{"id":7985,"date":"2015-01-26T11:33:28","date_gmt":"2015-01-26T09:33:28","guid":{"rendered":"http:\/\/www.eoc.ee\/?p=7985"},"modified":"2015-01-26T11:33:28","modified_gmt":"2015-01-26T09:33:28","slug":"christianisme-et-cinema","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.eoc.ee\/fr\/orthodoxie\/societe\/christianisme-et-cinema\/","title":{"rendered":"CHRISTIANISME ET CINEMA"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: left;\" align=\"center\"><span style=\"color: #000099; font-family: Arial, Helvetica, sans-serif; font-size: medium;\"><b><span style=\"color: #cc0000; font-size: x-large;\">\u00a0<\/span><\/b><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif; font-size: small;\"><b><span style=\"font-size: medium;\">Par le M\u00e9tropolite Stephanos de Tallinn<\/span><\/b><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif; font-size: small;\"><b><span style=\"color: #000099;\">1. PROMESSES<\/span><\/b><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif; font-size: small;\">Notre civilisation est de plus en plus une civilisation de l&rsquo;audiovisuel o\u00f9 le cin\u00e9ma joue le r\u00f4le de \u00abt\u00eate-chercheuse\u00bb. Pour une large part sa concurrente, la t\u00e9l\u00e9vision, ne fait que le r\u00e9percuter. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un art total, qui est aussi un art pour tous, ce que furent, dans les civilisations traditionnelles, la danse et surtout la liturgie. En ce qui concerne cette derni\u00e8re, disons toutefois qu&rsquo;il existe une tendance parmi les chr\u00e9tiens contemporains \u00e0 s\u00e9parer la spiritualit\u00e9, c&rsquo;est-\u00e0-dire la vie de pri\u00e8re et de pi\u00e9t\u00e9, des autres dimensions de la foi. Or la \u00abvision de la foi\u00bb peut \u00eatre compar\u00e9e \u00e0 un syst\u00e8me fluvial, qui forme un ensemble, un tout o\u00f9 chaque dimension appuie et nourrit les autres. Aucun aspect n&rsquo;est autonome et un changement qui s&rsquo;effectue dans un secteur peut modifier tous les autres. En utilisant le terme \u00abvision de foi\u00bb, nous pensons \u00e0 des repr\u00e9sentations visuelles o\u00f9 les divers \u00e9l\u00e9ments ( couleur, forme, perspective, lumi\u00e8re, ombre, etc&#8230; ) s&rsquo;entrem\u00ealent pour former un ensemble. C&rsquo;est le tout qui retient l&rsquo;attention et non pas les \u00e9l\u00e9ments isol\u00e9s. En parlant de \u00abvision de foi\u00bb, il convient ici de mettre l&rsquo;accent sur le contenu de cette structure : la foi chr\u00e9tienne est une vision du monde et elle organise l&rsquo;existence humaine, en \u00e9tablissant des relations entre Dieu et l&rsquo;\u00eatre humain, entre toutes les personnes humaines et entre l&rsquo;homme et la cr\u00e9ation. Si la plupart du temps cette r\u00e9alit\u00e9 n&rsquo;est plus per\u00e7ue par les chr\u00e9tiens contemporains, c&rsquo;est parce qu&rsquo;elle r\u00e9sulte d&rsquo;un \u00e9miettement de l&rsquo;exp\u00e9rience chr\u00e9tienne en rupture de communion avec le pass\u00e9 et entra\u00eenant une rupture entre les diff\u00e9rentes dimensions de la foi unique. La spiritualit\u00e9 est donc r\u00e9duite \u00e0 sa dimension sentimentale, personnelle. Le cin\u00e9ma quant \u00e0 lui, un art de la technique la plus pouss\u00e9e, qui permet d&rsquo;unir non seulement la vue et l&rsquo;ou\u00efe mais le temps et l&rsquo;espace. C&rsquo;est le cin\u00e9ma qui a dynamis\u00e9 l&rsquo;espace en recr\u00e9ant pour lui une temporalit\u00e9. Le cin\u00e9ma donc suscite (peut susciter) une sorte de communion affective, chaude, en-de\u00e7\u00e0 ou au-del\u00e0 du langage, quand elle touche les entrailles ou le c\u0153ur &#8211; mais rarement la t\u00eate, la rationalit\u00e9 discursive. D&rsquo;o\u00f9 les expressions : \u00abvibrer\u00bb , \u00ab\u00eatre in\u00bb, \u00ab\u00eatre branch\u00e9\u00bb. Le cin\u00e9ma appara\u00eet ainsi comme la liturgie d&rsquo;une culture ouverte, plan\u00e9taire, r\u00e9ellement uniformisante d&rsquo;ailleurs car chaque nation, chaque culture locale et sa m\u00e9moire propre peuvent s&rsquo;y exprimer tout en s&rsquo;universalisant, tout en devenant directement sensible aux entrailles et parfois aux c\u0153urs de dizaines et de milliers de spectateurs, partout dans le monde comme c&rsquo;est, par exemple, le cas pour les \u00abjida\u00ef-geki\u00bb ( films historiques ) de Kurosawa ou le film de Tarkovski sur Roublev &#8230; Un festival de cin\u00e9ma comme celui de Cannes peut par cons\u00e9quent relever, en mode s\u00e9cularis\u00e9 bien entendu, de la Pentec\u00f4te plus que de Babel ! Par le fait qu&rsquo;il exprime \u00e0 sa mani\u00e8re le retour des \u00eatres et des choses, le cin\u00e9ma est \u00e0 m\u00eame de nous transmettre une vraie po\u00e9tique du sensible. Son d\u00e9veloppement a co\u00efncid\u00e9 avec celui de l&rsquo;abstraction picturale. Les \u00eatres et les choses, qui avaient r\u00e9gn\u00e9 dans la grande peinture \u00e0 l&rsquo;huile occidentale, ont presque disparu de la peinture du 20\u00e8me si\u00e8cle au profit d&rsquo;une exploration de la subjectivit\u00e9 ou d&rsquo;une mise en \u0153uvre de la d\u00e9rision. Le cin\u00e9ma, parfois na\u00efvement, parfois avec une vigueur extr\u00eame, nous a rendu, dans une sorte d&rsquo;\u00e9veil \u00e9l\u00e9mentaire, le choc des \u00eatres et des choses. Avant tout des visages : la face humaine, le gros plan, comme langage muet, regard, silence, appel. Chez Dreyer, notamment dans sa \u00abJeanne d&rsquo;Arc\u00bb, la suppression du maquillage a donn\u00e9 aux visages une force \u00e9trange, terrible, qui accuse singuli\u00e8rement le feu int\u00e9rieur de ses sentiments. Choc des visages, choc aussi des choses, soudain r\u00e9v\u00e9l\u00e9es. Delluc a pu dire d&rsquo;un tr\u00e8s ancien film, \u00abLes Proscrits\u00bb, de Victor Sj\u00f6str\u00f6m (1917) que \u00abl&rsquo;interpr\u00e8te le plus \u00e9loquent\u00bb de ce film, \u00able plus beau du monde\u00bb est le paysage. Pourtant l&rsquo;Eglise, m\u00eame si de nos jours elle devient un simple ph\u00e9nom\u00e8ne de mode et ainsi le c\u0153ur de son message \u00e9chappe souvent \u00e0 ceux de l&rsquo;ext\u00e9rieur, a toujours reconnu un lien \u00e9troit entre les formes visuelles (comme par exemple l&rsquo;iconographie) et verbale de l&rsquo;Evangile, c&rsquo;est-\u00e0-dire la parole et l&rsquo;image. Ces deux derni\u00e8res, que l&rsquo;on retrouve intimement unies dans la liturgie orthodoxe, ne sont que des expressions diff\u00e9rentes du m\u00eame contenu : l&rsquo;expression verbale nous fait comprendre plus facilement l&rsquo;expression visuelle et vice-versa. Cette br\u00e8ve remarque nous permet de mieux \u00e9clairer, ce me semble, notre propos sur le cin\u00e9ma : art de la technique la plus pouss\u00e9e, qui permet d&rsquo;unir non seulement la vue et l&rsquo;ou\u00efe, mais le temps et l&rsquo;espace, c&rsquo;est lui qui a dynamis\u00e9 l&rsquo;espace en recr\u00e9ant pour lui une temporalit\u00e9. \u00abLe cin\u00e9matographe, a dit Breton, est une \u00e9criture avec des images en mouvement de lignes et de volumes en mouvement et des sons\u00bb, et le m\u00eame d&rsquo;ajouter : \u00abVois ton film : une combinaison de lignes et de volumes en mouvement\u00bb ! On peut donc consid\u00e9rer d\u00e9j\u00e0 \u00e0 ce stade de notre pens\u00e9e que le cin\u00e9ma exprime une sorte de m\u00e9talangage plan\u00e9taire. Au c\u0153ur de la tradition spirituelle de l&rsquo;Orient chr\u00e9tien se trouve le th\u00e8me philocalique, c&rsquo;est-\u00e0-dire l&rsquo;amour de la beaut\u00e9. La beaut\u00e9, selon notre spiritualit\u00e9, ne peut \u00eatre prise bien entendu dans un sens purement esth\u00e9tique ; elle est n\u00e9cessairement ins\u00e9parable de la saintet\u00e9 : celle de Dieu et celle de l&rsquo;homme, son image ; celle de l&rsquo;\u00eatre cr\u00e9\u00e9 dans sa transparence. Elle est donc proprement r\u00e9v\u00e9lation ; elle na\u00eet de cette tension entre l&rsquo;ordre du Logos ( le Verbe de Dieu ) et le dynamisme du Pneuma ( Souffle, Esprit ), ce que les Grecs avaient d\u00e9j\u00e0 entrevu lorsqu&rsquo;ils distinguaient l&rsquo;\u00e9quilibre apollinien et le mouvement dionysiaque. Le monde n&rsquo;est pas destin\u00e9, dans la th\u00e9ologie de l&rsquo;Eglise orthodoxe, \u00e0 se r\u00e9sorber en Dieu mais \u00e0 devenir \u00able lieu de Dieu\u00bb, comme dit l&rsquo;asc\u00e8se h\u00e9sychaste du c\u0153ur de l&rsquo;homme, fine pointe de la cr\u00e9ation. L&rsquo;homme d\u00e9sire la beaut\u00e9 par l&rsquo;impulsion la plus profonde de sa nature car il porte en lui, disent les P\u00e8res de l&rsquo;Eglise, \u00abun logos, autrement dit une parole po\u00e9tique cach\u00e9e\u00bb . Pour Berdiaev, \u00abla beaut\u00e9 est la caract\u00e9ristique de l&rsquo;\u00e9tat qualitatif supr\u00eame du fait d&rsquo;\u00eatre la r\u00e9alisation supr\u00eame de l&rsquo;existence et non un c\u00f4t\u00e9 isol\u00e9 de l&rsquo;existence &#8230; La beaut\u00e9 n&rsquo;est pas essentiellement une cat\u00e9gorie esth\u00e9tique mais essentiellement m\u00e9taphysique\u00bb ( in Dialectique existentielle, p.10). Aussi la soif de beaut\u00e9 n&rsquo;est nullement le seul privil\u00e8ge des artistes, elle est ontologique et personnelle ; chacun est appel\u00e9 \u00e0 manifester dans le quotidien de sa vie quelque chose de la Beaut\u00e9 divine. J&rsquo;ajouterai encore que la v\u00e9ritable beaut\u00e9, celle \u00abqui produit toute communion\u00bb, fait entrer l&rsquo;homme dans une authentique \u00abconnaissance-inconnaissance\u00bb o\u00f9 il s&rsquo;unifie et se d\u00e9passe dans la lumi\u00e8re . Et pour le chr\u00e9tien, la Lumi\u00e8re, c&rsquo;est le Christ . Et c&rsquo;est aux artistes qu&rsquo;il appartient n\u00e9cessairement de prolonger sa c\u00e9l\u00e9bration dans le quotidien de l&rsquo;existence. Serait-il audacieux de dire ici que d&rsquo;une certaine fa\u00e7on, nous sommes appel\u00e9s, le po\u00e9tique guidant le politique, \u00e0 cr\u00e9er, dans le respect de la terre et des visages une civilisation de la Beaut\u00e9 ? Et pourquoi le cin\u00e9ma n&rsquo;en serait-il pas de ceux-l\u00e0, \u00e0 l&rsquo;image de Renoir chez qui s&rsquo;\u00e9panouit le bonheur comme accord de l&rsquo;homme et de la lumi\u00e8re du monde, ou de ces Russes qui savent si bien nous montrer la liturgie du fleuve et de la for\u00eat, ou des Japonais qui arrivent \u00e0 fonder l&rsquo;homme dans la splendeur cosmique ainsi que nous le constatons dans le \u00a0\u00bb Dersu-Uzala \u00a0\u00bb de Kurosawa ? Et puis, \u00e0 la rencontre de l&rsquo;humain et du cosmique triomphe le visage de la femme. Plus connus que ceux des acteurs sont les visages des grandes actrices : sensualit\u00e9 virginale de l&rsquo;\u00e9toile, de la star. Sans doute parce qu&rsquo;\u00e0 la force plus grande de l&rsquo;homme, la femme a de tous temps oppos\u00e9 sa t\u00e9nacit\u00e9 biologique et que sexuellement, l&rsquo;homme a partie li\u00e9e avec l&rsquo;instant et la femme avec la dur\u00e9e. Servante, mais qui enfante et infantilise le m\u00e2le ; servante de l&rsquo;esp\u00e8ce en d\u00e9finitive, et l&rsquo;homme est toujours tent\u00e9 de se dissoudre au sein de la grande m\u00e8re cosmique. Dans l&rsquo;unique roman de Pierre Emmanuel, qu&rsquo;il a \u00e9crit deux fois, \u00abCar enfin je vous aime\u00bb, chaque femme semble repr\u00e9senter une dimension du Soi de l&rsquo;homme, un Soi qui finalement n&rsquo;est qu&rsquo;un moi ivre de division et de solitude, fascin\u00e9 par le suicide comme une \u00e9trange voie d&rsquo;unification &#8230; Alors comment ne pas oser \u00e9crire que le cin\u00e9ma est d&rsquo;une certaine mani\u00e8re porteur de sophiologie, en ce sens qu&rsquo;il est capable, malgr\u00e9 les ambigu\u00eft\u00e9s qui lui sont propres, d&rsquo;exprimer une opinion \u00e0 caract\u00e8re th\u00e9ologique susceptible d&rsquo;\u00eatre d\u00e9battue et comment ne pas mentionner ici ce proph\u00e8te qu&rsquo;est Theilhard et son fameux \u00abl&rsquo;Etemel F\u00e9minin\u00bb ? Ou m\u00eame le tout r\u00e9cent film de Terrence Malick \u00abLa ligne rouge\u00bb.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif; font-size: small;\"><b><span style=\"color: #000099;\">2. PROBLEMES<\/span><\/b><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif; font-size: small;\">Notre civilisation n&rsquo;est ni mat\u00e9rialiste, ni spirituelle, elle est psychique. Nous sommes tous, pour paraphraser une expression de Godard qui pr\u00e9f\u00e9rait \u00e9voquer Marx (depuis celui-ci s&rsquo;est r\u00e9v\u00e9l\u00e9 bien mort) , \u00ables enfants de Freud et de Coca-Cola\u00bb. Le cin\u00e9ma est le miroir grossissant de cet aspect majeur de la culture contemporaine. C&rsquo;est un art de l&rsquo;imaginaire qui nous plonge passivement (nous sommes en effet spectateurs, non acteurs), dans l&rsquo;oc\u00e9an sans r\u00eaves ni rep\u00e8res de l&rsquo;immanence psychique. C&rsquo;est un art onirique, images surgissant comme des r\u00eaves dans la \u00absalle noire\u00bb de l&rsquo;\u00e2me abandonn\u00e9e et sans d\u00e9fense. Le cin\u00e9ma peut \u00e9veiller au \u00abr\u00e9el au-del\u00e0 du r\u00e9el\u00bb. Il peut aussi maintenir dans une sorte de somnambulisme : quand nous \u00e9chappons aux machines \u00e0 produire diurnes, nous sommes saisis, \u00abposs\u00e9d\u00e9s\u00bb par les machines \u00e0 r\u00eaver nocturnes. Ainsi, tr\u00e8s souvent le cin\u00e9ma d\u00e9-r\u00e9alise. Il remplace la r\u00e9alit\u00e9 \u00abrugueuse \u00e0 \u00e9treindre\u00bb et la vision qui veut la longue et patiente asc\u00e8se par une irr\u00e9alit\u00e9 o\u00f9 l&rsquo;on peut tout voir sans rien vivre. Il constitue de ce point de vue la cl\u00e9 de vo\u00fbte de ce que les \u00a0\u00bb situationnistes \u00a0\u00bb nommaient la soci\u00e9t\u00e9 du spectacle. Dans l&rsquo;oc\u00e9an du psychique, la soif de succ\u00e8s, d&rsquo;argent, et aussi l&rsquo;universalit\u00e9 r\u00e9duite \u00e0 l&rsquo;\u00e9l\u00e9mentaire entra\u00eenent la mont\u00e9e des puisions contenues dans les civilisations traditionnelles par tout un jeu d&rsquo;interdits et de rites. La civilisation plan\u00e9taire dont le cin\u00e9ma est la liturgie met en cause aussi bien l&rsquo;interdit premier de l&rsquo;inceste que le \u00abTu ne tueras pas\u00bb biblique (ou, ailleurs, la ritualisation sacrificielle de la mort). Dans cette banalisation du sexe et de la mort (mais que reste-t-il, quand il n&rsquo;y a plus aucun rep\u00e8re, sinon le sexe et la mort ?), la relation du cin\u00e9ma et de la soci\u00e9t\u00e9 est une causalit\u00e9 circulaire, l&rsquo;argent servant de courroie de transmission. Ainsi se d\u00e9cha\u00eenent \u00ables monstres obsessionnels du carnage et de la fornication\u00bb, \u00e9crit Pierre Emmanuel ; drogues pour maniaques du libertinage ou pour r\u00e9volt\u00e9s d&rsquo;un monde absurde, cern\u00e9 par le n\u00e9ant. Or, Freud vieillissant et canc\u00e9reux l&rsquo;avait red\u00e9couvert, Thanatos (la Mort) est ins\u00e9parable d&rsquo;Eros. Dans la victoire du nihilisme, il ne s&rsquo;agit plus d&rsquo;une simple r\u00e9duction au sexe et \u00e0 la violence, mais d&rsquo;un encha\u00eenement in\u00e9luctable : notre soci\u00e9t\u00e9 diurne confesse la morale de Kant ; notre soci\u00e9t\u00e9 nocturne, cin\u00e9matographique, r\u00eave I&rsquo;anti-morale de Sade. Devant le succ\u00e8s de \u00abUn chien andalou\u00bb ( 1928), Bunuel notait : \u00abLa foule imb\u00e9cile a trouv\u00e9 beau ou po\u00e9tique ce qui au fond n&rsquo;est qu&rsquo;un d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9, un passionn\u00e9 appel au meurtre\u00a0\u00bb. Cela ne peut laisser un chr\u00e9tien indiff\u00e9rent. Il lui faudra donc r\u00e9fl\u00e9chir sur la pr\u00e9sence de l&rsquo;Eglise dans la culture et la soci\u00e9t\u00e9. La soci\u00e9t\u00e9 s\u00e9cularis\u00e9e marque la fin du cl\u00e9ricalisme mais peut devenir pour l&rsquo;Eglise le lieu d&rsquo;un rayonnement d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9, \u00e0 la fois p\u00e9rilleux et f\u00e9cond. Que les chr\u00e9tiens, renon\u00e7ant au pouvoir et \u00e0 la violence, deviennent les serviteurs pauvres et pacifiques du Dieu crucifi\u00e9 qui fonde la libert\u00e9 de la personne. Qu&rsquo;ils combattent dans le monde \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de ceux qui cherchent le sens du monde. Qu&rsquo;ils deviennent les garants de la foi des autres, les garants aussi de ceux qui n&rsquo;ont pas la foi mais cr\u00e9ent, parfois tr\u00e8s humblement, de la beaut\u00e9 et de la bont\u00e9. Qu&rsquo;ils soient les gardiens de l&rsquo;homme ouvert, dans une culture ouverte. Tout en affirmant paisiblement, et parce qu&rsquo;ils affirment que le Christ est vainqueur pour tous de la mort et de l&rsquo;enfer, que tout homme porte en lui l&rsquo;humanit\u00e9 et qu&rsquo;il est, par l\u00e0 m\u00eame, unique. La vraie question qui est ici pos\u00e9e \u00e0 la conscience de l&rsquo;Eglise c&rsquo;est comment avancer alors qu&rsquo;elle est elle-m\u00eame en pr\u00e9sence de deux tentations qui sans cesse la guettent : celle d&rsquo;un traditionalisme clos, paralys\u00e9 par la peur, qui voudrait faire d&rsquo;elle un refuge hors de l&rsquo;histoire. Et celle d&rsquo;une adaptation qui transformerait le christianisme en une vari\u00e9t\u00e9 sentimentale de l&rsquo;humanitarisme contemporain. Par rapport aux probl\u00e8mes que soul\u00e8ve pour nous le cin\u00e9ma et qui peuvent aller jusqu&rsquo;\u00e0 la mort du sens, jusqu&rsquo;\u00e0 \u00abl&rsquo;\u00e8re du vide\u00bb, jusqu&rsquo;au cynisme d\u00fb \u00e0 l&rsquo;acceptation du nihilisme et du retour plus que discutable d&rsquo;une religion infra personnelle (r\u00e9incarnation, drogues et sectes &#8230; ), ne serions-nous pas nous aussi tent\u00e9s d&rsquo;oublier tout le positif de l&rsquo;homme et aussi de la soci\u00e9t\u00e9 contemporaine avec ses pr\u00e9occupations, m\u00eame fort ambigu\u00ebs, d&rsquo;Etat de droit, de libert\u00e9, de bonheur, de sant\u00e9, de respect des minorit\u00e9s ? L&rsquo;art, nous le savons bien, explore quant \u00e0 lui les limites de la condition humaine. Il met au jour l&rsquo;angoisse, la folie, l&rsquo;appel de profundis mais aussi, de plus en plus, une po\u00e9tique du sensible, demain peut-\u00eatre du visage. Une nouvelle scientificit\u00e9 appara\u00eet. La singularit\u00e9, l&rsquo;originalit\u00e9, le probl\u00e8me humain s&rsquo;y r\u00e9introduisent. Dans cette approche de l&rsquo;homme, il y a ce me semble, place pour le chr\u00e9tien d&rsquo;\u00e9laborer une pens\u00e9e \u00e9vang\u00e9lique authentique, compr\u00e9hensible pour l&rsquo;homme moderne, qui naisse de la foi, de l&rsquo;asc\u00e8se non pas comme restriction mais comme \u00ab\u0153il de feu\u00bb, \u00abdemeure de lumi\u00e8re\u00bb, \u00abfeu ineffable et prodigieux cach\u00e9 dans l&rsquo;essence des choses comme ce fut le cas dans le Buisson ardent\u00bb ( in Maxime le Confesseur, Ambigua, PG 91, 1148C) ; une pens\u00e9e nouvelle qui naisse de m\u00eame de la contemplation, qui exige l&rsquo;union de l&rsquo;intelligence et du c\u0153ur, I&rsquo;\u00e9veil du c\u0153ur profond, du c\u0153ur intelligent ou l&rsquo;homme tout entier se rassemble et se d\u00e9passe pour s&rsquo;offrir \u00e0 la r\u00e9v\u00e9lation de l&rsquo;Esprit ? Une pens\u00e9e capable de r\u00e9capituler tout l&rsquo;humain et tout le cosmique, capable de d\u00e9celer les racines spirituelles des \u00eatres et des choses. Et pourquoi alors, le chr\u00e9tien ne ferait-il pas du cin\u00e9ma, un instrument qui soit \u00e0 m\u00eame de promouvoir cette \u00abliturgie apr\u00e8s la liturgie\u00bb laquelle nous donnerait peu \u00e0 peu la possibilit\u00e9 de \u00abfaire eucharistie en toutes choses\u00bb comme le demande saint Paul ? Pour tout r\u00e9sumer, le cin\u00e9ma est une immense nostalgie, comme cette soci\u00e9t\u00e9 dont il refl\u00e8te et intensifie les tendances. D\u00e9j\u00e0 Baudelaire (dans Fus\u00e9es) \u00e9crivait : le Beau \u00abcomporte une id\u00e9e de m\u00e9lancolie, de lassitude, m\u00eame de sati\u00e9t\u00e9 &#8211; soit une id\u00e9e contraire, c&rsquo;est-\u00e0-dire une ardeur, un d\u00e9sir de vivre, associ\u00e9 avec une amertume refluente, comme venant de privation ou de d\u00e9sesp\u00e9rance&#8230;\u00bb. D&rsquo;o\u00f9 l&rsquo;importance d&rsquo;un film comme celui de Tarkovski intitul\u00e9 justement \u00abNostalghia\u00bb (1983). Selon l&rsquo;auteur lui-m\u00eame, \u00able voyage qu&rsquo;un intellectuel russe effectue en Italie devient l&rsquo;occasion d&rsquo;une r\u00e9flexion \u00e0 la recherche de quelque chose qui peut-\u00eatre n&rsquo;existe pas\u00bb ou plut\u00f4t, car pour Tarkovski ce \u00abquelque chose\u00bb existe, la recherche et le pressentiment, d&rsquo;un absolu inaccessible &#8230; Le cin\u00e9ma contemporain creuse notre app\u00e9tit d&rsquo;\u00eatre mais ne sait pas vers quoi. D&rsquo;o\u00f9 la nostalgie, l&rsquo;appel de profundis, ce m\u00e9lange d&rsquo;une infinie tristesse du vide et du pressentiment d&rsquo;autre chose. Alors quoi : n\u00e9gatif de Dieu ?<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif; font-size: small;\"><b><span style=\"color: #000099;\">3. POUR UNE PRESENCE CHRETIENNE<\/span><\/b><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif; font-size: small;\">Toute une p\u00e9dagogie est indispensable ici pour qu&rsquo;une pr\u00e9sence chr\u00e9tienne puisse jouer vis-\u00e0-vis du cin\u00e9ma un r\u00f4le aussi bien critique que proph\u00e9tique. D&rsquo;une part apprendre aux jeunes (ils commencent \u00e0 le faire d&rsquo; eux-m\u00eames) \u00e0 sortir de la passivit\u00e9 somnambulique, \u00e0 prendre leurs distances, pour diss\u00e9quer, analyser le langage cin\u00e9matographique, \u00e0 la fois s&rsquo;en lib\u00e9rer et se l&rsquo;approprier. D&rsquo;autre part mettre une cam\u00e9ra entre les mains des jeunes qui le souhaitent (et beaucoup le souhaitent), aussi naturellement qu&rsquo;on met entre leurs mains un stylo, des cahiers, des livres ou un ordinateur. Voil\u00e0 qui serait une v\u00e9ritable r\u00e9forme de l&rsquo;enseignement ! Seulement ainsi les jeunes (et les moins jeunes ne seraient plus objets passifs et un spectacle, mais sujet cr\u00e9ateur : en liant la cr\u00e9ation d&rsquo;images au d\u00e9veloppement, justement, d&rsquo;une imagination cr\u00e9atrice, d&rsquo;un sens po\u00e9tique juste (cf. le succ\u00e8s d&rsquo;un film comme \u00abLe Cercle des po\u00e8tes disparus\u00bb). Non plus d\u00e9r\u00e9aliser les \u00eatres et les choses mais les surr\u00e9aliser. Avant d&rsquo;aller plus loin dans mon propos, qu&rsquo;il me soit permis ici d&rsquo;en expliciter le pourquoi. Notre modernit\u00e9 aujourd&rsquo;hui, tragique par certains c\u00f4t\u00e9s est n\u00e9e, ce me semble, d&rsquo;une double opposition : celle des \u00abdroits\u00bb de Dieu contre l&rsquo;homme et celle des \u00abdroits\u00bb de l&rsquo;homme contre Dieu. Sans doute parce que devenu en Occident individualiste, pi\u00e9tiste et moralisateur, le christianisme du XIX\u00e8me si\u00e8cle n&rsquo;a pu donner sens \u00e0 la vie, \u00e0 la cr\u00e9ativit\u00e9, non plus qu&rsquo;\u00e0 la science et \u00e0 la technique alors que pour sa part l&rsquo;Orient chr\u00e9tien, m\u00eame s&rsquo;il a pu pr\u00e9server entre-temps certains germes de cette transfiguration dans l&rsquo;asc\u00e8se de ses moines, la beaut\u00e9 de ses liturgies, ce fut et c&rsquo;est souvent encore, \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart de la culture et de l&rsquo;histoire . Alors le Moyen-Age finissant, surtout obs\u00e9d\u00e9 de danses macabres, quadrill\u00e9 par le syst\u00e8me inquisitorial, a construit un Dieu terroriste, de telle sorte que la pens\u00e9e th\u00e9ologique, reprenant inconsciemment les sch\u00e9mas archa\u00efques, a proclam\u00e9 le meurtre du Fils pour satisfaire la justice du P\u00e8re ( d&rsquo;o\u00f9 le dolorisme autour du Myst\u00e8re de la Croix ). Rappelons ici bri\u00e8vement que dans les soci\u00e9t\u00e9s archa\u00efques l&rsquo;homme est immerg\u00e9 dans une sorte de \u00absph\u00e8re magique\u00bb o\u00f9 tout communique et se fond : l&rsquo;humanit\u00e9, les dieux, le cosmos tandis que dans la r\u00e9v\u00e9lation jud\u00e9o-chr\u00e9tienne l&rsquo;on a bris\u00e9 d\u00e9finitivement la \u00absph\u00e8re magique\u00bb et d\u00e9nonc\u00e9 la mise \u00e0 mort du juste ; autrement dit, ce qu&rsquo;Antigone et Socrate avaient annonc\u00e9, J\u00e9sus et les martyrs l&rsquo;accomplissent. La R\u00e9forme quant \u00e0 elle, s&rsquo;est embourb\u00e9e dans la double pr\u00e9destination : tous sont condamn\u00e9s, Dieu en sauve quelques-uns par pure gr\u00e2ce. L&rsquo;Orthodoxie enfin s&rsquo;est partiellement paganis\u00e9e dans le nationalisme. Mille ans de guerres de religion, un si\u00e8cle de r\u00e9pression sexuelle et sociale, ont achev\u00e9 de transformer le Dieu vivant et vivifiant en Dieu-gendarme, p\u00e8re sadique et castrateur. Et l&rsquo;homme s&rsquo;est dress\u00e9 contre Dieu, contre ces caricatures de Dieu. Mais cet \u00e9lan, d\u00e9racin\u00e9 de la divino-humanit\u00e9 (que peut signifier de nos jours pour beaucoup le myst\u00e8re de No\u00ebl) a fini par se contredire lui-m\u00eame, et l&rsquo;on peut jalonner le chemin qui va \u00abde la mort de Dieu\u00bb \u00e0 celle de l&rsquo;homme. \u00abTitanismes scientistes, (\u00e9crit Olivier Cl\u00e9ment dans son livre \u00abLes Visionnaires\u00bb) socialisme pr\u00e9tendant fonder la justice sur le seul devenir de la mati\u00e8re, l&rsquo;homme et ses droits se sont dissous dans des explications r\u00e9ductrices selon la race, la classe, la volont\u00e9 de puissance ou la libido. Et ceux qui d\u00e9tenaient ces explications totales se sont arrog\u00e9s un pouvoir illimit\u00e9 sur les autres : au meurtre du fils par le P\u00e8re s&rsquo;est oppos\u00e9 le meurtre du p\u00e8re par le fils&#8230;\u00bb Ainsi est advenu le temps du nihilisme. Nihilisme \u00abchaud\u00bb d&rsquo;abord : chez Nietzsche l&rsquo;exaltation de la vie, du jeu cr\u00e9ateur ; chez Marx, l&rsquo;annonciation scientifiquement garantie d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 parfaite o\u00f9 les hommes, transparents les uns aux autres, parviendraient \u00e0 une g\u00e9nialit\u00e9 polyvalente mais la r\u00e9alit\u00e9 a montr\u00e9 que cette exaltation n&rsquo;\u00e9tait que boursouflure du n\u00e9ant. Alors est venu le nihilisme \u00abfroid\u00bb de notre soci\u00e9t\u00e9, sorte de boulimie des angoiss\u00e9s : avec Hiroshima la mort individuelle est devenue plan\u00e9taire ; elle n&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9 aussi nue ; avec la machine l&rsquo;homme a d\u00e9finitivement accouch\u00e9 du ventre de la terre-m\u00e8re mais il a oubli\u00e9 l&rsquo;immortalit\u00e9, la r\u00e9surrection, la participation \u00e0 la vie divine, et le voici maintenant orphelin au bord de l&rsquo;ab\u00eeme, se sachant \u00e0 la fois unique et d\u00e9risoire, dans une civilisation qui bien souvent ne propose pour horizon que le n\u00e9ant. Pour les chr\u00e9tiens, de nos jours minoritaires aussi bien \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle mondiale que dans les pays qui furent terres de chr\u00e9tient\u00e9, cette situation nouvelle est bien difficile \u00e0 assumer. Ce n&rsquo;est certainement pas en tentant de sauvegarder par la force des \u00abvaleurs\u00bb de chr\u00e9tient\u00e9 ni en se retirant, comme c&rsquo;est le cas de certains traditionalistes, dans des ghettos qui maudissent la soci\u00e9t\u00e9 qu&rsquo;ils pourront pr\u00e9tendre s&rsquo;enraciner dans le spirituel, au-del\u00e0 de l&rsquo;histoire, et t\u00e9moigner en m\u00eame temps d&rsquo;une spiritualit\u00e9 proph\u00e9tique et cr\u00e9atrice capable d&rsquo;\u00e9clairer l&rsquo;histoire. Or l&rsquo;homme d&rsquo;aujourd&rsquo;hui pressent le myst\u00e8re, mais tr\u00e8s certainement autrement : peut-\u00eatre dans le froid de la solitude, peut-\u00eatre dans une tendresse d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e qui fait que dans son regard, et je pense surtout ici \u00e0 l&rsquo;oeuvre globale d&rsquo;un Angelopoulos, il y a de l&rsquo;amour et du chagrin. C&rsquo;est donc le moment de manifester plus que jamais un int\u00e9r\u00eat passionn\u00e9 non seulement pour la destin\u00e9e globale du monde chr\u00e9tien mais pour tout humanisme qui se veut ouvert, car cette ouverture, pour un chr\u00e9tien, d\u00e9signera toujours la transcendance et constituera la possibilit\u00e9 d&rsquo;instituer un authentique dialogue o\u00f9 il serait possible de sugg\u00e9rer une divino-humanit\u00e9 en vue d&rsquo;\u00e9laborer ensemble une \u00abvraie dialectique\u00bb au sein de laquelle pourraient interf\u00e9rer toutes les dimensions de l&rsquo;humain, sans autre unit\u00e9 possible que celle &#8211; indicible justement &#8211; de la personne en sa libert\u00e9. Dans cette perspective, pourquoi le cin\u00e9ma serait-il absent d&rsquo;un tel d\u00e9bat alors que par vocation il est un outil de premi\u00e8re qualit\u00e9, capable de d\u00e9velopper une c\u00e9l\u00e9bration d&rsquo;une beaut\u00e9 lumineuse et pacifiante, qui amorcerait une sorte de processus \u00abanticanc\u00e9reux\u00bb en donnant un sens \u00e0 un libre acc\u00e8s \u00e0 toute gratuit\u00e9 spirituelle qui, en fin de compte, n&rsquo;est que le libre acc\u00e8s \u00e0 Dieu ? Il importe par cons\u00e9quent de briser le somnambulisme en approfondissant \u00e0 la fois l&rsquo;angoisse et l&rsquo;\u00e9merveillement, la nostalgie et une beaut\u00e9 non de perversion mais de communion (la Beaut\u00e9 qui \u00absuscite toute communion\u00bb dit Denys l&rsquo;Ar\u00e9opagite) au sein de laquelle le cosmos entier deviendra dialogue entre l&rsquo;homme et Dieu, les choses \u00e9tant des paroles muettes qui trouvent sens dans l&rsquo;incarnation de la parole. \u00abAimez toute la cr\u00e9ation de Dieu, enseigne Zossima ; tout l&rsquo;ensemble et aussi la moindre poussi\u00e8re &#8230; Si vous aimez chaque chose, vous comprendrez le myst\u00e8re de Dieu dans les choses\u00bb. Dans son \u00abDiscours de Stockholm\u00bb, Solj\u00e9nitsyne a soulign\u00e9 que le monde moderne a bris\u00e9, dans l&rsquo;arbre de l&rsquo;\u00eatre, les deux branches du vrai et du bien. Seule subsiste la branche du beau et c&rsquo;est \u00e0 elle qu&rsquo;il appartient d&rsquo;assumer toute la s\u00e8ve du tronc . Et d&rsquo;abord celle de la bont\u00e9, comme dans le film que Wajda consacre \u00e0 Janus Korczak &#8230; Toutefois nous ne pouvons nous contenter de la seule exigence d&rsquo;une pr\u00e9sence critique et proph\u00e9tique. Nous sommes dans un monde qui se dit \u00abpost-chr\u00e9tien\u00bb, alors qu&rsquo;il est seulement de \u00abpost-chr\u00e9tient\u00e9\u00bb. Mais dont les artistes, quoi qu&rsquo;il en soit, se sentent assez libres du christianisme pour l&rsquo;utiliser comme un merveilleux r\u00e9servoir d&rsquo;images au travers d&rsquo;une multitude de recherches individuelles, entre libert\u00e9 et subjectivit\u00e9. Images donc assur\u00e9es de succ\u00e8s, d&rsquo;abord parce qu&rsquo;il y a des chr\u00e9tiens, ensuite parce qu&rsquo;elles subsistent dans notre m\u00e9moire collective, enfin parce qu&rsquo;elles r\u00e9pondent \u00e0 la soif obscure qui s&rsquo;exprime dans la grande \u00abnostalgie\u00bb cin\u00e9matographique. D&rsquo;o\u00f9 le succ\u00e8s, par exemple, du film d&rsquo;Alain Cavalier sur \u00abTh\u00e9r\u00e8se de Lisieux\u00bb, film qui pourtant prend nettement ses distances par rapport au christianisme et conforte plus ou moins la l\u00e9gende de la \u00abn\u00e9vrose chr\u00e9tienne\u00bb ! Dans une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 tout s&rsquo;\u00e9change, se monnaie, se banalise, rien finalement n&rsquo;a d&rsquo;importance : l&rsquo;indiff\u00e9rence et la d\u00e9rision sont l&rsquo;\u00e9cume de notre civilisation. Alors d&rsquo;o\u00f9 partir, sinon de l&rsquo;homme lui-m\u00eame, de la personne irr\u00e9ductible ? La soci\u00e9t\u00e9 s\u00e9cularis\u00e9e se tait sur Dieu. Peut-\u00eatre est-ce tout simplement une \u00e9trange pudeur, une sorte d&rsquo;oubli. L&rsquo;attitude du chr\u00e9tien par rapport au cin\u00e9ma, alors que nous savons bien combien grande est la crise du langage dans notre soci\u00e9t\u00e9, pourrait \u00eatre (pourquoi pas), une incitation \u00e0 \u00abapprofondir les hommes dans l&rsquo;existence\u00bb par une authentique culture. Je dirais tout simplement les \u00e9veiller. Dans cette perspective, le cin\u00e9ma peut devenir pour les chr\u00e9tiens un pr\u00e9cieux alli\u00e9 pour affronter les grands probl\u00e8mes qu&rsquo;ils ne pourront \u00e9viter \u00e0 l&rsquo;aube du troisi\u00e8me mill\u00e9naire : celui d&rsquo;une vraie connaissance, notamment d&rsquo;une cosmologie, celui du corps et de la terre, enfin la rencontre des religions non chr\u00e9tiennes en empruntant ces m\u00eames chemins que certains am\u00e9nagent d\u00e9j\u00e0, \u00e0 savoir : le chemin du c\u0153ur conscient, du c\u0153ur-esprit, et donc du corps ressuscitant au creuset de ce \u00abc\u0153ur de feu\u00bb, \u00e0 travers une c\u00e9l\u00e9bration de grave beaut\u00e9 le chemin d&rsquo;une relation \u00abeucharistique\u00bb avec le cosmos, la connaissance contemplative, verticale symbolique des choses venant \u00e9clairer et orienter la connaissance purement rationnelle ; le chemin de l&rsquo;int\u00e9gration en Christ, par l&rsquo;Esprit Saint, de l&rsquo;int\u00e9riorit\u00e9 et de la transcendance, du Soi et de l&rsquo;Autre, c&rsquo;est-\u00e0-dire, pour citer encore Olivier Cl\u00e9ment, \u00abdes deux h\u00e9misph\u00e8res spirituels de l&rsquo;humanit\u00e9 qu&rsquo;on pourrait nommer m\u00e9taphoriquement l&rsquo;h\u00e9misph\u00e8re hindou et l&rsquo;h\u00e9misph\u00e8re s\u00e9mitique\u00bb et dont d&rsquo;une certaine mani\u00e8re, le rassemblement d&rsquo;Assise a d\u00e9j\u00e0 ouvert la voie. Mais pour quel avenir direz-vous ? Nous ne le savons pas, tout en r\u00eavant d&rsquo;une modernit\u00e9 humblement et radieusement \u00e9clair\u00e9e par l&rsquo;Eglise, d&rsquo;une modernit\u00e9 autrement dit exorcis\u00e9e et transfigur\u00e9e capable d&rsquo;unir la qu\u00eate de l&rsquo;infini par l&rsquo;homme et la qu\u00eate de l&rsquo;homme par l&rsquo;infini et ce malgr\u00e9 les forces de destruction qui continuent \u00e0 se d\u00e9cha\u00eener, malgr\u00e9 \u00able d\u00e9sert moral et spirituel qui cro\u00eet malgr\u00e9 la mer qui meurt, malgr\u00e9 le ciel qui se d\u00e9chire. La crise actuelle, on peut la d\u00e9finir comme une descente dans la mort et l&rsquo;enfer. Pour le chr\u00e9tien, c&rsquo;est l\u00e0 justement que le Christ triomphe. Il peut se tourner vers le cin\u00e9ma pour t\u00e9moigner qu&rsquo;on est chr\u00e9tien pour \u00eatre avant tout vivant. Et ce d&rsquo;autant plus que la figure et la destin\u00e9e de J\u00e9sus n&rsquo;ont cess\u00e9 de hanter le cin\u00e9ma, et c&rsquo;est essentiellement un J\u00e9sus crucifi\u00e9, depuis \u00abM\u00e9tropolis\u00bb, de Lany, en 1917, o\u00f9 l&rsquo;ouvrier, broy\u00e9 par la machine qu&rsquo;il actionne \u00abressemble au Christ croulant sous le poids de la Croix\u00bb. Il est frappant que les films sur J\u00e9sus qui se veulent directement, ouvertement chr\u00e9tiens, comme celui de Zeffirelli, sont d&rsquo;un acad\u00e9misme sulpicien extr\u00eamement affligeant. Combien plus int\u00e9ressant \u00abl&rsquo;Evangile selon Matthieu\u00bb (1964) de Pasolini, ce po\u00e8te maudit qui identifie sa souffrance, \u00abje suis, dit-il, comme un serpent r\u00e9duit en bouillie de sang\u00bb &#8211; \u00e0 celle du Christ et d\u00e9bouche, lui le d\u00e9bauch\u00e9 homosexuel, sur une authentique vision \u00ab\u00e9pico-religieuse\u00bb du monde. Quant au film de Scorsese \u00e0 partir d&rsquo;un puissant roman de Kazantzakis (\u00abLa Derni\u00e8re Tentation du Christ\u00bb), c&rsquo;est une interrogation maladroite et passionn\u00e9e que les chr\u00e9tiens auraient du entendre au lieu de crier au blasph\u00e8me : comme l&rsquo;a dit un th\u00e9ologien orthodoxe contemporain, nous avons besoin de chr\u00e9tiens cr\u00e9ateurs et non de chr\u00e9tiens pleurnicheurs ! Evang\u00e9liser et renouveler l&rsquo;imaginaire chr\u00e9tien ne peut se faire, ou doit se faire surtout, me semble-t-il, par une voie que j&rsquo;appellerais dosto\u00efevskienne (on pourrait invoquer aussi L\u00e9on Bloy qui parlait \u00abde la p\u00e9dagogie tragique de l&rsquo;ab\u00eeme\u00bb) : transformer, pour reprendre des expressions pauliniennes, la \u00abtristesse pour la mort\u00bb en \u00abtristesse pour Dieu\u00bb, le silence devant le destin en cri de Job, faire jaillir la lumi\u00e8re de la r\u00e9surrection au c\u0153ur m\u00eame de la libert\u00e9 de l&rsquo;homme, dans la grandeur et la folie de l&rsquo;homme, dans son exp\u00e9rience du paradis et de l&rsquo;enfer. Ce n&rsquo;est pas pour rien que Bresson a adapt\u00e9 deux nouvelles de Dosto\u00efevski ( \u00abUne femme douce\u00bb, (1969), \u00abQuatre nuits d&rsquo;un r\u00eaveur\u00bb(1971) et que dans \u00abL&rsquo;Argent\u00bb, inspir\u00e9 d&rsquo;une nouvelle de Tolsto\u00ef, mais profond\u00e9ment dosto\u00efevskien aussi, il \u00e9tudie le cheminement de la gr\u00e2ce chez un criminel rachet\u00e9 par l&rsquo;horreur m\u00eame de son geste. Et l&rsquo;on pourrait dire la m\u00eame chose des derniers films de Zanussi, ce cin\u00e9aste polonais \u00e9pris de la plus excessive spiritualit\u00e9 russe (\u00abImp\u00e9ratif\u00bb (1982) et \u00abLe Pouvoir du mal\u00bb (1985) &#8230;). Sugg\u00e9rer donc la double et une \u00abchristique-r\u00e9surrection\u00bb du Dieu enseveli dans l&rsquo;homme ath\u00e9e, de l&rsquo;homme enseveli dans la mort de Dieu ! Ne pas craindre de m\u00eame la libert\u00e9 mais aller jusqu&rsquo;au bout de libert\u00e9 celle qui butte sur l&rsquo;ultime esclavage, celui de la mort. La seule vraie transgression est alors la r\u00e9surrection. Oser enfin dire : il ne s&rsquo;agit pas dans l&rsquo;espace cin\u00e9matographique de pr\u00eacher mais avant tout de tout \u00e9clairer par une certaine lumi\u00e8re. \u00abNe cours pas apr\u00e8s la po\u00e9sie, a dit Bresson, elle p\u00e9n\u00e8tre toute seule par les jointures\u00bb.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif; font-size: small;\"><b><span style=\"color: #000099;\">4. LE RAYONNEMENT DE L&rsquo;ICONE !<\/span><\/b><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif; font-size: small;\">La lib\u00e9ration de l&rsquo;Europe de l&rsquo;Est, le fait que la spiritualit\u00e9 orthodoxe puisse redevenir l\u00e0-bas l&rsquo;humus d&rsquo;une renaissance culturelle m\u00eame si pour le moment cela ne para\u00eet pas encore de fa\u00e7on convaincante, marqueront sans doute profond\u00e9ment la cr\u00e9ation cin\u00e9matographique des prochaines ann\u00e9es (en Russie, le cin\u00e9ma est, avec la po\u00e9sie, \u00e0 l&rsquo;avant-garde de ce renouveau ). L&rsquo;Eglise Orthodoxe, et je le dis sans pr\u00e9tention ni triomphalisme, est probablement, de toutes les Eglises chr\u00e9tiennes, celle qui a su le mieux associer le son et l&rsquo;image, le d\u00e9roulement liturgique et l&rsquo;ic\u00f4ne. Elle est aussi celle qui met le plus fortement l&rsquo;accent : d&rsquo;une part sur le Dieu crucifi\u00e9, sur le Dieu qui souffre humainement toutes nos agonies et tout notre d\u00e9sespoir (\u00abla K\u00e9nose\u00bb) ; d&rsquo;autre part sur le Christ \u00e0 la fois crucifi\u00e9 et ressuscit\u00e9. C&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment sur ce point l\u00e0, en mati\u00e8re cin\u00e9matographique que pourrait se faire la transmutation de la nostalgie en c\u00e9l\u00e9bration. Pour cette raison on ne pourra repr\u00e9senter authentiquement au cin\u00e9ma le visage du Christ qu&rsquo;en tenant enfin le plus grand compte de l&rsquo;ic\u00f4ne. Non que l&rsquo;art de l&rsquo;ic\u00f4ne ait \u00e0 s&rsquo;engager dans le cin\u00e9ma. Mais, s&rsquo;il n&rsquo;est pas fig\u00e9, c&rsquo;est un art qui rayonne : comme la neige o\u00f9 se condense le c\u00e9leste et qui, par sa douce fusion, nourrit ruisseaux et rivi\u00e8res, alimente les pr\u00e9s, la vigne et le bl\u00e9 ; qui peuvent alors s&rsquo;offrir en eucharistie. Il y a d&rsquo;abord le \u00abmonde qui nous entoure\u00bb. Que voyons-nous ? Un monde sans dessus-dessous, un g\u00e2chis apparent, un d\u00e9sespoir tragique et des souffrances qui ne servent apparemment \u00e0 rien . Est-ce tout ? Bien s\u00fbr que non. Il y a le \u00abprobl\u00e8me du mal\u00bb, oui, mais il y a aussi le \u00abprobl\u00e8me du bien\u00bb. Regardons autour de nous, et nous verrons non seulement la confusion, mais la beaut\u00e9. Dans le flocon de neige, dans la feuille, dans l&rsquo;insecte &#8211; souvenons-nous ici de l&rsquo;admirable film \u00abMicrocosmos\u00bb &#8211; nous d\u00e9couvrons des mod\u00e8les d&rsquo;une structure si d\u00e9licate, d&rsquo;une harmonie telle que le talent humain n&rsquo;y saurait pr\u00e9tendre. Sans vouloir tomber dans le sentimentalisme, nous ne pouvons tout de m\u00eame pas les ignorer. Cette coexistence dans le monde de sens et de confusion, de coh\u00e9rence, de beaut\u00e9 mais aussi de futilit\u00e9, fournit le premier de ces signes qui jalonnent notre marche vers Dieu. Ce signe nous le trouvons aussi en \u00abnous-m\u00eames\u00bb. Pourquoi, en dehors de ma recherche du plaisir et de mon aversion pour la souffrance, est-ce que j&rsquo;\u00e9prouve un sentiment de devoir et d&rsquo;obligation morale, le sens de ce qui est bien ou de ce qui est mal ? Pourquoi ai-je une conscience ? Cette conscience ne me dit pas simplement d&rsquo;ob\u00e9ir \u00e0 des r\u00e8gles qui m&rsquo;ont \u00e9t\u00e9 enseign\u00e9es par d&rsquo;autres, elle est personnelle. Et qui plus est, pourquoi est-ce que moi, qui suis plac\u00e9 dans le temps et dans l&rsquo;espace, est-ce que je ressens ce que Nicolas Cabasilas appelle \u00abla soif infinie\u00bb ou \u00abla soif de l&rsquo;infini\u00bb Qui suis-je ? Que suis-je ? La r\u00e9ponse \u00e0 ces questions est loin d&rsquo;\u00eatre \u00e9vidente. L&rsquo;\u00eatre humain est incommensurable. Nous ne connaissons qu&rsquo;\u00e0 peine notre \u00eatre v\u00e9ritable, notre moi profond. Gr\u00e2ce \u00e0 notre facult\u00e9 de perception, ext\u00e9rieure et int\u00e9rieure, gr\u00e2ce \u00e0 notre m\u00e9moire, gr\u00e2ce au pouvoir de notre inconscient, nous nous jouons de l&rsquo;espace, nous nous \u00e9tirons vers les confins du pass\u00e9 ou du futur pour atteindre l&rsquo;au-del\u00e0 de l&rsquo;espace et du temps, l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9. \u00abEn notre c\u0153ur, il y a des profondeurs insondables\u00bb affirment les hom\u00e9lies de saint Macaire, \u00abce n&rsquo;est qu&rsquo;un petit vaisseau ; pourtant on y voit des dragons, des lions, des cr\u00e9atures \u00e0 venin et les tr\u00e9sors du mal. On y voit des sentiers escarp\u00e9s, raboteux et des gouffres b\u00e9ants. Dieu y est aussi. Il y a les anges, il y a la vie et le Royaume, il y a la lumi\u00e8re, les ap\u00f4tres, les cit\u00e9s c\u00e9lestes et les tr\u00e9sors de la Gr\u00e2ce : toute chose y est pr\u00e9sente\u00bb. Ainsi chacun de nous porte en son c\u0153ur un second \u00absigne\u00bb. Pourquoi ai-je une conscience ? Comment expliquer mon sens de l&rsquo;infini ? Oui, il y a en moi quelque chose qui me force toujours \u00e0 regarder au-del\u00e0 de mes limites ; oui, il y a en moi une source d&rsquo;\u00e9merveillement, une source de transcendance constante de mon moi. Il y a encore un troisi\u00e8me signe : ma relation avec les autres \u00eatres humains. Nous avons tous connu, ne serait-ce qu&rsquo;une ou deux fois au cours de notre vie, ces instants de d\u00e9couverte o\u00f9 soudain, nous avons vu s&rsquo;ouvrir l&rsquo;autre, dans toute sa profondeur, dans toute sa v\u00e9rit\u00e9. Nous avons alors fait l&rsquo;exp\u00e9rience de sa vie int\u00e9rieure comme si elle \u00e9tait devenue n\u00f4tre. Cette rencontre avec l&rsquo;autre tel qu&rsquo;il est en v\u00e9rit\u00e9 est, elle aussi, un contact avec la transcendance, avec l&rsquo;intemporel. Une rencontre avec une r\u00e9alit\u00e9 plus forte que la mort. Dire \u00e0 un autre, de tout notre c\u0153ur : \u00abJe t&rsquo;aime\u00bb, c&rsquo;est lui dire : \u00abTu ne mourras jamais\u00bb. En ces moments d&rsquo;\u00e9change personnel nous r\u00e9alisons, non par des arguments, mais par conviction qu&rsquo;il y a une vie apr\u00e8s la mort. Ainsi, dans nos relations avec les autres, comme dans notre propre exp\u00e9rience, nous connaissons des moments de transcendance, orient\u00e9s vers quelque chose qui nous attend, au-del\u00e0. Comment pouvons-nous \u00eatre fid\u00e8les \u00e0 ces moments ? Comment pouvons-nous les comprendre ? Les cin\u00e9astes des pays orthodoxes ont eu, et ont, les yeux (et le c\u0153ur) n\u00e9cessairement purifi\u00e9s, agrandis par l&rsquo;ic\u00f4ne. Par l&rsquo;ic\u00f4ne en effet, ils peuvent voir le monde dans l&rsquo;Eglise \u00e0 travers \u00abl&rsquo;\u0153il du c\u0153ur\u00bb, puisque tel est le but poursuivi par celle-ci, tandis que de son c\u00f4t\u00e9 l&rsquo;objectif de la cam\u00e9ra du cin\u00e9aste, cet \u00ab\u0153il charnel\u00bb oserais-je dire, est quant \u00e0 lui capable de voir l&rsquo;Eglise dans le monde. Pourquoi alors ne pas imaginer que le cin\u00e9ma, puisqu&rsquo;il est \u00e0 m\u00eame de pouvoir \u00absaisir \u00e0 sa fa\u00e7on le c\u0153ur de l&rsquo;Eglise\u00bb, ne serait pas dans l&rsquo;autre sens un pr\u00e9cieux auxiliaire pour nous aider \u00e0 situer le lieu o\u00f9 l&rsquo;on peut mieux conna\u00eetre ses limites ? O\u00f9 l&rsquo;on retrouverait le cosmos comme Parole et Don de Dieu ? O\u00f9 le monde ne risquerait plus d&rsquo;\u00eatre idole mais deviendrait langage et temple ? O\u00f9 l&rsquo;homme de notre temps ne conna\u00eetrait plus uniquement la faim du corps ou uniquement la nourriture de l&rsquo;esprit parce que tout simplement le pain deviendrait enfin pour lui v\u00e9ritable myst\u00e8re et v\u00e9ritable joie puisque, nous dit Jean dans le prologue de son Evangile, le \u00abVerbe s&rsquo;est fait chair\u00bb ? Et qui peut mieux que lui aujourd&rsquo;hui traduire l&rsquo;\u00e9ros en un v\u00e9ritable langage qui exprimerait la po\u00e9tique d&rsquo;une vraie rencontre entre deux personnes, une sorte de \u00abLiturgie des corps\u00bb qui manifesterait l&rsquo;accomplissement de l&rsquo;image de Dieu en chaque \u00eatre ? Andr\u00e9 Tarkovski par exemple, l&rsquo;un des plus grands sans doute parmi les cin\u00e9astes orthodoxes, disait que la cr\u00e9ation doit \u00eatre \u00abune \u00e9piphanie\u00bb que le film peut constituer \u00abpour l&rsquo;auteur et le spectateur un acte spirituel purificateur\u00bb, et il aimait reprendre le mot de Dosto\u00efevski : \u00abla beaut\u00e9 sauvera le monde\u00bb une beaut\u00e9 de transfiguration pass\u00e9e par la d\u00e9figuration de la Croix ; une beaut\u00e9 de mort et de r\u00e9surrection !\u00a0<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif; font-size: small;\"><b>Nice, le 4 mars 1999<\/b><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif; font-size: small;\"><b><span style=\"color: #000099;\">BIBLIOGRAPHIE<\/span><\/b><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif; font-size: small;\"><b>&#8211; S. BIGHAM :<\/b>\u00a0\u00ab\u00a0Les chr\u00e9tiens en images\u00a0\u00bb Ed. Paulines, Montr\u00e9al 1992 pp: 123-131<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif; font-size: small;\"><b>&#8211; O. CLEMENT :<\/b><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif; font-size: small;\">\u00ab\u00a0ANACHRONIQUES\u00a0\u00bb Ed. DDB Paris 1990, pp:228-235<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif; font-size: small;\">\u00ab\u00a0LES VISIONNAIRES\u00a0\u00bb Ed. DDB Paris 1986 pp:83-103 ; 247-263<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif; font-size: small;\">\u00ab\u00a0L&rsquo;OEIL DE FEU\u00a0\u00bb Ed; Hermes, Fata Morgana 1994 pp:99-101<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif; font-size: small;\"><b>&#8211; KALLISTOS WARE :<\/b>\u00a0\u00ab\u00a0Approches de Dieu dans la Tradition Orthodoxe\u00a0\u00bb Ed. DDB Coll. Th\u00e9ophanie Paris 1982 pp:23-43<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0 Par le M\u00e9tropolite Stephanos de Tallinn 1. PROMESSES Notre civilisation est de plus en plus une civilisation de l&rsquo;audiovisuel o\u00f9 le cin\u00e9ma joue le r\u00f4le de \u00abt\u00eate-chercheuse\u00bb. Pour une large part sa concurrente, la t\u00e9l\u00e9vision, ne fait que le r\u00e9percuter. 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