9sert devient une digne suggestion de l&rsquo;Esprit saint. A peine baign\u00e9 dans le fleuve mystique, J\u00e9sus ne croit rien avoir de plus press\u00e9 que de se rendre au d\u00e9sert. Et cependant, Lui, Il avait sanctifi\u00e9 les eaux sanctifiantes elles-m\u00eames et Il n&rsquo;avait eu \u00e0 purifier aucun p\u00e9ch\u00e9 de l&rsquo;homme, car Il n&rsquo;avait pas commis le p\u00e9ch\u00e9 et ne craignait pas le p\u00e9ch\u00e9. Et malgr\u00e9 cela, Il br\u00fblait du d\u00e9sir du d\u00e9sert, et, voulant \u00eatre en tout un exemple salutaire, Il d\u00e9sirait pour nous ce qui n&rsquo;\u00e9tait pas digne de Lui ! Or, si le d\u00e9sert \u00e9tait agr\u00e9able \u00e0 Dieu en Celui qui \u00e9tait affranchi de nos erreurs, combien est-il plus n\u00e9cessaire \u00e0 l&rsquo;homme soumis \u00e0 tant d&rsquo;\u00e9garements ! Si l&rsquo;innocence le recherchait, combien plus le p\u00e9cheur doit-il le d\u00e9sirer !\u2028Et c&rsquo;est l\u00e0 aussi, loin du vacarme des foules, que le Seigneur re\u00e7oit les minist\u00e8res de la Puissance divine, c&rsquo;est au d\u00e9sert, comme s&rsquo;il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 remont\u00e9 au ciel, que les anges lui apportent leur office ! (cf. Mt 4,11).\u2028C&rsquo;est l\u00e0 qu&rsquo;Il a repouss\u00e9 les tentations insidieuses de l&rsquo;ennemi antique. L\u00e0 que le nouvel Adam a repouss\u00e9 celui qui avait triomph\u00e9 du premier Adam. \u00d4 gloire magnifique du d\u00e9sert : le d\u00e9mon, vainqueur au paradis, est vaincu au d\u00e9sert !\u2028C&rsquo;est encore au d\u00e9sert que notre Sauveur, \u00e0 l&rsquo;aide de cinq pains et de deux poissons seulement, nourrit, rassasia, assouvit cinq mille hommes ! (cf. Mt 14).\u2028C&rsquo;est toujours au d\u00e9sert que J\u00e9sus nourrit les siens. Jadis la manne fut le signe de la Bont\u00e9 divine. Mais cette fois, on remporte des fragments. Ce fut un m\u00eame miracle de faire tomber la nourriture sur des affam\u00e9s et de la multiplier pour des convives. Gr\u00e2ce \u00e0 ses Dons, les aliments l&#8217;emport\u00e8rent sur les besoins du banquet. Au d\u00e9sert, dis-je, au d\u00e9sert il faut que nous accordions le m\u00e9rite de tant de miracles : la vertu aurait-elle d\u00e9voil\u00e9 sa puissance, si le lieu avait eu l&rsquo;abondance ?\u2028Et voici que J\u00e9sus, notre Seigneur, monte jusqu&rsquo;aux sommets les plus recul\u00e9s d&rsquo;une montagne. Il n&#8217;emm\u00e8ne que trois t\u00e9moins choisis avec lui. Et son visage se met \u00e0 briller d&rsquo;un \u00e9clat inaccoutum\u00e9 ! Et c&rsquo;est alors que le plus grand des ap\u00f4tres, contemplant son Humanit\u00e9 publiquement transfigur\u00e9e, crut pouvoir proclamer au d\u00e9sert sa Majest\u00e9, en s&rsquo;\u00e9criant : \u00ab\u00a0Il nous est bon d&rsquo;\u00eatre ici !\u00a0\u00bb (Mc 9) Voulant signifier qu&rsquo;il aimait la splendeur du prodige dans le myst\u00e8re du d\u00e9sert !\u2028Le m\u00eame J\u00e9sus, notre Seigneur, comme il est \u00e9crit (Lc 5,16), se retirait en un lieu d\u00e9sert pour y prier.\u2028On doit donc d\u00e9sormais appeler le lieu de la pri\u00e8re celui qu&rsquo;un Dieu, en priant Dieu, a d\u00e9clar\u00e9 et proclame destin\u00e9 \u00e0 cela et duquel, la pri\u00e8re se faisant humble p\u00e9n\u00e8tre mieux les cieux, \u00e0 l&rsquo;aide du cadre local, parce qu&rsquo;il avait les honneurs du myst\u00e8re. En y priant Lui-m\u00eame, J\u00e9sus, en oraison, a montr\u00e9 o\u00f9 Il voulait que nous priions quand nous nous adressons \u00e0 Lui.<\/p>\n<p><b>Exemples tir\u00e9s de l&rsquo;histoire r\u00e9cente de l&rsquo;Eglise<\/b><\/p>\n<p>Que dire maintenant de Jean et de Macaire et de beaucoup d&rsquo;autres , dont la vie, \u00e9coul\u00e9e dans les d\u00e9serts, se d\u00e9roulait dans les cieux, ceux-l\u00e0 ont approch\u00e9 le Seigneur autant qu&rsquo;il \u00e9tait permis \u00e0 l&rsquo;homme. Ils ont \u00e9t\u00e9 admis \u00e0 l&rsquo;accomplissement des \u0153uvres divines autant qu&rsquo;il \u00e9tait possible \u00e0 des \u00eatres de chair ! Leur esprit fix\u00e9 vers les sommets p\u00e9n\u00e9tra dans les secrets c\u00e9lestes, et, avec l&rsquo;aide de la gr\u00e2ce, ils furent \u00e9lev\u00e9s soit par des r\u00e9v\u00e9lations cach\u00e9es, soit par d&rsquo;\u00e9clatants miracles, si haut qu&rsquo;avec l&rsquo;aide de la solitude ils parvinrent \u00e0 ne plus toucher la terre que par le corps, alors que par l&rsquo;esprit, ils poss\u00e9daient d\u00e9j\u00e0 le ciel.<\/p>\n<p><b>Eloge du d\u00e9sert<\/b><\/p>\n<p>Concluons donc que cette demeure du d\u00e9sert est, pour ainsi dire, le si\u00e8ge de la foi, l&rsquo;arche de la vertu, le sanctuaire de la charit\u00e9, le tr\u00e9sor de la pi\u00e9t\u00e9, le tabernacle de la justice. Car de m\u00eame que dans une grande maison, tous les objets pr\u00e9cieux sont enferm\u00e9s en des cachettes bien closes, ainsi cette richesse des saints cach\u00e9s au d\u00e9sert, bien enferm\u00e9e derri\u00e8re ses barri\u00e8res propres, est mise en d\u00e9p\u00f4t, pour ainsi dire, dans l&rsquo;arsenal ferm\u00e9 de la solitude, de crainte que le contact des fr\u00e9quentations humaines ne la d\u00e9t\u00e9riore. Et c&rsquo;est bien \u00e0 propos que le Seigneur a non seulement cach\u00e9 tous ces tr\u00e9sors en cette partie de la demeure humaine, mais sut \u00e9galement, quand il le fallait, les retirer de cette cachette !\u2028Jadis, la divine Providence t\u00e9moigna, \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard du d\u00e9sert, d&rsquo;une souveraine et sup\u00e9rieure sollicitude. Mais de nos jours encore, elle n&rsquo;est pas petite. Lorsqu&rsquo;en effet les habitants de la solitude re\u00e7oivent de Dieu, avec une abondance inesp\u00e9r\u00e9e, leur nourriture, n&rsquo;est-ce pas comme si elle tombait du ciel ? A eux aussi la Munificence divine accorde la manne et le Seigneur ne d\u00e9ploie pas moins la force de son Bras pour leur fournir, par des voies cach\u00e9es, leurs aliments ! Et lorsque les rochers transperc\u00e9s, par la Gr\u00e2ce de Dieu, font couler les eaux du milieu des pierres, n&rsquo;est-ce pas exactement ce que Mo\u00efse avait fait, en frappant le rocher pour en faire jaillir les eaux ? De m\u00eame, pour les v\u00eatements, voici qu&rsquo;ils ne connaissent pas l&rsquo;usure, chez les habitants du vaste d\u00e9sert, puisque la Providence divine les remplace gratuitement, quand il le faut, en sorte qu&rsquo;ils demeurent intacts, en se succ\u00e9dant ! Le Seigneur a nourri les siens, autrefois, au d\u00e9sert, et Il le fait encore maintenant ; ceux-l\u00e0, durant quarante ans, et ceux-ci, aussi longtemps qu&rsquo;il y aura des ann\u00e9es !\u2028C&rsquo;est donc avec raison que le saint, enflamm\u00e9 du Feu divin, quitte sa demeure pour celle du d\u00e9sert; qu&rsquo;il le pr\u00e9f\u00e8re \u00e0 ses enfants, \u00e0 ses proches, \u00e0 ses parents, \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 de tous les siens. C&rsquo;est avec raison qu&rsquo;il dit adieu \u00e0 une patrie aim\u00e9e, pour donner le nom de patrie temporaire \u00e0 celle-ci, d&rsquo;o\u00f9 ne l&rsquo;arracheront ni la crainte, ni le regret, ni la joie, ni la peine. C&rsquo;est avec raison, pour tout dire, qu&rsquo;elle remplace par lui toutes les affections.<\/p>\n<p><b>Les bienfaits du d\u00e9sert<\/b><\/p>\n<p>Qui pourra dignement \u00e9num\u00e9rer les bienfaits de la solitude et les avantages de la vertu de ses habitants ? Plac\u00e9s dans le monde, ils ne sont pour ainsi dire plus du monde ! Selon le mot de l&rsquo;ap\u00f4tre, \u00ab\u00a0errants dans les d\u00e9serts, sur les montagnes, dans les cavernes et les grottes de la terre\u00a0\u00bb, c&rsquo;est bien justement que le m\u00eame ap\u00f4tre d\u00e9clare que le monde n&rsquo;est pas digne d&rsquo;eux (cf. Hb 11,38).\u2028Ils sont, en effet, \u00e9trangers au tumulte de la r\u00e9publique humaine, s\u00e9par\u00e9s, tranquilles, silencieux, moins soustraits \u00e0 la volont\u00e9 qu&rsquo;\u00e0 la facult\u00e9 m\u00eame de p\u00e9cher !\u2028Chez les anciens, des hommes illustres de ce monde, fatigu\u00e9s du poids des affaires, se sont parfois r\u00e9fugi\u00e9s dans la philosophie comme dans leur demeure propre. Comme il est plus beau encore de se tourner vers les \u00e9tudes de cette sagesse \u00e9clatante et plus magnifique de se plonger dans la libert\u00e9 des solitudes et les secrets du d\u00e9sert, pour ne plus s&rsquo;adonner qu&rsquo;\u00e0 cette philosophie, en s&rsquo;y exer\u00e7ant dans les d\u00e9ambulatoires du d\u00e9sert comme dans leurs gymnases particuliers ! O\u00f9 donc, je le demande, la P\u00e2que est-elle mieux observ\u00e9e que dans la demeure \u00e9r\u00e9mitique ? Mais observ\u00e9e surtout par les vertus, et sp\u00e9cialement par la continence, la continence, dis-je, qui est comme un d\u00e9sert du c\u0153ur. C&rsquo;est au d\u00e9sert que Mo\u00efse a donn\u00e9 au je\u00fbne quarante jours continus, et apr\u00e8s lui, Elie, reculant l&rsquo;un et l&rsquo;autre les limites des forces humaines. Puis, le Seigneur voulut, \u00e0 son tour, consacrer le m\u00eame temps \u00e0 l&rsquo;abstinence, mais au d\u00e9sert ! Et nous ne trouvons pas que l&rsquo;on ait pu remplir par le je\u00fbne ces m\u00eames espaces de temps en d&rsquo;autres lieux. On en vient \u00e0 croire que le Seigneur a conf\u00e9r\u00e9 \u00e0 ces lieux m\u00eames une telle vigueur !\u2028O\u00f9 donc, je vous prie, est-il possible d&rsquo;avoir plus de loisir pour go\u00fbter combien le Seigneur est suave ? O\u00f9 donc une voie plus commode est-elle ouverte \u00e0 qui tend \u00e0 la perfection ? O\u00f9 trouver un champ plus vaste pour les vertus ? O\u00f9 le recueillement de l&rsquo;esprit est-il plus facile pour qu&rsquo;il puisse regarder autour de lui ? O\u00f9 le c\u0153ur sera-t-il plus d\u00e9gag\u00e9, dans ses intentions, pour s&rsquo;efforcer d&rsquo;adh\u00e9rer \u00e0 Dieu, que dans ces lieux \u00e9cart\u00e9s o\u00f9 non seulement il est ais\u00e9 de trouver Dieu, mais encore de Le garder.\u2028Quoique, souvent, au d\u00e9sert, on rencontre des \u00e9tendues de sable fin, nulle part cependant l&rsquo;on ne saurait jeter plus solidement les fondements de notre maison \u00e9vang\u00e9lique ! Si l&rsquo;on y r\u00e9side dans le sable, ce n&rsquo;est pas sur le sable qu&rsquo;on y construit sa demeure. Nulle part mieux que l\u00e0, cet \u00e9difice n&rsquo;est puissamment \u00e9tabli sur le roc, pour durer, en sa masse indestructible, par une stabilit\u00e9 immuable, en sorte que ni les vents des temp\u00eates, par leurs assauts, ni les flots, par leurs attaques, ne puissent le renverser ! C&rsquo;est que les habitants du d\u00e9sert se b\u00e2tissent de tels \u00e9difices, mais dans leurs c\u0153urs ! Ils recherchent les sommets par les bas-fonds, les hauteurs par l&rsquo;humilit\u00e9. Ils d\u00e9daignent et oublient les choses terrestres pour l&rsquo;espoir et le d\u00e9sir des c\u00e9lestes ! Ils repoussent, pr\u00e9f\u00e9rant \u00eatre pauvres, les richesses, et veulent \u00eatre pauvres, afin de devenir riches. Jour et nuit, dans le travail et les veilles, ils luttent, afin d&#8217;embrasser le principe de cette vie qui ne doit pas avoir de fin. Ainsi, le d\u00e9sert, en son sein maternel, abrite ces v\u00e9ritables avares d&rsquo;\u00e9ternit\u00e9, tr\u00e8s prodigues de ce qui passe, indiff\u00e9rents au pr\u00e9sent, mais assur\u00e9s de l&rsquo;avenir. Et gr\u00e2ce \u00e0 eux, ceux en qui les si\u00e8cles pass\u00e9s trouvent leur fin, parviennent aux si\u00e8cles sans fin. En ce lieu, br\u00fblent les saintes lois de l&rsquo;homme int\u00e9rieur et les r\u00e8gles du si\u00e8cle \u00e9ternel, plus subtilement qu&rsquo;ailleurs. Les sentences qui frappent les crimes et les forfaits humains perdent ici leur force. Il n&rsquo;y est plus question de ch\u00e2tier les fautes capitales. Si le c\u0153ur n&rsquo;est tr\u00e8s pur, les lois indignes le rendent coupable. Le mouvement int\u00e9rieur de l&rsquo;\u00e2me met toute son \u00e9tude \u00e0 s&rsquo;enfermer dans les limites de la justice. Le c\u0153ur, se jugeant lui-m\u00eame, frappe jusqu&rsquo;au principe des plus l\u00e9ger les pens\u00e9es. Que pour d&rsquo;autres, il soit mal d&rsquo;avoir fait le mal, pour eux il est mal de n&rsquo;avoir pas fait le bien ! Mais comment pourrais-je v\u00e9n\u00e9rer, par un hommage juste, toutes les institutions intimes du d\u00e9sert ? Il y a toutefois ceci que je ne puis passer sous silence, que la force de vertu qui se trouve en ses habitants est presque aussi connue qu&rsquo;elle est cach\u00e9e ! A mesure qu&rsquo;ils se retirent plus loin du monde et de la soci\u00e9t\u00e9 des humains, dans le d\u00e9sir d&rsquo;\u00eatre inconnus, il leur est impossible de d\u00e9rober leur m\u00e9rite ! Plus leur vie se tourne vers le dedans, plus leur gloire \u00e9clate au dehors, par une disposition sp\u00e9ciale de Dieu, \u00e0 mon sens, car Il veut que l&rsquo;habitant de sa solitude soit cach\u00e9 au si\u00e8cle mais ne soit pas cach\u00e9 comme exemple ! Telle est la lumi\u00e8re qui resplendit \u00e0 travers l&rsquo;univers entier, plac\u00e9e sur le cand\u00e9labre du d\u00e9sert, et r\u00e9pandant de l\u00e0 sa clart\u00e9 la plus \u00e9clatante sur les membres ent\u00e9n\u00e9br\u00e9s du monde ! Telle est la cit\u00e9 qui ne peut \u00eatre cach\u00e9e, parce qu&rsquo;elle est b\u00e2tie sur la montagne du d\u00e9sert et qu&rsquo;elle est l&rsquo;image sur terre de la c\u00e9leste J\u00e9rusalem ! Si donc on est dans les t\u00e9n\u00e8bres, on doit s&rsquo;approcher de cette lumi\u00e8re, afin d&rsquo;y voir clair; si l&rsquo;on est en p\u00e9ril, il faut se diriger vers cette cit\u00e9, pour \u00eatre \u00e0 l&rsquo;abri !<\/p>\n<p><b>Hautes faveurs mystiques au d\u00e9sert<\/b><\/p>\n<p>O combien douces, pour ceux qui ont soif de Dieu, ces solitudes \u00e9cart\u00e9es ! Qu&rsquo;elles sont agr\u00e9ables \u00e0 ceux qui cherchent le Christ, ces vastes \u00e9tendues, o\u00f9 tout se tait ! Alors l&rsquo;\u00e2me joyeuse est excit\u00e9e par les stimulants du silence \u00e0 monter vers son Dieu; alors elle se nourrit d&rsquo;ineffables extases . Nul bruit n&rsquo;intervient, nulle voix ne se fait entendre, si ce n&rsquo;est celle qui parle avec son Dieu ! Et lorsque le son exquis de cette voix brise le silence de la solitude et tombe sur cette \u00e2me, un fr\u00e9missement plus doux que le repos m\u00eame et le saint tumulte de la plus d\u00e9licate conversation vient rompre cet \u00e9tat de qui\u00e9tude paisible. Alors les choeurs fervents vont frapper le ciel de leurs hymnes suaves et l&rsquo;on parvient jusqu&rsquo;aux cieux \u00e0 la fois par les voix et par les pri\u00e8res !\u2028C&rsquo;est en vain que fr\u00e9mit, en tournant autour de ce bercail, l&rsquo;adversaire, comme un loup autour des brebis enferm\u00e9es dans la bergerie ! Le loup est arr\u00eat\u00e9 par les murailles. De m\u00eame les ennemis sont repouss\u00e9s par l&rsquo;\u00e9tendue du d\u00e9sert. \u00ab\u00a0Ce n&rsquo;est pas en vain que veillent ceux qui gardent la cit\u00e9 !\u00a0\u00bb (Ps 126,1).\u2028On est gard\u00e9 l\u00e0 par le Christ combattant avec nous. Le peuple adoptif de Dieu est tout ensemble expos\u00e9 dans l&rsquo;immensit\u00e9 des espaces du d\u00e9sert et cependant clos \u00e0 tous ses ennemis !\u2028Les beaux espaces du d\u00e9sert sont visit\u00e9s par les choeurs des anges, dans la joie, et ils illuminent par de fr\u00e9quentes visites les habitants de la solitude, comme par l&rsquo;\u00e9chelle de Jacob !\u2028C&rsquo;est l\u00e0 aussi que \u00ab\u00a0l&rsquo;Epoux repose au milieu du jour.\u00a0\u00bb (Can 1,6). Les habitants du d\u00e9sert, bless\u00e9s d&rsquo;amour, Le contemplent en s&rsquo;\u00e9criant : \u00ab\u00a0Nous avons trouv\u00e9 celui que notre c\u0153ur aime et nous ne le laisserons plus s&rsquo;\u00e9loigner !\u00a0\u00bb (Can 3,4)\u2028Et il ne faut pas croire, comme on le fait, qu&rsquo;il est st\u00e9rile et infructueux, le sol du d\u00e9sert, et que les rochers de la solitude br\u00fbl\u00e9e soient priv\u00e9s de f\u00e9condit\u00e9 ! L\u00e0 les germes se multiplient, et produisent au laboureur cent pour un. Il n&rsquo;y arrive pas ais\u00e9ment que la semence tombe le long du chemin et soit enlev\u00e9e par les oiseaux, ni qu&rsquo;elle s&rsquo;\u00e9gare parmi les pierres, o\u00f9 ne trouvant pas de racines, elle s\u00e8che au lever du soleil, ni qu&rsquo;elle s&rsquo;\u00e9chappe au milieu des \u00e9pines et soit \u00e9touff\u00e9e par les ronces quand elles poussent ! Le cultivateur recueillera ici une moisson abondante. Ces pierres produiront une r\u00e9colte apte \u00e0 engraisser les os eux-m\u00eames ! On y trouve le pain vivant qui est descendu du ciel. De ces rochers jaillissent des fontaines abondantes et des eaux vives qui suffisent non seulement \u00e0 rassasier, mais encore \u00e0 sauver. C&rsquo;est l\u00e0 que se trouve le pr\u00e9 et le plaisir de l&rsquo;homme int\u00e9rieur. Ce d\u00e9sert inculte offre des agr\u00e9ments merveilleux, il est \u00e0 la fois d\u00e9sert pour le corps et paradis pour l&rsquo;\u00e2me !\u2028En r\u00e9sum\u00e9, nulle terre ne peut se glorifier de sa fertilit\u00e9, en comparaison du d\u00e9sert !\u2028Est-il une terre riche en fruits ? En celle-ci, cro\u00eet le froment qui \u00ab\u00a0rassasie de sa graisse ceux qui en mangent\u00a0\u00bb (Ps 148,14). En est-il une autre qui se r\u00e9jouit de vignes charg\u00e9es de raisins ? En celle-ci, se r\u00e9colte surtout \u00ab\u00a0le vin qui donne la vraie joie au c\u0153ur de l&rsquo;homme \u00a0\u00bb (Ps 103,15). Cette troisi\u00e8me l&#8217;emporte-t-elle par l&rsquo;\u00e9levage des troupeaux ? C&rsquo;est en celle-ci que paissent les plus saintes des brebis, celles dont il est dit : \u00ab\u00a0Paix mes brebis !\u00a0\u00bb (Jn 21,17). Cette autre se d\u00e9core-t-elle de fleurs au printemps ? C&rsquo;est surtout en celle-ci que brille \u00ab\u00a0la fleur des champs et le lis des vall\u00e9es\u00a0\u00bb (Can 2,1).\u2028Enfin, en est-il une derni\u00e8re qui soit exalt\u00e9e pour ses m\u00e9taux pr\u00e9cieux et charmants, ou toute rutilante de son or ? En celle-ci, les divers \u00e9clats des pierres pr\u00e9cieuses font rayonner leurs couleurs sous une vibrante lumi\u00e8re. Ainsi, sur tous les points, cette terre est sup\u00e9rieure \u00e0 toutes les autres et dans tous les biens. C&rsquo;est donc \u00e0 juste titre, \u00f4 terre v\u00e9n\u00e9rable que tu as \u00e9t\u00e9 ou habit\u00e9e ou d\u00e9sir\u00e9e par les saints. Tu as \u00e9t\u00e9 fertile \u00e0 leur profit, puisque tu rempla\u00e7ais pour eux toutes les richesses. Tu exiges un cultivateur qui cultive sa terre et non la tienne. Tu es st\u00e9rile pour les vices, \u00e0 tes habitants, et f\u00e9conde en vertus. Quiconque a recherch\u00e9 tes demeures y a trouv\u00e9 Dieu. Quiconque t&rsquo;a cultiv\u00e9e a rencontr\u00e9 le Christ. Celui qui t&rsquo;habite jouit de son Seigneur habitant en son c\u0153ur ! C&rsquo;est la m\u00eame chose de te poss\u00e9der et d&rsquo;\u00eatre poss\u00e9d\u00e9 par Dieu. Celui qui ne se refuse pas \u00e0 tes espaces devient le temple de Dieu.<\/p>\n<p><b>A la gloire de L\u00e9rins<\/b><\/p>\n<p>Je dois, certes, mon respect \u00e0 tous les lieux du d\u00e9sert que la retraite des justes a illumin\u00e9s, mais j&rsquo;aime et honore entre tous ma ch\u00e8re L\u00e9rins, qui re\u00e7oit dans son sein plein de mis\u00e9ricorde ceux qui lui viennent, au sortir des naufrages de ce monde orageux. Elle introduit affectueusement sous ses ombrages tous ceux qu&rsquo;a d\u00e9vor\u00e9s l&rsquo;ardente chaleur du si\u00e8cle, pour qu&rsquo;ils puissent reprendre haleine, en cet abri intime. Elle abonde en eaux vives, en ombrages verdoyants, en fleurs parfum\u00e9es. Agr\u00e9able aux yeux comme aux narines, elle s&rsquo;offre \u00e0 ceux qui l&rsquo;habitent comme un vrai paradis.\u2028Elle \u00e9tait digne d&rsquo;\u00eatre \u00e9tablie dans les c\u00e9lestes disciplines, sous l&rsquo;autorit\u00e9 d&rsquo;Honorat. Elle m\u00e9ritait d&rsquo;avoir un p\u00e8re si grand, pour de si grandes institutions, tout rayonnant de la vigueur et de l&rsquo;aspect de l&rsquo;esprit apostolique. Elle m\u00e9ritait, en le recevant, de briller d&rsquo;un tel \u00e9clat. Elle est digne de nourrir les moines les plus \u00e9minents et de produire des pr\u00eatres que l&rsquo;on envie. Maintenant, elle poss\u00e8de son successeur, qui se nomme Maxime, illustre par cela m\u00eame qu&rsquo;il a m\u00e9rit\u00e9 d&rsquo;\u00eatre mis \u00e0 sa place. Elle a eu Loup, au nom r\u00e9v\u00e9r\u00e9, qui nous a rappel\u00e9 ce loup de la tribu de Judas. Elle a poss\u00e9d\u00e9 son fr\u00e8re, Vincent, une pierre pr\u00e9cieuse, \u00e9clatante par son \u00e9clat int\u00e9rieur. Elle poss\u00e8de encore le v\u00e9n\u00e9rable Caprais que sa gravit\u00e9 \u00e9gale aux saints d&rsquo;autrefois. Elle poss\u00e8de enfin ces pieux vieillards qui, en leurs cellules s\u00e9par\u00e9es, ont introduit dans nos Gaules les p\u00e8res d&rsquo;Egypte. \u2028Quels groupes de saints, \u00f4 bon J\u00e9sus, quelles assembl\u00e9es ai-je vues en ces lieux ! L\u00e0, de pr\u00e9cieux vases d&rsquo;alb\u00e2tre r\u00e9pandaient les parfums les plus suaves. Partout, soufflait l&rsquo;odeur de la vraie vie ! Leur seul aspect ext\u00e9rieur r\u00e9v\u00e9lait l&rsquo;\u00e9tat int\u00e9rieur des \u00e2mes ! Ils \u00e9taient \u00e9troitement serr\u00e9s dans la charit\u00e9, abaiss\u00e9s dans l&rsquo;humilit\u00e9, adoucis dans la pi\u00e9t\u00e9, affermis dans l&rsquo;esp\u00e9rance, modestes dans leur d\u00e9marche, prompts \u00e0 l&rsquo;ob\u00e9issance, silencieux en leur rencontre, sereins dans leurs visages ! A les voir, on dirait, d\u00e8s l&rsquo;abord, une troupe d&rsquo;anges de la paix ! Ils ne d\u00e9sirent rien, ne regrettent rien, si ce n&rsquo;est Celui qu&rsquo;ils d\u00e9sirent encore en Le regrettant. Au temps m\u00eame o\u00f9 ils recherchent la vie bienheureuse, ils en jouissent, et pendant qu&rsquo;ils Le poursuivent, ils L&rsquo;obtiennent ! Ainsi, veulent-ils \u00eatre s\u00e9par\u00e9s des p\u00e9cheurs ?\u2028Ils le sont. Mener une vie chaste ? Ils la m\u00e8nent ! Consacrer toute leur vie \u00e0 louer Dieu ? Ils l&rsquo;y consacrent ! Se r\u00e9jouir dans les assembl\u00e9es des saints ? Ils s&rsquo;y r\u00e9jouissent ! Poss\u00e9der le Christ ? Ils le poss\u00e8dent ! Vivre de la vie du d\u00e9sert ? Ils en vivent manifestement ! De la sorte, par une Gr\u00e2ce tr\u00e8s riche du Christ, un grand nombre des biens qu&rsquo;ils d\u00e9sirent pour l&rsquo;avenir leur sont accord\u00e9s dans le pr\u00e9sent. Ils ont d\u00e9j\u00e0 la r\u00e9alit\u00e9, alors qu&rsquo;ils poursuivent l&rsquo;esp\u00e9rance. Ils trouvent dans le travail m\u00eame une magnifique r\u00e9compense du travail parce qu&rsquo;ils d\u00e9couvrent, en s&rsquo;y livrant, presque tout ce qui doit en \u00eatre le prix. Votre retour en leur soci\u00e9t\u00e9, tr\u00e8s cher Hilaire, vous a apport\u00e9 \u00e0 vous, mais \u00e0 eux aussi, le plus grand profit, puisqu&rsquo;ils se r\u00e9jouissent all\u00e9grement de ce retour m\u00eame. \u2028Je vous supplie, avec eux, de ne pas oublier de prier pour mes p\u00e9ch\u00e9s; avec eux, dis-je, dont je ne sais si vous leur avez apport\u00e9 plus de joie qu&rsquo;ils vous en donnent. Vous \u00eates maintenant le v\u00e9ritable Isra\u00ebl, vous contemplez Dieu en votre c\u0153ur, d\u00e9livr\u00e9 que vous \u00eates de l&rsquo;Egypte, c&rsquo;est-\u00e0-dire des t\u00e9n\u00e8bres du si\u00e8cle, ayant pass\u00e9 les eaux salutaires qui ont englouti vos ennemis, suivi au d\u00e9sert la colonne de feu, et vous exp\u00e9rimentez la douceur des breuvages amers d&rsquo;autrefois transform\u00e9s par la croix du Christ, cette eau qui jaillit vers la vie \u00e9ternelle, vous la recevez du Christ.\u2028Vous nourrissez votre homme int\u00e9rieur d&rsquo;un pain venu d&rsquo;en haut. Vous entendez la Voix divine, qui vous annonce votre tr\u00f4ne. Parce que vous \u00eates enferm\u00e9 au d\u00e9sert avec Isra\u00ebl, vous entrerez avec J\u00e9sus dans la Terre promise ! Adieu, dans le Christ, J\u00e9sus, notre Seigneur !<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par St Eucher de Lyon LETTRE A HILAIRE pr\u00eatre de L\u00e9rins\u2028 Au saint seigneur Hilaire, \u00e0 la fois bienheureux par le m\u00e9rite et tr\u00e8s glorieux dans le Christ.\u2028 Eucher Le beau geste d&rsquo;Hilaire Apr\u00e8s avoir dit adieu, nagu\u00e8re, avec un grand courage, \u00e0 votre maison et \u00e0 vos proches, vous aviez p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 d\u00e9j\u00e0 dans les [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":7,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_exactmetrics_skip_tracking":false,"_exactmetrics_sitenote_active":false,"_exactmetrics_sitenote_note":"","_exactmetrics_sitenote_category":0,"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[119,115],"tags":[144,130,137,138,161,153,142,139],"class_list":["post-7926","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-skite","category-spiritualite","tag-ascese","tag-eglise","tag-foi","tag-heritage","tag-monachisme","tag-peres","tag-spiritualite-2","tag-traditions-2"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.3 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>ELOGE DE LA SOLITUDE &#8211; 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