{"id":7943,"date":"2015-01-26T09:59:17","date_gmt":"2015-01-26T07:59:17","guid":{"rendered":"http:\/\/www.eoc.ee\/?p=7943"},"modified":"2015-01-26T10:40:14","modified_gmt":"2015-01-26T08:40:14","slug":"les-grandes-regles-1-27","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.eoc.ee\/fr\/peres-de-leglise\/les-grandes-regles-1-27\/","title":{"rendered":"Les r\u0113gles monastiques de St Basile le Grand &#8211; \u00ab\u00a0Les grandes r\u0113gles 1-27\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0LES GRANDES REGLES 1-27\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Table des mati\u00e8res<\/p>\n<p>01 &#8211; De l&rsquo;ordre \u00e9tabli dans la s\u00e9rie des commandements du Seigneur.<br \/>\n02 &#8211; De la charit\u00e9 envers Dieu. L&rsquo;homme a naturellement en lui la disposition et la force d&rsquo;accomplir les commandements du Seigneur.<br \/>\n03 &#8211; De la charit\u00e9 envers le prochain.<br \/>\n04 &#8211; De la crainte de Dieu.<br \/>\n05 &#8211; De la dispersion de l&rsquo;\u00e2me \u00e0 \u00e9viter.<br \/>\n06 &#8211; De la n\u00e9cessit\u00e9 de vivre dans la solitude.<br \/>\n07 &#8211; De l&rsquo;opportunit\u00e9 de se joindre \u00e0 ceux qui ont un m\u00eame d\u00e9sir de plaire \u00e0 Dieu, parce qu&rsquo;il est difficile en m\u00eame temps que dangereux de vivre seul.<br \/>\n08 &#8211; Du renoncement.<br \/>\n09 &#8211; De l&rsquo;obligation de n&rsquo;abandonner ses biens \u00e0 ses proches qu&rsquo;avec discernement.<br \/>\n10 &#8211; Qui faut-il accepter parmi ceux qui se pr\u00e9sentent pour vivre selon Dieu ? Quand, et comment ?<br \/>\n11 &#8211; Des esclaves.<br \/>\n12 &#8211; Comment faut-il recevoir les gens mari\u00e9s ?<br \/>\n13 &#8211; Qu&rsquo;il est utile d&rsquo;exercer \u00e9galement au silence les nouveaux venus.<br \/>\n14 &#8211; De ceux qui se consacrent \u00e0 Dieu et cherchent ensuite \u00e0 renier leur promesse.<br \/>\n15 &#8211; De l&rsquo;acceptation et de l&rsquo;\u00e9ducation des enfants, et de la profession de chastet\u00e9.<br \/>\n16 &#8211; De la temp\u00e9rance.<br \/>\n17 &#8211; Qu&rsquo;il faut aussi se mod\u00e9rer dans le rire.<br \/>\n18 &#8211; Qu&rsquo;il faut go\u00fbter tous les mets qu&rsquo;on nous pr\u00e9sente.<br \/>\n19 &#8211; Quelle est la norme de la temp\u00e9rance ?<br \/>\n20 &#8211; Quelle table offrir aux h\u00f4tes ?<br \/>\n21 &#8211; Quel rang et quelle place faut-il prendre aux repas de midi et du soir ?<br \/>\n22 &#8211; Quel v\u00eatement convient au chr\u00e9tien ?<br \/>\n23 &#8211; De la ceinture.<br \/>\n24 &#8211; De la mani\u00e8re de vivre entre soi.<br \/>\n25 &#8211; Que redoutable sera le jugement pour le sup\u00e9rieur qui ne reprend pas les coupables.<br \/>\n26 &#8211; Qu&rsquo;il faut r\u00e9v\u00e9ler au sup\u00e9rieur jusqu&rsquo;aux secrets du c\u0153ur.<br \/>\n27 &#8211; Si le sup\u00e9rieur vient \u00e0 faiblir, il sera repris par ceux qui ont autorit\u00e9 dans la fraternit\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><b>QU : 1 : De l&rsquo;ordre \u00e9tabli dans la s\u00e9rie des commandements du Seigneur<\/b><\/p>\n<p>Puisque l&rsquo;Ecriture nous permet d&rsquo;interroger, nous vous prions d&rsquo;abord de nous dire si les commandements de Dieu se suivent dans un certain ordre. Y-a-t-il un premier, un deuxi\u00e8me, un troisi\u00e8me et ainsi de suite ? ou bien sont-ils tous connexes et \u00e9galement dignes de la primaut\u00e9 dans la pratique, en sorte qu&rsquo;on puisse commencer par o\u00f9 l&rsquo;on veut, comme dans un cercle ?<\/p>\n<p>R. &#8211; Votre question est ancienne et a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 pos\u00e9e dans l&rsquo;Evangile, lorsque le docteur de la loi s&rsquo;approcha de J\u00e9sus et dit : \u00ab\u00a0Ma\u00eetre, quel est le premier commandement dans la loi ? &#8211; Et le Seigneur de r\u00e9pondre : \u00ab\u00a0Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton c\u0153ur, de toute ton \u00e2me, de toutes tes forces et de tout ton esprit. Le second lui est semblable : \u00a0\u00bb Tu aimeras ton prochain comme toi m\u00eame.\u00a0\u00bb (Mt 22, 36-39)<\/p>\n<p>Le Seigneur en personne a donc d\u00e9termin\u00e9 l&rsquo;ordre \u00e0 garder dans les commandements. Le premier et le plus grand est celui qui regarde la charit\u00e9 envers Dieu, et le second, qui lui est semblable, ou plut\u00f4t en est l&rsquo;accomplissement et la cons\u00e9quence, concerne l&rsquo;amour du prochain.<\/p>\n<p>Voil\u00e0 comment les paroles susdites et d&rsquo;autres rapport\u00e9es aussi dans la Sainte Ecriture nous apprennent en quel ordre sont impos\u00e9s les commandements de Dieu.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><b>QU : 2 : De la charit\u00e9 envers Dieu. L&rsquo;homme a naturellement en lui la disposition et la force d&rsquo;accomplir les commandements du Seigneur<\/b><\/p>\n<p><b><\/b>Parlez-nous d&rsquo;abord de l&rsquo;amour de Dieu. Il est entendu qu&rsquo;il faut aimer Dieu, mais comment faut-il l&rsquo;aimer ? Voil\u00e0 ce que nous voudrions apprendre.<\/p>\n<p>R &#8211; L&rsquo;amour de Dieu ne s&rsquo;enseigne pas. Personne ne nous a appris \u00e0 jouir de la lumi\u00e8re ni \u00e0 tenir \u00e0 la vie par-dessus tout ; personne non plus ne nous a enseign\u00e9 \u00e0 aimer ceux qui nous ont mis au monde ou nous ont \u00e9lev\u00e9s.<\/p>\n<p>De la m\u00eame fa\u00e7on, ou plut\u00f4t \u00e0 plus forte raison, ce n&rsquo;est pas un enseignement ext\u00e9rieur qui nous apprend \u00e0 aimer Dieu. Dans la nature m\u00eame de l&rsquo;\u00eatre vivant, je veux dire de l&rsquo;homme, se trouve ins\u00e9r\u00e9 comme un germe qui contient en lui le principe de cette aptitude \u00e0 aimer. C&rsquo;est \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole des commandements de Dieu qu&rsquo;il appartient de recueillir ce germe, de le cultiver diligemment, de le nourrir avec soin, et de le porter \u00e0 son \u00e9panouissement moyennant la gr\u00e2ce divine.<\/p>\n<p>J&rsquo;approuve votre z\u00e8le, il est indispensable au but ; nous-m\u00eame, autant que le saint Esprit nous en donnera le pouvoir, nous nous efforcerons, avec l&rsquo;aide de Dieu et de vos pri\u00e8res, d&rsquo;exciter l&rsquo;\u00e9tincelle de l&rsquo;amour divin cach\u00e9 en vous.<\/p>\n<p>Il faut savoir que cette vertu de charit\u00e9 est une, mais qu&rsquo;en puissance elle embrasse tous les commandements : \u00ab\u00a0Car celui qui m&rsquo;aime, dit le Seigneur, accomplit mes commandements\u00a0\u00bb (Jn 14, 23), et encore : \u00ab\u00a0Dans ces deux commandements sont contenus toute la loi et les proph\u00e8tes.\u00a0\u00bb (Mt 22, 40)<\/p>\n<p>Nous n&rsquo;entreprendrons pas d&rsquo;argumenter en d\u00e9tails sur cette assertion, car sans nous en apercevoir, nous y introduirions \u00e0 son tour tout le trait\u00e9 des vertus ; nous vous rappellerons seulement, pour autant qu&rsquo;il est en notre pouvoir et que cela convient \u00e0 notre but, l&rsquo;amour que vous devez \u00e0 Dieu.<\/p>\n<p>Posons d&rsquo;abord cette pr\u00e9misse : nous avons re\u00e7u de Dieu la tendance naturelle de faire ce qu&rsquo;il commande et nous ne pouvons donc nous insurger comme s&rsquo;il nous demandait une chose tout \u00e0 fait extraordinaire, ni nous enorgueillir comme si nous apportions plus que ce qui nous est donn\u00e9. C&rsquo;est en usant loyalement et convenablement de ces forces que nous vivons saintement dans la vertu ; en les d\u00e9tournant de leur fin, que nous sommes au contraire emport\u00e9s vers le mal.<\/p>\n<p>Telle est, en effet, la d\u00e9finition du vice : l&rsquo;usage abusif et contraire aux commandements du Seigneur, des facult\u00e9s que Dieu nous a donn\u00e9es pour le bien, et telle, par cons\u00e9quent, la d\u00e9finition de la vertu que Dieu exige de nous : l&rsquo;usage consciencieux de ces facult\u00e9s selon l&rsquo;ordre du Seigneur.<\/p>\n<p>Cela \u00e9tant, nous dirons la m\u00eame chose de la charit\u00e9.<\/p>\n<p>En recevant de Dieu le commandement de l&rsquo;amour, nous avons aussit\u00f4t, d\u00e8s notre origine, poss\u00e9d\u00e9 la facult\u00e9 naturelle d&rsquo;aimer.<\/p>\n<p>Ce n&rsquo;est pas du dehors que nous en sommes inform\u00e9 ; chacun peut s&rsquo;en rendre compte par lui-m\u00eame et en lui m\u00eame, car nous cherchons naturellement ce qui est beau, bien que la notion de beaut\u00e9 diff\u00e8re pour l&rsquo;un et pour l&rsquo;autre ; nous aimons sans qu&rsquo;on nous l&rsquo;apprenne, ceux qui nous sont apparent\u00e9s par le sang ou par l&rsquo;alliance ; nous manifestons enfin volontiers notre bienveillance \u00e0 nos bienfaiteurs.<\/p>\n<p>Or, quoi de plus admirable que la beaut\u00e9 divine ? Que peut-on concevoir de plus digne de plaire que la magnificence de Dieu ? Quel d\u00e9sir est ardent et intol\u00e9rable comme la soif provoqu\u00e9e par Dieu dans l&rsquo;\u00e2me purifi\u00e9e de tout vice et s&rsquo;\u00e9criant dans une \u00e9motion sinc\u00e8re : \u00ab\u00a0L&rsquo;amour m&rsquo;a bless\u00e9e\u00a0\u00bb ? (Ct 2, 5)<\/p>\n<p>Ineffables et indescriptibles sont les rayons de la beaut\u00e9 divine ! La langue est impuissante \u00e0 en parler, l&rsquo;oreille ne peut l&rsquo;entendre! Quand vous diriez l&rsquo;\u00e9clat de l&rsquo;\u00e9toile du matin, la clart\u00e9 de la lune et la lumi\u00e8re du soleil, tout cela est indigne de repr\u00e9senter sa gloire, et, compar\u00e9 \u00e0 la lumi\u00e8re de v\u00e9rit\u00e9, est bien plus \u00e9loign\u00e9 d&rsquo;elle, que la nuit profonde, triste et obscure, n&rsquo;est distante du midi le plus pur.<\/p>\n<p>Cette beaut\u00e9 est invisible aux yeux du corps, l&rsquo;\u00e2me seule et l&rsquo;intelligence peuvent la saisir. Chaque fois qu&rsquo;elle a illumin\u00e9 les saints, elle a laiss\u00e9 en eux l&rsquo;aiguillon d&rsquo;un intol\u00e9rable d\u00e9sir, au point que, lass\u00e9s de cette vie, ils se sont \u00e9cri\u00e9s : \u00ab\u00a0Malheur \u00e0 moi, parce que mon exil s&rsquo;est prolong\u00e9 !\u00a0\u00bb (Ps 119, 5), \u00ab\u00a0Quand irai-je contempler la face du Seigneur ?\u00a0\u00bb (Ps 41, 3), et : \u00ab\u00a0Je voudrais me dissoudre et \u00eatre avec le Christ.\u00a0\u00bb (Ph 1, 23) \u00ab\u00a0Mon \u00e2me a soif du Seigneur fort et vivant\u00a0\u00bb (Ps 41, 3), et enfin : \u00ab\u00a0Maintenant, Seigneur, d\u00e9livrez votre serviteur !\u00a0\u00bb (Lc 2,29) Supportant avec peine cette vie qui leur semblait un emprisonnement, ils contenaient difficilement les \u00e9lans provoqu\u00e9s dans leur \u00e2me par le d\u00e9sir de Dieu ; jamais rassasi\u00e9s de contempler la beaut\u00e9 divine, ils suppliaient que fut prolong\u00e9e dans la vie \u00e9ternelle la vision de la magnificence de Dieu.<\/p>\n<p>C&rsquo;est ainsi que les hommes aspirent naturellement vers le beau. Mais ce qui est bon est aussi souverainement beau et aimable ; or Dieu est bon ; donc tout recherche le bon ; donc tout recherche Dieu.<\/p>\n<p>Il s&rsquo;ensuit que, si notre \u00e2me n&rsquo;est pas pervertie par le mal, le bien que nous faisons poss\u00e8de en nous-m\u00eames sa racine. Nous sommes ainsi oblig\u00e9s de rendre \u00e0 Dieu, comme un devoir strict, cet amour, dont cependant la privation est pour l&rsquo;\u00e2me le plus grand de tous les maux, car l&rsquo;\u00e9loignement et l&rsquo;aversion de Dieu sont la plus terrible des peines de l&rsquo;enfer, et m\u00eame si la douleur ne s&rsquo;y ajoutait pas, elle serait plus lourde \u00e0 porter que la privation de la vue pour l&rsquo;\u0153il, et la mort pour l&rsquo;\u00eatre vivant.<\/p>\n<p>Si l&rsquo;affection des enfants pour les parents est un sentiment naturel qui se manifeste dans l&rsquo;instinct des animaux et dans la disposition des hommes \u00e0 aimer leur m\u00e8re d\u00e8s leur jeune \u00e2ge, ne soyons pas moins intelligents que des enfants, ni plus stupides que des b\u00eates sauvages : ne restons pas devant Dieu qui nous a cr\u00e9\u00e9s, comme des \u00e9trangers sans amour.<\/p>\n<p>N&rsquo;aurions-nous pas appris par sa bont\u00e9 m\u00eame ce qu&rsquo;il est, nous devrions encore, pour le seul motif que nous avons \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9s par lui, l&rsquo;aimer par dessus tout, et rester attach\u00e9s \u00e0 son souvenir comme des enfants \u00e0 celui de leur m\u00e8re.<\/p>\n<p>De fait, parmi ceux que l&rsquo;on aime naturellement, les bienfaiteurs sont au premier rang, et cette affection pour ceux qui nous ont fait du bien n&rsquo;est pas un sentiment propre \u00e0 l&rsquo;homme seulement, mais commun \u00e0 la plupart des animaux : \u00ab\u00a0Le b\u0153uf, dit l&rsquo;Ecriture, conna\u00eet son possesseur, et l&rsquo;\u00e2ne la mangeoire de son ma\u00eetre.\u00a0\u00bb (Is 1, 3)<\/p>\n<p>A Dieu ne plaise donc qu&rsquo;il puisse \u00eatre dit de nous : \u00ab\u00a0Isra\u00ebl ne m&rsquo;a pas reconnu, et mon peuple ne m&rsquo;a point compris !\u00a0\u00bb (Is 1, 3) Faut-il dire quelle reconnaissance le chien et d&rsquo;autres animaux montrent \u00e0 ceux qui les nourrissent ?<\/p>\n<p>Si l&rsquo;affection et l&rsquo;amiti\u00e9 naissent spontan\u00e9ment en nous pour ceux qui nous font du bien, et si nous faisons tout pour rendre le bienfait re\u00e7u, quel langage pourrait exprimer dignement l&rsquo;importance des bienfait de Dieu ?<\/p>\n<p>Ils sont si abondants que leur nombre \u00e9chappe, si grands et de telle nature qu&rsquo;un seul suffit pour nous rendre d\u00e9biteurs de toute notre reconnaissance \u00e0 Celui dont nous l&rsquo;avons re\u00e7u !<\/p>\n<p>Je tairai tous ceux qui rivalisent, il est vrai, d&rsquo;importance et de dignit\u00e9, mais sont cependant surpass\u00e9s par de plus grands, comme les astres par les rayons du soleil, et perdent ainsi de leur \u00e9clat ; car il ne faut pas mesurer la bont\u00e9 du bienfaiteur \u00e0 ses moindre faveurs et laisser de c\u00f4t\u00e9 les plus grandes.<\/p>\n<p>Silence donc sur les levers du soleil, les phases de la lune, les alternances des saisons, la succession des heures.<\/p>\n<p>Ne disons rien des eaux du ciel, des sources jaillissantes, de la mer elle-m\u00eame et de la terre enti\u00e8re.<\/p>\n<p>Ne parlons pas de tout ce qui na\u00eet sur le sol, de tout ce qui vit dans les eaux, de tout ce qui vole dans les airs, des animaux sans nombre, de tout ce qui sert \u00e0 notre vie.<\/p>\n<p>Voici le bienfait dont il est impossible de ne pas tenir compte, m\u00eame malgr\u00e9 soi, celui qu&rsquo;absolument l&rsquo;on ne peut taire, si l&rsquo;on est dou\u00e9 d&rsquo;intelligence et de saine raison, et dont personne cependant n&rsquo;est capable de parler dignement : Dieu avait cr\u00e9\u00e9 l&rsquo;homme \u00e0 son image et \u00e0 sa ressemblance, il l&rsquo;avait jug\u00e9 digne de le conna\u00eetre lui-m\u00eame, mis par le don d&rsquo;intelligence au-dessus de tous les animaux, \u00e9tabli dans la jouissance des incomparables d\u00e9lices du paradis, et enfin constitu\u00e9 ma\u00eetre de tout ce qui se trouvait sur la terre ; cependant, lorsqu&rsquo;il le vit, circonvenu par le serpent, tomber dans le p\u00e9ch\u00e9, et, par le p\u00e9ch\u00e9 dans la mort et les souffrances qui y conduisent, il ne le rejeta pas. Au contraire, il lui donna d&rsquo;abord le secours de sa loi ; il d\u00e9signa des anges pour le garder et prendre soin de lui, il envoya des proph\u00e8tes pour lui reprocher sa m\u00e9chancet\u00e9 et lui enseigner la vertu ; il brisa par les menaces ses tendances au mal, et excita par des promesses ses dispositions pour le bien, montrant continuellement par des exemples salutaires l&rsquo;aboutissement de l&rsquo;une et de l&rsquo;autre.<\/p>\n<p>Lorsque, malgr\u00e9 ces gr\u00e2ces et bien d&rsquo;autres encore, les hommes persist\u00e8rent dans la d\u00e9sob\u00e9issance, il ne se d\u00e9tourna pas d&rsquo;eux.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s avoir offens\u00e9 notre bienfaiteur par notre indiff\u00e9rence devant les marques de sa bienveillance, nous ne f\u00fbmes cependant pas abandonn\u00e9s par la bont\u00e9 du Seigneur ni retranch\u00e9s de son amour, mais nous avons \u00e9t\u00e9 tir\u00e9s de la mort et rendus \u00e0 la vie par Notre Seigneur J\u00e9sus-Christ, et la mani\u00e8re dont nous avons \u00e9t\u00e9 sauv\u00e9s est digne d&rsquo;une admiration plus grande encore!\u00a0\u00bbBien qu&rsquo;il fut Dieu, il n&rsquo;estima pas devoir garder jalousement son \u00e9galit\u00e9 avec Dieu, mais il s&rsquo;abaissa lui-m\u00eame jusqu&rsquo;\u00e0 prendre la forme de l&rsquo;esclave.\u00a0\u00bb (Ph 2, 6-7)<\/p>\n<p>Il a pris nos faiblesses, il a port\u00e9 nos souffrances, il a \u00e9t\u00e9 meurtri pour nous afin de nous sauver par ses blessures (Is 53, 4),il nous a rachet\u00e9s de la mal\u00e9diction en se faisant mal\u00e9diction pour nous(Ga 3, 13) ; il a souffert la mort la plus infamante pour nous conduire \u00e0 la vie de la gloire.<\/p>\n<p>Et il ne lui a pas suffi de rendre \u00e0 la vie ceux qui \u00e9taient dans la mort, il les a rev\u00eatus de la dignit\u00e9 divine et leur a pr\u00e9par\u00e9 dans l&rsquo;\u00e9ternel repos une f\u00e9licit\u00e9 qui d\u00e9passe toute imagination humaine.<\/p>\n<p>Que rendrons-nous donc au Seigneur pour tout ce qu&rsquo;il nous a donn\u00e9 ? (Ps 115, 12)<\/p>\n<p>Il est si bon qu&rsquo;il ne demande rien en compensation de ses bienfaits : il se contente d&rsquo;\u00eatre aim\u00e9 !<\/p>\n<p>Pour moi, je dirai mon impression : lorsque je repasse tout cela dans ma m\u00e9moire, je suis saisi d&rsquo;une anxi\u00e9t\u00e9 terrible, dans la crainte que, par suite de mon insouciance et \u00e0 force de m&rsquo;occuper de vanit\u00e9s, je ne trahisse l&rsquo;amour de Dieu et ne devienne pour le Christ un sujet de honte.<\/p>\n<p>Celui qui, \u00e0 pr\u00e9sent, cherche \u00e0 nous tromper, et met toute son industrie \u00e0 nous faire oublier notre bienfaiteur devant les app\u00e2ts du monde, insultera un jour, en effet, \u00e0 notre perte. Nous foulant aux pieds il pr\u00e9sentera au Seigneur notre d\u00e9dain comme une injure, et il se glorifiera devant lui de notre d\u00e9sob\u00e9issance et de notre apostasie, lui qui, cependant, ne nous a pas cr\u00e9\u00e9s et n&rsquo;est pas non plus mort pour nous, mais nous a, au contraire, entra\u00een\u00e9s avec lui dans l&rsquo;insoumission et le m\u00e9pris des commandements de Dieu.<\/p>\n<p>Cette humiliation inflig\u00e9e au Seigneur et cette gloire remport\u00e9e par son adversaire : voil\u00e0 ce qui me para\u00eetra le plus dur des ch\u00e2timents de l&rsquo;enfer ! Car c&rsquo;est devenir pour l&rsquo;ennemi du Christ un sujet d&rsquo;orgueil et un motif d&rsquo;\u00e9l\u00e9vation, en face de Celui qui est mort et ressuscit\u00e9 pour nous, \u00e0 qui donc, selon l&rsquo;Ecriture, nous sommes tellement redevables&#8230; !<\/p>\n<p>Cela suffira au sujet de l&rsquo;amour de Dieu. Comme je l&rsquo;ai dit, mon but n&rsquo;\u00e9tait pas de faire un expos\u00e9 complet, ce serait impossible, mais de livrer bri\u00e8vement aux \u00e2mes un r\u00e9sum\u00e9 des motifs qui doivent nous porter sans cesse \u00e0 aimer Dieu.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><b>QU : 3 : De la charit\u00e9 envers le prochain<\/b><\/p>\n<p>Il faudrait nous parler maintenant du commandement le plus important qui vient ensuite.<\/p>\n<p>R. &#8211; Je vous ai d\u00e9j\u00e0 dit que la loi trouve en nous des germes qu&rsquo;elle cultive et nourrit. Ayant re\u00e7u l&rsquo;ordre d&rsquo;aimer le prochain comme nous-m\u00eames, voyons donc si Dieu nous a donn\u00e9 aussi la propension naturelle \u00e0 le faire.<\/p>\n<p>Qui ne se rend compte que l&rsquo;homme, \u00eatre sociable et doux, n&rsquo;est pas fait pour la vie solitaire et sauvage ?<\/p>\n<p>Rien n&rsquo;est plus conforme \u00e0 notre nature que de nous fr\u00e9quenter mutuellement, de nous rechercher les uns les autres et d&rsquo;aimer notre semblable. Le Seigneur demande donc les fruits de ce dont il a d\u00e9pos\u00e9 le germe en nous, lorsqu&rsquo;il a dit : \u00ab\u00a0Je vous donne un commandement nouveau, c&rsquo;est que vous vous aimiez les uns les autres.\u00a0\u00bb (Jn 13, 34)<\/p>\n<p>Dans le but d&rsquo;exciter notre \u00e2me \u00e0 ob\u00e9ir \u00e0 ce pr\u00e9cepte, il n&rsquo;a pas voulu qu&rsquo;on cherch\u00e2t la marque de ses disciples dans des prodiges ou des \u0153uvres extraordinaires, bien qu&rsquo;ils en eussent re\u00e7u le don dans l&rsquo;Esprit saint.<\/p>\n<p>Que dit-il au contraire ?<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0On reconna\u00eetra que vous \u00eates mes disciples, si vous vous aimez les uns les autres\u00a0\u00bb. (Jn 13, 35) Et il met un tel lien entre les deux commandements qu&rsquo;il regarde comme faite \u00e0 lui-m\u00eame toute bonne action envers le prochain : \u00ab\u00a0Car j&rsquo;ai eu soif, dit-il, et vous m&rsquo;avez donn\u00e9 \u00e0 boire&#8230;\u00a0\u00bb (Mt 25, 35),puis il ajoute : \u00ab\u00a0Tout ce que vous avez fait au moindre de mes fr\u00e8res, c&rsquo;est \u00e0 moi que vous l&rsquo;avez fait\u00a0\u00bb. (Mt 25, 40)<\/p>\n<p>L&rsquo;observance du premier commandement contient donc aussi l&rsquo;observance du second, et par le second on retourne \u00e0 ex\u00e9cuter le premier.<\/p>\n<p>Celui qui aime Dieu aimera par cons\u00e9quent son prochain : \u00ab\u00a0Car celui qui m&rsquo;aime, dit le Seigneur, accomplira mes commandements\u00a0\u00bb. (Jn 14, 23)\u00a0\u00bb Or, mon commandement, le voici : c&rsquo;est que vous vous aimiez les uns les autres comme je vous ai aim\u00e9s\u00a0\u00bb. (Jn 15, 12) Je le r\u00e9p\u00e8te donc : qui aime son prochain remplit son devoir d&rsquo;amour envers Dieu, et Dieu consid\u00e8re ce don comme fait \u00e0 lui-m\u00eame.<\/p>\n<p>C&rsquo;est ainsi que le fid\u00e8le serviteur de Dieu, Mo\u00efse, aima ses fr\u00e8res jusqu&rsquo;\u00e0 supplier d&rsquo;\u00eatre effac\u00e9 du livre des vivants sur lequel il \u00e9tait inscrit, si le peuple ne recevait pas le pardon de sa faute. (Ex 32, 32)<\/p>\n<p>Paul, lui, osa souhaiter d&rsquo;\u00eatre anath\u00e9mis\u00e9 par le Christ pour ses fr\u00e8res de race (Rm 9, 3), parce qu&rsquo;il voulait, \u00e0 l&rsquo;exemple du Christ, devenir ran\u00e7on pour le salut de tous. Cependant, il le comprenait bien, il \u00e9tait impossible que fut s\u00e9par\u00e9 du Christ celui qui, par amour pour lui, pla\u00e7ait au-dessus de la gr\u00e2ce de Dieu l&rsquo;observance du plus grand de ses commandements, et devait pour cela recevoir beaucoup plus que ce \u00e0 quoi il renon\u00e7ait.<\/p>\n<p>Voil\u00e0 qui suffit \u00e0 montrer comment les saints sont parvenus \u00e0 un degr\u00e9 \u00e9lev\u00e9 dans l&rsquo;amour du prochain.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><b>QU : 4 : De la crainte de Dieu<\/b><\/p>\n<p>R. : Pour ceux qui viennent d&rsquo;entrer dans la voie de la perfection, il est plus utile de commencer par l&rsquo;enseignement \u00e9l\u00e9mentaire de la crainte ; le tr\u00e8s sage Salomon l&rsquo;affirme : \u00ab\u00a0la crainte du Seigneur est le commencement de la sagesse\u00a0\u00bb. (Pr 1, 7)<\/p>\n<p>Vous qui avez travers\u00e9 l&rsquo;enfance dans le Christ et n&rsquo;avez plus besoin de lait, vous \u00eates capables de porter l&rsquo;homme int\u00e9rieur \u00e0 sa perfection gr\u00e2ce \u00e0 la nourriture solide de la doctrine. Il vous faut donc des commandements plus \u00e9lev\u00e9s dans lesquels se v\u00e9rifie toute la r\u00e9alit\u00e9 de l&rsquo;amour de Dieu.<\/p>\n<p>Prenez garde cependant : l&rsquo;abondance des dons de Dieu pourrait devenir un motif de jugement plus s\u00e9v\u00e8re pour ceux qui manqueraient de reconnaissance envers leur Bienfaiteur, car il est \u00e9crit : \u00ab\u00a0Il sera plus demand\u00e9 \u00e0 celui \u00e0 qui il aura \u00e9t\u00e9 plus donn\u00e9\u00a0\u00bb. (Lc 12, 48)<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><b>QU : 5 : De la dispersion de l&rsquo;\u00e2me \u00e0 \u00e9viter<\/b><\/p>\n<p>R. : Il faut bien savoir ceci : il ne nous est possible d&rsquo;observer ni le commandement de l&rsquo;amour de Dieu, ni celui de la charit\u00e9 envers le prochain, ni aucun autre commandement, si nos pens\u00e9es changent constamment d&rsquo;objet.<\/p>\n<p>On ne peut conna\u00eetre exactement un art ou un m\u00e9tier lorsqu&rsquo;on passe de l&rsquo;un \u00e0 l&rsquo;autre, et on ne peut certainement parvenir \u00e0 la perfection d&rsquo;un seul, si on ne conna\u00eet pas ce qui se rapporte au but. Il faut, en effet, proportionner les moyens \u00e0 la fin, car, avec des moyens inaptes, nul n&rsquo;atteindra parfaitement ce qu&rsquo;il s&rsquo;est propos\u00e9.<\/p>\n<p>Un chaudronnier ne fera rien en travaillant comme un potier, et un athl\u00e8te ne remportera pas la couronne en s&rsquo;exer\u00e7ant \u00e0 la fl\u00fbte, mais \u00e0 toute fin correspond un effort sp\u00e9cial et appropri\u00e9.<\/p>\n<p>Il en est de m\u00eame de la vie d&rsquo;asc\u00e8se par laquelle nous voulons plaire \u00e0 Dieu en nous conformant \u00e0 l&rsquo;Evangile du Christ : nous ne pouvons le mener que dans l&rsquo;\u00e9loignement des soucis du monde et le bannissement absolu des distractions.<\/p>\n<p>C&rsquo;est pourquoi, bien que le mariage soit permis et digne d&rsquo;\u00eatre b\u00e9ni, l&rsquo;Ap\u00f4tre oppose pourtant les embarras qu&rsquo;il implique aux pr\u00e9occupations du service de Dieu, comme s&rsquo;il ne pouvait y avoir accord : \u00ab\u00a0Celui qui n&rsquo;est pas mari\u00e9, dit-il, pense aux choses du Seigneur, afin de lui plaire ; tandis que celui qui est mari\u00e9 pense aux choses du monde, afin de plaire \u00e0 sa femme.\u00a0\u00bb (1 Co 7, 32)<\/p>\n<p>C&rsquo;est ainsi aussi que le Seigneur, consid\u00e9rant la puret\u00e9 d&rsquo;\u00e2me et la fid\u00e9lit\u00e9 de ses disciples, leur donna ce t\u00e9moignage : \u00ab\u00a0Vous, vous n&rsquo;\u00eates pas de ce monde\u00a0\u00bb. (Jn 15, 19)<\/p>\n<p>D&rsquo;autre part, il affirmera l&rsquo;incapacit\u00e9 du monde \u00e0 recevoir la connaissance de Dieu et \u00e0 poss\u00e9der l&rsquo;Esprit saint : \u00ab\u00a0P\u00e8re saint, dit-il, le monde non plus ne t&rsquo;a point connu\u00a0\u00bb (Jn 17, 25) et : \u00ab\u00a0L&rsquo;Esprit de v\u00e9rit\u00e9 que le monde ne peut recevoir\u00a0\u00bb. (Jn 14, 17)<\/p>\n<p>Celui qui veut v\u00e9ritablement suivre le Christ doit donc se lib\u00e9rer des liens des penchants de la vie, et cela se r\u00e9alise dans l&rsquo;\u00e9loignement et l&rsquo;oubli des anciennes habitudes. C&rsquo;est pourquoi, si nous ne nous rendons pas \u00e9trangers \u00e0 la parent\u00e9 charnelle et aux relations ext\u00e9rieures, nous dont le caract\u00e8re est de tendre vers un autre monde, selon cette parole : \u00ab\u00a0Notre vie est dans les cieux\u00a0\u00bb (Ph 3, 20), il nous est impossible d&rsquo;atteindre notre but et de plaire \u00e0 Dieu. Il a dit, en effet, cat\u00e9goriquement : \u00ab\u00a0Celui d&rsquo;entre vous qui ne renonce pas \u00e0 tout ce qu&rsquo;il a, ne peut \u00eatre mon disciple\u00a0\u00bb. (Lc 14, 33)<\/p>\n<p>Lorsque nous avons fait cela, il nous faut encore garder notre c\u0153ur en toute vigilance (Pr 4, 23), pour ne point perdre Dieu de vue, et ne point souiller par des imaginations vaines le souvenir des merveilles divines. Partout il nous faut porter la sainte pens\u00e9e de Dieu comme un sceau ind\u00e9l\u00e9bile imprim\u00e9 dans nos \u00e2mes, nous souvenant uniquement et inlassablement de lui.<\/p>\n<p>Ainsi se d\u00e9veloppe en nous l&rsquo;amour de Dieu, et, en m\u00eame temps qu&rsquo;il nous porte \u00e0 l&rsquo;accomplissement des commandements du Seigneur ,il puise \u00e0 son tour en eux sa dur\u00e9e et sa perfection. Tel est du reste l&rsquo;avertissement que nous en donne le Seigneur, lorsqu&rsquo;il dit, tant\u00f4t : \u00ab\u00a0Si vous m&rsquo;aimez, gardez mes commandements.\u00a0\u00bb (Jn 14, 15), et tant\u00f4t : \u00ab\u00a0Si vous accomplissez mes commandements, vous resterez dans mon amour\u00a0\u00bb (Jn 15, 10), ajoutant ces paroles plus impressionnantes encore ; \u00ab\u00a0Comme j&rsquo;ex\u00e9cute les ordres de mon P\u00e8re et reste dans son amour\u00a0\u00bb. (Jn 15, 10)<\/p>\n<p>Il nous apprend par l\u00e0 \u00e0 conserver toujours comme but de nos actes la volont\u00e9 de celui qui commande et \u00e0 tendre vers lui de toute notre \u00e9nergie, comme il le dit ailleurs : \u00ab\u00a0Je suis descendu du Ciel non pour faire ma volont\u00e9, mais la volont\u00e9 de mon P\u00e8re qui m&rsquo;a envoy\u00e9\u00a0\u00bb. (Jn 6, 38)<\/p>\n<p>De fait, les divers m\u00e9tiers se proposent d&rsquo;abord chacun un but sp\u00e9cial et proportionnent ensuite \u00e0 ce but le d\u00e9tail de leurs op\u00e9rations. Ainsi en va-t-il dans nos \u0153uvres : lorsque nous nous sommes assign\u00e9s pour r\u00e8gle et but unique d&rsquo;observer les commandements de Dieu, de fa\u00e7on \u00e0 lui plaire, il nous est impossible de le faire parfaitement sans conformer notre conduite \u00e0 la volont\u00e9 de celui qui nous les impose. C&rsquo;est, d&rsquo;autre part, dans le z\u00e8le \u00e0 accomplir ponctuellement la volont\u00e9 de Dieu dans ce qui nous est ordonn\u00e9 qu&rsquo;on trouve le moyen de s&rsquo;unir mentalement \u00e0 lui.<\/p>\n<p>Lorsqu&rsquo;un forgeron doit faire une hache, il pense d&rsquo;abord \u00e0 qui lui en a confi\u00e9 l&rsquo;ex\u00e9cution, et il en garde le souvenir pr\u00e9sent \u00e0 l&rsquo;esprit. Il r\u00e9fl\u00e9chit ensuite \u00e0 la grandeur et \u00e0 la force de l&rsquo;objet, et ex\u00e9cute son travail, selon la volont\u00e9 de celui qui le lui a command\u00e9, car, s&rsquo;il perd tout cela de vue, il fera autre chose que ce qu&rsquo;on lui a ordonn\u00e9 ou il le fera diff\u00e9rent.<\/p>\n<p>Il en est de m\u00eame du chr\u00e9tien, lorsqu&rsquo;il oriente toute son activit\u00e9, quelle qu&rsquo;elle soit, vers l&rsquo;accomplissement de la volont\u00e9 de Dieu. Tout en apportant la perfection dans ses actes, il reste fid\u00e8le \u00e0 la pens\u00e9e de celui qui commande ; il r\u00e9alise ces paroles : \u00ab\u00a0Je voyais toujours le Seigneur devant moi, car il se tient \u00e0 ma droite, afin que je ne sois pas \u00e9branl\u00e9\u00a0\u00bb (Ps 15, 8), et il observe ce pr\u00e9cepte : \u00ab\u00a0Soit que vous mangiez, soit que vous buviez, faites tout pour la gloire de Dieu\u00a0\u00bb. (1Co 10, 31)<\/p>\n<p>Par contre celui qui accompli un commandement en lui \u00f4tant de sa rigueur, montre \u00e0 l&rsquo;\u00e9vidence qu&rsquo;il pense peu \u00e0 Dieu.<\/p>\n<p>Il faut donc toujours nous rappeler cette voix de l&rsquo;Ecriture : \u00ab\u00a0Ne suis-je pas Celui qui remplit le ciel et la terre ? dit le Seigneur\u00a0\u00bb (Jr 23, 24),\u00a0\u00bb Je suis un Dieu tout proche et non un Dieu lointain\u00a0\u00bb (Jr 23, 24), et encore : \u00ab\u00a0Lorsque deux ou trois sont r\u00e9unis en mon nom, je serais au milieu d&rsquo;eux\u00a0\u00bb (Mt 18, 20), de fa\u00e7on que toute action s&rsquo;accomplisse sous les yeux du Seigneur et que toute pens\u00e9e se forme, comme il convient, sous ses regards. Ainsi r\u00e9gnera cette crainte dont l&rsquo;Ecriture dit qu&rsquo;elle hait l&rsquo;iniquit\u00e9 (Ps 118, 163), l&rsquo;insolence, l&rsquo;orgueil et la voie des m\u00e9chants ; alors s&rsquo;\u00e9panouira l&rsquo;amour qui fait ce que dit le Seigneur : \u00ab\u00a0Je ne cherche pas ma volont\u00e9, mais la volont\u00e9 de mon P\u00e8re qui m&rsquo;a envoy\u00e9\u00a0\u00bb (Jn 5, 30) ; l&rsquo;\u00e2me en effet, vivra dans cette conviction que le Juge dont d\u00e9pend notre r\u00e9compense agr\u00e9era ses bonnes \u0153uvres, tandis que les actions oppos\u00e9es recevront de lui leur condamnation.<\/p>\n<p>A mon avis, cette fa\u00e7on d&rsquo;agir aura m\u00eame aussi pour cons\u00e9quence que l&rsquo;on n&rsquo;accomplira plus les commandements du Seigneur pour plaire aux hommes.<\/p>\n<p>S&rsquo;il a conscience de se trouver en pr\u00e9sence d&rsquo;un personnage puissant, nul ne se tournera vers un autre qui l&rsquo;est moins. Bien mieux, si un acte pla\u00eet et re\u00e7oit l&rsquo;agr\u00e9ment de la personne la plus digne, bien qu&rsquo;il encoure le bl\u00e2me et la d\u00e9sapprobation de celle qui l&rsquo;est moins, on attachera du prix \u00e0 l&rsquo;approbation de la premi\u00e8re, tandis qu&rsquo;on d\u00e9daignera le bl\u00e2me de la seconde.<\/p>\n<p>Or, s&rsquo;il en est ainsi quand il s&rsquo;agit des hommes, est-ce qu&rsquo;une \u00e2me r\u00e9ellement prudente, sage et p\u00e9n\u00e9tr\u00e9e de la pens\u00e9e de Dieu, cessera d&rsquo;agir dans l&rsquo;intention de plaire \u00e0 Dieu, pour se tourner vers les louanges des hommes ? Oubliera-t-elle les pr\u00e9ceptes divins pour se faire esclave de la fa\u00e7on d&rsquo;agir des hommes, se laisser dominer par les pr\u00e9jug\u00e9s, ou troubler par des consid\u00e9rations humaines ?<\/p>\n<p>Telles \u00e9taient les dispositions de celui qui a dit : \u00ab\u00a0Les m\u00e9chants m&rsquo;ont assailli de mensonges, mais moi je garde ta loi\u00a0\u00bb (Ps 118, 85), et encore : \u00ab\u00a0J&rsquo;ai parl\u00e9 de tes commandements devant les rois et je n&rsquo;ai point rougi\u00a0\u00bb. (Ps 118, 46)<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><b>QU : 6 : De la n\u00e9cessit\u00e9 de vivre dans la solitude<\/b><\/p>\n<p>R. : Pour aider l&rsquo;\u00e2me \u00e0 se concentrer, il faut habiter dans la solitude.<\/p>\n<p>Il est dangereux, en effet, de demeurer parmi ceux qui vivent sans aucune crainte de Dieu et d\u00e9daignent d&rsquo;observer parfaitement ses commandements. Salomon nous l&rsquo;enseigne en disant : \u00ab\u00a0Ne t&rsquo;associe pas \u00e0 un compagnon violent, n&rsquo;habite pas avec un ami irascible, de peur qu&rsquo;il ne t&rsquo;apprenne ses voies et ne tende des pi\u00e8ges \u00e0 ton \u00e2me\u00a0\u00bb (Pr 22, 24-25) ; l&rsquo;Ap\u00f4tre de m\u00eame : \u00ab\u00a0Sortez du milieu d&rsquo;eux, et \u00e9cartez-vous d&rsquo;eux, dit le Seigneur\u00a0\u00bb (2 Co 6, 17).<\/p>\n<p>Si nous craignons d&rsquo;\u00eatre tent\u00e9s par les yeux et les oreilles, et de nous habituer insensiblement au p\u00e9ch\u00e9, si nous redoutons pour notre \u00e2me le danger mortel qu&rsquo;il y aurait \u00e0 y garder imprim\u00e9 le souvenir de choses vues ou de paroles entendues, si nous voulons en outre pers\u00e9v\u00e9rer dans la pri\u00e8re continuelle, commen\u00e7ons par prendre la d\u00e9cision d&rsquo;habiter dans la retraite.<\/p>\n<p>Ainsi parviendrons-nous, peut-\u00eatre, \u00e0 \u00e9chapper \u00e0 l&rsquo;habitude prise de vivre comme des \u00e9trangers aux commandements du Christ, or il ne faut pas un mince combat pour vaincre une habitude que le temps fortifie. Peut-\u00eatre aussi, arriverons-nous \u00e0 effacer les traces du p\u00e9ch\u00e9, gr\u00e2ce \u00e0 une pri\u00e8re infatigable et la m\u00e9ditation des commandements divins, pri\u00e8re et m\u00e9ditation auxquelles il est impossible de s&rsquo;adonner au milieu de la foule, source de distractions multiples et de soucis temporels.<\/p>\n<p>Et la parole du Christ : \u00ab\u00a0Si quelqu&rsquo;un veut me suivre qu&rsquo;il se renonce \u00e0 lui-m\u00eame\u00a0\u00bb (Lc 9, 23), qui pourrait jamais l&rsquo;observer tout en restant parmi eux ? Car c&rsquo;est en nous renon\u00e7ant nous-m\u00eames et en prenant la croix du Christ qu&rsquo;il nous faut le suivre.<\/p>\n<p>Or le renoncement, c&rsquo;est l&rsquo;oubli complet des choses passag\u00e8res et le sacrifice de sa volont\u00e9 propre, sacrifice fort difficile, pour ne pas dire tout \u00e0 fait impossible \u00e0 qui vit m\u00eal\u00e9 aux hommes.<\/p>\n<p>Prendre sa croix et suivre le Christ est \u00e9galement chose malais\u00e9e dans un monde si m\u00e9lang\u00e9. Car se pr\u00e9parer \u00e0 mourir pour le Christ, \u00eatre mortifi\u00e9, comme il convient dans ses membres sur la terre, \u00eatre pr\u00eat \u00e0 r\u00e9sister aux attaques lanc\u00e9es contre nous \u00e0 cause du nom du Christ, se garder d\u00e9tach\u00e9 de la vie pr\u00e9sente : c&rsquo;est cela prendre sa croix, or nous y trouvons beaucoup d&rsquo;obstacles, si nous pers\u00e9v\u00e9rons dans la vie ordinaire.<\/p>\n<p>Celui-ci parmi tant d&rsquo;autres : lorsque l&rsquo;\u00e2me a sous les yeux la masse des p\u00e9cheurs, elle ne trouve plus l&rsquo;occasion de remarquer ses propres p\u00e9ch\u00e9s, ni de faire, dans le repentir, p\u00e9nitence pour ses propres fautes. Elle se compare \u00e0 de plus grands coupables, et s&rsquo;imagine avoir de la vertu. Ensuite, arrach\u00e9e par les ennuis et les soucis de la vie ordinaire \u00e0 une pens\u00e9e bien plus digne : celle de Dieu, elle perd, avec la joie et l&rsquo;all\u00e9gresse spirituelle, le bonheur de savourer les d\u00e9lices du Seigneur et de go\u00fbter la douceur de ses paroles : \u00ab\u00a0Je me suis souvenu du Seigneur, est-il dit, et j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 dans l&rsquo;all\u00e9gresse\u00a0\u00bb (Ps 76, 4), et : \u00ab\u00a0Comme tes paroles sont douces \u00e0 ma gorge, elles sont pour ma bouche pr\u00e9f\u00e9rables au miel\u00a0\u00bb(Ps.118, 103). Enfin elle s&rsquo;accoutume \u00e0 m\u00e9priser compl\u00e8tement les jugements divins, et, pour elle, rien de plus triste ni de plus funeste !<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><b>QU : 7 : De l&rsquo;opportunit\u00e9 de se joindre \u00e0 ceux qui ont un m\u00eame d\u00e9sir de plaire \u00e0 Dieu, parce qu&rsquo;aussi bien il est difficile, en m\u00eame temps que dangereux, de vivre compl\u00e8tement seul.<\/b><\/p>\n<p>Vos paroles nous ont convaincus du p\u00e9ril qu&rsquo;il y a \u00e0 vivre au milieu des contempteurs de la loi divine. Nous voudrions apprendre maintenant s&rsquo;il faut, en s&rsquo;\u00e9cartant d&rsquo;eux, vivre seul ou en compagnie de fr\u00e8res, unis dans un m\u00eame esprit et un m\u00eame d\u00e9sir de perfection.<\/p>\n<p>R. : Ceux qui poursuivent un but identique trouvent \u00e0 vivre ensemble, j&rsquo;en suis s\u00fbr, une foule d&rsquo;avantages.<\/p>\n<p>Tout d&rsquo;abord, aucun de nous ne se suffit \u00e0 lui-m\u00eame quant aux besoins mat\u00e9riels, et nous avons besoin les uns des autres pour subvenir \u00e0 nos n\u00e9cessit\u00e9s.<\/p>\n<p>Le pied, par exemple, poss\u00e8de certaines facult\u00e9s, mais il en est d&rsquo;autres qu&rsquo;il n&rsquo;a pas. Priv\u00e9 du secours des autres membres il trouve ses propres forces impuissantes et insuffisantes par elles-m\u00eames \u00e0 lui conserver l&rsquo;existence ou lui procurer ce dont il a besoin. Ainsi en est-il de la vie solitaire : ce que nous poss\u00e9dons ne nous sert pas, et nous ne pouvons nous procurer ce qui nous manque ; car Dieu a voulu que nous ayons besoin les uns des autres, afin que nous soyons unis les uns les autres, comme le dit l&rsquo;Ecriture. (Qo 13, 20)<\/p>\n<p>Le pr\u00e9cepte du Christ sur la charit\u00e9 ne permet d&rsquo;ailleurs pas que l&rsquo;on s&rsquo;occupe uniquement de soi : \u00ab\u00a0Car la charit\u00e9, est-il dit, ne cherche pas ses propres int\u00e9r\u00eats\u00a0\u00bb (1 Co 13, 5). Or la vie solitaire ne tend qu&rsquo;\u00e0 un but : vivre chacun pour soi, but manifestement oppos\u00e9 \u00e0 la loi d&rsquo;amour qu&rsquo;observait l&rsquo;Ap\u00f4tre saint Paul, car il cherchait, lui, non son avantage personnel, mais celui de tant d&rsquo;autres qu&rsquo;il voulait sauver. (1 Co 10, 33)<\/p>\n<p>En second lieu, le solitaire conna\u00eetra difficilement ses fautes, car il n&rsquo;aura personne ni pour les lui montrer, ni pour le corriger avec douceur et compassion. Un reproche, en effet, m\u00eame lorsqu&rsquo;il vient d&rsquo;un ennemi, produit souvent dans l&rsquo;\u00e2me bien dispos\u00e9e le d\u00e9sir du rem\u00e8de ; et d&rsquo;autre part, le rem\u00e8de au p\u00e9ch\u00e9, c&rsquo;est \u00e0 celui qui aime vraiment de l&rsquo;appliquer avec sagesse : \u00ab\u00a0Celui qui aime a soin de corriger, dit l&rsquo;Ecriture\u00a0\u00bb (Pr 13, 24). Or voil\u00e0 ce que ne pourra trouver le solitaire, s&rsquo;il ne vit d&rsquo;abord avec d&rsquo;autres. Il lui arrivera donc ce que dit l&rsquo;Eccl\u00e9siaste : \u00ab\u00a0Malheur \u00e0 celui qui est seul, parce que lorsqu&rsquo;il tombera, il n&rsquo;aura personne pour le relever\u00a0\u00bb. (Qo 4, 10)<\/p>\n<p>Lorsqu&rsquo;on est plusieurs, on peut \u00e9galement observer un plus grand nombre de commandements, ce qu&rsquo;un seul ne peut faire, car pendant qu&rsquo;il observe l&rsquo;un, il ne peut observer l&rsquo;autre. Visiter les malades, par exemple, emp\u00eache de recevoir des h\u00f4tes ; la distribution des aum\u00f4nes, surtout quand ce minist\u00e8re exige beaucoup de temps, entrave l&rsquo;application au travail ; et \u00e0 cause de cela, on n\u00e9gligera un commandement important, essentiel au salut, en omettant de nourrir celui qui a faim et de v\u00eatir celui qui est nu.<\/p>\n<p>Qui donc pr\u00e9f\u00e9rerait une vie oisive et st\u00e9rile \u00e0 celle qui porte du fruit et \u0153uvre selon le commandement de Dieu ?<\/p>\n<p>Puisque nous tous, qui avons \u00e9t\u00e9 associ\u00e9s par vocation dans une esp\u00e9rance unique (Ep 4, 4), nous sommes un seul corps, ayant le Christ pour t\u00eate, et membres les uns des autres (1Co 12, 12), chacun pour sa part, nous n&rsquo;entrons dans la construction d&rsquo;un corps unique dans l&rsquo;Esprit saint, que dans la concorde. Si donc chacun d&rsquo;entre nous choisit la solitude, sans servir l&rsquo;utilit\u00e9 commune selon qu&rsquo;il est agr\u00e9able \u00e0 Dieu, mais satisfait son bon plaisir, comment pourrions nous, ainsi, d\u00e9chir\u00e9s et divis\u00e9s, conserver la r\u00e9ciprocit\u00e9 et le service mutuel des membres ou la soumission \u00e0 notre t\u00eate qui est le Christ ? Car, dans une vie isol\u00e9e il n&rsquo;est possible ni de se r\u00e9jouir avec qui est \u00e0 l&rsquo;honneur, ni de sympathiser avec qui est dans la souffrance (1 Co 12, 26),chacun ne pouvant, comme de juste, conna\u00eetre la situation du prochain.<\/p>\n<p>Par ailleurs un seul ne peut recevoir tous les charismes spirituels, le saint Esprit distribuant ses dons \u00e0 la mesure de la foi de chacun (Rm 12, 6) ; mais, dans la vie commune, le charisme propre \u00e0 chacun devient le bien commun de l&rsquo;ensemble : \u00ab\u00a0A l&rsquo;un, en effet, il est donn\u00e9 une parole de sagesse, \u00e0 un autre une parole de connaissance, \u00e0 un autre la foi, \u00e0 un autre la proph\u00e9tie, \u00e0 un autre les charismes de gu\u00e9rison, etc&#8230;\u00a0\u00bb (1 Co 12, 8-10) Celui qui re\u00e7oit l&rsquo;un de ces dons ne le re\u00e7oit pas tant pour lui-m\u00eame que pour les autres. De sorte que, dans la vie commune, la force du saint Esprit donn\u00e9e \u00e0 l&rsquo;un devient n\u00e9cessairement en m\u00eame temps celle de tous. Celui qui vit \u00e0 part a peut-\u00eatre un charisme, mais il le rend inutile par son oisivet\u00e9, en l&rsquo;enfouissant en lui-m\u00eame. Vous tous qui lisez les Evangiles, vous savez quel danger il court. Tandis que celui qui vit en nombreuse soci\u00e9t\u00e9 jouit de son propre charisme, l&rsquo;amplifie en le partageant, et profite de ceux des autres comme s&rsquo;ils \u00e9taient siens.<\/p>\n<p>La vie commune a encore bien d&rsquo;autres avantages qu&rsquo;il n&rsquo;est pas facile de d\u00e9nombrer. Elle vaut mieux que la solitude pour la conservation des dons que Dieu nous a fait. Quant aux emb\u00fbches ext\u00e9rieures de l&rsquo;ennemi, celui-l\u00e0 s&rsquo;en gardera bien plus s\u00fbrement, s&rsquo;il est r\u00e9veill\u00e9 par ceux qui ne dorment pas, lorsque, par hasard, il est saisi par ce sommeil de mort que David nous a appris \u00e0 \u00e9carter par la pri\u00e8re, quand il dit : \u00ab\u00a0Illumine mes yeux, de peur que je ne m&rsquo;endorme dans la mort\u00a0\u00bb. (Ps 12, 14)<\/p>\n<p>Pour le p\u00e9cheur, l&rsquo;\u00e9loignement du p\u00e9ch\u00e9 lui devient aussi plus facile quand il craint la r\u00e9probation concordante de la plupart, en sorte qu&rsquo;on puisse lui appliquer cette parole : \u00ab\u00a0C&rsquo;est assez pour cet homme de la censure que la majorit\u00e9 lui inflige.\u00a0\u00bb (2 Co 2, 6)<\/p>\n<p>Pour celui qui se conduit bien, par contre, il y aura cette assurance qui vient du fait d&rsquo;\u00eatre vu et approuv\u00e9 par plusieurs, car si toute parole prend sa valeur sur la foi de deux ou trois t\u00e9moins (Mt 18, 16), il est bien plus \u00e9vident que celui qui agit bien se trouvera encourag\u00e9 par la pr\u00e9sence de nombreux t\u00e9moins.<\/p>\n<p>Outre les d\u00e9savantages dont nous avons d\u00e9j\u00e0 parl\u00e9, la solitude compl\u00e8te pr\u00e9sente encore d&rsquo;autres inconv\u00e9nients, dont le premier et le plus grand est le contentement de soi. Le solitaire n&rsquo;ayant personne pour juger sa conduite, s&rsquo;imaginera bient\u00f4t qu&rsquo;il est arriv\u00e9 \u00e0 la perfection de la Loi. Gardant ses facult\u00e9s toujours inactives, il ne conna\u00eetra pas ses propres besoins et ne constatera pas de progr\u00e8s dans ses \u0153uvres, car l&rsquo;occasion de pratiquer les commandements lui fera d\u00e9faut. En quoi montrera-t-il son humilit\u00e9, s&rsquo;il n&rsquo;a personne devant qui s&rsquo;abaisser ? Envers qui fera-t-il mis\u00e9ricorde, enlev\u00e9 qu&rsquo;il sera \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;autrui ? Comment s&rsquo;exercer \u00e0 la douceur, nul n&rsquo;\u00e9tant l\u00e0 pour s&rsquo;opposer \u00e0 ses volont\u00e9s ?<\/p>\n<p>Si quelqu&rsquo;un pr\u00e9tend qu&rsquo;il suffit, pour parvenir \u00e0 la perfection, d&rsquo;\u00e9tudier les Saintes Ecritures, il fait exactement comme celui qui apprend le m\u00e9tier de menuisier sans jamais travailler le bois, le m\u00e9tier de forgeron sans mettre en pratique les le\u00e7ons qu&rsquo;il re\u00e7oit. C&rsquo;est \u00e0 lui que l&rsquo;Ap\u00f4tre dirait : \u00ab\u00a0Ce ne sont pas ceux qui entendent la Loi qui seront d\u00e9clar\u00e9s justes devant Dieu, mais ceux-l\u00e0 seulement seront justifi\u00e9s qui l&rsquo;accomplissent\u00a0\u00bb (Rm 2, 13). Dans son amour d\u00e9bordant pour les hommes, le Seigneur ne s&rsquo;est pas content\u00e9 de l&rsquo;enseignement oral, mais pour donner un exemple pr\u00e9cis et frappant de l&rsquo;humilit\u00e9 dans la perfection de la charit\u00e9, il se ceignit lui-m\u00eame et lava les pieds de ses disciples. Or toi, qui vis face \u00e0 toi-m\u00eame, \u00e0 qui laveras-tu les pieds ? Apr\u00e8s qui te mettras-tu le dernier ? Qui serviras-tu ? Ce bonheur et cette joie d&rsquo;\u00eatre plusieurs fr\u00e8res habitant ensemble, semblables, dit l&rsquo;Esprit saint, au parfum qui coule de la barbe du Grand-Pr\u00eatre, comment les trouver dans la demeure du solitaire ? (Ps 132, 1-2)<\/p>\n<p>Le champ du combat, la voie assur\u00e9e du progr\u00e8s, un entra\u00eenement continuel, la pratique assidue des commandements du Seigneur, voil\u00e0 ce qu&rsquo;est aussi une communaut\u00e9 de fr\u00e8res. Elle tend \u00e0 la gloire de Dieu selon le pr\u00e9cepte de notre Seigneur J\u00e9sus-Christ, lequel a dit : \u00ab\u00a0Que votre clart\u00e9 apparaisse devant les hommes, afin que ceux-ci voient vos bonnes \u0153uvres et glorifient votre P\u00e8re qui est dans les cieux\u00a0\u00bb (Mt 5, 16). Elle garde enfin ce trait sp\u00e9cial aux saints dont l&rsquo;histoire est rapport\u00e9e dans les Actes et dont il est dit : \u00ab\u00a0Tous ceux qui avaient la foi vivaient ensemble et poss\u00e9daient tout en commun\u00a0\u00bb (Ac 2, 44), et encore : \u00ab\u00a0La masse des fid\u00e8les n&rsquo;avait qu&rsquo;un c\u0153ur et qu&rsquo;une \u00e2me, et nul n&rsquo;appelait sien ce qu&rsquo;il poss\u00e9dait, mais tout \u00e9t\u00e9 \u00e0 tous.\u00a0\u00bb (Ac 4, 32)<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><b>QU : 8 Du renoncement<\/b><\/p>\n<p><b><\/b><b>Faut-il premi\u00e8rement renoncer \u00e0 tout avant de se consacrer \u00e0 Dieu de la sorte ?<\/b><\/p>\n<p>R. &#8211; Notre Seigneur J\u00e9sus-Christ a vivement et souvent insist\u00e9 : \u00ab\u00a0Si quelqu&rsquo;un veut venir \u00e0 moi, qu&rsquo;il se renonce \u00e0 lui-m\u00eame, qu&rsquo;il prenne sa croix et qu&rsquo;il me suive\u00a0\u00bb (Mt 16, 24), et encore : \u00ab\u00a0Celui qui ne renonce pas \u00e0 tout ce qu&rsquo;il a, ne peut \u00eatre mon disciple\u00a0\u00bb (Lc 14, 33). Il nous para\u00eet donc exiger le renoncement le plus complet.<\/p>\n<p>Certes, nous avons renonc\u00e9 avant tout au d\u00e9mon et aux passions de la chair, nous qui avons rejet\u00e9 les fautes secr\u00e8tes, les parent\u00e9s du sang, les fr\u00e9quentations humaines et toute habitude de vie en contradiction avec la pratique parfaite et salutaire de l&rsquo;Evangile.<\/p>\n<p>Chose plus n\u00e9cessaire encore, celui-l\u00e0 s&rsquo;est renonc\u00e9 lui-m\u00eame, qui \u00ab\u00a0s&rsquo;est d\u00e9pouill\u00e9 du vieil homme et de ses actes\u00a0\u00bb (Col 3, 9), parce qu&rsquo;il \u00ab\u00a0s&rsquo;attache pour sa perte aux d\u00e9sirs trompeurs\u00a0\u00bb (Ep 4, 22). Il repousse donc toutes les affections mondaines capables de mettre obstacle \u00e0 la perfection qu&rsquo;il poursuit, il consid\u00e8re comme ses parents v\u00e9ritables ceux qui l&rsquo;ont engendr\u00e9 dans le Christ par l&rsquo;Evangile (1 Co 4, 15), et comme des fr\u00e8res ceux qui ont re\u00e7u le m\u00eame Esprit d&rsquo;adoption ; enfin, il tient les richesses pour chose \u00e9trang\u00e8re \u00e0 lui, comme elles le sont en r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n<p>En un mot, comment pourrait encore entrer dans des pr\u00e9occupations mondaines celui pour qui le monde est crucifi\u00e9 et qui est lui-m\u00eame crucifi\u00e9 au monde \u00e0 cause du Christ ?\u00a0\u00bb (Ga 6, 14) Car le Christ a voulu jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;extr\u00eame le m\u00e9pris de sa vie et le renoncement \u00e0 soi, lorsqu&rsquo;il a dit : \u00ab\u00a0Si quelqu&rsquo;un veut venir avec moi, qu&rsquo;il se renonce \u00e0 lui-m\u00eame et prenne sa croix\u00a0\u00bb, ajoutant : \u00ab\u00a0et qu&rsquo;il me suive\u00a0\u00bb(Mt.16, 24), et encore : \u00a0\u00bb Si quelqu&rsquo;un vient \u00e0 moi sans ha\u00efr son p\u00e8re et sa m\u00e8re, sa femme et ses enfants, ses fr\u00e8res et ses s\u0153urs, sa propre vie enfin, il ne peut \u00eatre mon disciple\u00a0\u00bb (Lc 14, 26).<\/p>\n<p>Le renoncement complet consiste donc \u00e0 ne plus m\u00eame tenir \u00e0 la vie, mais \u00e0 se regarder toujours comme condamn\u00e9 \u00e0 la mort, de fa\u00e7on \u00e0 ne plus faire \u00e9tat de soi. (2 Co 1, 9)<\/p>\n<p>Il commence par l&rsquo;abandon des choses ext\u00e9rieures, comme les richesses, la vaine gloire, la soci\u00e9t\u00e9 des hommes, l&rsquo;attrait des bagatelles.<\/p>\n<p>C&rsquo;est de cela que nous ont donn\u00e9 l&rsquo;exemple les saints ap\u00f4tres du Christ : Jacques et Jean qui quittent leur p\u00e8re Z\u00e9b\u00e9d\u00e9e et leur barque m\u00eame, leur gagne pain ; Mathieu, qui se l\u00e8ve de son comptoir pour suivre J\u00e9sus, non seulement au d\u00e9triment de ses int\u00e9r\u00eats, mais encore au m\u00e9pris des peines qui le mena\u00e7aient de la part des magistrats, lui et ses proches, parce qu&rsquo;il laissait ind\u00fbment inachev\u00e9e la perception des imp\u00f4ts ; quant \u00e0 Paul, le monde \u00e9tait crucifi\u00e9 pour lui, et lui l&rsquo;\u00e9tait au monde. (Ga 6, 14)<\/p>\n<p>Ainsi celui qui est anim\u00e9 d&rsquo;un imp\u00e9rieux d\u00e9sir de suivre le Christ ne peut plus tenir compte de quoi que ce soit en cette vie : ni de l&rsquo;affection des parents et amis, d\u00e8s qu&rsquo;elle s&rsquo;oppose aux pr\u00e9ceptes du Seigneur, car c&rsquo;est alors que s&rsquo;appliquent les paroles : \u00ab\u00a0Si quelqu&rsquo;un vient \u00e0 moi sans ha\u00efr son p\u00e8re et sa m\u00e8re\u00a0\u00bb (Lc 14, 26) ; ni de la crainte des hommes, lorsqu&rsquo;elle d\u00e9tourne du vrai bien, comme l&rsquo;ont fait excellemment les saints qui ont dit : \u00ab\u00a0Il vaut mieux ob\u00e9ir \u00e0 Dieu qu&rsquo;aux hommes\u00a0\u00bb (Ac 5, 29) ; ni enfin des moqueries dont les m\u00e9chants accablent les bons, car il ne faut pas se laisser vaincre par le m\u00e9pris.<\/p>\n<p>Si l&rsquo;on veut conna\u00eetre plus exactement et plus clairement quelle ardeur ceux qui suivirent le Christ apportaient \u00e0 l&rsquo;aimer, qu&rsquo;on se souvienne de ce que l&rsquo;Ap\u00f4tre dit en parlant de lui-m\u00eame pour nous instruire : \u00ab\u00a0Si quelqu&rsquo;un croit pouvoir se glorifier dans la chair, j&rsquo;ai plus de raison que lui, circoncis le huiti\u00e8me jour, de la race d&rsquo;Isra\u00ebl, de la tribu de Benjamin, irr\u00e9prochable observateur de la justice de la Loi ; mais tout ce qui m&rsquo;\u00e9tait avantageux, je l&rsquo;ai consid\u00e9r\u00e9 comme un d\u00e9triment, \u00e0 cause de ce qu&rsquo;il y a de sur\u00e9minent dans la connaissance du Christ J\u00e9sus notre Seigneur, pour lequel j&rsquo;ai cru bon de tout perdre, et je regarde tout comme excr\u00e9ment afin de gagner le Christ\u00a0\u00bb (Ph 3, 4-8).<\/p>\n<p>Vraiment, \u00e0 parler avec hardiesse, mais aussi avec v\u00e9rit\u00e9, si c&rsquo;est aux pires rebuts du corps, \u00e0 ce que nous rejetons avec m\u00e9pris et dont nous nous \u00e9cartons avec empressement, que saint Paul compare m\u00eame les avantages accord\u00e9s temporairement \u00e0 la Loi, s&rsquo;il en fait des obstacles \u00e0 la connaissance du Christ, \u00e0 la justice en lui et \u00e0 la transformation dans sa mort, que dire de ce qui a \u00e9t\u00e9 \u00e9tabli par les hommes ?<\/p>\n<p>Mais \u00e0 quoi bon nous appuyer sur nos arguments ou sur les exemples des saints ? Nous pouvons citer les affirmations du Seigneur lui-m\u00eame et par elles confondre l&rsquo;\u00e2me craintive, car il parle clairement et sans contradiction possible : \u00ab\u00a0Celui d&rsquo;entre vous qui ne renonce pas \u00e0 tout ne peut \u00eatre mon disciple, dit-il\u00a0\u00bb (Lc 14, 33). Et ailleurs : \u00ab\u00a0Si tu veux \u00eatre parfait&#8230;\u00a0\u00bb, puis il continue : \u00ab\u00a0Va, vends tout ce que tu poss\u00e8des et donnes-en le prix aux pauvres&#8230;\u00a0\u00bb, apr\u00e8s quoi il ajoute : \u00ab\u00a0puis viens et suis moi\u00a0\u00bb. (Mt 19, 21)<\/p>\n<p>Pour qui sait comprendre, la parabole du marchand veut \u00e9videmment signifier la m\u00eame chose : \u00ab\u00a0Le royaume des cieux, dit J\u00e9sus, est semblable \u00e0 un marchand en qu\u00eate de pierres pr\u00e9cieuses ; lorsqu&rsquo;il en a trouver une d&rsquo;un grand prix, il court vendre tout ce qu&rsquo;il a, afin de pouvoir l&rsquo;acheter\u00a0\u00bb. (Mt 13, 45-46)<\/p>\n<p>La pierre pr\u00e9cieuse d\u00e9signe assur\u00e9ment ici le royaume des Cieux, et le Seigneur nous montre qu&rsquo;il est impossible de l&rsquo;obtenir, si nous n&rsquo;abandonnons tout ce que nous poss\u00e9dons : richesse, gloire, noblesse de naissance et tout ce que tant d&rsquo;autres recherchent avidement.<\/p>\n<p>Le Seigneur l&rsquo;a d\u00e9clar\u00e9, il est du reste impossible de s&rsquo;occuper convenablement de ce que l&rsquo;on fait, quand l&rsquo;esprit est sollicit\u00e9 par des objets divers : \u00ab\u00a0Personne ne peut servir deux ma\u00eetres\u00a0\u00bb (Mt 6, 24), a-t-il dit, et encore : \u00ab\u00a0Vous ne pouvez servir en m\u00eame temps Dieu et Mammon\u00a0\u00bb. (Mt 6, 24)<\/p>\n<p>C&rsquo;est pourquoi le tr\u00e9sor qui est dans le ciel est le seul que nous puissions choisir pour y attacher notre c\u0153ur : \u00ab\u00a0Car o\u00f9 est votre tr\u00e9sor, l\u00e0 est votre c\u0153ur\u00a0\u00bb (Mt 6, 21).Si nous nous r\u00e9servons donc des biens terrestres ou un superflu p\u00e9rissable, notre esprit y demeure enfoui comme dans la fange et notre \u00e2me reste incapable de contempler Dieu ; elle devient insensible aux d\u00e9sirs des splendeurs du ciel et des biens qui nous sont promis. Or, ces biens, nous ne pouvons les obtenir que si une aspiration ardente nous porte \u00e0 les demander sans cesse et nous rend l\u00e9ger l&rsquo;effort pour les atteindre.<\/p>\n<p>Pratiquer le renoncement c&rsquo;est donc, nous l&rsquo;avons montr\u00e9, s&rsquo;affranchir des liens de cette vie terrestre et passag\u00e8re, et se lib\u00e9rer des contingences humaines, afin d&rsquo;\u00eatre plus \u00e0 m\u00eame de marcher dans la voie qui conduit \u00e0 Dieu. C&rsquo;est se lib\u00e9rer des entraves afin de pouvoir poss\u00e9der et user de ces biens plus estimables dont il est dit : \u00ab\u00a0Beaucoup plus pr\u00e9cieux que l&rsquo;or et l&rsquo;argent\u00a0\u00bb. (Ps 18, 11)<\/p>\n<p>En r\u00e9sum\u00e9, c&rsquo;est transporter le c\u0153ur humain dans la vie du ciel, en sorte qu&rsquo;on puisse dire : \u00ab\u00a0Notre patrie est dans les cieux\u00a0\u00bb (Ph 3, 20), et surtout c&rsquo;est commencer \u00e0 nous assimiler au Christ, lequel s&rsquo;est fait pauvre pour nous, de riche qu&rsquo;il \u00e9tait (2 Co 8, 9), et \u00e0 qui nous devons ressembler si nous voulons vivre conform\u00e9ment \u00e0 l&rsquo;Evangile.<\/p>\n<p>Quand donc pourrons-nous avoir la contrition du c\u0153ur et l&rsquo;humilit\u00e9 de l&rsquo;esprit, ou nous affranchir de la col\u00e8re, de la tristesse, des soucis et, en somme, de toutes les funestes passions de l&rsquo;\u00e2me, si nous restons au sein des richesses et des pr\u00e9occupations de la vie attach\u00e9s au commerce des autres.<\/p>\n<p>Bref, pourquoi celui qui ne veut m\u00eame pas se mettre en peine pour le n\u00e9cessaire, comme la nourriture et la v\u00eatement, se laisserait-il retenir par les vils soucis de la richesse, \u00e9pines qui viendraient entraver la f\u00e9condit\u00e9 de la graine que le divin semeur jette dans les \u00e2mes ? Car le Seigneur a dit : \u00ab\u00a0Ceux-l\u00e0 ont re\u00e7u la semence au milieu des \u00e9pines ; elle a \u00e9t\u00e9 \u00e9touff\u00e9e par les pr\u00e9occupations, les richesses et les volupt\u00e9s de la vie, et ils n&rsquo;ont pas port\u00e9 de fruits\u00a0\u00bb. (Lc 8, 14)<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><b>QU : 9 : Quand on veut se joindre \u00e0 ceux qui se sont donn\u00e9s \u00e0 Dieu, doit-on, avec indiff\u00e9rence, abandonner ses biens \u00e0 ses proches qui pourraient en user mal ?<\/b><\/p>\n<p>R. &#8211; Le Seigneur a dit : \u00a0\u00bb Vends tout ce que tu as au profit des pauvres, afin d&rsquo;avoir un tr\u00e9sor dans le ciel, puis viens et suis-moi\u00a0\u00bb (Mt 19, 21), et : \u00ab\u00a0Vendez tout ce que vous avez et faites l&rsquo;aum\u00f4ne\u00a0\u00bb. (Lc 12, 33)<\/p>\n<p>Je crois donc que celui qui renonce \u00e0 toute propri\u00e9t\u00e9 dans un tel but, ne peut cependant pas agir avec m\u00e9pris vis-\u00e0-vis de ses biens. Il doit au contraire en prendre scrupuleusement soin, parce qu&rsquo;ils sont d\u00e9sormais consacr\u00e9s au Seigneur.<\/p>\n<p>Il en disposera consciencieusement soit lui-m\u00eame, s&rsquo;il le peut et poss\u00e8de assez d&rsquo;exp\u00e9rience, soit par des interm\u00e9diaires choisis, bien \u00e9prouv\u00e9s d&rsquo;abord, et ayant donn\u00e9 des gages qu&rsquo;ils peuvent g\u00e9rer prudemment et sagement ; il doit savoir, en effet, qu&rsquo;il n&rsquo;est pas sans danger de les abandonner \u00e0 ses proches ou de laisser n&rsquo;importe qui s&rsquo;en occuper.<\/p>\n<p>Celui qui a la charge d&rsquo;administrer les biens du roi, m\u00eame s&rsquo;il ne s&rsquo;en approprie aucun, ne sera cependant pas exempt de faute d\u00e8s qu&rsquo;il perdra, par sa n\u00e9gligence, l&rsquo;occasion d&rsquo;en acqu\u00e9rir de nouveaux. Or, s&rsquo;il en est ainsi, \u00e0 quel jugement doivent s&rsquo;attendre ceux qui se sont montr\u00e9s l\u00e2ches et n\u00e9gligents dans l&rsquo;administration des biens d\u00e9sormais d\u00e9di\u00e9s au Seigneur ? Ne s&rsquo;exposent-ils pas \u00e0 la condamnation qui attend les indolents, conform\u00e9ment aux paroles de l&rsquo;Ecriture : \u00ab\u00a0Maudit celui qui accomplit n\u00e9gligemment les \u0153uvres du Seigneur\u00a0\u00bb. (Jr 48, 10)<\/p>\n<p>Nous devons cependant toujours faire attention que sous couleur d&rsquo;observer un commandement nous n&rsquo;en transgressions manifestement un autre.<\/p>\n<p>Ainsi ne convient-il pas d&rsquo;entrer en querelles et en proc\u00e8s avec ceux qui agiraient mal, car la dispute ne sied pas aux serviteur de Dieu (2 Tm 2, 24). Si nous sommes d\u00e9pouill\u00e9s, fut-ce par nos parents, il faut nous rappeler ce que dit le Seigneur : \u00ab\u00a0Il n&rsquo;est personne qui n&rsquo;abandonne sa maison, ses fr\u00e8res, ses s\u0153urs, son p\u00e8re, sa m\u00e8re, sa femme, ses enfants et ses champs, je ne dis pas : purement et simplement, mais \u00e0 cause de moi et de l&rsquo;Evangile, et qui ne re\u00e7oive le centuple en ce monde et la vie \u00e9ternelle dans le si\u00e8cle \u00e0 venir\u00a0\u00bb. (Mc 10, 29-30)<\/p>\n<p>Certes, suivant le pr\u00e9cepte du Christ : \u00ab\u00a0Si ton fr\u00e8re p\u00e8che, va et corrige-le&#8230;\u00a0\u00bb (Mt 18, 15), il faut montrer \u00e0 ces imprudents qu&rsquo;ils font mal et que leur larcin est sacril\u00e8ge ; mais la religion d\u00e9fend de les citer devant les tribunaux civils, car il est dit : \u00ab\u00a0Si quelqu&rsquo;un veut t&rsquo;appeler en jugement et prendre ta tunique, donne-lui aussi ton manteau\u00a0\u00bb (Mt 5, 40), et : \u00ab\u00a0Si quelqu&rsquo;un d&rsquo;entre vous a une querelle, osera-t-il la porter devant les tribunaux des m\u00e9chants plut\u00f4t que devant les saints ?\u00a0\u00bb (1 Co 6, 1). C&rsquo;est en pr\u00e9sence de ceux-ci que nous les appellerons donc, en ayant en vue le salut de nos fr\u00e8res bien plus que la possession des richesses, car le Seigneur apr\u00e8s avoir dit : \u00ab\u00a0S&rsquo;il t&rsquo;\u00e9coute\u00a0\u00bb, a ajout\u00e9 : \u00ab\u00a0tu auras gagn\u00e9, non pas des richesses, mais, ton fr\u00e8re\u00a0\u00bb. (Mt. 18, 15)<\/p>\n<p>Il peut arriver que pour \u00e9tablir la v\u00e9rit\u00e9, et lorsque celui-l\u00e0 m\u00eame qui a commenc\u00e9 la querelle nous fait compara\u00eetre au tribunal ordinaire, nous nous y rendions pour r\u00e9futer l&rsquo;accusation. N&rsquo;y allons cependant pas les premiers, mais suivons plut\u00f4t ceux qui nous citent, non pour satisfaire notre go\u00fbt de querelle, mais pour faire conna\u00eetre la v\u00e9rit\u00e9. Ainsi nous arracherons notre adversaire au mal malgr\u00e9 lui, et nous-m\u00eame, nous n&rsquo;enfreindrons pas les commandements, mais nous serons de vrais ministres de Dieu, ennemi des querelles et de la cupidit\u00e9, qui tiennent bon avec calme pour la manifestation de la v\u00e9rit\u00e9, et ne d\u00e9passent jamais en rien la limite assign\u00e9e au z\u00e8le. (Retour)<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><b><\/b><b>QU : 10 &#8211; Faut-il recevoir tous ceux qui se pr\u00e9sentent, ou qui faut-il recevoir ? Faut-il admettre imm\u00e9diatement ou apr\u00e8s une probation, et quelle probation ?<\/b><\/p>\n<p>R. &#8211; Dans sa divine Bont\u00e9 Notre Seigneur J\u00e9sus-Christ a dit et proclam\u00e9 : \u00ab\u00a0Vous qui souffrez et \u00eates surcharg\u00e9s, venez \u00e0 moi et je vous soulagerai\u00a0\u00bb. (Mt 11, 28)<\/p>\n<p>Il n&rsquo;est donc pas sans danger de repousser ceux qui viennent \u00e0 nous pour servir le Seigneur et prendre, avec son joug suave, le fardeau de ses commandements qui nous \u00e9l\u00e8vent jusqu&rsquo;au ciel.<\/p>\n<p>Sans doute il ne faut pas admettre qu&rsquo;on se pr\u00e9sente aux r\u00e8gles de la pi\u00e9t\u00e9 comme avec des pieds non lav\u00e9s, mais imiter Notre Seigneur interrogeant sur sa vie le jeune homme qui vint \u00e0 lui. Ayant appris qu&rsquo;elle avait \u00e9t\u00e9 bonne, il lui montra ce qui restait \u00e0 faire pour atteindre la perfection, puis lui permit de le suivre.<\/p>\n<p>Ainsi devons-nous \u00e9videmment nous enqu\u00e9rir du pass\u00e9 de ceux qui se pr\u00e9sentent.<\/p>\n<p>A ceux qui auront d\u00e9j\u00e0 pratiqu\u00e9 le bien, il faudra montrer la perfection des commandements. Pour les autres, qu&rsquo;ils se convertissent apr\u00e8s une vie de p\u00e9ch\u00e9, ou qu&rsquo;ils abandonnent un \u00e9tat d&rsquo;indiff\u00e9rence pour chercher la vie de perfection dans la connaissance de Dieu, il faut examiner leur caract\u00e8re, de peur qu&rsquo;ils ne soient instables et ne changent facilement. De tels inconstants sont en effet suspects, car ils n&rsquo;arrivent eux-m\u00eames \u00e0 aucun r\u00e9sultat, et viennent en outre nuire aux autres, r\u00e9pandant sur notre vie mensonges, bl\u00e2mes et calomnies m\u00e9chantes.<\/p>\n<p>Cependant, comme avec du z\u00e8le tout se corrige, et que la crainte de Dieu vient \u00e0 bout de toutes les d\u00e9ficiences de l&rsquo;\u00e2me, il ne faut pas non plus les repousser, mais les mettre \u00e0 m\u00eame de s&rsquo;exercer convenablement, et de faire, avec le temps et des efforts continuels, la preuve de leur bonne volont\u00e9. Si l&rsquo;on constate alors en eux quelque fermet\u00e9, on pourra les recevoir sans danger ; sinon, on les renverra tant qu&rsquo;ils ne font pas partie de la fraternit\u00e9, \u00e0 laquelle, par cons\u00e9quent, cet essai ne portera aucun pr\u00e9judice.<\/p>\n<p>Quelqu&rsquo;un a-t-il v\u00e9cu jusque l\u00e0 dans le p\u00e9ch\u00e9 ? Il faut alors bien examiner si la honte ne le retient pas d&rsquo;avouer ses fautes secr\u00e8tes et de s&rsquo;accuser lui-m\u00eame, s&rsquo;il d\u00e9teste et renie les complices de ses m\u00e9faits, selon cette parole : \u00ab\u00a0\u00c9cartez-vous de moi, vous tous qui commettez l&rsquo;iniquit\u00e9\u00a0\u00bb (Ps 6, 9), et enfin s&rsquo;il offre, pour l&rsquo;avenir, des garanties qu&rsquo;il ne se laissera plus entra\u00eener par ses passions dans la suite.<\/p>\n<p>Un genre d&rsquo;\u00e9preuve qui convient \u00e0 tous, est de voir s&rsquo;ils acceptent sans rougir n&rsquo;importe quelle humiliation, au point de remplir les offices les plus vils, quand la raison en reconna\u00eet l&rsquo;utilit\u00e9.<\/p>\n<p>Enfin, lorsque quelqu&rsquo;un a \u00e9t\u00e9 \u00e9prouv\u00e9 de toutes fa\u00e7ons par des esprits judicieux et reconnu pour \u00eatre un instrument facile au Ma\u00eetre, pr\u00eat \u00e0 toute bonne action, il peut \u00eatre admis parmi ceux qui se sont consacr\u00e9s au Seigneur.<\/p>\n<p>Avant tout, \u00e0 celui qui laisserait une situation en vue dans le monde, pour venir pratiquer l&rsquo;humilit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;exemple de notre Seigneur J\u00e9sus Christ, il faudrait imposer un exercice comme consid\u00e9r\u00e9 comme des plus humiliants par les gens du monde, et voir s&rsquo;il donne pleine certitude qu&rsquo;il travaille pour Dieu sans rougir.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><b>QU : 11 : Des esclaves<\/b><\/p>\n<p>R. &#8211; Les esclaves qui s&rsquo;enfuient pour venir se joindre \u00e0 la fraternit\u00e9 doivent \u00eatre exhort\u00e9s et ramen\u00e9s \u00e0 de meilleurs sentiments, puis renvoy\u00e9s \u00e0 leur ma\u00eetre.<\/p>\n<p>Ainsi fit le bienheureux Paul qui engendra On\u00e9sime \u00e0 l&rsquo;Evangile et le renvoya ensuite \u00e0 Phil\u00e9mon (Phil\u00e9m 10, 12). Il avait assur\u00e9 l&rsquo;un que le joug de la servitude, port\u00e9 loyalement pour plaire \u00e0 Dieu, rend digne du royaume c\u00e9leste, et il suppliait le second, non seulement de remettre la peine imminente en souvenir de ce que dit le v\u00e9ritable Ma\u00eetre : \u00ab\u00a0Si vous pardonnez aux hommes, votre P\u00e8re c\u00e9leste vous pardonnera, \u00e0 vous aussi vos p\u00e9ch\u00e9s\u00a0\u00bb (Mt 6, 14), mais encore d&rsquo;user m\u00eame \u00e0 son \u00e9gard d&rsquo;une plus grande bont\u00e9, \u00e9crivant \u00e0 cet effet : \u00ab\u00a0Peut-\u00eatre est-il parti pour une heure, afin que tu le retrouves pour l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9, non plus comme esclave, mais comme fr\u00e8re\u00a0\u00bb. (Phm 15, 16)<\/p>\n<p>Toutefois, si le ma\u00eetre est m\u00e9chant, donne des ordres iniques et oblige l&rsquo;esclave \u00e0 violer la loi de notre vrai Ma\u00eetre, J\u00e9sus-Christ, il faut lutter pour que le nom du Seigneur ne soit pas outrag\u00e9 dans l&rsquo;accomplissement par l&rsquo;esclave d&rsquo;un acte d\u00e9plaisant \u00e0 Dieu. Et voici en quel sens il faut lutter : on pr\u00e9parera l&rsquo;esclave \u00e0 subir les mauvais traitements afin d&rsquo;ob\u00e9ir \u00e0 Dieu plut\u00f4t qu&rsquo;aux hommes (Ac 5, 29), ou bien on le recevra en acceptant, pour plaire \u00e0 Dieu, les attaques lanc\u00e9es \u00e0 cause de lui contre ceux qui l&rsquo;auront accueilli.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><b>QU : 12 &#8211; Comment il faut recevoir les gens mari\u00e9s<\/b><\/p>\n<p>R. &#8211; Lorsque les gens mari\u00e9s veulent mener une telle vie, il faut leur demander s&rsquo;ils le font d&rsquo;accord avec leurs conjoints, conform\u00e9ment \u00e0 la parole de l&rsquo;Ap\u00f4tre : \u00ab\u00a0Ils n&rsquo;ont plus la disposition de leur propre corps\u00a0\u00bb (1 Co 7, 4). On doit alors les recevoir en pr\u00e9sence de t\u00e9moins, car rien ne doit \u00eatre pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 \u00e0 l&rsquo;ob\u00e9issance \u00e0 Dieu.<\/p>\n<p>Si ne faisant aucun cas du d\u00e9sir de plaire \u00e0 Dieu, l&rsquo;autre partie n&rsquo;est pas consentante et fait opposition, on se souviendra de l&rsquo;Ap\u00f4tre qui dit : \u00ab\u00a0C&rsquo;est dans la paix que Dieu vous a appel\u00e9s\u00a0\u00bb (1 Co 7, 15) et on se conformera \u00e0 l&rsquo;enseignement du Seigneur : \u00ab\u00a0Si quelqu&rsquo;un vient \u00e0 moi sans ha\u00efr son p\u00e8re et sa m\u00e8re, sa femme et ses enfants&#8230;, il ne peut \u00eatre mon disciple\u00a0\u00bb (Lc 14, 26). Il ne faut, en effet, rien pr\u00e9f\u00e9rer \u00e0 la soumission \u00e0 Dieu. Du reste nous avons souvent remarqu\u00e9 qu&rsquo;une pri\u00e8re fervente et un je\u00fbne assidu font pr\u00e9valoir le d\u00e9sir de vivre en chastet\u00e9, car ceux qui s&rsquo;obstinent dans le refus, Dieu agit parfois sur leur corps pour les obliger \u00e0 c\u00e9der au bon dessein.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><b>QU : 13 &#8211; Qu&rsquo;il est utile d&rsquo;exercer \u00e9galement au silence les nouveaux venus.<\/b><\/p>\n<p>R. &#8211; Il est bon que les nouveaux venus s&rsquo;exercent \u00e9galement au silence. En m\u00eame temps qu&rsquo;ils donneront une preuve palpable de leur empire sur eux-m\u00eames en dominant leur langue, ils s&rsquo;appliqueront avec z\u00e8le, en gardant un silence constant et parfait, \u00e0 apprendre de ceux qui savent manier la parole, comment interroger et comment r\u00e9pondre.<\/p>\n<p>Le ton de la voix, la discr\u00e9tion dans les paroles, le moment opportun, la nature sp\u00e9ciale des termes familiers et particuliers \u00e0 ceux qui vivent dans la pi\u00e9t\u00e9 : autant de choses qu&rsquo;il est impossible de conna\u00eetre, si l&rsquo;on a pas d\u00e9sappris les usages du monde. Or le silence permet d&rsquo;oublier les anciennes habitudes en ne les pratiquant plus, et il donne le temps de s&rsquo;instruire des bonnes.<\/p>\n<p>C&rsquo;est pourquoi, en dehors, bien entendu, de la psalmodie, il faut garder le silence, et ne parler que si l&rsquo;on est oblig\u00e9, soit par l&rsquo;utilit\u00e9 personnelle, comme la direction de son \u00e2me, ou en absolue n\u00e9cessit\u00e9 au cours d&rsquo;un travail, soit encore parce qu&rsquo;on est interrog\u00e9 d&rsquo;urgence.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><b>QU : 14 &#8211; De ceux qui se consacrent au Seigneur et cherchent ensuite \u00e0 renier leur promesse<\/b><\/p>\n<p>R. &#8211; Si quelqu&rsquo;un est admis dans la fraternit\u00e9, et manque ensuite \u00e0 sa profession, qu&rsquo;il soit consid\u00e9r\u00e9 comme p\u00e9cheur envers Dieu, en pr\u00e9sence de qui et envers qui il a consenti \u00e0 s&rsquo;engager par un pacte. Or : \u00ab\u00a0Si quelqu&rsquo;un p\u00e8che contre Dieu, est-il dit, qui priera encore pour lui ?\u00a0\u00bb (1 Sam 2, 25), car celui qui s&rsquo;est vou\u00e9 \u00e0 Dieu, puis se retire pour vivre autrement, devient voleur sacril\u00e8ge, puisqu&rsquo;il s&rsquo;est d\u00e9rob\u00e9 lui-m\u00eame au Seigneur et a repris l&rsquo;offrande faite \u00e0 Dieu.<\/p>\n<p>Il est donc juste que les fr\u00e8res ne lui ouvrent plus leur porte, m\u00eame s&rsquo;il revenait simplement en passant demander un abris ; car la r\u00e8gle apostolique est bien claire, elle nous ordonne de nous \u00e9carter de tout indisciplin\u00e9, et de ne pas l&rsquo;admettre parmi nous, afin qu&rsquo;il rentre en lui-m\u00eame. (2 Th 3, 14)<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><b>QU : 15 &#8211; A partir de quel \u00e2ge faut-il permettre de se consacrer \u00e0 Dieu et consid\u00e9rer l&rsquo;engagement \u00e0 la chastet\u00e9 comme valide ?<\/b><\/p>\n<p>R. &#8211; Le Seigneur a dit : \u00ab\u00a0Laissez venir \u00e0 moi les petits enfants\u00a0\u00bb (Mc 10, 114), tandis que l&rsquo;Ap\u00f4tre loue ceux qui ont \u00e9tudi\u00e9 les saintes Ecritures d\u00e8s leur enfance (2 Tm 3, 15), et exhorte \u00e0 faire l&rsquo;\u00e9ducation des enfants en les disciplinant et en les corrigeant dans le Seigneur (Ep 6, 4).<\/p>\n<p>Il nous semble donc qu&rsquo;\u00e0 tout \u00e2ge, m\u00eame dans la premi\u00e8re enfance, on peut venir \u00e0 nous et \u00eatre re\u00e7u. Nous accueillerons ceux qui n&rsquo;ont plus de parents, pour devenir, \u00e0 l&rsquo;envi de Job (Jb 29, 12), p\u00e8res des orphelins, et ceux que leurs parents eux-m\u00eames nous am\u00e8neront, nous les admettrons en pr\u00e9sence de t\u00e9moins, pour ne pas donner occasion \u00e0 ceux qui la cherchent et pour fermer la bouche \u00e0 ceux qui nous calomnient.<\/p>\n<p>Pour cette m\u00eame raison, il faut les recevoir, certes, mais pas d&#8217;embl\u00e9e, et il ne convient pas de les mettre au nombre et au rang des fr\u00e8res dans la communaut\u00e9, de peur que la honte d&rsquo;un insucc\u00e8s ne rejaillisse sur la vie consacr\u00e9e \u00e0 Dieu.<\/p>\n<p>Il convient, sans doute, d&rsquo;\u00e9lever ces enfants avec amour comme \u00e9tant ceux de tous les fr\u00e8res, mais dans les communaut\u00e9s, tant d&rsquo;hommes que de femmes, on doit leur donner nourriture et logement s\u00e9par\u00e9s. De la sorte ils n&rsquo;apporteront pas trop de libert\u00e9 ou trop de hardiesse dans leurs relations avec leurs a\u00een\u00e9s, et ne se trouvant que rarement avec eux, ils conserveront la r\u00e9serve n\u00e9cessaire vis-\u00e0-vis de leurs ma\u00eetres.<\/p>\n<p>D&rsquo;autre part, il y aurait \u00e0 craindre qu&rsquo;\u00e0 la vue des fr\u00e8res plus \u00e2g\u00e9s punis pour des manquements \u00e0 leur devoir commis par suite d&rsquo;inattention, ces enfants n&rsquo;acqui\u00e8rent, parfois m\u00eame \u00e0 leur insu, quelque inclination au mal, ou bien qu&rsquo;ils ne s&rsquo;enorgueillissent en constatant que de plus anciens sont souvent en faute, dans des circonstances o\u00f9 eux-m\u00eames agissent correctement. Ne diff\u00e8rent gu\u00e8re, en effet, des enfants ceux qui raisonnent en enfants ; il n&rsquo;est donc pas \u00e9tonnant de rencontrer les m\u00eames d\u00e9fauts chez les uns et les autres.<\/p>\n<p>Il ne faut pas non plus que ce que les anciens font correctement \u00e0 cause de leur \u00e2ge, les enfants, par suite de leur contact continuel avec eux, ne soient tent\u00e9s de le faire aussi, mais pr\u00e9matur\u00e9ment et mal.<\/p>\n<p>Pour ces raisons et tant d&rsquo;autres motifs de convenance, il faut s\u00e9parer l&rsquo;habitation des enfants de celle des fr\u00e8res. La demeure des asc\u00e8tes qui sont d\u00e9j\u00e0 form\u00e9s ne sera donc pas non plus troubl\u00e9e par les le\u00e7ons et les exercices n\u00e9cessaires pour les jeunes. Cependant, les pri\u00e8res d\u00e9termin\u00e9es aux diff\u00e9rentes heures du jour seront communes aux uns et aux autres, car les plus jeunes s&rsquo;habituent \u00e0 la componction en suivant l&rsquo;exemple des anciens, et ceux qui les \u00e9duquent re\u00e7oivent d&rsquo;eux dans la pri\u00e8re un secours appr\u00e9ciable.<\/p>\n<p>On fixera convenablement pour les enfants un r\u00e9gime particulier et un r\u00e8glement sp\u00e9cial pour ce qui regarde le sommeil et les veilles, l&rsquo;heure, la quantit\u00e9 et la qualit\u00e9 des repas.<\/p>\n<p>On mettra \u00e0 leur t\u00eate l&rsquo;ancien qui aura le plus d&rsquo;exp\u00e9rience et qui sera connu pour sa patience. Avec une paternelle bont\u00e9 et par de sages paroles, il redressera les erreurs des enfants, et donnera \u00e0 chacun le traitement qui convient \u00e0 sa faute, afin de punir le coupable et d&rsquo;exercer en m\u00eame temps son \u00e2me \u00e0 ma\u00eetriser les passions. L&rsquo;un d&rsquo;eux, par exemple, s&rsquo;est-il mis en col\u00e8re contre un compagnon ? Qu&rsquo;il soit oblig\u00e9 de le servir, et de se mettre \u00e0 sa disposition, dans la mesure m\u00eame de son emportement ; car l&rsquo;orgueil \u00e9tant ce qui excite le plus souvent en nous la col\u00e8re, l&rsquo;habitude de l&rsquo;humilit\u00e9 brise en l&rsquo;\u00e2me l&rsquo;\u00e9lan de sa violence. A-t-il pris des aliments en dehors du temps fix\u00e9 ? Qu&rsquo;il reste sans manger la plus grande partie du jour. L&rsquo;a-t-on vu manger immod\u00e9r\u00e9ment ou malproprement ? Qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;occasion, il regarde les autres manger comme il faut, sans pouvoir manger lui-m\u00eame, de fa\u00e7on \u00e0 \u00eatre en m\u00eame temps corrig\u00e9 par la privation, et \u00e9duqu\u00e9 dans les convenances. A-t-il prof\u00e9r\u00e9 quelque parole inutile, offensante pour le prochain, quelque mensonge ou autre parole d\u00e9fendue ? Qu&rsquo;il soit puni par le ventre et mis au silence.<\/p>\n<p>Il est n\u00e9cessaire aussi de donner aux enfants une instruction conforme au but qu&rsquo;ils poursuivent. Ils doivent donc apprendre \u00e0 se servir des paroles tir\u00e9es de l&rsquo;Ecriture et, au lieu de fables, on doit leur enseigner des r\u00e9cits merveilleux de l&rsquo;histoire, les instruire des sentences prises dans le Livre des Proverbes, et leur donner des r\u00e9compenses pour la m\u00e9moire qu&rsquo;ils garderont des noms et des faits. C&rsquo;est donc avec plaisir et comme en se jouant, qu&rsquo;ils atteindront le but, sans difficult\u00e9s ni heurts.<\/p>\n<p>En s&rsquo;y prenant bien, on obtiendra facilement de ces enfants l&rsquo;attention et l&rsquo;habitude de n&rsquo;\u00eatre pas distraits, si leurs ma\u00eetres leur demandent \u00e0 tout instant ce qu&rsquo;ils pensent et \u00e0 quoi ils songent. La simplicit\u00e9 de leur \u00e2ge, leur na\u00efvet\u00e9 et leur inaptitude au mensonge les fera exposer sans d\u00e9tour les secrets de leur \u00e2me. De peur d&rsquo;\u00eatre constamment surpris dans les pens\u00e9es d\u00e9fendues, l&rsquo;enfant \u00e9vitera de laisser errer son esprit, et, par crainte de la honte inh\u00e9rente aux reproches, il se reprendra lui-m\u00eame, d\u00e8s que ses pens\u00e9es ne seront pas ce qu&rsquo;elles doivent \u00eatre.<\/p>\n<p>C&rsquo;est donc lorsque l&rsquo;\u00e2me est encore mall\u00e9able, tendre et molle comme la cire, capable de recevoir facilement les formes qu&rsquo;on lui donne, qu&rsquo;il faut sans tarder l&rsquo;exercer au bien. Lorsque survient la raison et qu&rsquo;arrive le jugement, elle peut prendre son essor, forte des notions \u00e9l\u00e9mentaires re\u00e7ues auparavant et de la formation \u00e0 la pi\u00e9t\u00e9 qui lui aura \u00e9t\u00e9 donn\u00e9e. La raison lui montrera l&rsquo;opportunit\u00e9 de bien faire et l&rsquo;habitude lui en procurera la facilit\u00e9.<\/p>\n<p>Alors on pourra admettre \u00e0 la promesse de chastet\u00e9, promesse enfin s\u00fbre, formul\u00e9e avec jugement et conviction personnelle, en plein exercice de la raison, par suite de quoi r\u00e9compenses et punitions seront distribu\u00e9es par le Juge \u00e9quitable \u00e0 ceux qui s&rsquo;y conformeront ou \u00e0 ceux qui l&rsquo;enfreindront, selon le m\u00e9rite de leurs actions.<\/p>\n<p>Comme t\u00e9moins de cette r\u00e9solution, il faut prendre les sup\u00e9rieurs eccl\u00e9siastiques, afin qu&rsquo;ils consacrent le corps du prof\u00e8s comme une offrande faite \u00e0 Dieu et confirment la valeur de la profession par leur t\u00e9moignage, \u00ab\u00a0car, est-il dit, toute parole sera confirm\u00e9e sur la foi de deux ou trois t\u00e9moins\u00a0\u00bb (Mt 18, 16). Ainsi d&rsquo;une part on ne pourra bl\u00e2mer le z\u00e8le des fr\u00e8res, et, d&rsquo;autre part, celui qui sera vou\u00e9 \u00e0 Dieu ne trouvera aucune excuse \u00e0 son impudence, s&rsquo;il veut s&rsquo;en aller dans la suite.<\/p>\n<p>Pour celui qui n&#8217;embrasse pas la vie de chastet\u00e9, parce qu&rsquo;il lui est impossible de s&rsquo;appliquer aux choses de Dieu, il sera cong\u00e9di\u00e9 devant les m\u00eames t\u00e9moins.<\/p>\n<p>Enfin celui qui s&rsquo;engage doit r\u00e9fl\u00e9chir longuement, et il convient de le laisser d\u00e9lib\u00e9rer plusieurs jours en lui-m\u00eame pour ne pas avoir l&rsquo;air de l&rsquo;attirer malgr\u00e9 lui, mais ensuite il faut le recevoir et le mettre au nombre des fr\u00e8res en lui donnant la participation \u00e0 la table et au logis des prof\u00e8s.<\/p>\n<p>Nous avons oubli\u00e9 de dire, mais il est encore temps d&rsquo;en parler, que puisqu&rsquo;il faut enseigner certains m\u00e9tiers d\u00e8s l&rsquo;enfance, lorsque certains de ces enfants paraissent aptes \u00e0 recevoir cet enseignement, nous ne d\u00e9fendons pas qu&rsquo;ils passent la journ\u00e9e avec leurs instructeurs, mais pour la nuit et pour les repas ils doivent se retrouver avec leurs compagnons.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><b>QU : 16 &#8211; La temp\u00e9rance est-elle n\u00e9cessaire \u00e0 ceux qui veulent vivre saintement ?<\/b><\/p>\n<p>R. &#8211; Qu&rsquo;il doive \u00eatre question de la temp\u00e9rance, la chose ne fait pas de doute. Tout d&rsquo;abord, parce que l&rsquo;Ap\u00f4tre met la temp\u00e9rance au nombre des fruits du saint Esprit (Ga 5, 23), ensuite parce qu&rsquo;il affirme que c&rsquo;est elle qui a rendu son minist\u00e8re irr\u00e9prochable : \u00ab\u00a0Dans les souffrances, dit-il, dans les veilles, dans le je\u00fbne, dans la continence\u00a0\u00bb (2 Co 6, 5), et ailleurs : \u00ab\u00a0Dans la peine, dans la fatigue, dans les veilles fr\u00e9quentes, dans la faim, dans la soif, dans les je\u00fbnes r\u00e9p\u00e9t\u00e9s\u00a0\u00bb (2 Co 11, 27) ; il ajoute aussi : \u00ab\u00a0Un athl\u00e8te doit se mod\u00e9rer en tout\u00a0\u00bb. (1 Co 9, 25)<\/p>\n<p>C&rsquo;est que nul moyen n&rsquo;est plus apte que la temp\u00e9rance \u00e0 mortifier et \u00e0 asservir le corps. L&rsquo;effervescence de la jeunesse et la fougue des passions trouvent en elle un frein puissant qui les contient.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0La vie d\u00e9licate n&rsquo;apporte rien \u00e0 l&rsquo;insens\u00e9\u00a0\u00bb dit Salomon (Pr 19, 10), et quoi de plus insens\u00e9 que la chair se livrant aux d\u00e9lices, et la jeunesse aux \u00e9garements ? C&rsquo;est pourquoi l&rsquo;Ap\u00f4tre dit : \u00ab\u00a0N&rsquo;accomplissez pas les d\u00e9sirs de la chair en c\u00e9dant \u00e0 la concupiscence\u00a0\u00bb (Rm 13, 14), et : \u00ab\u00a0celle qui est dans les volupt\u00e9s est d\u00e9j\u00e0 morte\u00a0\u00bb.(1 Tm 5, 6)<\/p>\n<p>L&rsquo;exemple du riche qui avait v\u00e9cu dans les d\u00e9lices nous montre aussi la n\u00e9cessit\u00e9 de la temp\u00e9rance, si nous ne voulons nous entendre r\u00e9p\u00e9ter ce qui lui a \u00e9t\u00e9 dit : \u00ab\u00a0La part de bien, tu l&rsquo;as re\u00e7u d\u00e9j\u00e0 dans la vie\u00a0\u00bb. (Lc 16, 25)<\/p>\n<p>L&rsquo;Ap\u00f4tre nous dit encore combien l&rsquo;intemp\u00e9rance est \u00e0 craindre lorsqu&rsquo;il cite parmi les caract\u00e8res de l&rsquo;apostasie : \u00ab\u00a0Aux derniers jours il y aura des moments durs \u00e0 supporter, car les hommes seront \u00e9pris d&rsquo;eux- m\u00eames\u00a0\u00bb (2 Tm 3, 1-2), et apr\u00e8s avoir \u00e9num\u00e9r\u00e9 quelques formes du mal, il ajoute : \u00ab\u00a0&#8230;calomniateurs, intemp\u00e9rants\u00a0\u00bb. (2 Tm.3, 3)<\/p>\n<p>Esa\u00fc, d&rsquo;ailleurs, \u00e9prouva combien l&rsquo;intemp\u00e9rance est le plus grand des maux, lorsque pour un seul plat d&rsquo;aliments, il vendit ses droits d&rsquo;a\u00eenesse (Gn 25, 33), et la premi\u00e8re d\u00e9sob\u00e9issance de l&rsquo;homme eut son origine dans l&rsquo;intemp\u00e9rance.<\/p>\n<p>Tous les saints, au contraire, ont m\u00e9rit\u00e9 ce t\u00e9moignage qu&rsquo;ils ont v\u00e9cu dans la temp\u00e9rance, et la vie des bienheureux tout enti\u00e8re, l&rsquo;exemple de Notre Seigneur dans son s\u00e9jour mortel nous y portent.<\/p>\n<p>C&rsquo;est \u00e0 la suite d&rsquo;une longue pers\u00e9v\u00e9rance dans le je\u00fbne et la pri\u00e8re que Mo\u00efse re\u00e7ut la loi (Dt 9, 9) et put entendre la parole de Dieu \u00ab\u00a0comme celle d&rsquo;un ami parlant \u00e0 son ami\u00a0\u00bb (Ex 33, 11). Elie ne fut jug\u00e9 digne de voir Dieu que lorsqu&rsquo;il eut je\u00fbn\u00e9 lui-m\u00eame dans la m\u00eame mesure (1 R 19, 8). Et que dire de Daniel ? Comment parvint-il \u00e0 ses visions merveilleuses ? N&rsquo;est-ce pas apr\u00e8s le vingti\u00e8me jour de je\u00fbne ? (Dn 10, 3) Comment les trois enfants \u00e9teignirent-ils la violence du feu ? N&rsquo;est-ce pas gr\u00e2ce \u00e0 la temp\u00e9rance ? (Dn 1, 8) Et Jean ? D\u00e8s le commencement il v\u00e9cu dans la temp\u00e9rance (Mt 3, 4 ; Lc 1, 15). Le Seigneur lui-m\u00eame commen\u00e7a sa vie publique en la pratiquant (Mt 4, 2).<\/p>\n<p>Nous appelons \u00e9videmment temp\u00e9rance non la compl\u00e8te abstention des aliments, car cela provoquerait in\u00e9vitablement la mort, mais le renoncement aux choses agr\u00e9ables, pratiqu\u00e9 pour \u00e9mousser l&rsquo;orgueil de la chair au profit de la pi\u00e9t\u00e9. En somme, c&rsquo;est en tout ce dont veulent jouir ceux qui vivent selon leurs passions que nous devons nous mod\u00e9rer, lorsque nous nous soumettons aux r\u00e8gles de la perfection.<\/p>\n<p>Ce n&rsquo;est pas seulement contre les plaisirs de la bouche qu&rsquo;est dirig\u00e9e la pratique de la temp\u00e9rance, car elle comprend aussi le renoncement \u00e0 tout ce qui pourrait entraver la pratique de la vertu. Le parfait temp\u00e9rant ne commande donc pas \u00e0 son ventre pour \u00eatre ensuite vaincu par la gloire humaine ; il ne ma\u00eetrise pas ses mauvais instincts, sans dominer aussi l&rsquo;app\u00e9tit de la richesse et n&rsquo;importe quelle autre inclination m\u00e9prisable \u00e0 la col\u00e8re, \u00e0 la jalousie ou d&rsquo;autres sentiments, qui asservissent ordinairement les \u00e2mes grossi\u00e8res.<\/p>\n<p>Je pense bien que l&rsquo;on peut remarquer particuli\u00e8rement \u00e0 propos du pr\u00e9cepte de la temp\u00e9rance ce que l&rsquo;on constate au sujet des commandements, c&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;ils se tiennent entre eux, et qu&rsquo;il est impossible de les observer s\u00e9par\u00e9ment. Humble est celui qui domine son go\u00fbt pour la gloire ; pauvre dans l&rsquo;esprit voulu par l&rsquo;Evangile, celui qui se mod\u00e8re dans l&rsquo;usage de la richesse et doux celui qui commande \u00e0 sa col\u00e8re et son emportement.<\/p>\n<p>La temp\u00e9rance parfaite exige essentiellement qu&rsquo;on impose une mesure \u00e0 sa langue, des limites aux yeux et la simplicit\u00e9 aux oreilles : qui n&rsquo;est pas fid\u00e8le en cela est un homme sans mod\u00e9ration ni retenue. Vous voyez comment autour de ce seul pr\u00e9cepte tous les autres se rangent comme en un c\u0153ur ?<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><b>QU : 17 &#8211; Qu&rsquo;il faut aussi se mod\u00e9rer dans le rire<\/b><\/p>\n<p>R. &#8211; Voil\u00e0 un point fort n\u00e9glig\u00e9 et cependant bien digne d&rsquo;attention toute sp\u00e9ciale de la part de ceux qui pratiquent l&rsquo;asc\u00e9tisme.<\/p>\n<p>Se livrer au rire bruyant et immod\u00e9r\u00e9 est un signe d&rsquo;intemp\u00e9rance et prouve qu&rsquo;on ne sait ni se maintenir dans le calme, ni r\u00e9primer la frivolit\u00e9 de l&rsquo;\u00e2me par la sainte raison. Il n&rsquo;est pas inconvenant de montrer, jusqu&rsquo;au sourire joyeux, l&rsquo;\u00e9panouissement de l&rsquo;\u00e2me, comme l&rsquo;indique ce proverbe de l&rsquo;Ecriture : \u00ab\u00a0C\u0153ur joyeux, figure sereine\u00a0\u00bb (Pr 15, 13), mais rire aux \u00e9clats et en \u00eatre secou\u00e9 malgr\u00e9 soi, n&rsquo;est pas le fait de l&rsquo;\u00e2me tranquille, \u00e9prouv\u00e9e ou ma\u00eetresse d&rsquo;elle-m\u00eame.<\/p>\n<p>Ce genre de rire, l&rsquo;Eccl\u00e9siaste le r\u00e9prouve aussi comme le grand adversaire de la stabilit\u00e9 de l&rsquo;\u00e2me : \u00ab\u00a0J&rsquo;ai condamn\u00e9 le rire comme un \u00e9garement\u00a0\u00bb(Qo 2, 2), et : \u00ab\u00a0Le rire de l&rsquo;insens\u00e9 est comme le cr\u00e9pitement des \u00e9pines sous la chaudi\u00e8re\u00a0\u00bb(Qo 7, 7).<\/p>\n<p>Le Seigneur lui-m\u00eame a bien voulu \u00e9prouver tous les sentiments ins\u00e9parables de la nature humaine et montrer sa vertu dans la fatigue, par exemple, ou dans la compassion envers les malheureux mais, comme l&rsquo;attestent les r\u00e9cits \u00e9vang\u00e9liques, il n&rsquo;a jamais c\u00e9der au rire ; bien plus il se lamente sur ceux qui rient. (Lc 6, 25)<\/p>\n<p>Ne nous laissons cependant pas tromper par l&rsquo;\u00e9quivoque, car l&rsquo;Ecriture appelle souvent rire la joie de l&rsquo;\u00e2me et le plaisir provoqu\u00e9 par diverses esp\u00e8ces de biens ; ainsi s&rsquo;exclame Sara : \u00ab\u00a0Dieu m&rsquo;a accord\u00e9 de rire\u00a0\u00bb (Gn 21, 6), de m\u00eame J\u00e9sus dit : \u00ab\u00a0Bienheureux vous qui pleurez, parce que vous rirez\u00a0\u00bb(Lc 6, 21), et Job : \u00a0\u00bb Bouche sinc\u00e8re conna\u00eetra le rire\u00a0\u00bb (Jb 8, 21). Toutes ces expressions sont prises pour l&rsquo;all\u00e9gresse, qui se fonde sur le contentement de l&rsquo;\u00e2me.<\/p>\n<p>Si quelqu&rsquo;un est donc au dessus des passions, ne subit pas l&rsquo;attrait du plaisir, ou du moins ne lui c\u00e8de pas, mais se domine avec fermet\u00e9 en pr\u00e9sence de toute jouissance nuisible, celui-l\u00e0 est parfaitement temp\u00e9rant, et il est manifeste qu&rsquo;\u00e9tant tel il s&rsquo;\u00e9cartera de toute faute. Il est m\u00eame des circonstances o\u00f9 il faut s&rsquo;abstenir des choses permises et n\u00e9cessaires \u00e0 la vie, ainsi lorsque l&rsquo;int\u00e9r\u00eat d&rsquo;un fr\u00e8re le demande, comme dit l&rsquo;Ap\u00f4tre : \u00ab\u00a0Si la nourriture que je prends scandalise mon fr\u00e8re, je ne mangerai plus de viande\u00a0\u00bb (1 Co 8, 13). Il avait la facult\u00e9 de vivre selon l&rsquo;Evangile, mais il n&rsquo;en a pas us\u00e9 de peur de faire obstacle \u00e0 ce m\u00eame Evangile du Christ. (1 Co 9, 12)<\/p>\n<p>La temp\u00e9rance est la destruction du p\u00e9ch\u00e9, l&rsquo;an\u00e9antissement des passions, la mortification du corps, jusque dans ses app\u00e9tits et ses d\u00e9sirs, le principe de la vie spirituelle et le gage des biens \u00e9ternels, car elle brise en elle l&rsquo;aiguillon de la volupt\u00e9. Le plaisir est, en effet, le grand app\u00e2t du mal qui nous rend nous, hommes, si enclins au p\u00e9ch\u00e9, et par lequel toute \u00e2me est attir\u00e9e vers la mort, comme par un hame\u00e7on. En ne se laissant ni eff\u00e9miner par lui ni courber sous son joug, on \u00e9chappe, gr\u00e2ce \u00e0 la temp\u00e9rance, \u00e0 toute faute ; cependant, si, apr\u00e8s l&rsquo;avoir fui dans la plupart des occasions, on vient \u00e0 lui c\u00e9der, ne fut-ce qu&rsquo;une seule fois, on n&rsquo;est pas temp\u00e9rant, pas plus que n&rsquo;est en bonne sant\u00e9 celui qui est atteint d&rsquo;une seule maladie, pas plus que n&rsquo;est libre celui qui se laisse dominer par un seul ma\u00eetre et une fois par hasard.<\/p>\n<p>Les autres vertus, parce qu&rsquo;elles s&rsquo;exercent dans le secret de l&rsquo;\u00e2me apparaissent peu aux yeux des hommes, la temp\u00e9rance, au contraire, signale qui la poss\u00e8de \u00e0 tous ceux qu&rsquo;il rencontre. Comme la corpulence et les belles couleurs caract\u00e9risent l&rsquo;athl\u00e8te, ainsi la maigreur et la p\u00e2leur qui r\u00e9sultent des privations, font conna\u00eetre le chr\u00e9tien, car \u00e9tant athl\u00e8te du Christ, c&rsquo;est dans l&rsquo;affaiblissement du corps qu&rsquo;il vient \u00e0 bout de son ennemi et montre jusqu&rsquo;o\u00f9 il peut soutenir les combats spirituels, selon ces paroles : \u00ab\u00a0C&rsquo;est lorsque je suis faible que je me sens fort\u00a0\u00bb. (2 Co 12, 10)<\/p>\n<p>Combien il est profitable ne fut-ce que de voir la conduite du temp\u00e9rant ! Usant \u00e0 peine et en petites quantit\u00e9s des choses n\u00e9cessaires, comme pour rendre \u00e0 la nature un service qui lui p\u00e8se, trouvant trop long le temps qu&rsquo;il faut y consacrer, il est vite lev\u00e9 de table pour s&#8217;empresser au travail. Je crois bien qu&rsquo;aucun discours ne pourrait toucher l&rsquo;\u00e2me de celui qui est esclave de son ventre, et l&rsquo;amener \u00e0 se convertir, comme une seule rencontre avec celui qui est temp\u00e9rant.<\/p>\n<p>Voil\u00e0, me semble-t-il, ce que veut dire manger et boire pour la gloire de Dieu : c&rsquo;est faire en sorte que, m\u00eame \u00e0 table, nos bonnes actions resplendissent pour glorifier notre P\u00e8re, qui est dans les cieux.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><b>QU : 18 : Qu&rsquo;il faut go\u00fbter de tous les mets qu&rsquo;on nous pr\u00e9sente<\/b><\/p>\n<p>R. : Sans doute, il est n\u00e9cessaire d&rsquo;\u00e9tablir ce principe que la temp\u00e9rance est requise chez les athl\u00e8tes de la pi\u00e9t\u00e9 pour ma\u00eetriser le corps : \u00ab\u00a0Un athl\u00e8te, en effet, \u00e9vite tout exc\u00e8s\u00a0\u00bb (1 Co 9, 25) ; mais il ne faut pas tomber dans l&rsquo;erreur de ceux qui se sont caut\u00e9ris\u00e9 la conscience et, par suite, s&rsquo;abstiennent des aliments cr\u00e9\u00e9s par Dieu pour que les fid\u00e8les en usent en lui rendant gr\u00e2ces (1 Tm 4, 2-3). Il faut donc, lorsque l&rsquo;occasion s&rsquo;en pr\u00e9sente, toucher \u00e0 chaque mets suffisamment pour manifester aux yeux de tous que pour les purs tout est pur (Tt 1, 15), que toute chose cr\u00e9\u00e9e par Dieu est bonne et qu&rsquo;on ne doit rien rejeter de ce qu&rsquo;on peut prendre avec actions de gr\u00e2ces : \u00ab\u00a0Car la parole de Dieu et la pri\u00e8re l&rsquo;ont sanctifi\u00e9\u00a0\u00bb (1 Tm 4, 4-5). Quant \u00e0 l&rsquo;objectif de la temp\u00e9rance on le r\u00e9alise de cette fa\u00e7on : d&rsquo;une part on use selon ses besoins des choses les plus simples, n\u00e9cessaires \u00e0 la vie, en \u00e9vitant toute sati\u00e9t\u00e9, et d&rsquo;autre part on s&rsquo;abstient de tout ce qui n&rsquo;est que pour le plaisir.<\/p>\n<p>Ainsi nous \u00e9mousserons l&rsquo;aiguillon de la volupt\u00e9, nous \u00e9viterons pour notre part la faute de ceux qui se sont insensibilis\u00e9 la conscience, et nous \u00e9chapperons au soup\u00e7on d&rsquo;exc\u00e8s dans l&rsquo;un ou l&rsquo;autre sens : \u00ab\u00a0Pourquoi, dit l&rsquo;Ap\u00f4tre, ma libert\u00e9 serait-elle jug\u00e9e par la conscience d&rsquo;autrui ?\u00a0\u00bb (1 Co 10, 29)<\/p>\n<p>La temp\u00e9rance est le signe qu&rsquo;on est mort avec le Christ et que l&rsquo;on mortifie ses membres sur la terre. C&rsquo;est elle, nous le savons, qui engendre la chastet\u00e9, procure la sant\u00e9, \u00e9carte enfin puissamment les obstacles \u00e0 la f\u00e9condit\u00e9 en bonnes \u0153uvres dans le Christ, puisque, selon son expression, les soucis de ce monde, les plaisirs de la vie et tous les autres d\u00e9sirs \u00e9touffent la parole de Dieu et la rendent st\u00e9rile (Mt 13, 22). C&rsquo;est devant elle aussi que les d\u00e9mons fuient, car le Seigneur lui-m\u00eame nous a appris que cette race n&rsquo;est mise en fuite que par le je\u00fbne et la pri\u00e8re. (Mt 17, 20)<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><b>QU : 19 : Quelle est la norme de la temp\u00e9rance ?<\/b><\/p>\n<p>R. : Pour ce qui est des passions de l&rsquo;\u00e2me il n&rsquo;y a qu&rsquo;une mesure \u00e0 fixer \u00e0 la temp\u00e9rance : c&rsquo;est le renoncement complet \u00e0 toutes celles qui tendent au plaisir coupable.<\/p>\n<p>Quand aux aliments, au contraire, comme les besoins diff\u00e8rent pour les uns et les autres selon l&rsquo;\u00e2ge, les occupations et la constitution physique, il faut des r\u00e9gimes et des traitements divers. Il en r\u00e9sulte qu&rsquo;on ne peut, dans une seule r\u00e8gle, embrasser toutes celles qui s&rsquo;imposent dans l&rsquo;exercice de la pi\u00e9t\u00e9, mais en fixant ce qui convient aux sant\u00e9s normales, nous permettons aux sup\u00e9rieurs d&rsquo;\u00e9tablir prudemment des exceptions pour les cas particuliers. Il n&rsquo;est pas possible en effet de parler de chacun ; il faut se borner \u00e0 donner des directives communes et g\u00e9n\u00e9rales.<\/p>\n<p>D&rsquo;accord en cela avec celui qui a dit : \u00ab\u00a0On donnait \u00e0 chacun selon ses besoins\u00a0\u00bb (Ac 2, 45), les sup\u00e9rieurs tiendront toujours raisonnablement compte des n\u00e9cessit\u00e9s, pour procurer des soulagements dans la nourriture aux malades, \u00e0 ceux qu&rsquo;un travail soutenu aura \u00e9puis\u00e9s, et \u00e0 ceux qui se pr\u00e9parent \u00e0 une grande fatigue, comme un voyage ou tout autre effort p\u00e9nible.<\/p>\n<p>Il n&rsquo;est pas possible de d\u00e9terminer pour les repas ni l&rsquo;heure, ni la qualit\u00e9, ni la quantit\u00e9, mais on aura g\u00e9n\u00e9ralement en vu de satisfaire aux besoins. Se remplir le ventre et s&rsquo;alourdir par les aliments m\u00e9rite cette mal\u00e9diction du Seigneur : \u00ab\u00a0Malheur \u00e0 vous qui \u00eates maintenant rassasi\u00e9s !\u00a0\u00bb (Lc 6, 25) ; le corps en est du reste rendu incapable d&rsquo;\u00e9nergie et dispos\u00e9 au sommeil ou aux maladies.<\/p>\n<p>Il ne faut pas non plus manger par gourmandise, mais pour vivre, en \u00e9vitant de s&rsquo;adonner au plaisir, car \u00eatre esclave de la volupt\u00e9 n&rsquo;est autre chose que se faire un Dieu de son ventre. Parce que notre corps se d\u00e9pense et s&rsquo;\u00e9puise constamment, il a besoin de r\u00e9fection, et c&rsquo;est pour cela que le besoin de nourriture est dans la nature elle-m\u00eame, mais la juste norme que la raison nous fixe est de boire et de manger pour autant qu&rsquo;il est n\u00e9cessaire, afin de soutenir le corps en lui restituant ce qu&rsquo;il a perdu.<\/p>\n<p>Les aliments \u00e0 employer sont ceux qui sont les plus simples \u00e0 pr\u00e9parer. C&rsquo;est ce que nous enseigne le Seigneur par la fa\u00e7on dont il se chargea de nourrir le peuple fatigu\u00e9, de peur qu&rsquo;il ne vint \u00e0 d\u00e9faillir en chemin, ainsi que le raconte l&rsquo;Evangile (Mt 15, 32). Alors en effet, qu&rsquo;il aurait pu faire un miracle plus \u00e9clatant, en imaginant dans le d\u00e9sert un repas magnifique, il pr\u00e9senta \u00e0 ceux qui l&rsquo;avaient suivi une nourriture si simple et si frugale, qu&rsquo;elle se r\u00e9duisait \u00e0 du pain d&rsquo;orge avec un peu de poisson (Jn 6, 9). De breuvage, il n&rsquo;en est pas fait mention, car nous avons tous \u00e0 notre disposition l&rsquo;eau que fournit la nature en suffisance pour nos besoins, \u00e0 moins que celle-ci ne soit nuisible \u00e0 quelque malade et ne doive \u00eatre \u00e9cart\u00e9e comme Paul le conseille \u00e0 Timoth\u00e9e (1 Tm 5, 23).<\/p>\n<p>Du reste tout ce qui nuit doit \u00eatre \u00e9vit\u00e9, car il ne faut pas prendre pour soutenir le corps des aliments qui soient ensuite eux-m\u00eames les ennemis du corps et l&rsquo;entravent dans l&rsquo;accomplissement de son devoir, et ceci nous enseigne \u00e9galement \u00e0 prendre l&rsquo;habitude de fuir les aliments nuisibles, m\u00eame lorsqu&rsquo;ils nous plaisent.<\/p>\n<p>On doit de toute fa\u00e7on pr\u00e9f\u00e9rer les mets les plus faciles \u00e0 se procurer, et ne pas donner, sous pr\u00e9texte d&rsquo;abstinence, beaucoup de soins aux mets les plus recherch\u00e9s et les plus co\u00fbteux en pr\u00e9parant les aliments au moyen des meilleurs assaisonnements. On choisira au contraire ce qu&rsquo;on trouve le plus facilement dans la contr\u00e9e, co\u00fbte peu et est d&rsquo;usage commun ; on n&#8217;emploiera les aliments amen\u00e9s du dehors, comme l&rsquo;huile ou chose semblable, qu&rsquo;en cas de n\u00e9cessit\u00e9 vitale ou pour soulager un malade, encore faut-il que ce soit possible sans trop d&rsquo;ennuis, d&rsquo;agitation et de soucis.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><b>QU : 20 : Quelle table offrir aux h\u00f4tes ?<\/b><\/p>\n<p>R. : La vaine gloire, le d\u00e9sir de plaire aux hommes, agir pour \u00eatre vu : voil\u00e0 ce qui est absolument interdit aux chr\u00e9tiens dans toute leur conduite, car, m\u00eame lorsqu&rsquo;on observe la loi, si on le fait pour \u00eatre remarqu\u00e9 ou lou\u00e9 des hommes, on perd le droit \u00e0 la r\u00e9compense. Ceux qui ont embrass\u00e9 l&rsquo;humilit\u00e9 sous toutes ses formes pour ob\u00e9ir au Seigneur doivent donc fuir la vaine gloire par-dessus tout.<\/p>\n<p>Quand nous voyons ceux du dehors rougir de ce que la pauvret\u00e9 a d&rsquo;humiliant et pr\u00e9parer une table abondante et somptueuse aux h\u00f4tes qu&rsquo;ils re\u00e7oivent, je crains fort que nous aussi, sans nous en rendre compte, nous ne tombions dans le m\u00eame d\u00e9faut et ne m\u00e9ritions ce reproche de rougir de la pauvret\u00e9 proclam\u00e9e pourtant bienheureuse par le Christ. (Mt 5, 3)<\/p>\n<p>Pas plus qu&rsquo;il ne nous convient de nous procurer de l&rsquo;ext\u00e9rieur des vases d&rsquo;argent, des voiles de pourpre, un lit moelleux et des couvertures pr\u00e9cieuses, nous ne pouvons composer des repas sortant fort de notre ordinaire. Si nous courons \u00e0 la recherche de ce qui n&rsquo;est pas strictement requis par la n\u00e9cessit\u00e9, mais a \u00e9t\u00e9 invent\u00e9 pour servir \u00e0 la mis\u00e9rable volupt\u00e9 ou \u00e0 la funeste gloriole, notre conduite est indigne de notre id\u00e9al et incompatible avec lui. Bien plus, elle fait un tord consid\u00e9rable \u00e0 ceux qui vivant dans la mollesse et ramenant la b\u00e9atitude aux plaisirs du ventre, nous voient nous tourner vers les m\u00eames viles pr\u00e9occupations que les leurs.<\/p>\n<p>Si la volupt\u00e9 est un mal d\u00e9testable, nous ne devons jamais nous y livrer, car absolument rien de ce qui est r\u00e9prouv\u00e9 en soi ne peut convenir en aucune circonstance. Ceux qui vivent dans les d\u00e9lices, usent des meilleurs parfums et boivent les vins les plus fins, encourent la condamnation de l&rsquo;Evangile (Am 6, 6), et la veuve qui c\u00e8de au plaisir est de son vivant consid\u00e9r\u00e9e comme d\u00e9j\u00e0 morte (1 Tm 5, 6) ; quant au riche, il a \u00e9t\u00e9 priv\u00e9 du paradis pour sa vie de plaisir. (Lc 16, 22)<\/p>\n<p>Que nous importe \u00e0 nous le faste ? Survient-il un h\u00f4te ? Si c&rsquo;est un confr\u00e8re qui poursuit le m\u00eame but que nous, il reconna\u00eetra sa propre table ; ce qu&rsquo;il a laiss\u00e9 chez lui, voil\u00e0 ce qu&rsquo;il retrouvera chez nous. Mais il est fatigu\u00e9 du voyage ? Donnons-lui alors ce qui est n\u00e9cessaire pour se restaurer.<\/p>\n<p>Un autre est venu. Il est du monde ? Qu&rsquo;il apprenne par les faits ce que la parole n&rsquo;a pu lui faire admettre et qu&rsquo;on lui montre le mod\u00e8le et l&rsquo;exemple de la frugalit\u00e9 dans la nourriture. Qu&rsquo;on lui rappelle la table des chr\u00e9tiens et la pauvret\u00e9 support\u00e9e sans honte pour l&rsquo;amour du Christ. S&rsquo;il ne le comprend pas, mais trouve cela ridicule, il ne nous ennuiera pas une seconde fois.<\/p>\n<p>Pour nous, lorsque nous voyons des riches mettre au premier rang la jouissance des plaisirs, nous g\u00e9missons beaucoup sur eux : en passant leur vie dans la vanit\u00e9 et en faisant leurs dieux des d\u00e9lices, ils ne s&rsquo;aper\u00e7oivent pas qu&rsquo;ils re\u00e7oivent dans cette vie leur part de biens, et en jouissant ici-bas, ils se pr\u00e9cipitent dans le feu ardent qui a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9par\u00e9 pour eux. Si nous en avons l&rsquo;occasion n&rsquo;h\u00e9sitons pas \u00e0 le leur dire.<\/p>\n<p>Dans le cas o\u00f9 nous aussi nous tomberions dans ces erreurs et chercherions de tout notre pouvoir les plaisirs de la table et le faste agr\u00e9able aux yeux, je crains que nous ne d\u00e9molissions en fait ce que nous avons l&rsquo;air de b\u00e2tir et que nous ne nous condamnions nous-m\u00eame par les principes qui nous servent \u00e0 juger les autres. Ce serait vivre en hypocrites, occup\u00e9s \u00e0 prendre tant\u00f4t une attitude et tant\u00f4t une autre, si m\u00eame nous allons pas jusqu&rsquo;\u00e0 changer de v\u00eatements quand nous nous rencontrons avec un personnage fastueux.<\/p>\n<p>Si cela est m\u00e9prisable, il l&rsquo;est cependant encore plus de modifier notre propre r\u00e9gime \u00e0 cause des amateurs de bonne ch\u00e8re. Il n&rsquo;y a qu&rsquo;une seule fa\u00e7on de vivre en chr\u00e9tien, puisqu&rsquo;il n&rsquo;y a non plus qu&rsquo;un seul but : la gloire de Dieu. \u00ab\u00a0Que vous mangiez, que vous buviez, ou que vous fassiez n&rsquo;importe quoi, faites tout pour la gloire de Dieu\u00a0\u00bb, dit Paul en parlant dans le Christ. (1 Co 10, 31)<\/p>\n<p>La vie des gens du monde au contraire est vari\u00e9e et multiforme, parce qu&rsquo;ils changent constamment pour plaire au premier venu.<\/p>\n<p>Il s&rsquo;ensuit que toi-m\u00eame, lorsque tu pr\u00e9pares sur la table de ton fr\u00e8re des mets abondants et destin\u00e9s \u00e0 flatter le go\u00fbt, tu l&rsquo;accuses de rechercher le plaisir et tu l&rsquo;insultes en le faisant para\u00eetre gourmand, puisque tu lui pr\u00eates de telles inclinations. N&rsquo;est-ce pas bien souvent en voyant quelle nourriture est pr\u00e9par\u00e9e et comment elle l&rsquo;est, que nous devinons qui on attend et ce qu&rsquo;il vaut ?<\/p>\n<p>Le Seigneur n&rsquo;a nullement lou\u00e9 Marthe, tr\u00e8s affair\u00e9e \u00e0 le servir, mais il a dit : \u00ab\u00a0Tu te troubles et te pr\u00e9occupes de trop de choses ; il n&rsquo;est besoin que de peu, voire d&rsquo;une seule chose\u00a0\u00bb (Lc 10, 41-42). \u00ab\u00a0Peu\u00a0\u00bb, signifie \u00e9videmment ce qui est \u00e0 pr\u00e9parer ; \u00ab\u00a0une seule chose\u00a0\u00bb, le but que l&rsquo;on consid\u00e8re, c&rsquo;est-\u00e0-dire la n\u00e9cessit\u00e9 \u00e0 satisfaire. Vous n&rsquo;ignorez du reste pas non plus quel repas le Seigneur lui-m\u00eame a fait servir aux cinq mille personnes.<\/p>\n<p>La pri\u00e8re de Jacob est ainsi con\u00e7ue : \u00ab\u00a0Donnez-moi du pain \u00e0 manger et un manteau pour me couvrir\u00a0\u00bb (Gn 28, 20), et non pas : \u00ab\u00a0Donnez-moi festins et habits somptueux\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Et que dit le sage Salomon ? \u00ab\u00a0Ne me donne ni la richesse ni l&rsquo;indigence. Accorde-moi seulement assez de ce qui m&rsquo;est n\u00e9cessaire, de peur qu&rsquo;ayant \u00e0 sati\u00e9t\u00e9 je ne devienne ren\u00e9gat et ne dise : Qui me voit ? ou bien qu&rsquo;\u00e9tant pauvre je ne d\u00e9robe et ne parjure le nom de mon Dieu\u00a0\u00bb (Pr 30, 8-9).<\/p>\n<p>Il entendait par \u00ab\u00a0sati\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb : la richesse, par \u00ab\u00a0indigence\u00a0\u00bb : le manque de tout ce qui est n\u00e9cessaire \u00e0 la vie, et par \u00ab\u00a0le n\u00e9cessaire en suffisance\u00a0\u00bb : cet \u00e9tat o\u00f9 l&rsquo;on ne manque de rien en m\u00eame temps que l&rsquo;on a rien de superflu. Or ce qui suffit \u00e0 l&rsquo;un diff\u00e8re de ce qui suffit \u00e0 l&rsquo;autre, selon l&rsquo;\u00e9tat physique et le besoin du moment. A celui-ci il faudra un aliment plus abondant et plus substantiel parce qu&rsquo;il travaille, \u00e0 celui-l\u00e0 un mets plus agr\u00e9able et plus l\u00e9ger et proportionn\u00e9 en tout \u00e0 sa faiblesse ; mais en g\u00e9n\u00e9ral il faut donner une nourriture la plus ordinaire et la plus facile \u00e0 se procurer.<\/p>\n<p>Sans doute, on doit toujours avoir une table soigneusement et suffisamment servie, mais ne jamais d\u00e9passer les bornes du n\u00e9cessaire. Lorsqu&rsquo;on re\u00e7oit des h\u00f4tes, que l&rsquo;on est en vue de les contenter en tout ce dont ils ont besoin. L&rsquo;Ap\u00f4tre dit : \u00ab\u00a0Usant des choses de ce monde sans en abuser\u00a0\u00bb (1 Co 7, 31) ; or l&rsquo;abus est l&rsquo;usage d\u00e9passant la n\u00e9cessit\u00e9.<\/p>\n<p>N&rsquo;avons-nous pas d&rsquo;argent ? N&rsquo;en ayons pas. Nos greniers ne regorgent-ils pas ? Nous vivons au jour le jour, et nos mains nous procureront la nourriture. Pourquoi donc prendrions-nous pour le plaisir des gourmets, la nourriture que Dieu donne \u00e0 ceux qui ont faim ? Nous p\u00e9cherions doublement : en augmentant pour ceux-ci les angoisses de l&rsquo;indigence, et pour ceux-l\u00e0 les tristes suites de la sati\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p><b>QU : 21 : Quel rang et quelle place faut-il prendre \u00e0 table aux repas de midi et du soir ?<\/b><\/p>\n<p>R. : Puisque, pour nous habituer partout \u00e0 l&rsquo;humilit\u00e9, le Seigneur a voulu qu&rsquo;en se mettant \u00e0 table on prenne la derni\u00e8re place (Lc 14, 10), quiconque veut ob\u00e9ir en tout, doit \u00e9galement observer ce pr\u00e9cepte.<\/p>\n<p>Si nous avons pour commensaux des gens du monde, il convient de leur montrer ainsi l&rsquo;exemple qu&rsquo;il ne faut ni s&rsquo;\u00e9lever ni choisir la premi\u00e8re place.<\/p>\n<p>Lorsque ceux qui sont \u00e0 table ont les m\u00eames aspirations et veulent par cons\u00e9quent donner en toute occasion la preuve de leur humilit\u00e9, il appartient il est vrai \u00e0 chacun de choisir la derni\u00e8re place, mais il serait fort inconvenant aussi de se disputer pour l&rsquo;avoir. Ce serait d\u00e9truire l&rsquo;ordre et provoquer le trouble, car se quereller et se tenir t\u00eate mutuellement pour la derni\u00e8re place est la m\u00eame chose que se disputer pour les premi\u00e8res. Il faut donc ici encore user de circonspection et savoir agir comme il convient, c&rsquo;est-\u00e0-dire laisser \u00e0 celui qui re\u00e7oit, le soin de d\u00e9terminer les places, comme le Seigneur du reste l&rsquo;a prescrit en disant qu&rsquo;il appartient au ma\u00eetre de la maison de fixer l&rsquo;ordre des convives. (Lc 14, 10)<\/p>\n<p>C&rsquo;est ainsi que nous nous supporterons mutuellement dans la charit\u00e9 en gardant partout l&rsquo;ordre et la bonne tenue, et nous montrerons que nous ne pratiquons pas l&rsquo;humilit\u00e9 envers et contre tout, par ostentation et esprit d\u00e9magogique. C&rsquo;est, en effet, plut\u00f4t en ob\u00e9issant que nous serons humbles, car il y a manifestement plus d&rsquo;orgueil \u00e0 contester qu&rsquo;\u00e0 prendre la premi\u00e8re place lorsqu&rsquo;on vous la donne.<\/p>\n<p><b>\u00a0<\/b><\/p>\n<p><b>QU : 22 : Quel v\u00eatement convient au disciple du Christ ?<\/b><\/p>\n<p>R. : Ce que nous avons dit pr\u00e9c\u00e9demment montre la n\u00e9cessit\u00e9 de l&rsquo;humilit\u00e9, de la simplicit\u00e9, de la pauvret\u00e9 en tout et de la parcimonie, si l&rsquo;on ne veut trouver dans les besoins du corps que peu de causes de distractions.<\/p>\n<p>Pour le v\u00eatement, il faut donc s&rsquo;en tenir aux m\u00eames principes, car si nous devons chercher \u00e0 \u00eatre les derniers de tous, soyons aussi les derniers dans ce domaine. Autant les vaniteux se font gloire des v\u00eatements dont ils se couvrent parce qu&rsquo;ils aiment \u00e0 \u00eatre admir\u00e9s et envi\u00e9s pour la richesse de leur costume, autant celui qui s&rsquo;abaisse par l&rsquo;humilit\u00e9 au rang le plus infime doit naturellement aussi chercher ce qu&rsquo;il y a de plus pauvre en fait d&rsquo;habits.<\/p>\n<p>Les Corinthiens furent r\u00e9primand\u00e9s (1Co 11, 22), parce que, dans les repas communs, les riches avaient humili\u00e9 ceux qui n&rsquo;avaient rien ; de m\u00eame celui qui affecte de surpasser les autres dans les v\u00eatements qu&rsquo;il porte ordinairement en public, fait \u00e9videmment rougir les pauvres en provoquant une sorte de comparaison.<\/p>\n<p>Puisque l&rsquo;Ap\u00f4tre dit : \u00ab\u00a0N&rsquo;aspirez pas \u00e0 ce qui est \u00e9lev\u00e9, mais allez vers ce qui est humble\u00a0\u00bb (Rm. 12, 16), que chacun se demande s&rsquo;il vaut mieux pour le chr\u00e9tien ressembler \u00e0 ceux qui habitent dans les palais et portent des v\u00eatements pr\u00e9cieux ou bien \u00e0 celui qui a annonc\u00e9 et proclam\u00e9 la venue du Seigneur, \u00e0 celui que personne ne d\u00e9passe parmi ceux qui sont n\u00e9s de la femme (Mt 11, 8-11), je veux dire \u00e0 Jean fils de Zacharie, dont le v\u00eatement \u00e9tait de poil de chameau (Mt.3, 4). Du reste, les saints d&rsquo;autrefois s&rsquo;en allaient, eux aussi, rev\u00eatus de peaux de mouton et de peaux de ch\u00e8vres. (He 11, 37)<\/p>\n<p>Le but du v\u00eatement nous est indiqu\u00e9 par un mot de l&rsquo;Ap\u00f4tre : \u00ab\u00a0Que nous ayons, dit-il, de quoi nous nourrir et de quoi nous couvrir, et nous serons satisfaits\u00a0\u00bb (1 Tm 6, 8). Il estimait que nous n&rsquo;avons besoin que de nous couvrir sans tomber, pour ne pas dire plus encore, dans la frivolit\u00e9 coupable par la recherche de l&rsquo;ornement et la vaine complaisance qui en r\u00e9sulte, car ce sont l\u00e0 choses introduites dans l&rsquo;humanit\u00e9 par un art vain et superflu.<\/p>\n<p>On sait d&rsquo;ailleurs quel fut le premier v\u00eatement en usage, donn\u00e9 par Dieu lui-m\u00eame, lorsqu&rsquo;il en fut besoin : \u00ab\u00a0Il leur fit, dit l&rsquo;Ecriture, des tuniques de peaux\u00a0\u00bb (Gn 3, 21), car pour cacher la honte de la nudit\u00e9 ce manteau suffisait.<\/p>\n<p>Dans la suite, \u00e0 cette n\u00e9cessit\u00e9 vint s&rsquo;ajouter une autre : celle de se r\u00e9chauffer en se couvrant ; il fallut donc bien adapter l&rsquo;usage du v\u00eatement \u00e0 cette double exigence, \u00e0 savoir : cacher sa nudit\u00e9 et se pr\u00e9server des atteintes du froid.<\/p>\n<p>Cependant, comme certains v\u00eatements peuvent rendre plus de services et d&rsquo;autres moins, il vaudra mieux pr\u00e9f\u00e9rer ceux qui sont utiles \u00e0 plusieurs usages, afin de ne pas p\u00e9cher contre l&rsquo;essence de la pauvret\u00e9. N&rsquo;ayons donc pas des habits sp\u00e9ciaux \u00e0 porter en public et d&rsquo;autres \u00e0 porter chez nous, n&rsquo;en ayons pas non plus de diff\u00e9rents pour le jour et pour la nuit, mais trouvons un v\u00eatement qui puisse servir \u00e0 tout : \u00e0 nous envelopper d\u00e9cemment le jour et \u00e0 nous couvrir chaudement la nuit. Il s&rsquo;ensuivra que nous aurons tous uniform\u00e9ment le m\u00eame habit, et qu&rsquo;il y aura m\u00eame dans l&rsquo;habillement comme un signe distinctif pour le chr\u00e9tien, car les choses qui tendent au m\u00eame but se ressemblent ordinairement entre elles.<\/p>\n<p>Le port d&rsquo;un v\u00eatement sp\u00e9cial est donc fort utile pour faire conna\u00eetre la profession de chacun, et t\u00e9moigner de son dessein de vivre pour Dieu, en sorte que ceux qui nous rencontrent s&rsquo;attendent \u00e0 nous voir nous conduire en cons\u00e9quence. Une conduite inconvenante ou mals\u00e9ante, en effet, ne l&rsquo;est pas au m\u00eame titre pour le premier venu, et pour celui qui a pris de grands engagements.<\/p>\n<p>Si un homme du peuple, par exemple, ou n&rsquo;importe qui, donne ou re\u00e7oit des coups en public, prof\u00e8re des paroles ind\u00e9centes, entre dans les tavernes ou se conduit par ailleurs d&rsquo;une fa\u00e7on aussi vulgaire, nul n&rsquo;y fera attention, car on comprendra que ce sont l\u00e0 des faits ordinaires de la vie courante ; mais si quelqu&rsquo;un pr\u00e9tend \u00e0 la perfection et manque \u00e0 son devoir, ne fut-ce qu&rsquo;une seule fois par hasard, tous le remarqueront, le couvriront d&rsquo;opprobres et feront comme il est dit dans l&rsquo;Ecriture : \u00ab\u00a0Se retournant sur vous, ils vous d\u00e9chireront\u00a0\u00bb (Mt 7, 9).<\/p>\n<p>Le fait d&rsquo;\u00eatre signal\u00e9s par leur habit sera donc pour les plus faibles comme un avertissement et les \u00e9cartera du mal, m\u00eame malgr\u00e9 eux.<\/p>\n<p>Comme le soldat, le s\u00e9nateur et d&rsquo;autres se distinguent par une particularit\u00e9 dans l&rsquo;habillement qui indique ordinairement leur rang, ainsi convient-il aussi au chr\u00e9tien une fa\u00e7on de se v\u00eatir qui sauve la modestie r\u00e9clam\u00e9e par l&rsquo;Ap\u00f4tre, lequel prescrit tant\u00f4t \u00e0 l&rsquo;\u00e9v\u00eaque d&rsquo;\u00eatre modestement v\u00eatu (1 Tm 3, 2), tant\u00f4t \u00e0 la femme de porter un habit modeste (1 Tm 2, 9), la modestie \u00e9tant sans doute \u00e0 son avis ce qui r\u00e9pond le mieux aux tendances du christianisme.<\/p>\n<p>Pour les chaussures je dirai la m\u00eame chose : \u00e0 savoir qu&rsquo;il faut en toute occasion choisir ce qu&rsquo;il y a de plus simple, de moins co\u00fbteux et de mieux adapt\u00e9 \u00e0 l&rsquo;usage qu&rsquo;on en fait.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><b><\/b><b>QU : 23 : De la ceinture<\/b><\/p>\n<p>R. : La vie des saints qui nous ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9s nous montre la n\u00e9cessit\u00e9 de la ceinture.<\/p>\n<p>Jean portait autour des reins une ceinture de peau (Mt 3, 4), et avant lui, Elie, car l&rsquo;Ecriture en parle comme d&rsquo;une de ses caract\u00e9ristiques en disant de lui : \u00ab\u00a0Un homme couvert d&rsquo;un v\u00eatement de poils et les reins ceints d&rsquo;une lani\u00e8re de peau\u00a0\u00bb (2 R 1, 8).<\/p>\n<p>Pierre en portait manifestement une aussi, comme il ressort des paroles que l&rsquo;ange lui adressa : \u00ab\u00a0Ceins-toi et mets tes sandales\u00a0\u00bb (Ac 12,8). De m\u00eame le bienheureux Paul, suivant la proph\u00e9tie que fit Agab \u00e0 son sujet : \u00ab\u00a0Les Juifs lieront ainsi \u00e0 J\u00e9rusalem l&rsquo;homme \u00e0 qui appartient cette ceinture\u00a0\u00bb (Ac 21, 11).<\/p>\n<p>Job re\u00e7u du Seigneur l&rsquo;ordre de mettre sa ceinture comme un indice de virilit\u00e9 et un signe qu&rsquo;il \u00e9tait pr\u00eat \u00e0 agir : \u00ab\u00a0Ceins-toi les reins comme un homme\u00a0\u00bb (Jb 38, 3), et il est \u00e9vident que tous les disciples de J\u00e9sus avait \u00e9galement l&rsquo;habitude de porter une ceinture, puisqu&rsquo;il leur fut d\u00e9fendu d&rsquo;y garder de l&rsquo;argent (Mt 10, 9).<\/p>\n<p>D&rsquo;autre part, qui veut se mettre au travail doit avoir les mouvements faciles et libres ; la ceinture lui sera donc utile pour adapter commod\u00e9ment la tunique au corps, de fa\u00e7on \u00e0 le tenir plus chaudement enferm\u00e9 dans les plis et \u00e0 lui rendre les mouvements plus d\u00e9gag\u00e9s. Le Seigneur Lui-m\u00eame, lorsqu&rsquo;il se pr\u00e9pare \u00e0 servir ses disciples, prit un linge et se ceignit. (Jn 13, 4)<\/p>\n<p>Nous n&rsquo;avons pas besoin de parler du nombre de v\u00eatements, car nous avons assez dit sur ce sujet en traitant de la pauvret\u00e9. Si celui qui a deux tuniques est oblig\u00e9 d&rsquo;en donner une \u00e0 qui n&rsquo;en a pas (Lc 3, 11), il est clair qu&rsquo;il lui est d\u00e9fendu d&rsquo;en avoir plusieurs \u00e0 son usage, puisqu&rsquo;on ne peut avoir deux tuniques, \u00e0 quoi bon donner des r\u00e8gles sur la fa\u00e7on d&rsquo;en user ?<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><b>QU : 24 : Satisfaits de ces enseignements, nous voudrions apprendre maintenant la mani\u00e8re de vivre les uns avec les autres<\/b><\/p>\n<p>R. : L&rsquo;Ap\u00f4tre ayant dit : \u00ab\u00a0Il faut que tout se fasse convenablement et avec ordre\u00a0\u00bb (1 Co. 14, 40), nous appellerons conduite convenable et bien ordonn\u00e9e celle qui dans les relations entre fid\u00e8les, se base sur les rapports entre membres d&rsquo;un m\u00eame corps. Aura donc la fonction d&rsquo; \u0153il celui qui a re\u00e7u, dans l&rsquo;int\u00e9r\u00eat de la communaut\u00e9, la mission de juger ce qui a \u00e9t\u00e9 fait et de pr\u00e9voir sagement ce qu&rsquo;il y a \u00e0 faire ; celle de l&rsquo;oreille celui qui a charge d&rsquo;\u00e9couter ; celle de la main celui qui doit agir, et ainsi de suite selon l&rsquo;activit\u00e9 de chacun.<\/p>\n<p>Il n&rsquo;est pas sans danger pour le corps qu&rsquo;un membre n\u00e9glige de remplir sa fonction ou refuse de se servir d&rsquo;un autre membre selon la finalit\u00e9 qu&rsquo;il a re\u00e7u du divin Cr\u00e9ateur. Ainsi la main ou le pied n&rsquo;ob\u00e9issant pas aux indications de l&rsquo;\u0153il, la premi\u00e8re court le risque de toucher ce qui lui sera nuisible et le second tr\u00e9buchera n\u00e9cessairement ou tombera dans un pr\u00e9cipice. Si c&rsquo;est l&rsquo;\u0153il qui se ferme et refuse de voir, il p\u00e9rira s\u00fbrement avec tous les autres membres auxquels il arrivera ce que nous venons de dire.<\/p>\n<p>Or il est tout aussi dangereux pour le sup\u00e9rieur d&rsquo;\u00eatre n\u00e9gligent, car il devra rendre compte de tous ; quant \u00e0 l&rsquo;inf\u00e9rieur, s&rsquo;il est d\u00e9sob\u00e9issant, il en subira le dommage et la peine, et sp\u00e9cialement lorsqu&rsquo;il y aura scandale pour autrui.<\/p>\n<p>Par contre, si quelqu&rsquo;un montre dans la place qu&rsquo;il occupe l&rsquo;ardeur de son z\u00e8le conform\u00e9ment \u00e0 l&rsquo;avertissement de l&rsquo;Ap\u00f4tre : \u00ab\u00a0Ne m\u00e9nagez pas votre z\u00e8le\u00a0\u00bb (Rm 12, 11), il recevra la louange que m\u00e9rite la bonne volont\u00e9 ; tandis qu&rsquo;au n\u00e9gligent sera s\u00fbrement r\u00e9serv\u00e9 comme un triste lot cet anath\u00e8me de l&rsquo;Ecriture : \u00ab\u00a0Maudit celui qui accomplit avec n\u00e9gligence les \u0153uvres du Seigneur\u00a0\u00bb. (Jr 48, 10)<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><b>QU : 25 : Que redoutable sera le jugement pour le sup\u00e9rieur qui ne reprend pas les coupables<\/b><\/p>\n<p>R. : Le sup\u00e9rieur auquel est confi\u00e9 le soin de tous doit donc agir comme ayant \u00e0 rendre compte pour chacun.<\/p>\n<p>Qu&rsquo;il le sache, si l&rsquo;un des fr\u00e8res vient \u00e0 tomber dans une faute parce qu&rsquo;il ne lui aura pas montr\u00e9 la loi de Dieu, ou si quelqu&rsquo;un reste dans le p\u00e9ch\u00e9 parce qu&rsquo;il ne lui aura pas indiqu\u00e9 le moyen de se corriger, suivant l&rsquo;Ecriture (Ez 3, 20), il r\u00e9pondra de son sang. Il en sera ainsi notamment si ce n&rsquo;est pas par ignorance qu&rsquo;on enfreint la volont\u00e9 divine mais parce qu&rsquo;\u00e0 force de flatter les d\u00e9fauts de chacun, le sup\u00e9rieur a laiss\u00e9 s&rsquo;\u00e9mousser la rigueur de la discipline : \u00ab\u00a0Ceux qui vous louent vous induisent en erreur, dit l&rsquo;Ecriture, et corrompent vos voies\u00a0\u00bb (Is 3, 11), \u00ab\u00a0mais ceux qui vous troublent ainsi subiront le jugement quel qu&rsquo;il soit\u00a0\u00bb (Ga 5, 10).<\/p>\n<p>C&rsquo;est pourquoi si nous ne voulons pas que cette menace se r\u00e9alise pour nous, lorsque nous parlons aux fr\u00e8res, ob\u00e9issons \u00e0 cette r\u00e8gle de l&rsquo;Ap\u00f4tre : \u00ab\u00a0Je ne suis jamais tomb\u00e9 dans des discours flatteurs, vous le savez ; je n&rsquo;ai jamais paru avare, Dieu m&rsquo;en est t\u00e9moins, et je n&rsquo;ai jamais cherch\u00e9 \u00e0 \u00eatre lou\u00e9 par les hommes, ni par vous, ni par d&rsquo;autres\u00a0\u00bb. (1 Th 2, 5-6)<\/p>\n<p>Qui sera exempt de semblables d\u00e9fauts marchera vraisemblablement sans erreur dans une voie qui le m\u00e8nera lui-m\u00eame \u00e0 la r\u00e9compense et conduira ceux qui le suivent au salut \u00e9ternel. Ne se laissant guider ni par des consid\u00e9rations humaines ni par la crainte d&rsquo;offenser les p\u00e9cheurs ou le d\u00e9sir de leur \u00eatre agr\u00e9able, et ne s&rsquo;inspirant que de la charit\u00e9, il transmettra librement une parole int\u00e8gre et loyale, car il sera d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 n&rsquo;alt\u00e9rer en rien la v\u00e9rit\u00e9. C&rsquo;est donc \u00e0 un tel sup\u00e9rieur que s&rsquo;appliqueront ces mots : \u00ab\u00a0Nous avons \u00e9t\u00e9 pleins de discr\u00e9tion au milieu de vous. Comme une nourrice qui prend un tendre soin de ses enfants, nous aurions voulu, dans notre affection pour vous, non seulement vous donner l&rsquo;Evangile de Dieu, mais encore vous donner notre propre vie\u00a0\u00bb. (1 Th 2, 7-8)<\/p>\n<p>Celui qui n&rsquo;est pas dans ces dispositions est un guide aveugle qui se jette lui-m\u00eame dans le pr\u00e9cipice et y conduit ceux qui l&rsquo;\u00e9coutent.<\/p>\n<p>On en d\u00e9duira de quel tort on est responsable lorsqu&rsquo;au lieu de conduire un fr\u00e8re sur la bonne voie, on est cause de son erreur! C&rsquo;est l\u00e0, du reste, un signe qu&rsquo;on observe m\u00eame pas le pr\u00e9cepte de la charit\u00e9, car aucun p\u00e8re ne se d\u00e9sint\u00e9resse de son fils lorsqu&rsquo;il le voit sur le point de tomber dans un pr\u00e9cipice ou ne l&rsquo;y abandonne \u00e0 la mort une fois qu&rsquo;il y est tomb\u00e9. Or est-il besoin de dire combien il est plus terrible encore d&rsquo;abandonner \u00e0 sa perte une \u00e2me qui a gliss\u00e9 dans l&rsquo;ab\u00eeme du p\u00e9ch\u00e9 ?<\/p>\n<p>Le sup\u00e9rieur est donc oblig\u00e9 de veiller sur les \u00e2mes des fr\u00e8res et de se pr\u00e9occuper de ce qu&rsquo;il faut faire pour sauver chacun d&rsquo;eux, parce qu&rsquo;il devra en rendre compte. Il doit m\u00eame y \u00eatre si empress\u00e9, que son z\u00e8le apparaisse capable d&rsquo;aller jusqu&rsquo;\u00e0 la mort, non seulement parce que le Seigneur, en parlant de la charit\u00e9 ordinaire que l&rsquo;on doit \u00e0 tous, a dit : \u00ab\u00a0que l&rsquo;on donne sa vie pour ses amis\u00a0\u00bb (Jn 15, 13), mais aussi parce que l&rsquo;Ap\u00f4tre en a fait un pr\u00e9cepte sp\u00e9cial en disant : \u00ab\u00a0Dans notre affection pour vous, nous aurions voulu vous donner non seulement l&rsquo;Evangile, mais encore notre vie elle-m\u00eame\u00a0\u00bb(1 Th 2, 8).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><b><\/b><b>QU : 26 : Qu&rsquo;il faut tout r\u00e9v\u00e9ler au sup\u00e9rieur, jusqu&rsquo;aux secrets de c\u0153ur<\/b><\/p>\n<p>R. : Pour ce qui est des inf\u00e9rieurs, s&rsquo;ils veulent faire des progr\u00e8s appr\u00e9ciables et vivre selon les pr\u00e9ceptes de notre Seigneur J\u00e9sus-Christ, ils ne doivent conserver cach\u00e9 aucun mouvement secret de l&rsquo;\u00e2me, ni prof\u00e9rer aucune parole qui n&rsquo;ait \u00e9t\u00e9 contr\u00f4l\u00e9e. Il faut au contraire qu&rsquo;ils d\u00e9voilent les arcanes du c\u0153ur \u00e0 ceux qui sont d\u00e9sign\u00e9s pour s&rsquo;occuper avec bienveillance et mis\u00e9ricorde des fr\u00e8res plus faibles : le bien qui se trouve en eux s&rsquo;en trouvera affermi et le mal opportun\u00e9ment corrig\u00e9.<\/p>\n<p>Gr\u00e2ce \u00e0 cette collaboration on arrivera, par un progr\u00e8s continu, jusqu&rsquo;\u00e0 la perfection.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><b>QU : 27 : Si le sup\u00e9rieur lui-m\u00eame vient \u00e0 faiblir, il sera repris par ceux qui ont autorit\u00e9 dans la communaut\u00e9<\/b><\/p>\n<p>R. : Comme le sup\u00e9rieur est tenu de diriger les fr\u00e8res en tout, ainsi les autres doivent l&rsquo;avertir \u00e0 leur tour d\u00e8s qu&rsquo;ils craignent une faute de sa part. Cependant c&rsquo;est aux fr\u00e8res plus avanc\u00e9s en \u00e2ge et en jugement qu&rsquo;il appartient de faire cette observation si on ne veut d\u00e9truire le bon ordre.<\/p>\n<p>S&rsquo;il y a, en effet, quelque chose \u00e0 corriger, nous rendrons service \u00e0 un fr\u00e8re et, par lui, \u00e0 nous-m\u00eames, puisqu&rsquo;il est la r\u00e8gle de notre vie et que sa bonne conduite doit \u00eatre pour nous comme un reproche d\u00e8s que la n\u00f4tre est mauvaise, et nous redresser.<\/p>\n<p>D&rsquo;autre part, si c&rsquo;est \u00e0 tort que certains se troublent \u00e0 cause du sup\u00e9rieur, lorsqu&rsquo;ils seront persuad\u00e9s \u00e0 l&rsquo;\u00e9vidence que leurs soup\u00e7ons n&rsquo;\u00e9taient pas fond\u00e9s, ils seront d\u00e9barrass\u00e9s de leurs doutes \u00e0 son sujet.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0LES GRANDES REGLES 1-27\u00a0\u00bb Table des mati\u00e8res 01 &#8211; De l&rsquo;ordre \u00e9tabli dans la s\u00e9rie des commandements du Seigneur. 02 &#8211; De la charit\u00e9 envers Dieu. 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