{"id":7968,"date":"2015-01-26T11:12:12","date_gmt":"2015-01-26T09:12:12","guid":{"rendered":"http:\/\/www.eoc.ee\/?p=7968"},"modified":"2015-03-24T15:20:11","modified_gmt":"2015-03-24T13:20:11","slug":"saint-martin","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.eoc.ee\/fr\/orthodoxie\/saint-martin\/","title":{"rendered":"Saint Martin"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center;\"><a href=\"http:\/\/www.eoc.ee\/wp-content\/uploads\/2015\/03\/StMartindeTours.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-9801\" alt=\"StMartindeTours\" src=\"http:\/\/www.eoc.ee\/wp-content\/uploads\/2015\/03\/StMartindeTours.jpg\" width=\"300\" height=\"376\" \/><\/a><\/p>\n<p>Saint Martin, ap\u00f4tre de la Gaule et \u00e9v\u00eaque de Tours ( 317-397)<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Il y a, en France, 237 communes r\u00e9pertori\u00e9es qui portent le nom de saint Martin. Pour nous en tenir \u00e0 notre seule r\u00e9gion \u00ab\u00a0Provence Alpes C\u00f4te d&rsquo;Azur\u00a0\u00bb, il y a Saint-Martin-de-Crau, dans les Bouches-du-Rh\u00f4ne, pr\u00e8s d&rsquo;Arles ; dans le Var, pr\u00e8s de Brignoles, Saint-Martin-de-Palli\u00e8res ; et Saint-Martin pr\u00e8s de Rians ; dans les Alpes Maritimes, Saint-Martin-V\u00e9subie, Saint-Martin-du-Var et, pr\u00e8s de Guillaumes, Saint-Martin-d&rsquo;Entraunes ; dans les Alpes de Haute-Provence, pr\u00e8s de Gr\u00e9oux-les-Bains et de Valensole, Saint-Martin-de-Bromes, Saint-Martin-les-Seyne, pr\u00e8s de Selonnet et, pr\u00e8s de Manosque, Saint-Martin-les-Eaux ; dans le Vaucluse, Saint-Martin-de-la-Brasque et, pr\u00e8s de Viens, Saint-Martin-de-Castillon ; dans les Hautes-Alpes, pr\u00e8s de L&rsquo;Argenti\u00e8re-la-Bess\u00e9e, Saint-Martin-de-Queyri\u00e8res.<\/p>\n<p>Plus de 3.600 \u00e9glises sont d\u00e9di\u00e9es \u00e0 saint Martin. Et il y a tous les lieux-dits, les hameaux, les abbayes, les fontaines, les ponts appel\u00e9s du nom de ce saint on ne peut plus populaire chez nous. Dans le monde entier, un nombre consid\u00e9rable de lieux font r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 saint Martin de Tours. Entre le 5\u00e8me et le 15\u00e8me si\u00e8cles cinq papes de Rome ont port\u00e9 le nom de Martin. Chacun sait que Luther se pr\u00e9nommait Martin.<\/p>\n<p>Pourquoi donc cet engouement et cette v\u00e9n\u00e9ration pour ce saint ? Comment expliquer que sa renomm\u00e9e universelle dure ainsi depuis plus de seize si\u00e8cles ? Qui \u00e9tait donc saint Martin ? Pour r\u00e9pondre \u00e0 cette question, il faut lire la Vita Martini, la Vie de Saint Martin \u00e9crite par Sulpice S\u00e9v\u00e8re du vivant m\u00eame de l&rsquo;\u00e9v\u00eaque de Tours, c&rsquo;est-\u00e0-dire avant le mois de novembre de l&rsquo;an 397.<\/p>\n<p>Sulpice S\u00e9v\u00e8re, ami de Paulin de Nole, est le contemporain de saint Augustin ( \u00e9v\u00eaque d&rsquo;Hippone depuis deux ans, il est en train de r\u00e9diger ses Confessions ), de saint J\u00e9r\u00f4me ( install\u00e9 \u00e0 Bethl\u00e9em depuis dix ans ), de saint Ambroise ( qui meurt \u00e0 Milan cette m\u00eame ann\u00e9e o\u00f9 Martin de Tours va dispara\u00eetre \u00e0 l&rsquo;or\u00e9e de l&rsquo;hiver 397 ). Il \u00e9tait issu des rangs de l&rsquo;aristocratie gallo-romaine d&rsquo;Aquitaine. Il \u00e9crivit la biographie de l&rsquo;\u00e9v\u00eaque de Tours \u00e0 Primuliacum, sur la route de Toulouse \u00e0 Narbonne.<\/p>\n<p>Dans cette biographie, les ann\u00e9es d&rsquo;enfance et de jeunesse de Martin sont domin\u00e9es par un d\u00e9bat int\u00e9rieur entre la fid\u00e9lit\u00e9 aux obligations militaires de ce fils de v\u00e9t\u00e9ran et la fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 la vocation monastique, entre la fid\u00e9lit\u00e9 au monde et \u00e0 C\u00e9sar et la fid\u00e9lit\u00e9 au Christ.<\/p>\n<p>Les chr\u00e9tiens actuels, notamment les orthodoxes, croient trop facilement qu&rsquo;il suffit de se donner la peine de na\u00eetre pour recevoir un nom heureusement baptis\u00e9 par un saint patron. Mais le saint patron, lui, il a bien fallu qu&rsquo;il devienne un saint pour baptiser un nom pr\u00e9alablement pa\u00efen ! C&rsquo;est ainsi que Martinus est un surnom th\u00e9ophore d\u00e9riv\u00e9 du nom du dieu de la guerre : Mars. Avant saint Martin de Tours il y eut un \u00e9v\u00eaque de Vienne ( avant 314 ) et un \u00e9v\u00eaque gaulois qui signe au Concile de Sardique en 343, qui s&rsquo;appel\u00e8rent, eux aussi, Martin. On peut penser que ce pr\u00e9nom martial \u00e9tait particuli\u00e8rement en honneur dans les milieux d&rsquo;officiers auxquels appartenait le p\u00e8re de notre futur saint.<\/p>\n<p>En effet, les parents de Martin \u00e9taient pa\u00efens, d&rsquo;origine mi-slave, mi-celtique. Notre saint naquit en 317 dans une province romaine d&rsquo;Europe centrale, en Pannonie, c&rsquo;est-\u00e0-dire dans une partie de la Hongrie et de la Moravie actuelles, plus pr\u00e9cis\u00e9ment encore \u00e0 Sabaria, colonie romaine depuis l&#8217;empereur Claude, aujourd&rsquo;hui Szombathely en Hongrie, \u00e0 une centaine de kilom\u00e8tres au Sud-Sud-Est de Vienne. D&rsquo;abord simple soldat, son p\u00e8re devint tribun militaire. A ce titre, il commandait une l\u00e9gion et changeait fr\u00e9quemment de garnison. C&rsquo;est en Italie, \u00e0 Pavie, au sud de Milan, que le jeune Martin re\u00e7ut sa premi\u00e8re \u00e9ducation. D\u00e8s son enfance, il eut le d\u00e9sir de devenir cat\u00e9chum\u00e8ne et souhaita se consacrer enti\u00e8rement \u00e0 Dieu dans la vie monastique. Malheureusement pour lui, son p\u00e8re ne l&rsquo;entendait pas de la m\u00eame oreille. Un fils de militaire, dans la soci\u00e9t\u00e9 romaine de cette \u00e9poque, ne pouvait \u00eatre \u00e0 son tour que militaire. A dix ans seulement, selon Sulpice S\u00e9v\u00e8re &#8212; cum esses annorum decem &#8211;, Martin s&rsquo;enfuit donc du domicile paternel. Il chercha refuge dans une \u00e9glise et demanda \u00e0 \u00eatre re\u00e7u comme cat\u00e9chum\u00e8ne. Ici, le biographe enjolive peut-\u00eatre un fait historique bien r\u00e9el et qui pourrait \u00eatre le suivant : une escapade d&rsquo;enfance aura amen\u00e9 le petit Martin \u00e0 assister \u00e0 une c\u00e9l\u00e9bration liturgique dans une \u00e9glise de la communaut\u00e9 chr\u00e9tienne de Pavie, peut-\u00eatre m\u00eame lors d&rsquo;une synaxe liturgique sp\u00e9cialement destin\u00e9e aux cat\u00e9chum\u00e8nes. Quoi qu&rsquo;il en ait \u00e9t\u00e9 au juste, cette fugue enfantine pr\u00e9figure sa fuite du monde \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge adulte. Cependant, d\u00e9nonc\u00e9 par son p\u00e8re, Martin fut arr\u00eat\u00e9, encha\u00een\u00e9 et dut se soumettre aux exigences du Conseil Supr\u00eame en rev\u00eatant l&rsquo;uniforme de la l\u00e9gion. Il avait quinze ans : cum esses annorum quindecim. Le p\u00e8re de Martin n&rsquo;attendit pas que son fils ait atteint l&rsquo;\u00e2ge l\u00e9gal, fix\u00e9 \u00e0 19 ans, pour le remettre \u00e0 l&rsquo;autorit\u00e9 militaire. A cette \u00e9poque, le m\u00e9tier militaire \u00e9tait devenu h\u00e9r\u00e9ditaire. C&rsquo;est ce qui explique que l&rsquo;insoumission ait \u00e9t\u00e9 particuli\u00e8rement r\u00e9pandue chez les fils de v\u00e9t\u00e9rans, condamn\u00e9s bon gr\u00e9 mal gr\u00e9 \u00e0 la militia, c&rsquo;est-\u00e0-dire au service militaire, au m\u00e9tier de soldat. Les fils de v\u00e9t\u00e9rans tentaient de se soustraire \u00e0 d&rsquo;interminables obligations militaires soit en s&rsquo;enfuyant, soit en se cachant soit m\u00eame en se mutilant volontairement.<\/p>\n<p>Martin entra donc dans le corps d&rsquo;\u00e9lite que constituait alors la garde imp\u00e9riale \u00e0 cheval, appel\u00e9e Schola. Notre Martin \u00e9tait \u00e9blouissant, avec l&rsquo;armure de m\u00e9tal souple et brillant, le casque \u00e0 cr\u00eate, le bouclier de m\u00eame \u00e9clat, le tout compl\u00e9t\u00e9 pur un immense manteau blanc, la chlamyde, form\u00e9e de deux pi\u00e8ces d&rsquo;\u00e9toffe dont la partie sup\u00e9rieure doubl\u00e9e de peau de mouton, se portait soit sur les \u00e9paules, soit rabattue comme capuchon \u00e0 la place du casque (Henri Gh\u00e9on, St Martin, l&rsquo;\u00e9v\u00eaque des pa\u00efens. Ed. Culture et promotion populaire). Ce manteau deviendra c\u00e9l\u00e9brissime.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s son instruction, Martin fut envoy\u00e9 comme officier en Gaule, notamment \u00e0 Amiens, l&rsquo;une des trois grandes villes de la seconde Belgique avec Chalon et Reims. Sous son bel uniforme, Martin demeura fid\u00e8le \u00e0 ses sentiments religieux et \u00e0 sa vocation premi\u00e8re. Il fit donc l&rsquo;apprentissage de la patience, qualit\u00e9 \u00f4 combien n\u00e9cessaire \u00e0 un moine ! Il vivait en compagnie d&rsquo;un serviteur, d&rsquo;une ordonnance, ainsi qu&rsquo;il convenait \u00e0 sa qualit\u00e9 d&rsquo;officier. Mais Martin renversait les r\u00f4les : c&rsquo;\u00e9tait lui, le ma\u00eetre, l&rsquo;officier, qui servait son serviteur. Il brossait les chaussures de ce dernier apr\u00e8s l&rsquo;avoir lui-m\u00eame d\u00e9chauss\u00e9. C&rsquo;est lui aussi qui faisait le service de la table. Pour dire que l&rsquo;officier Martin fait le service de la table \u00e0 la place de son ordonnance, Sulpice S\u00e9v\u00e8re emploie le verbe latin \u00a0\u00bb ministraret \u00ab\u00a0. Or, il n&rsquo;est pas sans int\u00e9r\u00eat de remarquer que la Vulgate, la traduction latine du Nouveau Testament, emploie ce m\u00eame verbe pour d\u00e9signer l&rsquo;activit\u00e9 de service des saintes femmes qui entourent J\u00e9sus, par exemple en Lc. 10, 40, lorsque Marthe se plaint aupr\u00e8s de J\u00e9sus au sujet de Marie, sa s\u0153ur : \u00a0\u00bb &#8230; cela ne te fait rien que ma s\u0153ur me laisse servir toute seule \u00ab\u00a0, \u00a0\u00bb non est tibi curae quod soror mea reliquit me solam ministrare \u00a0\u00bb ? Ainsi est indiqu\u00e9 que Martin r\u00e9alise d\u00e9j\u00e0 le mode d&rsquo;existence donn\u00e9 en exemple par le Ma\u00eetre qui s&rsquo;est fait le serviteur des siens jusqu&rsquo;\u00e0 la mort sur la croix. Songeons aussi au lavement des pieds, le soir du jeudi saint au moment o\u00f9 J\u00e9sus va p\u00e9n\u00e9trer dans les affres de sa Passion.<\/p>\n<p>Martin demeura ainsi trois ans sous les armes, sans \u00eatre encore baptis\u00e9 mais d\u00e9j\u00e0 bien plus chr\u00e9tien que beaucoup de chr\u00e9tiens de son temps aussi bien que du n\u00f4tre. Ses camarades l&rsquo;aimaient et le respectaient, car sa conduite \u00e9tait \u00e0 tous \u00e9gards exemplaire : gentillesse ( benignitas ), amour fraternel ( caritas ), patience (patientia ), sobri\u00e9t\u00e9 (frugalitatem ) et surtout humilit\u00e9 ( humilitas ). Sans avoir re\u00e7u le bapt\u00eame, Martin vivait d\u00e9j\u00e0 selon l&rsquo;Evangile par ses bonnes \u0153uvres, assistant les malades, secourant les malheureux, donnant de la nourriture et des v\u00eatements aux indigents. Sur sa solde, il ne r\u00e9servait que de quoi manger chaque jour.<\/p>\n<p>Et c&rsquo;est dans ce contexte que se produisit l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement qui allait immortaliser saint Martin jusqu&rsquo;\u00e0 nos jours. La m\u00e9moire glorieuse de cet \u00e9v\u00e9nement a \u00e9t\u00e9 c\u00e9l\u00e9br\u00e9e par l&rsquo;art chr\u00e9tien occidental dans la miniature comme dans la statuaire, dans le vitrail aussi bien que dans l&rsquo;estampe. Notons tout de suite que ce saint n&rsquo;\u00e9tait pas encore chr\u00e9tien lorsqu&rsquo;il acquis ce titre de gloire ! Un soir d&rsquo;hiver glacial particuli\u00e8rement rigoureux, n&rsquo;ayant sur lui que son beau manteau blanc d&rsquo;officier et ses armes, Martin rencontre \u00e0 la porte de la ville d&rsquo;Amiens &#8212; in porta Ambianensium civitatis &#8212; un pauvre d\u00e9pourvu de v\u00eatements &#8212; pauperem nudum &#8211;. Le malheureux avait beau supplier les passants, personne ne s&rsquo;arr\u00eatait par un temps pareil. Martin comprit aussit\u00f4t que ce pauvre lui \u00e9tait r\u00e9serv\u00e9, puisque les autres ne lui accordaient aucune piti\u00e9, que c&rsquo;\u00e9tait Dieu lui-m\u00eame qui avait plac\u00e9 ce pauvre sur son chemin. Mais que faire ? Martin ne poss\u00e9dait que sa prestigieuse chlamyde. Ce mot d\u00e9signe alors le manteau fendu et fix\u00e9 sur l&rsquo;\u00e9paule droite par une fibule. C&rsquo;\u00e9tait, en quelque sorte, la capote d&rsquo;uniforme des soldats romains. On songe \u00e0 Eric von Stroheim, en uniforme de commandant de l&rsquo;arm\u00e9e allemande, dans \u00a0\u00bb La grande illusion \u00a0\u00bb de Renoir. Sans h\u00e9siter, saisissant son \u00e9p\u00e9e, notre fol en Christ partagea en deux son superbe manteau, en donna un morceau au pauvre et remit sur ses \u00e9paules l&rsquo;autre moiti\u00e9. Les passants furent stup\u00e9faits ! Comme on les comprend ! Que diraient nos contemporains si, \u00e0 la sortie d&rsquo;une messe de minuit de No\u00ebl, une chr\u00e9tienne imitait Martin avec son manteau de vison ?<\/p>\n<p>La nuit suivante, s&rsquo;\u00e9tant endormi, Martin vit en r\u00eave le Christ v\u00eatu de la moiti\u00e9 de la chlamyde dont il avait recouvert le pauvre transi de froid. Et il entendit le Christ dire d&rsquo;une voix \u00e9clatante \u00e0 la foule des anges : Martin, qui n&rsquo;est encore que cat\u00e9chum\u00e8ne, m&rsquo;a couvert de ce v\u00eatement. Sans doute notre dormeur se souvenait-il dans son r\u00eave des paroles du Seigneur \u00e0 ses disciples : \u00a0\u00bb &#8230; j&rsquo;ai eu faim et vous m&rsquo;avez donn\u00e9 \u00e0 manger, j&rsquo;ai eu soif et vous m&rsquo;avez donn\u00e9 \u00e0 boire, j&rsquo;\u00e9tais un \u00e9tranger et vous m&rsquo;avez accueilli, nu et vous m&rsquo;avez v\u00eatu, malade et vous m&rsquo;avez visit\u00e9, prisonnier et vous \u00eates venus me voir&#8230; En v\u00e9rit\u00e9 je vous le dis, dans la mesure o\u00f9 vous l&rsquo;avez fait \u00e0 l&rsquo;un de ces plus petits de mes fr\u00e8res, c&rsquo;est \u00e0 moi que vous l&rsquo;avez fait \u00a0\u00bb ( Mt. 25, 35-36 et 40 ). Martin avait v\u00e9cu l&rsquo;Evangile \u00e0 la lettre. C&rsquo;est bien ce que le philosophe Maurice Blondel appelait la pratique litt\u00e9rale. La rencontre de Martin et du pauvre d&rsquo;Amiens, c&rsquo;est la r\u00e9alisation concr\u00e8te, tangible de ce que, dans la Cit\u00e9 de Dieu, saint Augustin a appel\u00e9 admirablement \u00a0\u00bb amor Dei usque ad contemptum sui \u00a0\u00bb ( l&rsquo;amour de Dieu pouss\u00e9 jusqu&rsquo;au m\u00e9pris de soi ) que l&rsquo;\u00e9v\u00eaque d&rsquo;Hippone oppose \u00e0 \u00a0\u00bb amor sui usque ad contemptum Dei (l&rsquo;amour de soi pouss\u00e9 jusqu&rsquo;au m\u00e9pris de Dieu ). Le z\u00e8le missionnaire et les miracles de l&rsquo;\u00e9v\u00eaque \/ thaumaturge de Tours ont frapp\u00e9 moins vivement la conscience chr\u00e9tienne occidentale que la fid\u00e9lit\u00e9 totale \u00e0 l&rsquo;Evangile du militaire \/ cat\u00e9chum\u00e8ne d&rsquo;Amiens. Et il faut s&rsquo;en f\u00e9liciter.<\/p>\n<p>Quand Martin atteignit l&rsquo;\u00e2ge de dix-huit ans, il d\u00e9cida de se faire baptiser, mais il ne renon\u00e7a pas imm\u00e9diatement \u00e0 la carri\u00e8re militaire. Cependant, sa conscience fut mise \u00e0 rude \u00e9preuve lors de l&rsquo;invasion de la Gaule par les Barbares. Le C\u00e9sar Julien [Flavius Claudius Julianus ( 331-363 ), dit Julien l&rsquo;Apostat. Neveu de Constantin le Grand, il fut nomm\u00e9 C\u00e9sar et gouverneur des Gaules par son cousin Constance en 355, puis proclam\u00e9 empereur par ses soldats, au palais des thermes, \u00e0 Lut\u00e8ce en 361. Elev\u00e9 dans le christianisme, il l&rsquo;abjura et tenta de r\u00e9tablir, en l&rsquo;\u00e9purant, l&rsquo;ancien polyth\u00e9isme pa\u00efen. Pour Julien, le christianisme, religion des p\u00eacheurs de Galil\u00e9e, est une religion barbare, m\u00e9prisable comme telle, en face d&rsquo;un paganisme dont les lettres de noblesse remontent \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque hom\u00e9rique. Il p\u00e9rit, \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de 32 ans, dans une exp\u00e9dition contre les Perses, en 363. A l&rsquo;\u00e9poque de la jeunesse militaire de Martin, Julien est donc C\u00e9sar mais pas encore empereur. A partir de Diocl\u00e9tien, c&rsquo;est-\u00e0-dire de la fin du troisi\u00e8me si\u00e8cle, le titre de C\u00e9sar d\u00e9signa sp\u00e9cialement le personnage que chacun des deux empereurs r\u00e9gnants (d&rsquo;Occident et d&rsquo;Orient) (Augustus ) d\u00e9signait comme son successeur en l&rsquo;associant \u00e0 son gouvernement] avait concentr\u00e9 son arm\u00e9e pr\u00e8s de la cit\u00e9 des Vangions, c&rsquo;est-\u00e0-dire dans la r\u00e9gion de l&rsquo;actuelle ville allemande de Worms, dans le Palatinat. Selon l&rsquo;usage, le C\u00e9sar distribuait lui-m\u00eame \u00e0 chaque soldat un donativum, c&rsquo;est-\u00e0-dire une gratification destin\u00e9e \u00e0 encourager l&rsquo;h\u00e9ro\u00efsme des troupes avant le combat. Ce pouvait \u00eatre aussi, et simultan\u00e9ment, une r\u00e9compense collective accord\u00e9e aux troupes pour leur belle conduite et pour les succ\u00e8s remport\u00e9s sur les barbares au cours des premi\u00e8res op\u00e9rations en territoire gallo-romain et germain. Lorsque vint le tour de Martin, il refusa de percevoir ladite prime, car il comprit que, s&rsquo;il acceptait, il perdrait toute libert\u00e9 et donc toute possibilit\u00e9 de r\u00e9aliser sa si pr\u00e9coce vocation. Jugeant alors venu le moment de demander son cong\u00e9, il dit au C\u00e9sar : \u00a0\u00bb Jusqu&rsquo;ici, j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 \u00e0 ton service : permets-moi maintenant d&rsquo;\u00eatre au service de Dieu ; que celui qui a l&rsquo;intention de combattre accepte ton \u00ab\u00a0donativum \u00a0\u00bb ; moi, je suis soldat du Christ, je n&rsquo;ai pas le droit de combattre \u00ab\u00a0. En entendant Martin parler avec une telle audace, Julien se mit en col\u00e8re, accusant Martin de l\u00e2chet\u00e9 devant la perspective du combat qui devait avoir lieu le lendemain. Mais Martin intr\u00e9pide et d&rsquo;autant plus ferme que l&rsquo;on avait tent\u00e9 de l&rsquo;intimider dit alors au C\u00e9sar : \u00a0\u00bb si l&rsquo;on impute mon attitude \u00e0 la l\u00e2chet\u00e9 et non \u00e0 la foi, je me tiendrai demain sans armes devant les lignes, et au nom du Seigneur J\u00e9sus, sous la protection du signe de la croix, sans bouclier ni casque, je p\u00e9n\u00e9trerai en toute s\u00e9curit\u00e9 dans les bataillons ennemis. Julien le fit emprisonner afin de s&rsquo;assurer que Martin ne reviendrait pas sur sa d\u00e9cision de s&rsquo;exposer le lendemain sans armes \u00e0 l&rsquo;ennemi. Mais ce dernier envoya le lendemain des messagers pour n\u00e9gocier la paix. Martin n&rsquo;eut donc pas \u00e0 courir le risque d&rsquo;\u00eatre expos\u00e9, les mains nues, aux coups meurtriers de l&rsquo;ennemi. Le Seigneur supprima la n\u00e9cessit\u00e9 m\u00eame de combattre. II n&rsquo;y eut donc ni effusion de sang, ni mort d&rsquo;homme. Alors Julien consentit \u00e0 lib\u00e9rer Martin de ses obligations militaires. Ici s&rsquo;ach\u00e8ve la vie dans le monde de Martin et comme la pr\u00e9histoire de sa saintet\u00e9.<\/p>\n<p>Ainsi donc, simultan\u00e9ment \u00a0\u00bb miles Caesaris et miles Christi \u00ab\u00a0, soldat de l&#8217;empereur et pourtant d\u00e9j\u00e0 soldat non-violent du Christ, le militaire exemplaire \u00e9tait entr\u00e9 contre son gr\u00e9 dans une carri\u00e8re qui s&rsquo;annon\u00e7ait brillante, et voici que le martyr militaire obtient son cong\u00e9 de l&#8217;empereur Julien apr\u00e8s un dramatique affrontement. Loin d&rsquo;avoir \u00e9t\u00e9 dans la vie de Martin un temps de p\u00e9ch\u00e9, les ann\u00e9es de service militaire sont pr\u00e9sent\u00e9es comme une \u00e9tape fructueuse, formatrice, dans son itin\u00e9raire spirituel vers la saintet\u00e9. Ses premi\u00e8res armes spirituelles, c&rsquo;est dans la compagnie profane de ses compagnons d&rsquo;armes, que le jeune soldat du Christ les effectue. Le jeune Martin baptise les trois ann\u00e9es de sa vie militaire en faisant d&rsquo;elles une p\u00e9riode de cat\u00e9chum\u00e9nat \/ noviciat au service d&rsquo;une vocation qui d&#8217;embl\u00e9e ne peut concevoir la vie chr\u00e9tienne que sous sa forme monastique. Il sait trouver dans la vie militaire le moyen de se pr\u00e9parer d&rsquo;une mani\u00e8re exemplaire \u00e0 l&rsquo;illumination baptismale. Il rayonne dans le milieu de ses compagnons d&rsquo;armes des vertus chr\u00e9tiennes qui pr\u00e9figurent le mode d&rsquo;existence des moines c\u00e9nobites.<\/p>\n<p>En quittant l&rsquo;arm\u00e9e du Rhin, Martin se rendit aux confins de l&rsquo;Aquitaine, aupr\u00e8s de l&rsquo;\u00e9v\u00eaque de Poitiers, Hilaire, que Martin admirait pour la fermet\u00e9 intransigeante de sa foi orthodoxe et son courage dans la r\u00e9sistance aux exigences de l&#8217;empereur Constance II, lequel, piqu\u00e9 de th\u00e9ologie, pr\u00e9tendait pers\u00e9cuter la foi de Nic\u00e9e et obtenir le ralliement inconditionnel des \u00e9v\u00eaques d&rsquo;Occident \u00e0 l&rsquo;arianisme. Ce premier s\u00e9jour de Martin \u00e0 Poitiers est \u00e0 situer entre l&rsquo;\u00e9t\u00e9 356 et le d\u00e9part d&rsquo;Hilaire pour l&rsquo;exil, banni en Orient par Constance pour avoir os\u00e9 lui tenir t\u00eate.<\/p>\n<p>Hilaire aurait voulu ordonner Martin diacre mais, \u00e0 l&rsquo;instar d&rsquo;Ambroise de Milan (la vox populi ayant d\u00e9sign\u00e9 Ambroise pour succ\u00e9der \u00e0 l&rsquo;\u00e9v\u00eaque Auxence, Ambroise tenta d&rsquo;abord de se soustraire \u00e0 l&rsquo;\u00e9lection) et d&rsquo;Augustin d&rsquo;Hippone (d\u00e9sign\u00e9 par certains membres de la communaut\u00e9 d&rsquo;Hippone pour devenir pr\u00eatre, Augustin est \u00e9pouvant\u00e9, il se d\u00e9bat d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment mais en vain. Il succ\u00e8de \u00e0 l&rsquo;\u00e9v\u00eaque Val\u00e8re en consid\u00e9rant son acceptation comme un sacrifice, voire une punition pour ses p\u00e9ch\u00e9s), de C\u00e9saire (\u00e9lu \u00e9v\u00eaque d&rsquo;Arles, C\u00e9saire s&rsquo;enfuit et va se cacher dans un tombeau du cimeti\u00e8re des Alyscamps), d&rsquo;Honorat (ordonn\u00e9 malgr\u00e9 lui par L\u00e9once de Fr\u00e9jus, \u00e9lu \u00e9v\u00eaque d&rsquo;Arles sans avoir \u00e9t\u00e9 consult\u00e9, il refusa son \u00e9lection et ne se r\u00e9signa \u00e0 quitter l&rsquo;\u00eele de L\u00e9rins que lorsqu&rsquo;il eut la certitude que c&rsquo;\u00e9tait bien la volont\u00e9 de Dieu) et d&rsquo;Hilaire (d\u00e9sign\u00e9 comme son successeur par Honorat, il ne voulut pas devenir \u00e9v\u00eaque d&rsquo;Arles. Comme jadis Honorat lui-m\u00eame, il finit par accepter pour se conformer \u00e0 la volont\u00e9 divine), \u00e9v\u00eaques d&rsquo;Arles, de Gr\u00e9goire de Nazianze (il fut ordonn\u00e9 pr\u00eatre contre sa propre volont\u00e9, il s&rsquo;enfuit, fut consacr\u00e9, malgr\u00e9 sa r\u00e9pugnance, \u00e9v\u00eaque de Sasime par son ami Basile de C\u00e9sar\u00e9e, ne prit jamais possession de son si\u00e8ge \u00e9piscopal et, lorsqu&rsquo;il fut devenu archev\u00eaque de Constantinople, il d\u00e9missionna au bout de quelques jours) et de Gr\u00e9goire de Nysse (il fut consacr\u00e9 \u00e9v\u00eaque contre son gr\u00e9), Martin refusa en clamant son indignit\u00e9. Par contre, il consentit \u00e0 \u00eatre ordonn\u00e9 exorciste.<\/p>\n<p>Pourquoi une telle acceptation apr\u00e8s un tel refus ? C&rsquo;est que la fonction d&rsquo;exorciste \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9e \u00e0 cette \u00e9poque comme inf\u00e9rieure et humiliante. Nous pouvons comprendre cette mentalit\u00e9 si nous nous souvenons de ce que dit le c\u00e9l\u00e9brant orthodoxe au moment de l&rsquo;office du cat\u00e9chum\u00e9nat. En effet, dans le deuxi\u00e8me exorcisme, le c\u00e9l\u00e9brant s&rsquo;adresse au d\u00e9mon en ces termes : \u00a0\u00bb Je t&rsquo;adjure donc, esprit tout \u00e0 fait m\u00e9chant et impur, souill\u00e9 et d\u00e9go\u00fbtant&#8230; \u00a0\u00bb Etre exorciste, c&rsquo;\u00e9tait avoir un contact quasi physique avec le d\u00e9mon, c&rsquo;\u00e9tait accomplir la t\u00e2che ingrate, la basse besogne de se battre contre lui, notamment en ayant affaire aux poss\u00e9d\u00e9s, aux malades mentaux, aux ali\u00e9n\u00e9s. Il fallait vraiment avoir la foi et \u00eatre rempli de l&rsquo;Esprit saint, d&rsquo;abord pour r\u00e9ussir \u00e0 mettre en fuite le diable, ensuite afin de ne pas se sentir soi-m\u00eame souill\u00e9 au contact du d\u00e9mon par d\u00e9moniaques interpos\u00e9s.<\/p>\n<p>A quelque temps de l\u00e0, Martin eut une vision dans son sommeil et il re\u00e7ut l&rsquo;ordre de rendre visite \u00e0 sa famille encore pa\u00efenne. Il s&rsquo;en ouvrit \u00e0 Hilaire qui lui accorda son consentement, tout en lui faisant prendre l&rsquo;engagement de revenir \u00e0 Poitiers. Hilaire lui prodigua ses pri\u00e8res et ses larmes, et c&rsquo;est dans la tristesse que Martin entreprit ce long voyage vers sa Pannonie natale, en Hongrie-Moravie, ne cachant pas \u00e0 ses fr\u00e8res moines qu&rsquo;il y subirait bien des \u00e9preuves. Les \u00e9v\u00e9nements qui se produisirent justifi\u00e8rent ses paroles. Martin franchit sans doute les Alpes par le Petit Saint-Bernard ou par le Mont-Cenis. C&rsquo;est alors qu&rsquo;il tomba aux mains de brigands dont l&rsquo;un voulut l&rsquo;abattre \u00e0 coups de hache, outil de b\u00fbcheron en ces r\u00e9gions de forestage. Mais le bras du bandit fut heureusement miraculeusement retenu par un comp\u00e8re qui songeait peut-\u00eatre \u00e0 retirer quelque argent de la capture au moyen d&rsquo;une ran\u00e7on. Les mains li\u00e9es derri\u00e8re le dos, il fut emmen\u00e9 en un lieu retir\u00e9 par son gardien qui le questionna, lui demandant notamment s&rsquo;il avait peur. Ayant foi en la mis\u00e9ricorde divine qui viendrait le d\u00e9livrer, Martin lui r\u00e9pondit par la n\u00e9gative. Et il se mit \u00e0 pr\u00eacher la parole de Dieu au bon brigand charg\u00e9 de sa surveillance. L&rsquo;homme finit par se convertir au Christ et d\u00e9cida de suivre Martin. Mais on ne peut que conjecturer la suite de la biographie de ce converti inconnu.<\/p>\n<p>Continuant son chemin, et apr\u00e8s avoir d\u00e9pass\u00e9 Milan (peut-\u00eatre dans une villa sur la route de Brescia et V\u00e9rone), o\u00f9 l&#8217;empereur Constance II r\u00e9side encore, jusqu&rsquo;en 357, avec sa cour, Martin fut de nouveau arr\u00eat\u00e9, mais cette fois ce fut par le diable, qui avait pris figure humaine, \u00a0\u00bb humana specie adsumpta \u00ab\u00a0, le diable incarn\u00e9, en quelque sorte. Pour Sulpice-S\u00e9v\u00e8re, le biographe de Martin, c&rsquo;est peut-\u00eatre une mani\u00e8re de d\u00e9signer l&#8217;empereur pro-arien sous son identit\u00e9 satanique et de faire allusion \u00e0 une d\u00e9marche de Martin (demand\u00e9e par Hilaire ?), fils d&rsquo;un officier sup\u00e9rieur et ancien garde du palais de Constance, aupr\u00e8s de celui-ci pour le ramener \u00e0 l&rsquo;Orthodoxie. Le diable, peut-\u00eatre l&rsquo;Antichrist Constance, demanda \u00e0 Martin o\u00f9 il allait. S&rsquo;il n&rsquo;y a pas eu d&rsquo;entrevue de Martin avec l&#8217;empereur, peut-\u00eatre y a-t-il eu un contr\u00f4le de police \u00e0 la sortie de la capitale imp\u00e9riale. Venant d&rsquo;aupr\u00e8s de l&rsquo;\u00e9v\u00eaque de Poitiers bien connu pour son opposition doctrinale \u00e0 l&#8217;empereur, Martin ne pouvait \u00eatre que suspect \u00e0 la police imp\u00e9riale. Martin ayant r\u00e9pondu \u00e0 la fois avec prudence et insolence qu&rsquo;il allait l\u00e0 o\u00f9 le Seigneur l&rsquo;appelait, le diable incarn\u00e9 lui dit : \u00a0\u00bb O\u00f9 que tu ailles, et quoi que tu entreprennes, tu trouveras le diable devant toi \u00ab\u00a0. A l&rsquo;instar du Christ dans le d\u00e9sert de Juda (cf. Mt. 4, 1-l let Le. 4, 1-13), Martin lui cloua le bec en citant le verset 6 du psaume 118 ( 117 ) : \u00a0\u00bb Le Seigneur est pour moi, plus de crainte, que me fait l&rsquo;homme, \u00e0 moi ? \u00a0\u00bb Et aussit\u00f4t Satan dispara\u00eet. Il semble bien que Sulpice S\u00e9v\u00e8re ait voulu rapporter un incident pr\u00e9cis, historique, du voyage de Martin en le transposant.<\/p>\n<p>Arriv\u00e9 dans sa patrie, Martin, comme il en avait eu l&rsquo;intention, amena sa m\u00e8re pa\u00efenne \u00e0 se convertir au Christ et \u00e0 recevoir le bapt\u00eame, mais son ancien l\u00e9gionnaire de p\u00e8re qui, toute sa vie, n&rsquo;avait connu que la religion des enseignes imp\u00e9riales et du camp, ne voulut rien entendre. Toutefois, par son exemple et sa foi rayonnante, Martin r\u00e9ussit \u00e0 convertir d&rsquo;autres personnes durant son s\u00e9jour \u00e0 Sabaria. On peut penser que Martin ne se priva pas de chercher \u00e0 convertir les Ariens. Cependant, en Pannonie comme ailleurs, l&rsquo;h\u00e9r\u00e9sie arienne avait alors le dessus. Les \u00e9v\u00eaques avaient \u00e9t\u00e9 pers\u00e9cut\u00e9s et \u00e0 son tour Martin eut \u00e0 subir les pires traitements. Il finit par quitter sa ville et regagna l&rsquo;Italie.<\/p>\n<p>L\u00e0, il apprit qu&rsquo;Hilaire lui-m\u00eame avait \u00e9t\u00e9 contraint \u00e0 l&rsquo;exil. Martin s&rsquo;installa dans un ermitage \u00e0 Milan. Mais il y fut pers\u00e9cut\u00e9 avec acharnement par Auxence, l&rsquo;\u00e9v\u00eaque arien de Milan auquel succ\u00e9dera Ambroise, lequel Auxence finit par faire expulser Martin de la cit\u00e9. Martin se retira alors, entre 358 et 360, dans la petite \u00eele inhabit\u00e9e de Gallinara pr\u00e8s de la c\u00f4te ligure face \u00e0 Albenga, \u00e0 quelque cinquante milles au sud-ouest de G\u00eanes, avec un pr\u00eatre qui, semble-t-il, \u00e9tait un homme de grande vertu. Il se nourrissait uniquement de racines. Un jour, ayant aval\u00e9 de l&rsquo;hell\u00e9bore, une plante v\u00e9n\u00e9neuse, peut-\u00eatre en voulant imiter l&rsquo;asc\u00e8se alimentaire des anachor\u00e8tes d&rsquo;Egypte, il ressentit la violence du poison dans son corps et vit sa mort prochaine. D\u00e8s ce moment, il entra en pri\u00e8re et le mal le quitta. C&rsquo;est le premier exemple de triomphe de Martin sur la mort (cf. Mc. 16, 17-18).<\/p>\n<p>Peu de temps apr\u00e8s, il apprit, par la rumeur publique ou par un envoy\u00e9 d&rsquo;Hilaire, que celui-ci avait \u00e9t\u00e9 r\u00e9tabli sur son si\u00e8ge \u00e9piscopal, \u00e0 Poitiers (au printemps de 360) o\u00f9 l&#8217;empereur, sans annuler la sentence d&rsquo;exil, l&rsquo;assignait \u00e0 r\u00e9sidence surveill\u00e9e. Martin essaya de rencontrer Hilaire \u00e0 Rome. Mais l&rsquo;\u00e9v\u00eaque de Poitiers avait d\u00e9j\u00e0 quitt\u00e9 la ville. Sans perdre une seconde, Martin se remit en route pour rejoindre \u00e0 Poitiers Hilaire qui l&rsquo;y accueillit avec grande joie.<\/p>\n<p>Sans doute sous la tutelle et sur les conseils d&rsquo;Hilaire, il fonda, non loin de la ville \u00e9piscopale, d&rsquo;abord, peut-\u00eatre, un ermitage, puis rapidement une communaut\u00e9 c\u00e9nobitique. Cette fondation a tr\u00e8s vraisemblablement \u00e9t\u00e9 install\u00e9e \u00e0 l&#8217;emplacement de l&rsquo;actuel monast\u00e8re b\u00e9n\u00e9dictin de Ligug\u00e9, sur la rive gauche du Clain, \u00e0 8 km au sud de Poitiers. Un cat\u00e9chum\u00e8ne qui s&rsquo;\u00e9tait joint \u00e0 lui tomba gravement malade lors m\u00eame que Martin avait d\u00fb s&rsquo;absenter, tr\u00e8s probablement en visite aupr\u00e8s d&rsquo;Hilaire plut\u00f4t qu&rsquo;en voyage d&rsquo;\u00e9vang\u00e9lisation dans les campagnes. Sans doute s&rsquo;agissait-il d&rsquo;une forte crise de paludisme, dans cette vall\u00e9e encore mar\u00e9cageuse. A son retour, Martin trouva le cat\u00e9chum\u00e8ne d\u00e9c\u00e9d\u00e9 sans bapt\u00eame et arriva au beau milieu de la veill\u00e9e fun\u00e8bre. Il fit sortir tout le monde de la cellule mortuaire dont il ferma la porte, invoqua le saint Esprit, s&rsquo;allongea sur le d\u00e9funt et, durant deux heures, se plongea dans la pri\u00e8re. Il ne fait gu\u00e8re de doute qu&rsquo;en r\u00e9digeant ce passage de sa biographie de saint Martin, Sulpice-S\u00e9v\u00e8re avait pr\u00e9sent \u00e0 l&rsquo;esprit le r\u00e9cit v\u00e9t\u00e9ro-testamentaire de la r\u00e9surrection par Elis\u00e9e du fils de la Sunamite (cf. IIRois 4, 33sq.). Les proph\u00e8tes thaumaturges Elie et Elis\u00e9e \u00e9taient des mod\u00e8les v\u00e9n\u00e9r\u00e9s pour les anachor\u00e8tes qui, \u00e0 partir des traditions asc\u00e9tiques de l&rsquo;Orient chr\u00e9tien, m\u00e9ditaient et tentaient d&rsquo;imiter leurs vies. Tout \u00e0 coup, Martin sentit le mort remuer et observa le visage du d\u00e9funt : ses yeux se dessill\u00e8rent et se mirent \u00e0 clignoter. Alors, Martin se tourna vers le Seigneur en clamant sa louange, et la cellule s&#8217;emplit de ses cris d&rsquo;action de gr\u00e2ce. Entendant cela, les fr\u00e8res rest\u00e9s dehors firent irruption, stup\u00e9faits, et virent en vie celui qu&rsquo;ils avaient laiss\u00e9 pour mort. Rendu \u00e0 la vie, le cat\u00e9chum\u00e8ne fut aussit\u00f4t baptis\u00e9 et le premier il se mit \u00e0 faire l&rsquo;\u00e9loge des vertus de Martin. La mort et la r\u00e9surrection biologiques du cat\u00e9chum\u00e8ne furent imm\u00e9diatement suivies de sa mort et de sa r\u00e9surrection baptismales. A partir de ce moment, le renom de Martin, d\u00e9j\u00e0 v\u00e9n\u00e9r\u00e9 comme un saint, se r\u00e9pandit dans toute la Gaule. Martin op\u00e9ra, dans la famille d&rsquo;un notable \u00a0\u00bb honorati viri \u00a0\u00bb du nom de Lupicien, une deuxi\u00e8me r\u00e9surrection qui prend place parmi les tourn\u00e9es missionnaires de Martin \u00e0 travers les campagnes du Poitou. Le r\u00e9cit est une r\u00e9plique abr\u00e9g\u00e9e de la sc\u00e8ne de Ligug\u00e9. Le d\u00e9funt est un petit esclave qui s&rsquo;est pendu de d\u00e9sespoir. Emu de compassion, Martin le rend \u00e0 la vie. C&rsquo;est cette m\u00eame compassion qui va arracher notre bon Martin \u00e0 l&rsquo;existence paisible et sainte de son ermitage. Car, l&rsquo;\u00e9v\u00eaque de Tours Litorius \u00e9tant mort, voil\u00e0 que la ville avait besoin d&rsquo;un pasteur. Et le peuple songea imm\u00e9diatement \u00e0 Martin. Aux yeux des chr\u00e9tiens de Tours, il apparaissait le plus digne pour l&rsquo;\u00e9piscopat. Mais comment r\u00e9ussir \u00e0 le faire sortir de son monast\u00e8re ? Un certain Rusticus, un notable (son patronyme est purement romain), un des membres influents de la d\u00e9putation qui \u00e9tait sur le point d&rsquo;\u00e9chouer, y parvint en suppliant Martin de se rendre au chevet de sa femme qui, disait-il, \u00e9tait mourante. Martin accepta sans h\u00e9siter. Cependant, au fur et \u00e0 mesure qu&rsquo;ils avan\u00e7aient, la foule group\u00e9e sur les bords de la route acclamait Martin et marchait \u00e0 sa suite. D\u00e8s son entr\u00e9e dans Tours, ce fut une ovation interminable. Le peuple \u00e9tait unanime : tous avaient le m\u00eame d\u00e9sir, qu&rsquo;il accepte de monter sur le si\u00e8ge \u00e9piscopal de Tours. Mais, parmi les \u00e9v\u00eaques qui s&rsquo;\u00e9taient d\u00e9plac\u00e9s pour l&rsquo;installation du nouvel \u00e9v\u00eaque, certains s&rsquo;insurg\u00e8rent. Ils disaient de Martin que c&rsquo;\u00e9tait \u00a0\u00bb un personnage m\u00e9prisable, \u00e0 la mine pitoyable, aux v\u00eatements sales, aux cheveux en d\u00e9sordre, et qu&rsquo;il n&rsquo;\u00e9tait pas digne d&rsquo;\u00eatre \u00e9v\u00eaque \u00ab\u00a0. Mais le peuple, d&rsquo;une seule voix, continua \u00e0 r\u00e9clamer Martin et entendit bien imposer aux \u00e9v\u00eaques l&rsquo;ordination d&rsquo;un moine qui ne leur agr\u00e9ait pas parce qu&rsquo;il ne payait pas de mine, \u00e9tait trop peu soign\u00e9 dans sa mise et sa coiffure. Le peuple finit par r\u00e9ussir \u00e0 tourner en ridicule les mondains qui, en voulant d\u00e9consid\u00e9rer Martin, ne parvenaient qu&rsquo;\u00e0 publier ses m\u00e9rites.<\/p>\n<p>Parmi eux, le principal adversaire de Martin \u00e9tait un \u00e9v\u00eaque, probablement celui d&rsquo;Angers, d\u00e9nomm\u00e9 Defensor. Or, le jour de l&rsquo;intronisation de Martin, le lecteur charg\u00e9 de lire les textes de la sainte Ecriture au cours de la liturgie d&rsquo;ordination \u00e9piscopale se trouva coinc\u00e9 par la foule mass\u00e9e dans la cath\u00e9drale et ne put acc\u00e9der \u00e0 l&rsquo;ambon. L&rsquo;un des assistants, probablement un clerc habitu\u00e9 au maniement du Psautier, voulant sans doute demander \u00e0 Dieu une r\u00e9ponse \u00e0 la mode antique, en se livrant \u00e0 un tirage de sorts bibliques, ouvrit le Psautier et lut le verset suivant : \u00a0\u00bb Par la bouche des enfants (\u00e0 cette \u00e9poque, le lecteur est g\u00e9n\u00e9ralement un jeune enfant destin\u00e9 \u00e0 la cl\u00e9ricature. Sa fonction est de lire les textes bibliques et de psalmodier au cours de l&rsquo;assembl\u00e9e liturgique) et des nourrissons tu t&rsquo;es rendu gloire \u00e0 cause de tes ennemis pour d\u00e9truire l&rsquo;ennemi et le d\u00e9fenseur ! \u00a0\u00bb Il s&rsquo;agit du verset 3 du psaume 8 dans la version latine, ant\u00e9rieure \u00e0 celle de saint J\u00e9r\u00f4me, appel\u00e9e Vetus latina |le texte latin est le suivant : \u00a0\u00bb Ex ore infantium et lactantium perfecisti laudem propter inimicos tuos, ut destruas inimicum et defensorem \u00a0\u00bb ( que saint J\u00e9r\u00f4me remplace par ultorem ). La traduction \u00e0 partir de l&rsquo;h\u00e9breu est diff\u00e9rente : \u00a0\u00bb par la bouche des enfants, des tout petits, tu l&rsquo;\u00e9tablis ( = le Nom de Iahv\u00e9 ), lieu fort, \u00e0 cause de tes adversaires pour r\u00e9duire l&rsquo;ennemi et le rebelle].<\/p>\n<p>A ces mots, le peuple en liesse fit monter vers le Seigneur clameurs et louanges : la vox populi venait d&rsquo;\u00eatre confirm\u00e9e et la volont\u00e9 de Dieu manifest\u00e9e par la voix du psalmiste. La cabale, une minorit\u00e9 de puissants la\u00efcs et quelques \u00e9v\u00eaques, fut confondue. Les clercs de cette \u00e9poque connaissaient \u00e0 fond et par c\u0153ur leur Psautier. On peut penser qu&rsquo;\u00e0 Tours, bien avant l&rsquo;\u00e9lection de Martin, le verset 3 du psaume 8 dans la version latine en usage avait fourni la mati\u00e8re de plaisanteries cl\u00e9ricales sur le compte de l&rsquo;\u00e9v\u00eaque de la cit\u00e9 limitrophe, Angers. La pr\u00e9tendue lecture oraculaire du verset n&rsquo;a peut-\u00eatre tromp\u00e9 personne. Aupr\u00e8s d&rsquo;un public chr\u00e9tien habitu\u00e9 \u00e0 la psalmodie, elle a pu remporter le succ\u00e8s d&rsquo;une plaisanterie \u00e9cul\u00e9e, mais renouvel\u00e9e par l&rsquo;audace irr\u00e9v\u00e9rencieuse, la \u00ab\u00a0par\u00e8sia\u00a0\u00bb, dirons-nous en grec, de cet \u00e0-propos. D\u00e9j\u00e0, peut-\u00eatre, en Gaule, \u00e0 cette \u00e9poque, le ridicule tuait !<\/p>\n<p>Quant \u00e0 Martin, si compatissant qu&rsquo;il f\u00fbt pour tous les besoins des hommes, si attach\u00e9 qu&rsquo;il f\u00fbt \u00e0 sa vocation monastique, il consentit \u00e0 son \u00e9lection d\u00e8s lors qu&rsquo;il vit dans la r\u00e9ussite de la ruse de Rusticius un signe du dessein divin sur lui. Parti pour gu\u00e9rir une malade, il se vit confier la garde de tout un troupeau dont il devint le prisonnier. Ceci se passa probablement le dimanche 4 juillet 370.<\/p>\n<p>Saint Martin fondateur et Abb\u00e9 de Marmoutier<\/p>\n<p>Quelle fut la conduite de Martin apr\u00e8s son accession \u00e0 l&rsquo;\u00e9piscopat ? Avec une fermet\u00e9 sans faille, il resta semblable \u00e0 celui qu&rsquo;il avait \u00e9t\u00e9 auparavant. M\u00eame humilit\u00e9, m\u00eame pauvret\u00e9 vestimentaire. Tout \u00e9v\u00eaque qu&rsquo;il f\u00fbt devenu, c&rsquo;est-\u00e0-dire un dignitaire dont les chr\u00e9tiens gallo-romains attendaient qu&rsquo;il f\u00fbt aussi le successeur des responsables politiques de nagu\u00e8re, il ne d\u00e9serta pas pour autant sa profession monastique. Pendant quelque temps, il tenta de s&rsquo;isoler dans une cellule attenante \u00e0 son \u00e9glise cath\u00e9drale. Puis, contraint par l&rsquo;importunit\u00e9 des visiteurs, il s&rsquo;installa un ermitage \u00e0 3 km environ hors les murs de la ville de Tours, \u00e0 Marmoutier. Cette anachor\u00e8se sur l&rsquo;escarpement des falaises crayeuses du val de Loire, entre la montagne et la boucle du fleuve, voulait s&rsquo;inscrire dans la continuit\u00e9 de la tradition asc\u00e9tique d&rsquo;un Antoine et d&rsquo;un Hilarion dans le d\u00e9sert \u00e9gyptien. Martin occupait une cabane en bois. Tr\u00e8s vite des candidats \u00e0 la vie monastique affluent. Ils furent log\u00e9s de la m\u00eame mani\u00e8re. Certains se livrent au troglodytisme dans la falaise crayeuse pour se faire des abris. Le r\u00e9gime de cette vie monastique \u00e9tait la pauvret\u00e9 personnelle totale et la mise en commun de tous les biens. Ces premiers moines gallo-romains ne se livraient \u00e0 aucune activit\u00e9 manuelle, \u00e0 la diff\u00e9rence des moines \u00e9gyptiens qui tresser des corbeilles pour vivre de leur travail. Les fr\u00e8res qui \u00e9taient adultes se livraient int\u00e9gralement \u00e0 la vie contemplative. Seuls les moines adolescents \u00e9taient affect\u00e9s \u00e0 des travaux de copie. On ne se r\u00e9unissait que pour la pri\u00e8re liturgique. Plut\u00f4t qu&rsquo;un monast\u00e8re \u00e0 proprement parler, Marmoutier est alors un groupement d&rsquo;ermitages, chacun passant le plus clair de son temps dans la lecture et l&rsquo;oraison solitaires. Personne ne buvait de vin, sauf les malades. Le v\u00eatement des fr\u00e8res \u00e9tait, \u00e0 l&rsquo;instar de celui du Pr\u00e9curseur Jean-Baptiste, une tunique en poil de chameau qu&rsquo;on se procurait sans doute aupr\u00e8s de p\u00e8lerins des lieux saints et d&rsquo;Egypte. Comme, parmi ces premiers disciples de Martin, un grand nombre appartenaient \u00e0 l&rsquo;\u00e9lite de la soci\u00e9t\u00e9 gallo-romaine (cf. l&rsquo;itin\u00e9raire spirituel d&rsquo;hommes tels que Sulpice S\u00e9v\u00e8re, Paulin de Nole, Eucher, le pr\u00e9fet Dardanus), l&rsquo;acquisition de ce v\u00eatement exotique ne devait pas \u00eatre hors de leur port\u00e9e. Plusieurs de ces moines, par la suite, devaient \u00eatre \u00e9lev\u00e9s \u00e0 l&rsquo;\u00e9piscopat. Marmoutier pr\u00e9figure ce que sera plus tard L\u00e9rins.<\/p>\n<p>Le pseudo-martyr d\u00e9masqu\u00e9 par l&rsquo;\u00e9v\u00eaque Martin<\/p>\n<p>Au d\u00e9but de l&rsquo;\u00e9piscopat de Martin, il y avait, non loin du monast\u00e8re, sans doute sur le coteau, le long de la route de Tours \u00e0 Angers, une tombe et un autel que le peuple allait souvent v\u00e9n\u00e9rer. Faisant preuve d&rsquo;esprit critique envers la d\u00e9votion populaire aux martyrs et ses outrances, Martin qui, pourtant, avait lui-m\u00eame une r\u00e9elle d\u00e9votion pour les martyrs, avait demand\u00e9 qu&rsquo;on lui indiqu\u00e2t si ce martyr \u00e9tait inscrit sur le calendrier de l&rsquo;\u00e9glise de Tours. Martin veut conna\u00eetre la tradition exacte de l&rsquo;Eglise locale dont il est d\u00e9sormais la t\u00eate et le pasteur. Mais les membres du presbyterium, du coll\u00e8ge honorable des pr\u00eatres (cf. la grande litanie diaconale de nos liturgies et de nos diff\u00e9rents offices liturgiques) entourant l&rsquo;\u00e9v\u00eaque Martin \u00e9taient \u00e0 ce sujet tr\u00e8s embarrass\u00e9s pour lui fournir une r\u00e9ponse. Rompant sans doute avec la pratique de son pr\u00e9d\u00e9cesseur, Martin s&rsquo;abstint de donner \u00e0 ce lieu de p\u00e8lerinage incertain la sanction de sa pr\u00e9sence \u00e9piscopale. Toutefois, il finit par s&rsquo;y rendre, accompagn\u00e9 de quelques moines, et non pas du presbyterium tourangeau pr\u00e9alablement consult\u00e9 mais en vain et peut-\u00eatre favorable \u00e0 ce lieu de p\u00e8lerinage, formant avec lui, pourrait-on dire, un commando spirituel. Il se rend \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de l&rsquo;\u00e9difice, jusqu&rsquo;\u00e0 la table d&rsquo;autel au-dessus du tombeau, et l\u00e0 il se met \u00e0 prier Dieu de l&rsquo;\u00e9clairer sur les titres r\u00e9els de ce pr\u00e9tendu martyr \u00e0 \u00eatre v\u00e9n\u00e9r\u00e9. Il s&rsquo;ensuit une sc\u00e8ne de n\u00e9cromancie ou plut\u00f4t d&rsquo;apparition d&rsquo;un \u00eatre venu d&rsquo;outre-tombe : en se tournant du c\u00f4t\u00e9 gauche, il vit se dresser une ombre repoussante \u00e0 laquelle il intima l&rsquo;ordre de dire son nom et ses qualit\u00e9s. Rappelons-nous que Martin avait commenc\u00e9 par \u00eatre exorciste. Devenu \u00e9v\u00eaque, il en avait a fortiori les pouvoirs. L&rsquo;ombre avoue tout de suite avoir \u00e9t\u00e9 un brigand ex\u00e9cut\u00e9 pour ses forfaits. Les assistants entendaient sa voix sans cependant le voir. Rappelons-nous aussi que, depuis sa travers\u00e9e des Alpes, Martin avait quelque exp\u00e9rience de la rencontre avec les bandits de grands chemins. Alors Martin fit retirer l&rsquo;autel mais la tombe est respect\u00e9e. En d\u00e9saffectant le lieu de culte sans d\u00e9truire la tombe, il d\u00e9livre le peuple de l&rsquo;erreur de la superstition rurale, laquelle est beaucoup plus grave qu&rsquo;un simple pr\u00e9jug\u00e9. L&rsquo;\u00e9v\u00eaque a conscience d&rsquo;\u00eatre le lib\u00e9rateur de son peuple encore pagano-chr\u00e9tien plut\u00f4t que v\u00e9ritablement chr\u00e9tien. N&rsquo;oublions pas, en effet, que Martin n&rsquo;est que le troisi\u00e8me \u00e9v\u00eaque de Tours, apr\u00e8s Gatien et Lidoire. Encore fragile et contest\u00e9 dans les villes, le christianisme ne s&rsquo;est gu\u00e8re aventur\u00e9 jusqu&rsquo; ici hors des murs des cit\u00e9s dans la plus grande partie des deux Lyonnaises.<\/p>\n<p>L&rsquo;enterrement pa\u00efen arr\u00eat\u00e9<\/p>\n<p>Un jour que Martin \u00e9tait en chemin, il rencontra le corps d&rsquo;un pa\u00efen qu&rsquo;on menait \u00e0 sa s\u00e9pulture. Il s&rsquo;arr\u00eate \u00e0 quelque distance de la foule. Il distingue une troupe de paysans et le linceul jet\u00e9 sur le corps qui voltigeait \u00e0 tout vent. Il prend un enterrement campagnard pour la procession d&rsquo;une idole. C&rsquo;est que les paysans gallo-romains de cette \u00e9poque avaient l&rsquo;habitude de porter en procession \u00e0 travers les champs des idoles qu&rsquo;ils recouvraient d&rsquo;un voile rituel. Tel un exorciste face au d\u00e9mon, Martin fit donc le signe de la croix \u00e0 l&rsquo;adresse de l&rsquo;idole qu&rsquo;il a cru reconna\u00eetre. L&rsquo;ancien militaire devenu \u00e9v\u00eaque tient d\u00e9sormais le signe de la croix pour l&rsquo;arme la plus efficace du combat spirituel. Il devient ici le signal d&rsquo;attaque contre les puissances d\u00e9moniaques du paganisme rural. Il donne \u00e0 la foule l&rsquo;ordre de s&rsquo;arr\u00eater et de d\u00e9poser ce qu&rsquo;il croit \u00eatre une idole. Le biographe de saint Martin, Sulpice S\u00e9v\u00e8re, nous d\u00e9crit alors la foule paysanne et pa\u00efenne comme p\u00e9trifi\u00e9e et incapable de se remettre en marche. Non sans quelque hyperbole litt\u00e9raire l&rsquo;auteur nous montre les gens tournant ridiculement sur eux-m\u00eames jusqu&rsquo;au moment o\u00f9, vaincus, les porteurs d\u00e9pos\u00e8rent leur fardeau \u00e0 terre. Cette \u00e9trange rotation sur eux-m\u00eames des membres du cort\u00e8ge \u00e9voque les sympt\u00f4mes de troubles nerveux, comme des convulsions. Sans doute l&rsquo;imagination du biographe a-t-elle travaill\u00e9 sur des souvenirs authentiques. Abasourdis, les paysans se regard\u00e8rent les uns, les autres, se demandant sans mot dire ce qui leur arrivait. Mais, s&rsquo;\u00e9tant rendu compte qu&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;obs\u00e8ques, Martin leva la main et rendit \u00e0 ces gens le pouvoir de partir en enlevant le corps. Martin s&rsquo;incline avec compassion devant la peine et le malheur. On remarquera toutefois que Martin n&rsquo;envisage pas de ressusciter le d\u00e9funt : il s&rsquo;agit de fun\u00e9railles pa\u00efennes.<\/p>\n<p>Le d\u00e9fi du pin abattu<\/p>\n<p>Un autre jour, en un village qui n&rsquo;est pas nomm\u00e9 par le biographe, Martin d\u00e9truisit un temple tr\u00e8s ancien et entreprit d&rsquo;abattre un pin, proche du sanctuaire pa\u00efen. Mais le desservant du lieu entour\u00e9 de toute une foule de pa\u00efens s&rsquo;oppos\u00e8rent \u00e0 Martin, consid\u00e9rant comme un sacril\u00e8ge d&rsquo;abattre un arbre tenu pour sacr\u00e9. Pourquoi un pin ? C&rsquo;est l&rsquo;arbre consacr\u00e9 \u00e0 Cyb\u00e8le. On peut penser que la sc\u00e8ne s&rsquo;est pass\u00e9e dans un sanctuaire gallo-romain de cette d\u00e9esse. Avec sa patience habituelle, Martin leur expliqua qu&rsquo;une souche n&rsquo;avait rien de sacr\u00e9, qu&rsquo;ils devaient plut\u00f4t suivre le Dieu que lui-m\u00eame servait et qu&rsquo;il fallait couper cet arbre par ce qu&rsquo;il \u00e9tait consacr\u00e9 \u00e0 un d\u00e9mon Le plus hardi parmi la foule pa\u00efenne dit alors : \u00a0\u00bb si tu as quelque confiance en ce Dieu que tu adores, nous allons couper l&rsquo;arbre, mais toi, il faudra que tu le re\u00e7oive dans sa chute. Et si ce Dieu que tu dis \u00eatre le tien est avec toi, tu en r\u00e9chapperas \u00ab\u00a0. Sans h\u00e9siter, Martin rel\u00e8ve le d\u00e9fi. Et comme le pin penchait d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, on pla\u00e7a Martin qu&rsquo;on avait attach\u00e9, selon la volont\u00e9 de la foule, \u00e0 l&rsquo;endroit o\u00f9 personne ne doutait que l&rsquo;arbre allait tomber. On commen\u00e7a \u00e0 couper le pin avec all\u00e9gresse, en pensant qu&rsquo;on serait bient\u00f4t d\u00e9barrass\u00e9 de ce Martin, cet emp\u00eacheur de paganiser en rond ! D\u00e9j\u00e0 le pin vacillait et mena\u00e7ait de s&rsquo;abattre. A l&rsquo;approche du danger, la foule s&rsquo;\u00e9carta prudemment, contemplant \u00e0 distance respectueuse le d\u00e9roulement de ce duel insolite entre Cyb\u00e8le et le Dieu de Martin. Les moines eux-m\u00eames \u00e9taient \u00e9pouvant\u00e9s, servant de repoussoirs, dans l&rsquo;esprit du biographe, \u00e0 la tranquille impassibilit\u00e9 de Martin qui, confiant dans le Seigneur, attendait intr\u00e9pidement. Le pin craque, il va tomber, s&rsquo;abattre sur l&rsquo;\u00e9v\u00eaque, quand celui-ci \u00e9l\u00e8ve la main \u00e0 la rencontre de l&rsquo;arbre et lui oppose le signe de la croix, le signe du salut. Alors, le pin, comme repouss\u00e9 en arri\u00e8re, s&rsquo;abat du c\u00f4t\u00e9 oppos\u00e9, de telle sorte qu&rsquo;il faillit \u00e9craser les paysans qui se tenaient, croyaient-ils, en lieu s\u00fbr. Une clameur monte vers le ciel, la foule pa\u00efenne est saisie d&rsquo;\u00e9tonnement admiratif, les moines pleurent de joie, et tous, \u00e0 l&rsquo;unisson, proclament le nom du Christ. Les pa\u00efens demandent presque tous \u00e0 devenir chr\u00e9tiens. Martin parvient donc \u00e0 convertir au Christ une foule de paysans r\u00e9unis pour une c\u00e9r\u00e9monie en l&rsquo;honneur de Cyb\u00e8le, la Grande M\u00e8re.<\/p>\n<p>Incendie et destruction de sanctuaires pa\u00efens<\/p>\n<p>Vers le m\u00eame temps, Martin mit le feu \u00e0 un sanctuaire pa\u00efen tr\u00e8s ancien et tr\u00e8s fr\u00e9quent\u00e9. Mais, emport\u00e9es par le vent en tourbillons, les flammes se dirigeaient vers les maisons qui enserraient le temple, risquant de se propager \u00e0 l&rsquo;agglom\u00e9ration et de d\u00e9truire les habitations de gens qui sont pour Martin du futures ouailles. D\u00e8s que le saint \u00e9v\u00eaque s&rsquo;en aper\u00e7ut, il monta sur le toit de la maison. Comme dans l&rsquo;\u00e9pisode du pin, Martin cherche \u00e0 faire un geste qui soit un signe de salut, en s&rsquo;exposant personnellement et volontairement \u00e0 un p\u00e9ril mortel. On put voir alors le feu se rabattre miraculeusement contre le vent, malgr\u00e9 la violence de celui-ci, si bien que les \u00e9l\u00e9ments naturels semblaient, pour ainsi dire, se combattre. Le feu n&rsquo;accomplit donc son \u0153uvre que l\u00e0 o\u00f9 Martin le souhaitait.<\/p>\n<p>Dans un autre village, d\u00e9nomm\u00e9 Levroux, \u00e0 80 km environ au sud-est de Tours, Martin voulut \u00e9galement d\u00e9molir un temple pa\u00efen qui contenait de grandes richesses. Mais, en \u00e9tat de l\u00e9gitime d\u00e9fense, la foule entreprit de s&rsquo;y opposer violemment. Pour ne pas \u00eatre lynch\u00e9, Martin dut se replier dans le voisinage imm\u00e9diat. L\u00e0, durant trois jours, v\u00eatu d&rsquo;un cilice et couvert de cendre, dans le je\u00fbne et l&rsquo;oraison ininterrompus, il adressa sa pri\u00e8re au Seigneur afin que celui-ci renvers\u00e2t lui-m\u00eame le temple si bien prot\u00e9g\u00e9 par les pa\u00efens. Soudain, deux anges arm\u00e9s de lances et de boucliers se pr\u00e9sent\u00e8rent \u00e0 lui, se disant envoy\u00e9s par Dieu pour disperser la foule des paysans et assurer sa protection. Peut-\u00eatre quelque fonctionnaire romain chr\u00e9tien ou sympathisant du christianisme a-t-il d\u00e9p\u00each\u00e9 aupr\u00e8s de Martin en difficult\u00e9 des soldats \u00e0 double fin de r\u00e9tablir l&rsquo;ordre public et de prot\u00e9ger la personne de l&rsquo;\u00e9v\u00eaque, lequel comptait des relations personnelles dans les classes dirigeantes des deux Lyonnaises. Et nous avons d\u00e9j\u00e0 not\u00e9 la pr\u00e9sence de beaucoup de nobles parmi les moines de Martin. Il est bien possible que Martin et ses compagnons aient effectu\u00e9 une interpr\u00e9tation providentielle et surnaturelle de l&rsquo;apparition d&rsquo;un tel renfort au moment o\u00f9 ils se trouvaient en bien mauvaise position. Des soldats charg\u00e9s de mission par quelque fonctionnaire chr\u00e9tien ou sympathisant pouvaient \u00eatre \u00e0 bon droit consid\u00e9r\u00e9s simultan\u00e9ment comme des envoy\u00e9s du Seigneur. Le miracle fut peut-\u00eatre que la retraite p\u00e9nitentielle de Martin consacr\u00e9e durant trois jours \u00e0 une instante pri\u00e8re fut r\u00e9compens\u00e9e par l&rsquo;arriv\u00e9e au bon moment d&rsquo;un d\u00e9tachement arm\u00e9. Martin devait donc retourner au village. C&rsquo;est ce qu&rsquo;il fit et, tandis que la foule pa\u00efenne, immobile, l&rsquo;observait, il se mit \u00e0 d\u00e9molir le temple de fond en comble. A cette vue, les paysans comprirent qu&rsquo;une puissance divine les avait frapp\u00e9s de stupeur et de panique pour les emp\u00eacher de r\u00e9sister \u00e0 l&rsquo;\u00e9v\u00eaque Martin par la violence. Effray\u00e9e par l&rsquo;escorte arm\u00e9e, si escorte arm\u00e9e il y eut, qui pouvait lui laisser pr\u00e9sager des repr\u00e9sailles du pouvoir imp\u00e9rial d\u00e9sormais chr\u00e9tien, au cas o\u00f9 elle tenterait \u00e0 nouveau de r\u00e9sister, la foule fut peut-\u00eatre en m\u00eame temps saisie d&rsquo;une grande crainte religieuse. Ils crurent presque tous au Christ, attestant publiquement et \u00e0 grands cris qu&rsquo;on devait adorer le Dieu de Martin et d\u00e9laisser les idoles incapables de se secourir elles-m\u00eames.<\/p>\n<p>Les assassins d\u00e9jou\u00e9s<\/p>\n<p>Un autre exploit de l&rsquo;\u00e9v\u00eaque de Tours dans sa lutte contre le paganisme, se situe dans un canton du pays \u00e9duen. La mission de saint Martin en pays \u00e9duen, dont cet \u00e9pisode porte t\u00e9moignage, s&rsquo;est sans doute situ\u00e9e apr\u00e8s les tourn\u00e9es missionnaires de l&rsquo;\u00e9v\u00eaque de Tours dans son dioc\u00e8se, et avant ses voyages \u00e0 la cour imp\u00e9riale de Tr\u00e8ves. En effet, en l&rsquo;absence de pr\u00e9cisions chronologiques, il est assez naturel de penser que saint Martin a entrepris sa lutte contre le paganisme d&rsquo;abord dans son propre dioc\u00e8se, avant que ses succ\u00e8s l&rsquo;aient fait appeler par d&rsquo;autres \u00e9v\u00eaques. Nous sommes en tout cas dans les ann\u00e9es 389-391.<\/p>\n<p>L&rsquo;Eglise est devenue l&rsquo;alli\u00e9e de l&rsquo;Etat imp\u00e9rial, \u00e0 la fin des r\u00e8gnes de Gratien et de Th\u00e9odose. Le paganisme n&rsquo;a pas disparu mais il est mort l\u00e9galement. Le culte pa\u00efen est officiellement interdit. La loi sign\u00e9e \u00e0 Milan par l&#8217;empereur Th\u00e9odose le 24 f\u00e9vrier 391 interdit toute c\u00e9r\u00e9monie pa\u00efenne dans la ville de Rome, sacrifice, visite de temple, hommage aux idoles, et pr\u00e9voit de lourdes amendes contre les fonctionnaires qui les tol\u00e9reraient. D\u00e9sormais, on ne pouvait continuer \u00e0 pratiquer le paganisme qu&rsquo;en marge des lois et sous la menace de s\u00e9v\u00e8res sanctions. C&rsquo;est dans ce contexte de la l\u00e9gislation imp\u00e9riale de la fin du 4\u00e8me si\u00e8cle que doit \u00eatre replac\u00e9 le duel thaumaturgique de saint Martin, \u00e9v\u00eaque de Tours, avec le paganisme des campagnes gallo-romaines.<\/p>\n<p>Martin \u00e9tait donc en train de d\u00e9molir un temple lorsque la foule pa\u00efenne, furieuse, se rua sur lui. L&rsquo;un des paysans tira l&rsquo;\u00e9p\u00e9e et s&rsquo;appr\u00eatait \u00e0 en frapper l&rsquo;\u00e9v\u00eaque, quand celui-ci, rejetant son manteau, pr\u00e9senta aux coups sa nuque d\u00e9couverte. Le pa\u00efen fit le geste de frapper, mais, ayant \u00e9lev\u00e9 le bras droit trop haut, il tomba \u00e0 la renverse et, terrass\u00e9 par la crainte de Dieu, il demandait gr\u00e2ce.<\/p>\n<p>Un autre jour, on voulut donner \u00e0 Martin un coup de couteau pendant qu&rsquo;il d\u00e9truisait des idoles. L&rsquo;arme fut alors arrach\u00e9e des mains de l&rsquo;agresseur et disparut au moment m\u00eame o\u00f9 il allait frapper. Mais, en g\u00e9n\u00e9ral, lorsque les paysans cherchaient \u00e0 le dissuader de d\u00e9truire leurs temples, sa pr\u00e9dication adoucissait si bien leur fureur qu&rsquo;ils finissaient par renverser eux-m\u00eames leurs \u00e9difices religieux.<\/p>\n<p>Gu\u00e9rison de la jeune paralys\u00e9e de Tr\u00e8ves<\/p>\n<p>Comme beaucoup de saints, Martin de Tours eut le charisme des gu\u00e9risons. C&rsquo;est l&rsquo;un des dons spirituels particuliers \u00e9num\u00e9r\u00e9s par saint Paul dans sa premi\u00e8re \u00e9p\u00eetre aux Corinthiens : \u00a0\u00bb Il y a ceux que Dieu a \u00e9tablis dans l&rsquo;Eglise, premi\u00e8rement comme ap\u00f4tres, deuxi\u00e8mement comme proph\u00e8tes, troisi\u00e8mement comme docteurs. Puis ce sont les miracles, puis les charismes de gu\u00e9rison, d&rsquo;entraide, de direction, les diverses sortes de langues \u00a0\u00bb ( 1Co. 12, 28 ). Ce charisme de gu\u00e9rison fait bien de Martin un digne successeur des ap\u00f4tres. A Tr\u00e8ves, il gu\u00e9rit une jeune fille paralys\u00e9e et aphasique depuis bien longtemps. Le p\u00e8re de la malade le supplie \u00e0 genoux, en pleine \u00e9glise, probablement l&rsquo;anc\u00eatre de l&rsquo;actuelle cath\u00e9drale de Tr\u00e8ves construite vers 326, remplie d&rsquo;\u00e9v\u00eaques, de se rendre aupr\u00e8s de sa. fille, de la b\u00e9nir. Car, dit-il, j&rsquo;ai foi que, par ton intercession, elle sera rendue \u00e0 la sant\u00e9. Pour commencer, Martin a recours \u00e0 ses armes habituelles. Il se prosterne sur le sol et il prie. Puis, examinant la malade, il se fait donner de l&rsquo;huile qu&rsquo;il b\u00e9nit et versa dans la bouche de la jeune fille. Aussit\u00f4t, celle-ci recouvre la parole et progressivement ses membres se raniment jusqu&rsquo;au moment o\u00f9, d&rsquo;un pied assur\u00e9, elle se l\u00e8ve devant le peuple. Accomplie dans la capitale imp\u00e9riale des Gaules, cette gu\u00e9rison \u00e9tablit partout l&rsquo;autorit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9v\u00eaque de Tours, \u00e0 la cour comme \u00e0 la ville. La demande de gu\u00e9rison pour sa fille est adress\u00e9e \u00e0 Martin par le p\u00e8re en pr\u00e9sence d&rsquo;un nombre important d&rsquo;\u00e9v\u00eaques (&#8230; multisque aliis praesentibus episcopis), sans doute attir\u00e9s \u00e0 Tr\u00e8ves, du fond de la Gaule et de l&rsquo;Espagne, comme l&rsquo;\u00e9v\u00eaque de Tours, par le proc\u00e8s d&rsquo;un \u00e9v\u00eaque espagnol accus\u00e9 d&rsquo;h\u00e9r\u00e9sie, Priscillien. Anath\u00e9matis\u00e9 par les conciles de Saragosse ( 380 ) et de Bordeaux (384 ), Priscillien fut condamn\u00e9 \u00e0 mort par l&#8217;empereur usurpateur Maxime et ex\u00e9cut\u00e9 \u00e0 Tr\u00e8ves en 385, premier h\u00e9r\u00e9tique \u00e0 p\u00e9rir sous les coups du bras s\u00e9culier. Que lui reprochait-on ? Nous ne le savons pas au juste : du n\u00e9o-gnosticisme ? de l&rsquo;illuminisme ? une surench\u00e8re asc\u00e9tique ? Ce qui est certain, c&rsquo;est que l&rsquo;enjeu \u00e9tait important pour la sauvegarde de l&rsquo;Orthodoxie de l&rsquo;Eglise d&rsquo;Espagne. C&rsquo;est une bonne preuve de l&rsquo;autorit\u00e9 de Martin au sein de l&rsquo;\u00e9piscopat gaulois de cette \u00e9poque. Nous savons que l&rsquo;\u00e9v\u00eaque de Tours fit au moins deux s\u00e9jours dans la capitale imp\u00e9riale des Gaules : l&rsquo;un au d\u00e9but de 386 ou d\u00e8s la fin de 385, l&rsquo;autre \u00e0 l&rsquo;automne de 386. Sulpice S\u00e9v\u00e8re avait des liens familiaux avec la ville natale de saint Martin. En effet, sa belle-m\u00e8re, Bassula, \u00e9tait domicili\u00e9e \u00e0 Tr\u00e8ves. On peut raisonnablement penser que celle-ci \u00e9tait pr\u00e9sente dans la cath\u00e9drale de Tr\u00e8ves au moment o\u00f9 le p\u00e8re de la malade supplie Martin de bien vouloir gu\u00e9rir sa fille. Et si elle ne s&rsquo;y trouva pas, il est tout \u00e0 fait probable qu&rsquo;elle entendit parler de l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement dans sa ville et informa son gendre. La documentation du biographe est sans doute ici de premi\u00e8re main.<\/p>\n<p>A la m\u00eame \u00e9poque, l&rsquo;esclave d&rsquo;un certain Tetradius, un ancien proconsul, donc de haut rang, vivant peut-\u00eatre en retraite dans l&rsquo;un de ses domaines, \u00e9tait poss\u00e9d\u00e9 d&rsquo;un d\u00e9mon qui le torturait atrocement. Saint Martin donna l&rsquo;ordre de faire amener le malade, mais il \u00e9tait impossible de l&rsquo;approcher, tant il se jetait \u00e0 belles dents sur ceux qui s&rsquo;y essayaient. Tetradius supplia alors Martin de descendre lui-m\u00eame jusqu&rsquo;\u00e0 la maison. Mais Martin refusa, car Tetradius \u00e9tait encore pa\u00efen. Ce dernier promit de se faire chr\u00e9tien si le d\u00e9mon \u00e9tait chass\u00e9 de son jeune esclave. Alors, Martin accepta, imposa les mains sur le poss\u00e9d\u00e9 et en expulsa l&rsquo;esprit impur. C&rsquo;est le geste rituel de l&rsquo;exorcisme, que le pr\u00eatre orthodoxe utilise encore au cours de la c\u00e9l\u00e9bration du cat\u00e9chum\u00e9nat. A cette vue, Tetradius eut foi dans le Christ et devint aussit\u00f4t cat\u00e9chum\u00e8ne et re\u00e7ut peu apr\u00e8s le bapt\u00eame. Il garda toujours une affection extraordinaire pour Martin.<\/p>\n<p>Dans la m\u00eame ville, Martin entra chez un p\u00e8re de famille ou plut\u00f4t s&rsquo;arr\u00eata sur le seuil, disant qu&rsquo;il voyait un affreux d\u00e9mon dans la cour de la demeure. Comme il lui intimait l&rsquo;ordre de d\u00e9guerpir, le d\u00e9mon se saisit du cuisinier du ma\u00eetre de maison, qui, lui, se trouvait \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur. Le malheureux entra en une violente crise de rage et se mit \u00e0 d\u00e9chirer \u00e0 belles dents tous ceux qu&rsquo;il trouvait sur son passage. Quel branle-bas, quelle panique parmi les esclaves et les habitants de la maison ! Martin s&rsquo;\u00e9lan\u00e7a au devant du furieux qui grondait, la bouche grande ouverte et lui enfon\u00e7a les doigts jusqu&rsquo;\u00e0 la gorge en disant : \u00a0\u00bb si tu as quelque pouvoir, d\u00e9vore-les \u00ab\u00a0. Alors le poss\u00e9d\u00e9, comme s&rsquo;il avait re\u00e7u dans la gorge un fer incandescent, \u00e9carta les dents en se gardant de toucher les doigts de Martin. L&rsquo;exorcisme est alors na\u00efvement con\u00e7u comme l&rsquo;expulsion d&rsquo;un corps \u00e9tranger par les voies naturelles (&#8230; fluxu ventris, c&rsquo;est-\u00e0-dire : par un flux de ventre !). C&rsquo;est la conclusion truculente tir\u00e9e d&rsquo;une tr\u00e8s ancienne croyance, qui n&rsquo;est pas de foi, pour nous, selon laquelle les d\u00e9mons p\u00e9n\u00e8trent dans le corps humain par la nourriture, les fermentations intestinales \u00e9tant consid\u00e9r\u00e9es comme l&rsquo;\u0153uvre des d\u00e9mons et le signe de leur pr\u00e9sence ! Ici l&rsquo;hagiographie s&rsquo;ach\u00e8ve en folklore scatologique !<\/p>\n<p>Il y eut encore la gu\u00e9rison d&rsquo;un l\u00e9preux \u00e0 Paris, que Martin baisa et b\u00e9nit et qui fut aussit\u00f4t purifi\u00e9 enti\u00e8rement de son mal. Il y eut aussi celle d&rsquo;une jeune fille tuberculeuse \u00e0 laquelle Martin fit remettre une lettre \u00e9crite de sa main. Au contact de la lettre la fi\u00e8vre fut chass\u00e9e et la jeune fille gu\u00e9rie. Son p\u00e8re, un certain Magnus Arborius, ancien pr\u00e9fet, voua sa fille \u00e0 Dieu. Et ce fut Martin qui lui imposa l&rsquo;habit des vierges et la consacra. Ce faisant, Arborius se conformait aux usages romains de toute-puissance du \u00a0\u00bb pater familias \u00ab\u00a0, tout autant qu&rsquo;aux usages chr\u00e9tiens contemporains. Sans doute fit-il le voyage d&rsquo;Aquitaine \u00e0 Tours pour y faire prendre le voile \u00e0 sa fille des mains m\u00eames de Martin. Il y eut \u00e9galement la gu\u00e9rison de Paulin de Nole, le disciple ch\u00e9ri d&rsquo;Ausone, qui perdait la vue, probablement \u00e0 cause d&rsquo;une cataracte plus ou moins douloureuse. Cela se passait peut-\u00eatre \u00e0 Vienne, pr\u00e8s de Lyon. Les historiens de la Gaule connaissent bien l&rsquo;extension consid\u00e9rable des maladies oculaires dans la population gallo-romaine. En effet, on a retrouv\u00e9 sur le territoire de la Gaule romaine de nombreux cachets d&rsquo;oculiste et de b\u00e2tons de collyre portant l&#8217;empreinte de ces cachets. Martin lui toucha l&rsquo;\u0153il avec un pinceau et lui rendit la sant\u00e9. Dans le cas de cette gu\u00e9rison plus m\u00e9dicale que proprement miraculeuse, Martin op\u00e8re comme un ophtalmologue gallo-romain, sans signation, sans pri\u00e8re, sans imposer les mains \u00e0 Paulin. Enfin, Martin lui-m\u00eame, qui avait fait une chute dans un escalier et en souffrait terriblement, vit dispara\u00eetre miraculeusement son mal en une nuit. C&rsquo;est, pourrait-on dire, le conte du gu\u00e9risseur gu\u00e9ri. On songe au proverbe juif dont le Christ pr\u00eate la mention malveillante \u00e0 ses auditeurs de Nazareth. \u00a0\u00bb M\u00e9decin, gu\u00e9ris-toi toi-m\u00eame \u00a0\u00bb (Luc 4, 23). Nous avons l\u00e0 un f\u00eforetto qui ach\u00e8ve d&rsquo;id\u00e9aliser la figure de saint Martin, \u00e9v\u00eaque Tours, le thaumaturge.<\/p>\n<p>Le festin chez l&#8217;empereur Maxime, \u00e0 la cour de Tr\u00e8ves<\/p>\n<p>Saint Martin fit \u00e0 Tr\u00e8ves deux s\u00e9jours, \u00e0 l&rsquo;occasion de l&rsquo;affaire Priscillien [\u00e9v\u00eaque espagnol accus\u00e9 d&rsquo;h\u00e9r\u00e9sie, anath\u00e9matis\u00e9 par les conciles de Saragosse (380 ) et de Bordeaux (385), condamn\u00e9 \u00e0 mort par Maxime et ex\u00e9cut\u00e9 \u00e0 Tr\u00e8ves en 385], en 385-386 et en 386-387. Invit\u00e9 \u00e0 sa table plusieurs fois par l&#8217;empereur, l&rsquo;\u00e9v\u00eaque de Tours eut l&rsquo;audace inou\u00efe, \u00e0 cette \u00e9poque, de refuser ces invitations que les \u00e9v\u00eaques courtisans, ses contemporains, s&#8217;empressaient d&rsquo;accepter. Mais pour comprendre l&rsquo;intransigeance et la fermet\u00e9 de saint Martin face \u00e0 cet empereur, nous devons dire quelques mots de ce Maxime.<\/p>\n<p>En 383, l&#8217;empereur Gratien, fils de Valentinien 1er , et qui, depuis 378, est en rapports \u00e9troits et amicaux avec saint Ambroise de Milan, est assassin\u00e9 sur l&rsquo;ordre de Maxime qui usurpe ainsi le pouvoir imp\u00e9rial et s&#8217;empare des Gaules \u00e0 l&rsquo;\u00e9t\u00e9 387, tandis que l&rsquo;Italie et ses d\u00e9pendances restent aux mains de Valentinien II, fr\u00e8re de Gratien, un enfant de douze ans, que dirigent sa m\u00e8re, l&rsquo;arienne Justine, et son premier ministre, le pa\u00efen Bauton. A Tr\u00e8ves, Maxime, pour faire oublier l&rsquo;ill\u00e9gitimit\u00e9 de son pouvoir, se montre aussi z\u00e9l\u00e9 catholique ou orthodoxe (ces deux \u00e9pith\u00e8tes n&rsquo;ont pas, \u00e0 cette \u00e9poque, et pour longtemps encore, le sens confessionnel qu&rsquo;elles ont de nos jours. A l&rsquo;\u00e9poque de saint Martin, elles s&rsquo;opposent \u00e0 arien et \u00e0 tout adjectif qualifiant une h\u00e9r\u00e9sie en rupture de communion avec l&rsquo;Eglise une : montaniste, apollinariste, etc) que le prince qu&rsquo;il a fait assassiner. Il s&rsquo;est fait baptiser en Bretagne \u00e0 la veille de son usurpation. Cela ne lui \u00e9vite pas d&rsquo;\u00eatre excommuni\u00e9 par saint Ambroise qui lui reproche de soutenir l&rsquo;\u00e9v\u00eaque Itace et ses partisans. Maxime finira par \u00eatre tu\u00e9 par les soldats de Th\u00e9odose.<\/p>\n<p>Saint Martin motivait donc son refus, humiliant pour Maxime, de d\u00eener avec lui, par le fait que Maxime \u00e9tait un usurpateur et qu&rsquo;il \u00e9tait coupable de la mort de Gratien. Cependant, il finit par se rendre \u00e0 la cour. Mais ce fut pour humilier \u00e0 nouveau l&#8217;empereur, en pr\u00e9sence des plus hauts dignitaires de la cour, du pr\u00e9fet, du consul, des autres \u00e9v\u00eaques, de Marcellin, le fr\u00e8re de Maxime, ainsi que de son oncle. En effet, nous dit Sulpice S\u00e9v\u00e8re, \u00a0\u00bb vers le milieu du repas, selon l&rsquo;usage, un serveur pr\u00e9senta une large coupe au souverain. Lui, donne l&rsquo;ordre de la remettre plut\u00f4t au tr\u00e8s saint \u00e9v\u00eaque, car son attente et son ambition \u00e9taient de recevoir cette coupe de sa main. Mais Martin, apr\u00e8s avoir fini de boire, tendit la coupe au pr\u00eatre qui l&rsquo;accompagnait, jugeant sans doute que nul n&rsquo;\u00e9tait plus digne de boire le premier apr\u00e8s lui, et qu&rsquo;il ali\u00e8nerait sa libert\u00e9 s&rsquo;il faisait passer avant un pr\u00eatre soit le souverain en personne, soit les personnages les plus proches du souverain \u00ab\u00a0. On peut dire que saint Martin \u00e9tait de la m\u00eame race \u00e9piscopale que le grand Basile de C\u00e9sar\u00e9e qui, au pr\u00e9fet Modestus envoy\u00e9 par l&#8217;empereur pro-arien Valens pour menacer Basile de la confiscation des biens et de l&rsquo;exil et lui arracher une d\u00e9claration sign\u00e9e de son adh\u00e9sion \u00e0 l&rsquo;arianisme, avait r\u00e9pondu sur un tel ton que Modestus avait dit \u00e0 l&rsquo;archev\u00eaque de C\u00e9sar\u00e9e : \u00a0\u00bb Personne, jusqu&rsquo;\u00e0 ce jour, ne m&rsquo;a tenu pareil langage et avec tant de libert\u00e9 \u00ab\u00a0. Et Basile avait eu le dernier mot en lan\u00e7ant au pr\u00e9fet cette r\u00e9plique admirable : \u00a0\u00bb Peut-\u00eatre n&rsquo;es-tu jamais tomb\u00e9 sur un \u00e9v\u00eaque ! \u00a0\u00bb L&rsquo;\u00e9v\u00eaque de Tours \u00e9tait aussi de la race \u00e9piscopale d&rsquo;Ambroise de Milan qui, avant d&rsquo;en arriver \u00e0 excommunier Maxime, n&rsquo;avait pas craint d&rsquo;entrer en conflit avec ses officiers qui pr\u00e9tendaient mettre la main sur un tr\u00e9sor confi\u00e9 par une veuve \u00e0 l&rsquo;\u00e9v\u00eaque de Pavie : ce dernier, conseill\u00e9 par saint Ambroise, s&rsquo;opposa \u00e0 cette confiscation au nom des droits de l&rsquo;Eglise et des pauvres. Et l&rsquo;on sait dans quelles circonstances Ambroise imposa une p\u00e9nitence publique \u00e0 l&#8217;empereur Th\u00e9odose qui, pour r\u00e9primer une r\u00e9volte de la ville de Thessalonique, avait d\u00e9cid\u00e9 un massacre g\u00e9n\u00e9ral de la population. Saint Martin rappela donc \u00e0 Maxime les droits imprescriptibles des \u00e9v\u00eaques et des pr\u00eatres et il lui pr\u00e9dit les malheurs qui l&rsquo;attendaient. A ce m\u00eame Maxime, \u00e9crit Sulpice S\u00e9v\u00e8re, \u00a0\u00bb Martin pr\u00e9dit longtemps \u00e0 l&rsquo;avance que, s&rsquo;il se rendait en Italie, o\u00f9 il comptait aller porter la guerre contre l&#8217;empereur Valentinien, il devait savoir qu&rsquo;il serait sans doute vainqueur au d\u00e9but de son offensive, mais qu&rsquo;il p\u00e9rirait peu apr\u00e8s \u00ab\u00a0. De fait, si Maxime commen\u00e7a par mettre en d\u00e9route Valentinien II, environ un an apr\u00e8s, il finit par \u00eatre vaincu par Th\u00e9odose, sous les murs d&rsquo;Aquil\u00e9e o\u00f9 il paya l&rsquo;assassinat de Gratien. Cet \u00e9pisode du festin \u00e0 la cour de Tr\u00e8ves est \u00e0 l&rsquo;origine du fait que, dans la France des si\u00e8cles pass\u00e9s, saint Martin \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9 comme le patron des buveurs.<\/p>\n<p>Le p\u00e8lerinage de Sulpice S\u00e9v\u00e8re \u00e0 Marmoutier<\/p>\n<p>Sulpice S\u00e9v\u00e8re, le futur biographe de notre saint et son contemporain, qui conna\u00eet la r\u00e9putation de l&rsquo;\u00e9v\u00eaque de Tours dans toute la Gaule, d\u00e9cide un beau jour d&rsquo;effectuer le p\u00e8lerinage de Bordeaux \u00e0 Tours, \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque, sans chemin de fer ni routes goudronn\u00e9es, c&rsquo;\u00e9tait un long voyage afin de faire la connaissance de saint Martin : un disciple s\u00e9duit par l&rsquo;id\u00e9al asc\u00e9tique vient prendre les conseils d&rsquo;un ma\u00eetre et entendre son enseignement. Sans doute saint Martin a-t-il re\u00e7u Sulpice S\u00e9v\u00e8re au monast\u00e8re de Marmoutier plut\u00f4t qu&rsquo;\u00e0 Tours, apr\u00e8s 390. Le biographe de l&rsquo;\u00e9v\u00eaque de Tours a gard\u00e9 un souvenir inoubliable de l&rsquo;accueil plein d&rsquo;humilit\u00e9 et de bont\u00e9 que lui r\u00e9serva saint Martin. \u00a0\u00bb L&rsquo;on ne saurait croire avec quelle humilit\u00e9, avec quelle bont\u00e9 il m&rsquo;accueillit alors : il se f\u00e9licitait \u00e0 l&rsquo;extr\u00eame et se r\u00e9jouissait dans le Seigneur de ce que nous l&rsquo;eussions estim\u00e9 assez pour que le d\u00e9sir de le rencontrer nous e\u00fbt, fait entreprendre ce lointain voyage. Mis\u00e9rable que je suis, j &lsquo;ose \u00e0 peine l&rsquo;avouer, quand il daigna me faire partager son saint repas, c&rsquo;est lui qui nous lava les pieds&#8230; Nous n&rsquo;e\u00fbmes pas le courage de nous y opposer ou d&rsquo;y contredire : son autorit\u00e9 avait sur moi une telle emprise que j &lsquo;aurais consid\u00e9r\u00e9 comme un sacril\u00e8ge de ne point le laisser faire \u00ab\u00a0. L&rsquo;accueil que Martin r\u00e9serve au p\u00e8lerin bordelais, ce sont, transpos\u00e9s en Occident, les rites de l&rsquo;hospitalit\u00e9 monastique, tels qu&rsquo;ils \u00e9taient pratiqu\u00e9s dans les communaut\u00e9s \u00e9gyptiennes. En effet, par Cassien, nous savons que, chaque dimanche soir, dans les monast\u00e8res orientaux, les moines qui venaient d&rsquo;assumer leur tour de service hebdomadaire achevaient celui-ci en lavant les pieds de leurs fr\u00e8res. D&rsquo;autre part, il est bien, \u00e9vident que le biographe de saint Martin a song\u00e9 au geste accompli par J\u00e9sus, le soir du Jeudi saint, dans l&rsquo;intimit\u00e9 de la derni\u00e8re c\u00e8ne.<\/p>\n<p>La mort et les fun\u00e9railles de saint Martin de Tours<\/p>\n<p>Saint Martin sait qu&rsquo;il va mourir. Son d\u00e9c\u00e8s a d\u00fb se produire dans sa 81\u00e8me ann\u00e9e et dans la premi\u00e8re quinzaine du mois de novembre 397, peut-\u00eatre le 8. Sulpice S\u00e9v\u00e8re nous parle de cette prescience dans une lettre \u00e0 sa belle-m\u00e8re, Bassula, qui r\u00e9sidait \u00e0 Tr\u00e8ves. Martin dut effectuer une visite pastorale dans la paroisse de Candes, \u00a0\u00bb car les clercs de cette \u00e9glise se querellaient, et il d\u00e9sirait y restaurer la paix&#8230; La paix r\u00e9tablie entre les clercs, il songeait d\u00e9sormais \u00e0 revenir \u00e0 son monast\u00e8re, quand, soudain, ses forces physiques commenc\u00e8rent \u00e0 l&rsquo;abandonner ; il convoque ses fr\u00e8res et leur fait savoir qu&rsquo;il est mourant. Mais alors, ce fut chagrin et deuil parmi les assistants ; ils n&rsquo;ont qu&rsquo;une seule plainte \u00e0 la bouche : P\u00e8re, pourquoi nous abandonnes-tu ? A qui nous laisses-tu, dans notre esseulement ? Sur ton troupeau vont se jeter des loups rapaces ; qui nous gardera de leur morsure, si le pasteur est frapp\u00e9 ? Nous savons bien que ton unique d\u00e9sir est le Christ, mais tes r\u00e9compenses sont hors de toute atteinte : elles ne diminueront pas pour avoir \u00e9t\u00e9 retard\u00e9es. Aie plut\u00f4t piti\u00e9 de nous, que tu abandonnes \u00ab\u00a0. Saint Martin fait alors songer \u00e0 saint Paul dans son \u00e9p\u00eetre aux Philippiens. Saint Paul \u00e9crit : \u00a0\u00bb si vivre dans la chair fait fructifier mon \u0153uvre, je ne sais que choisir. Je suis press\u00e9 des deux c\u00f4t\u00e9s : j&rsquo;ai le d\u00e9sir de m&rsquo;en retourner pour \u00eatre avec le Christ, car c&rsquo;est de beaucoup le meilleur ; mais rester dans la chair est plus n\u00e9cessaire \u00e0 cause de vous. Et dans cette conviction, je sais que je demeurerai et que je resterai pr\u00e8s de vous tous pour votre progr\u00e8s et la joie de votre foi, afin que vous ayez en moi un abondant sujet de vous vanter en Christ J\u00e9sus, par mon retour aupr\u00e8s de vous \u00a0\u00bb ( Ph. 1, 22-26 ). A l&rsquo;instar de saint Paul, Martin de Tours est partag\u00e9 entre son d\u00e9sir d&rsquo;\u00eatre r\u00e9uni au Christ par la mort, et celui de continuer \u00e0 le servir en acceptant de poursuivre aupr\u00e8s de ses moines et de ses ouailles son travail apostolique. Et saint Martin, pour sa part, adresse au Christ cette pri\u00e8re : \u00a0\u00bb c&rsquo;est un lourd combat que nous menons, Seigneur, en te servant dans ce corps ; en voil\u00e0 assez des batailles que j &lsquo;ai livr\u00e9es jusqu&rsquo;\u00e0 ce jour. Mais si tu m&rsquo;enjoins de rester en faction devant ton camp pour continuer d&rsquo;y accomplir la m\u00eame t\u00e2che, je ne me d\u00e9robe point et je n&rsquo;invoquerai point les d\u00e9faillances de l&rsquo;\u00e2ge. Je remplirai fid\u00e8lement la mission que tu me confies. Tant que tu m&rsquo;en donneras l&rsquo;ordre toi-m\u00eame, je servirai sous tes enseignes. Et bien que le souhait d&rsquo;un vieillard soit de recevoir son cong\u00e9, sa t\u00e2che termin\u00e9e, mon courage demeure pourtant victorieux des ans et ne sait point c\u00e9der \u00e0 la vieillesse. Mais si d\u00e9sormais tu \u00e9pargnes mon grand \u00e2ge, c&rsquo;est un bien pour moi que ta volont\u00e9, Seigneur ? Quant \u00e0 ceux-ci, pour qui je crains, tu les garderas toi-m\u00eame \u00ab\u00a0.<\/p>\n<p>L&rsquo;ultime pri\u00e8re de l&rsquo;\u00e9v\u00eaque de Tours est celle d&rsquo;un vieux lutteur qui fut un soldat et qui est parvenu au bout de ses forces : \u00a0\u00bb un lourd combat men\u00e9 en te servant dans ce corps (gravis corporeae pugna militiae), les batailles que j&rsquo;ai livr\u00e9es jusqu&rsquo;\u00e0 ce jour (quod hucusque certavi), rester en faction devant ton camp (pro castris tuis stare), je servirai sous tes enseignes (sub signis tuis militabo) \u00ab\u00a0. C&rsquo;est une profession de fid\u00e9lit\u00e9 aux ordres de son divin \u00a0\u00bb imperator \u00ab\u00a0, de son divin g\u00e9n\u00e9ral. Finalement, saint Martin de Tours meurt en moine et en pasteur, c&rsquo;est-\u00e0-dire en \u00e9v\u00eaque et non pas, comme ce sera trop souvent le cas jusqu&rsquo;\u00e0 nos jours, h\u00e9las, en administrateur. En pasteur, puisqu&rsquo;il meurt dans une de ses paroisses, \u00e0 Candes, au cours d&rsquo;une visite pastorale ayant eu pour fin \u00e9minemment \u00e9piscopale de r\u00e9tablir la concorde \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur du \u00a0\u00bb presbyterium \u00ab\u00a0. En moine allong\u00e9 dans la cendre, en asc\u00e8te \u00e9tendu sur le cilice, refusant d&rsquo;adoucir ses souffrances de vieillard agonisant en acceptant \u00a0\u00bb que l&rsquo;on pla\u00e7\u00e2t du moins sous son corps de mis\u00e9rables couvertures \u00ab\u00a0.<\/p>\n<p>Quant aux fun\u00e9railles, qui eurent lieu peut-\u00eatre le 11 novembre 397, elles furent triomphales. \u00a0\u00bb Tout naturellement, le pasteur menait devant lui ses troupeaux : p\u00e2les foules et cohortes en pallium d&rsquo;une sainte multitude, vieillards aux labeurs \u00e9m\u00e9rites ou jeunes recrues qui venaient de pr\u00eater leurs serments au Christ. Ensuite venait le ch\u0153ur des vierges : si, par pudeur, elles s&rsquo;abstenaient de pleurer, sous quelle sainte joie dissimulaient-elles leur souffrance ! Car la foi e\u00fbt interdit les pleurs, mais l&rsquo;affection ne leur en arrachait pas moins des g\u00e9missements. Et de fait, il y avait autant de saintet\u00e9, dans leur exultation de sa gloire, que de pi\u00e9t\u00e9 dans leur tristesse de sa mort. On pouvait pardonner \u00e0 leurs larmes, on pouvait se f\u00e9liciter de leur joie : chacun faisant en sorte de souffrir pour lui-m\u00eame et de se r\u00e9jouir pour Martin. Cette troupe escorte donc de la m\u00e9lodie de ses hymnes c\u00e9lestes le corps du bienheureux jusqu&rsquo;au lieu de sa s\u00e9pulture \u00ab\u00a0.<\/p>\n<p>Mais ne nous y trompons pas : le titre de gloire le plus authentique et le plus durable de saint Martin de Tours, est secret et invisible. Ce titre est d&rsquo;\u00eatre mort comme il n&rsquo;avait cess\u00e9 de vivre depuis qu&rsquo;il s&rsquo;\u00e9tait donn\u00e9 tout entier au Christ : comme un pauvre de Iahv\u00e9 (Cf Albert Gelin. Les pauvres de Yahv\u00e9. Paris, 1954), qui, tel le personnage de Lazare dans la parabole lucanienne ( Lc. 16, 19-31), se trouve dans le sein d&rsquo;Abraham. La vie de saint Martin nous enseigne qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;encontre de la sagesse purement humaine, l&rsquo;existence chr\u00e9tienne bien comprise est une folie de la croix selon laquelle, pour p\u00e9n\u00e9trer dans la sph\u00e8re d&rsquo;existence de la pl\u00e9nitude divine, l&rsquo;homme n&rsquo;a que l&rsquo;ouverture de son vide \u00e0 offrir \u00e0 Dieu, avec l&rsquo;aveu d\u00e9faillant de sa mis\u00e8re et de sa faiblesse. La vie toute enti\u00e8re de saint Martin de Tours v\u00e9rifie et d\u00e9montre, d&rsquo;une mani\u00e8re existentielle, v\u00e9cue, concr\u00e8te, et non pas discursive et abstraite, intellectuelle, ce fait que, dans ses B\u00e9atitudes, J\u00e9sus se plait \u00e0 renverser les normes terrestres de bonheur et \u00e0 briser l&rsquo;orgueilleuse fermeture de la perfection humaine enferm\u00e9e dans son immanence close. La grande le\u00e7on de la vie de saint Martin, \u00e9v\u00eaque de Tours, c&rsquo;est l&rsquo;affirmation que l&rsquo;homme n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 par Dieu pour \u00eatre rempli de soi-m\u00eame, mais afin de n&rsquo;\u00eatre qu&rsquo;un pur r\u00e9ceptacle de Dieu, c&rsquo;est la proclamation de l&rsquo;\u00e9minente dignit\u00e9 de l&rsquo;humilit\u00e9, de la mort vivifiante au vieil homme et de sa r\u00e9surrection en Christ ressuscit\u00e9 \u00e0 la vie de l&rsquo;homme nouveau, de la pauvret\u00e9 spirituelle chant\u00e9e par la premi\u00e8re B\u00e9atitude : \u00a0\u00bb Bienheureux les pauvres en esprit \u00ab\u00a0, bienheureux les pauvres dans le saint Esprit !<\/p>\n<p>Saint Martin de Tours est comm\u00e9mor\u00e9 le 12 novembre dans les synaxaires grecs et le 12 octobre dans les documents slaves, mais sa f\u00eate est traditionnellement fix\u00e9e au 11 novembre en Occident, jour de ses fun\u00e9railles. Lorsque, dans notre cher Midi, l&rsquo;automne est ensoleill\u00e9 et chaud, on parle \u00a0\u00bb d&rsquo;\u00e9t\u00e9 de la saint Martin \u00ab\u00a0. Dans la Provence de Fr\u00e9d\u00e9ric Mistral, la f\u00eate de saint Martin \u00e9tait une date pour la location des valets de ferme. La date de cette f\u00eate, c&rsquo;est-\u00e0-dire, apr\u00e8s les vendanges, explique l&rsquo;expression proven\u00e7ale de jadis \u00a0\u00bb faire sant Martin \u00ab\u00a0, c&rsquo;est-\u00e0-dire boucher les tonneaux, et, \u00e0 cette occasion, monter \u00e0 califourchon sur les f\u00fbts pour go\u00fbter le vin nouveau avec un chalumeau. Pour la m\u00eame raison, on rencontre, dans l&rsquo;\u0153uvre de Rabelais, l&rsquo;expression \u00a0\u00bb martiner \u00ab\u00a0. Dans son \u00a0\u00bb Tresor dou Felibrige \u00ab\u00a0, Mistral cite de nombreux proverbes proven\u00e7aux qui relient la f\u00eate de saint Martin de Tours aux vendanges. Saint Martin de Tours fut le premier confesseur ( non martyr ) objet d&rsquo;un culte public en Occident. Ses reliques attir\u00e8rent pendant de nombreux si\u00e8cles des foules de p\u00e8lerins, et il est consid\u00e9r\u00e9 comme le saint protecteur de la France.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Marie Borr\u00e9ly in \u00ab\u00a0Orthodoxes \u00e0 Marseille\u00a0\u00bb<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Saint Martin, ap\u00f4tre de la Gaule et \u00e9v\u00eaque de Tours ( 317-397) &nbsp; Il y a, en France, 237 communes r\u00e9pertori\u00e9es qui portent le nom de saint Martin. 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