{"id":8020,"date":"2015-01-26T12:26:21","date_gmt":"2015-01-26T10:26:21","guid":{"rendered":"http:\/\/www.eoc.ee\/?p=8020"},"modified":"2015-01-26T12:26:21","modified_gmt":"2015-01-26T10:26:21","slug":"noel-en-provence","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.eoc.ee\/fr\/traditions\/noel-en-provence\/","title":{"rendered":"NOEL EN PROVENCE"},"content":{"rendered":"<p><b>La veille de No\u00ebl La v\u00e8io de Nouv\u00e8 : la cr\u00e8che<\/b><\/p>\n<p>C&rsquo;est le moment o\u00f9, dans les familles, on fait la cr\u00e8che. Certains situent ces pr\u00e9paratifs plusieurs jours auparavant. Cela ne para\u00eet pas logique car le feuillage doit \u00eatre bien frais pour le jour de No\u00ebl, et aujourd&rsquo;hui, dans les appartements chauff\u00e9s, il se conservera difficilement jusqu&rsquo;au 2 f\u00e9vrier.<\/p>\n<p>Nous avons d&rsquo;ailleurs bien des t\u00e9moignages nous parlant de la promenade dans les collines pour aller recueillir toute cette pr\u00e9cieuse verdure. Marie Mauron par exemple raconte le d\u00e9part des enfants du village, \u00e0 l&rsquo;aube, pour aller couper buis, thym, olivier et pin, autant de feuillages qui serviront \u00e0 garnir la cr\u00e8che. Au passage ils s&#8217;empresseront \u00e9galement de ramasser \u00a0\u00bb les cailloux mousseux dont il feront des cha\u00eenes de montagne et les lichens argent\u00e9s ou dor\u00e9s sur lesquels, mollement, pourront se poser les santons \u00ab\u00a0.<\/p>\n<p>Lazarine N\u00e8gre, la f\u00e9libresse \u00ab\u00a0Lazarine de Manosque\u00a0\u00bb quant \u00e0 elle, se souvient : \u00a0\u00bb en nous levant, nous mangions une \u00e9cuelle de soupe, et nous partions tout ravigot\u00e9s, gais comme des pinsons, pour aller chercher le verbouisset&#8230; avec ses boules rouges comme des cerises au mois de juin et coupes que tu couperas! &#8230; \u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Enfin, Marie Gasquet nous fait partager l&rsquo;ambiance chaleureuse et conviviale des collines en cette veille de No\u00ebl, pr\u00e9lude joyeux \u00e0 la f\u00eate familiale : \u00a0\u00bb Les vallons des Alpilles se remplissaient de rires. Le pays s&rsquo;en allait par bandes \u00e0 la montagne&#8230; A la nuit tombante, tous se retrouvaient, les \u00e9paules charg\u00e9es de verdure, au plateau de l&rsquo;arc de Triomphe, et l&rsquo;on se mettait en route chantant des marches guerri\u00e8res m\u00eal\u00e9es \u00e0 des No\u00ebls. \u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Les collines ne retentissent plus de chants, mais nous pouvons toujours aller y chercher la mousse et la verdure et, surtout, nous emporterons notre s\u00e9cateur de fa\u00e7on \u00e0 ne pas ab\u00eemer et arracher les plantes, le thym, par exemple qui, bien taill\u00e9 fait de si jolis oliviers.<\/p>\n<p>Toute cette \u00ab\u00a0flore de No\u00ebl\u00a0\u00bb m\u00e9rite d&rsquo;ailleurs que nous nous y arr\u00eations un peu :<\/p>\n<p><b>&#8211; Le thym<\/b>, la ferigoulo, n\u00e9, para\u00eet-il, des larmes de la Belle H\u00e9l\u00e8ne, pousse spontan\u00e9ment sur tout le pourtour de la M\u00e9diterran\u00e9e, utilis\u00e9 depuis la plus haute antiquit\u00e9 dans la cuisine, mais aussi en m\u00e9decine, produits de beaut\u00e9, antimite, et m\u00eame pour embaumer les morts !<\/p>\n<p><b>&#8211; Le petit houx ou fragon<\/b>, lou verbouisset vo calendau, tiges de 50 \u00e0 80 cm, garnies de fausses feuilles, dont les piquants sont destin\u00e9s, d&rsquo;apr\u00e8s la l\u00e9gende, \u00e0 prot\u00e9ger de la voracit\u00e9 des oiseaux ses jolies petites boules rouges. Les racines \u00e9taient utilis\u00e9es en m\u00e9decine populaire comme diur\u00e9tique, f\u00e9brifuge et contre la jaunisse et la goutte. Les po\u00e8tes n&rsquo;ont pas oubli\u00e9 cette plante de No\u00ebl. Le f\u00e9libre J.-B. Gaut a compos\u00e9 un No\u00ebl en 1869 o\u00f9 il \u00e9voque le fameux verbouisset :<\/p>\n<p>\u00a0\u00bb Lou blound J\u00e8sus dintre la paio<br \/>\n\u00a0\u00bb Ero neissu<br \/>\n\u00a0\u00bb Er, sus soun su,<br \/>\n\u00a0\u00bb Ounte tant de trelus dardaio<br \/>\n\u00a0\u00bb Ei p\u00e9u divin,<br \/>\n\u00a0\u00bb Tant rous, tant fin<br \/>\n\u00a0\u00bb Vias verdeja, dintre l&rsquo;androuno,<br \/>\n\u00a0\u00bb Uno courouno<br \/>\n\u00a0\u00bb De verbouisset<br \/>\n\u00a0\u00bb Qu&rsquo;espandiss\u00e9,<br \/>\n\u00a0\u00bb Que p\u00e8r \u00e9u plus tard rougiss\u00e8 ! \u00a0\u00bb<br \/>\n\u00a0\u00bb Le blond J\u00e9sus \u00e9tait n\u00e9 sur la paille et sur sa t\u00eate o\u00f9 tant de lumi\u00e8re brillait, sur ses cheveux divins, si blonds, si fins, on voyait verdoyer, derri\u00e8re lui, une couronne de verbouisset qui s&rsquo;\u00e9panouissait et qui, pour lui, plus tard, rougirait ! \u00a0\u00bb<\/p>\n<p><b>&#8211; Le laurier-tin<\/b>, lou faveloun vo carenau, dont les branches, garnies de gaufres, d&rsquo;oranges, et illumin\u00e9es de chandelles, \u00e9taient, autrefois, suspendues \u00e0 une poutre au-dessus de la table du gros souper. Ce qui nous donne l&rsquo;occasion de pr\u00e9ciser que l&rsquo;arbre de No\u00ebl n&rsquo;est absolument pas traditionnel chez nous ; coutume n\u00e9e au 16\u00e8me si\u00e8cle dans l&rsquo;Europe du nord, adopt\u00e9e en Allemagne au 17\u00e8me si\u00e8cle, elle p\u00e9n\u00e9trera en France apr\u00e8s 1870. En 1912 naquit en Am\u00e9rique, \u00e0 Boston, l&rsquo;id\u00e9e de mettre des arbres illumin\u00e9s sur les places publiques, cette coutume atteignit la France apr\u00e8s la Premi\u00e8re Guerre mondiale et devint g\u00e9n\u00e9rale apr\u00e8s la seconde. Dans les Souvenirs de Bougneto, Marius Boyer, d&rsquo;Aubagne, n\u00e9 vers 1910 raconte comment, au retour de la messe, il d\u00e9couvrait l&rsquo;arbre de No\u00ebl garni entre autres papillotes et sucreries, d&rsquo;oranges et de mandarines dans lesquelles \u00e9taient piqu\u00e9es des feuilles de laurier en guise de d\u00e9coration.<\/p>\n<p><b>&#8211; Le lierre<\/b>, l&rsquo;\u00e8use, liane aux feuilles toujours vertes, aux petites baies sombres, symbole de la force v\u00e9g\u00e9tale, de l&rsquo;amour fid\u00e8le, tr\u00e8s utilis\u00e9 en m\u00e9decine populaire (et dans notre jeunesse pour r\u00eaver \u00e0 celui que l&rsquo;on devait \u00e9pouser !). Elle permet de faire de tr\u00e8s jolies bordures pour la cr\u00e8che et des chemins de table pour le gros souper.<\/p>\n<p><b>&#8211; Le romarin<\/b>, lou roumanin, peut figurer les cypr\u00e8s dans la cr\u00e8che. Tr\u00e8s utilis\u00e9 pour parfumer la cuisine et pour confectionner du \u00ab\u00a0vin de romarin\u00a0\u00bb ; il \u00e9tait aussi fort employ\u00e9 en m\u00e9decine populaire. Une vieille l\u00e9gende assure que ses fleurs sont couleur bleu ciel, parce que la Vierge Marie, lors de la fuite en Egypte, se reposant aupr\u00e8s d&rsquo;un buisson de romarin, y avait \u00e9tendu son manteau.<\/p>\n<p>Nous avons retrouv\u00e9 de nombreux t\u00e9moignages \u00e9voquant les souvenirs qu&rsquo;ont laiss\u00e9s la pr\u00e9paration et la d\u00e9coration des cr\u00e8ches familiales. Comment par exemple, on transformait les feuilles de papier d&rsquo;argent du chocolat en rivi\u00e8res et en ruisseaux ; comment quelques nuages de farine faisaient office de neige et quelques poign\u00e9es de sable fin dessinaient les sentiers vers lesquels cheminaient le petit peuple des santons. Tout \u00e9tait utile \u00e0 cette entreprise de construction, bois, pierre, papiers de toutes sortes, cartons et l&rsquo;imagination de tous, grands et petits, allaient bon train pour disposer les collines, les ponts et les chemins, sans oublier les prairies de mousse et la petite grotte chez certains, l&rsquo;\u00e9table chez d&rsquo;autres, o\u00f9 \u00e9tait couch\u00e9 l&rsquo;Enfant-J\u00e9sus entre l&rsquo;\u00e2ne et le b\u0153uf.<\/p>\n<p>La magie d&rsquo;une cr\u00e8che vient souvent de la luminosit\u00e9 qu&rsquo;elle diffuse, du jeu r\u00e9ussi des ombres et des lumi\u00e8res. Pour l&rsquo;illumination finale, chez Lazarine de Manosque, on pla\u00e7ait \u00ab\u00a0&#8230; devant la cr\u00e8che une veilleuse qui br\u00fblait nuit et jour jusqu&rsquo;\u00e0 la Chandeleur \u00ab\u00a0. Charles Maurras, lui, se souvient de son \u00e9merveillement d&rsquo;enfant lorsqu&rsquo;il d\u00e9couvrait la cr\u00e8che illumin\u00e9e de cierges et garnie des soucoupes de bl\u00e9 vert. Chez d&rsquo;autres, comme Louis Deluy, \u00ab\u00a0&#8230; nous nous servions de mandarine, coup\u00e9e par le milieu, remplie d&rsquo;huile; la peau int\u00e9rieure de la mandarine tenait lieu de m\u00e8che, l&rsquo;autre partie retourn\u00e9e dessus. C&rsquo;\u00e9tait tr\u00e8s joli \u00ab\u00a0.<\/p>\n<p>En cette veille de No\u00ebl, on commence aussi \u00e0 pr\u00e9parer de bonnes choses, comme le raconte Simone Chamoux. Sa grand-m\u00e8re Marie d&rsquo;origine marseillaise, tenait \u00e0 maintenir les traditions de son terroir jusqu&rsquo;\u00e0 Nyons o\u00f9 elle r\u00e9sidait, en confectionnant la v\u00e9ritable pompe \u00e0 huile. Aussi \u00a0\u00bb La veille de No\u00ebl, tout de suite apr\u00e8s midi, elle sortait de l&rsquo;armoire un tablier blanc et le nouait sur sa blouse de travail. Elle emprisonnait ses beaux cheveux dans un grand mouchoir d&rsquo;indienne et retroussait ses manches jusqu&rsquo;aux coudes. Car la pompe de No\u00ebl, \u00e7a se fait avec respect \u00ab\u00a0.<\/p>\n<p><b>La table du gros souper La taulo dou gros soupa<\/b><\/p>\n<p>L&rsquo;heure du \u00ab\u00a0gros souper\u00a0\u00bb de ce 24 au soir approche, nous devons pr\u00e9parer la table, elle doit \u00eatre belle et accueillante pour la famille qui sera rassembl\u00e9e autour d&rsquo;elle.<\/p>\n<p>Tout d&rsquo;abord, mettons une nappe. Une seule ? Oui, si nous en croyons les souvenirs de Marie Gasquet qui parle \u00a0\u00bb d&rsquo;une nappe damass\u00e9e \u00a0\u00bb tandis que Louis Deluy se souvient que \u00a0\u00bb Le couvert \u00e9tait dress\u00e9 sur une nappe blanche, plusieurs bougeoirs \u00e9chelonn\u00e9s sur la table \u00ab\u00a0.<\/p>\n<p>Mais pourtant si nous lisons Marchetti (Explication des usages et coutumes des Marseillais, 1863) \u00a0\u00bb Nous mettons trois nappes l&rsquo;une sur l&rsquo;autre, pour la r\u00e9v\u00e9rence que nous portons \u00e0 ce saint jour, et nous les laissons pour cela sur la table durant les trois f\u00eates&#8230; Nous en mettons trois parce qu&rsquo;ayant \u00e9t\u00e9 consacr\u00e9s par le bapt\u00eame \u00e0 La Trinit\u00e9, non contents de faire toutes choses en son nom et son honneur, nous t\u00e2chons d&rsquo;en conserver toujours quelques vestiges et quelques traces en nos actions \u00ab\u00a0. Mais Mistral, lui aussi dans le si beau passage de ses Memori pr\u00e9cise \u00a0\u00bb sus la triplo touaio blanco \u00a0\u00bb (sur les trois nappes blanches).<\/p>\n<p>Bien d&rsquo;autres explications sont avanc\u00e9es pour justifier cette coutume des trois nappes, la plus grande pos\u00e9e la premi\u00e8re, puis la moyenne, puis la plus petite, de fa\u00e7on \u00e0 ce que l&rsquo;on voit bien les trois niveaux. La r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la Sainte Trinit\u00e9, par exemple, se retrouve dans la formule que les m\u00e9nag\u00e8res pronon\u00e7aient, selon certains renseignements, en disposant les nappes : \u00a0\u00bb Uno p\u00e8r lou Paire, uno p\u00e8r lou fi\u00e9u, uno p\u00e9r lou Sant Esperit. \u00ab\u00a0. Par ailleurs, le chiffre 3 est un nombre fondamental dans toutes les religions ; il intervient souvent dans la vie du Christ. En souvenir de J\u00e9sus, Marie et Joseph. Pour les trois services du repas (les poissons et l\u00e9gumes, les desserts, le caf\u00e9 autour duquel les hommes fument la pipe), ce qui ne me para\u00eet pas tr\u00e8s commode pour les ma\u00eetresses de maison ; mais, toutefois, cette explication est corrobor\u00e9e par Henri Oddo : \u00a0\u00bb Le souper comprend trois services ; pour y correspondre, la table est couverte de trois nappes de dimensions diff\u00e9rentes. \u00a0\u00bb Enfin, derni\u00e8re explication possible : en pr\u00e9vision des trois repas, gros souper le 24 au soir, repas de midi le 25, repas du midi le 26 appel\u00e9 chez nous deuxi\u00e8me f\u00eate de No\u00ebl ; on enl\u00e8ve apr\u00e8s chaque repas la nappe qui a servi. Louis Deluy le confirme : \u00a0\u00bb pour les grandes f\u00eates religieuses, et surtout pour No\u00ebl, on festoyait trois jours durant : le gros souper la veille, le d\u00eener le jour de No\u00ebl, puis le lendemain de No\u00ebl. Le couvert restait mis trois jours. \u00a0\u00bb Et au cours d&rsquo;une enqu\u00eate men\u00e9e par le groupe \u00a0\u00bb La couqueto \u00a0\u00bb en 1994, nous avons eu plusieurs t\u00e9moignages de familles chez qui, encore aujourd&rsquo;hui, on met trois nappes et on ne d\u00e9barrasse pas compl\u00e8tement la table pendant ces trois jours : la coutume n&rsquo;est donc pas enti\u00e8rement oubli\u00e9e.<\/p>\n<p>Il faut maintenant mettre le couvert et garnir la table avec ce que l&rsquo;on a de plus beau dans les armoires. Et Marie Gasquet, outre la nappe damass\u00e9e, les cristaux chantants, les assiettes peintes ou les couteaux \u00e0 manche de nacre, se souvient d&rsquo;un rituel qui m\u00e9rite quelques explications : \u00a0\u00bb Le surtout, maintenant, c&rsquo;est une jatte de Moustiers remplie d&rsquo;eau claire. Durant le B\u00e9n\u00e9dicit\u00e9, ma m\u00e8re y posera sept roses de J\u00e9richo qui ressusciteront au beau milieu du d\u00e9sert. \u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Il ne faut pas confondre, comme on le fait trop souvent, la \u00ab\u00a0rose de No\u00ebl\u00a0\u00bb avec la \u00ab\u00a0rose de J\u00e9richo\u00a0\u00bb. L&rsquo;hell\u00e9bore noir ou rose de No\u00ebl, renonculac\u00e9es aux fleurs teint\u00e9es de rose p\u00e2le, verd\u00e2tres apr\u00e8s la floraison, aux feuilles palm\u00e9es, cro\u00eet sur les terrains calcaires, riches en humus. Elle peut se cultiver dans les jardins. Elle fleurit de d\u00e9cembre \u00e0 f\u00e9vrier. La rose de J\u00e9richo, rose de Jud\u00e9e ou fleur de Jud\u00e9e est une crucif\u00e8re dont le nom scientifique est emastatica hi\u00e9rochuntia. C&rsquo;est une plante hygrom\u00e9trique en forme de thym, originaire d&rsquo;Arabie, de Syrie et d&rsquo;Egypte. Elle est couleur \u00ab\u00a0rose des sables\u00a0\u00bb. Plac\u00e9e dans un verre d&rsquo;eau, elle s&rsquo;\u00e9panouit pour \u00eatre expos\u00e9e dans la cr\u00e8che ou sur la table de No\u00ebl, son \u00e9panouissement dure cinq \u00e0 dix jours. Retir\u00e9e de l&rsquo;eau, la plante se recroqueville \u00e0 nouveau et peut resservir des ann\u00e9es durant. Cette plante figure sur la liste des objets de d\u00e9votion, ce qui lui conf\u00e8re une valeur religieuse et sacr\u00e9e reconnue. Les premi\u00e8res roses auraient \u00e9t\u00e9 import\u00e9es par des p\u00e8lerins ou des crois\u00e9s.<\/p>\n<p>Marcel Provence raconte dans No\u00ebl au pays de Provence, 1930 : \u00a0\u00bb Pr\u00e8s de la veilleuse et des soucoupes herbues, deux petits vases de verre \u00e0 l&rsquo;eau limpide portent avec fiert\u00e9 deux roses de J\u00e9richo dess\u00e9ch\u00e9es&#8230; Si dans cette nuit calendale, les roses de J\u00e9richo s&rsquo;\u00e9panouissent, c&rsquo;est la prosp\u00e9rit\u00e9 pour la famille et pour le mas. Pecaire ! Si les roses gardent leur s\u00e9cheresse, c&rsquo;est peut-\u00eatre bien du pas trop bonheur, quelque malheur qui menacera l&rsquo;oustalado. \u00a0\u00bb Selon l&rsquo;Ecclesiaste, les roses de J\u00e9richo symbolisent la Vierge et si on les place au centre de la table, c&rsquo;est pour que la m\u00e8re de J\u00e9sus soit elle aussi pr\u00e9sente au c\u0153ur de la f\u00eate. La coutume voulait \u00e9galement qu&rsquo;au moment d&rsquo;une naissance, on pose la rose dess\u00e9ch\u00e9e aupr\u00e8s de la future m\u00e8re, afin qu&rsquo;elle s&rsquo;\u00e9panouisse lorsque l&rsquo;enfant na\u00eetra. Autrefois on achetait les roses de J\u00e9richo \u00e0 la grande foire de Beaucaire de juillet, mais il est bien difficile maintenant d&rsquo;en trouver.<\/p>\n<p>Les trois \u00ab\u00a0sietoun\u00a0\u00bb (petites assiettes) de bl\u00e9 sem\u00e9es pour Sainte Barbe et maintenant bien vertes, seront dispos\u00e9es sur la table avec trois bougies, \u00e0 Aix, trois oranges confites ; toujours ce chiffre trois dont nous avons d\u00e9j\u00e0 parl\u00e9. Nous pouvons utiliser la m\u00eame verdure que pour la cr\u00e8che, mais pas de gui, qui est r\u00e9put\u00e9 porter malheur ; cette croyance est encore vivante dans un certain nombre de familles.<\/p>\n<p>Dans certaines maisons, une partie des desserts figure sur la table en d\u00e9coration, par exemple des compotiers de fruits. Dans d&rsquo;autres, on intercalait soucoupes de bl\u00e9, bougies et corbeilles de fruits qui resteront sur la table durant tout le souper.<\/p>\n<p>Et \u00ab\u00a0la part du pauvre\u00a0\u00bb dont on parle souvent ? Marchetti l&rsquo;\u00e9voque (1683) : \u00a0\u00bb Une coutume qui se pratiquait dans toutes les familles et qui se garde encore en quelques-unes. C&rsquo;est qu&rsquo;on y faisait p\u00e9trir express\u00e9ment pour les pauvres, \u00e0 qui l&rsquo;on distribuait apr\u00e8s avec beaucoup de charit\u00e9 tout le pain que l&rsquo;on avait fait. Le jour de No\u00ebl, chaque famille en prenait un pour lui donner \u00e0 manger et r\u00e9servait pour cet effet le premier service des viandes qui \u00e9taient servies ce jour-l\u00e0 \u00e0 table. \u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Dans beaucoup de foyers, on demandait aux enfants de donner leur part du repas au pauvre de passage \u00e0 qui ils la remettaient eux-m\u00eames. Pour les r\u00e9compenser de cette bonne action accomplie, en revenant s&rsquo;asseoir \u00e0 leur place, ils trouvaient dans l&rsquo;assiette le double de ce qu&rsquo;ils avaient donn\u00e9. Dans certains villages, les hommes charg\u00e9s d&rsquo;une nombreuse famille faisaient le tour des maisons, une grande corbeille au bras, o\u00f9 on leur mettait des victuailles. On nous a signal\u00e9, en 1976, qu&rsquo;\u00e0 Solli\u00e9s-Ville, on donnait dans l&rsquo;apr\u00e8s-midi du 24, de la nourriture \u00e0 treize pauvres, appel\u00e9s dans les vieux documents, \u00ab\u00a0les treize ap\u00f4tres\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>T\u00e9moignages d&rsquo;une \u00e9poque r\u00e9volue ? Voire&#8230; Mais il est toujours possible, en pratiquant cette \u00a0\u00bb charit\u00e9 de c\u0153ur \u00a0\u00bb qui compte aussi dans la vie, de faire place \u00e0 notre table familiale aux endeuill\u00e9s, aux \u00e9prouv\u00e9s, aux isol\u00e9s, pour qui, sans cela, No\u00ebl ne serait pas la f\u00eate de l&rsquo;espoir et de la lumi\u00e8re.<\/p>\n<p><b>La B\u00fbche de No\u00ebl Anan pausa cacho-fio<\/b><\/p>\n<p>Tel est le sens exact du mot, qui se dit \u00e9galement calendau ou calignau, dans le Grand Tr\u00e9sor. Cette tradition perdure encore dans certaines familles, qui ont la chance d&rsquo;avoir une vraie chemin\u00e9e et un verger!<\/p>\n<p>Cette c\u00e9r\u00e9monie du feu est une tradition tr\u00e8s ancienne ; la b\u00fbche repr\u00e9sente le Christ sacrifi\u00e9 pour nos p\u00e9ch\u00e9s, symbolis\u00e9s par les libations, explique Marchetti. Le feu est signe de joie et de lumi\u00e8re, puisque cette f\u00eate de No\u00ebl serait une christianisation de la f\u00eate pa\u00efenne du Natalis Invictus, du soleil invaincu dans cette p\u00e9riode du solstice, suivant une technique recommand\u00e9e par le pape Saint Gr\u00e9goire (+ 6104) : faire nasser les f\u00eates du culte des idoles \u00e0 la louange du vrai Dieu et qu&rsquo;ainsi, en conservant la joie de ces f\u00eates, les gens puissent plus facilement go\u00fbter les joies int\u00e9rieures.<\/p>\n<p>La c\u00e9r\u00e9monie consiste donc \u00e0 mettre une b\u00fbche dans la chemin\u00e9e avec un rituel qui \u00e9tait autrefois bien \u00e9tabli mais sans doute simplifi\u00e9 maintenant lorsqu&rsquo;il est pratiqu\u00e9. Cette b\u00fbche doit \u00eatre une grosse branche d&rsquo;arbre fruitier cerisier, poirier, mais pas de figuier, pour plusieurs raisons : il br\u00fble mal, la fum\u00e9e donne mal \u00e0 la t\u00eate, le Christ a maudit l&rsquo;arbre st\u00e9rile, ce serait l&rsquo;arbre auquel Judas s&rsquo;est pendu (pas solide pourtant, puisque, lorsque nous \u00e9tions enfants, on nous interdisait de monter aux figuiers, car les branches \u00ab\u00a0cassaient comme du verre\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p>Seule exception signal\u00e9e : du bois d&rsquo;aub\u00e9pine aux environs de Monteux. Le plus \u00e2g\u00e9 et le plus jeune de la famille portent la b\u00fbche dans la chemin\u00e9e, apr\u00e8s lui avoir fait faire trois fois le tour de la table ; l&rsquo;a\u00efeul l&rsquo;arrose d&rsquo;un peu de vin cuit, ou d&rsquo;huile, ou, dans la Gavotine, de bouillon de cuisson des crouzets, en r\u00e9citant une formule nous avons plusieurs versions, dont la plus connue \u00e9tant celle de Mistral :\u00a0\u00bb Al\u00e8gre ! Al\u00e8gre ! Mi B\u00e8us enfant, Di\u00e9u nous al\u00e8gre ! Em\u00e9 Cal\u00e8ndo tout b\u00e8n v\u00e8n&#8230; Di\u00e8u nous fagne la gr\u00e0ci de v\u00e8ire l&rsquo;an que v\u00e8n, E se noun sian pas mai, que nous fugues pas mens ! \u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00a0\u00bb All\u00e9gresse! All\u00e9gresse ! Mes beaux enfants, Dieu nous r\u00e9jouisse, Avec No\u00ebl, tout vient bien&#8230; Dieu nous fasse la gr\u00e2ce de voir l&rsquo;an qui vient, Et si nous ne sommes pas plus, que nous ne soyons pas moins ! \u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Ensuite le feu est allum\u00e9 et on peut se mettre \u00e0 table.<\/p>\n<p>La tradition voulait qu&rsquo;au \u00ab\u00a0premier coup\u00a0\u00bb de cloche de la messe de minuit, on \u00e9teigne la b\u00fbche, qu&rsquo;on la couvre de cendre. Le lendemain, on la rallumait et elle devait br\u00fbler jusqu&rsquo;au jour de l&rsquo;An. Les charbons qui restaient \u00e9taient utilis\u00e9s pour soigner les animaux malades, broy\u00e9s dans leurs aliments, et un morceau, que Marie Mauron appelle \u00ab\u00a0Le Tr\u00e9sor Saint\u00a0\u00bb \u00e9tait mis dans la chemin\u00e9e l&rsquo;ann\u00e9e suivante. Les cendres \u00e9taient utilis\u00e9es en m\u00e9decine populaire, prot\u00e9geaient contre l&rsquo;incendie et d\u00e9barrassaient les poules de leurs \u00ab\u00a0pipidons\u00a0\u00bb, comme nous disions quand nous \u00e9tions gosses ? Et puis il y a cette croyance curieuse, rapport\u00e9e par Marchetti, qui veut que les braises d\u00e9pos\u00e9es sur la table du gros souper ne br\u00fblent pas les nappes. Ce serait un symbole marial : la Vierge \u00e9tait imp\u00e9n\u00e9trable aux feux de la concupiscence repr\u00e9sent\u00e9e par ces charbons. Le rite aurait encore \u00e9t\u00e9 pratiqu\u00e9 au si\u00e8cle dernier, mais les braises d\u00e9pos\u00e9es sur un plateau ou une pelle&#8230;<\/p>\n<p><strong>Nous pourrions signaler quelques traditions perdues, mais n\u00e9anmoins int\u00e9ressantes<\/strong> :<\/p>\n<p>=&gt; Le pain calendal dont parle Mistral \u00a0\u00bb Le gros pain calendal, qui ne s&rsquo;entamait qu&rsquo;apr\u00e8s en avoir donn\u00e9, religieusement, un quart au premier pauvre qui passait \u00ab\u00a0. On en portait un morceau aux animaux et Marchetti assure que les mariniers et les p\u00eacheurs ne s&#8217;embarquaient gu\u00e8re sans en emporter avec eux pour en jeter dans la mer quand elle \u00e9tait col\u00e9reuse.<\/p>\n<p>=&gt; La r\u00e9conciliation : Marchetti nous raconte cette coutume des visites entre personnes ayant quelque chose \u00e0 se reprocher, visites accompagn\u00e9es de telles libations qu&rsquo;elles furent interdites en 1602 ! Combien je pr\u00e9f\u00e8re, tout simplement lou brinde port\u00e9 par le p\u00e8re de Marie Gasquet : \u00a0\u00bb Je l\u00e8ve mon verre \u00e0 nos amis, \u00e0 ceux qui nous ont \u00e9t\u00e9 doux, qui nous ont fait du bien. Je le l\u00e8ve \u00e0 mes ennemis ; que notre cacho-fi\u00f4 et nos lumi\u00e8res luisent au fond de leur c\u0153ur pour y d\u00e9truire toute haine. Et maintenant, je bois \u00e0 nous tous, \u00e0 la sant\u00e9 de nos corps, \u00e0 la joie de nos \u00e2mes, \u00e0 la beaut\u00e9 de la Provence, \u00e0 nos c\u0153urs unis. A l&rsquo;amiti\u00e9, \u00e0 l&rsquo;amiti\u00e9 de No\u00ebl ! \u00a0\u00bb<\/p>\n<p>=&gt; Les \u00e9changes de cadeaux entre la ville et la campagne : Marchetti parle des \u00e9changes de pompes entre les femmes. Visiblement, il n&rsquo;aimait pas la pompe ! La gazette du Midi du 24.12.1836 \u00e9crit : \u00a0\u00bb Des paysannes viennent de leur village, pliant sous le poids des pompes et des corbeilles de raisins conserv\u00e9s d\u00e8s les vendanges et pendues aux poutres de la bastide. En retour de leurs offrandes qu&rsquo;elles font aux riches citadins, elles re\u00e7oivent du sucre, de la morue et du caf\u00e9. \u00a0\u00bb<\/p>\n<p>=&gt; La nourriture des b\u00eates : ce soir l\u00e0, les b\u00eates avaient double ration, comme le raconte Lazarine : \u00a0\u00bb Les gens, les b\u00eates, tout le monde faisait No\u00ebl ! [&#8230;] Le premier servi \u00e9tait le cheval. On coupait un gros pain dans une grosse gamelle et on l&rsquo;arrosait d&rsquo;une bouteille de bon vin. Quand le pain \u00e9tait bien imbib\u00e9, mon p\u00e8re allait le mettre dans la mangeoire, et le cheval faisait No\u00ebl. Au chardonneret que nous avions en cage, on donnait un morceau de pompe \u00e0 l&rsquo;huile avec du sucre. Apr\u00e8s, venait le tour du chien, un gros plat de gratin de morue. Oh ! Si vous l&rsquo;aviez vu comme il \u00e9tait heureux, le brave chien ! \u00a0\u00bb Nous pourrions maintenir la tradition, en donnant des graines aux oiseaux sur les balcons. Ils se r\u00e9galeront demain matin, si toutefois ils ne sont pas chass\u00e9s par les funestes pies qui s&rsquo;attaquent \u00e0 tous les petits oiseaux.<\/p>\n<p><strong>Le trajet pour aller \u00e0 la messe L&rsquo;escourregudo per ana \u00e0 la messo<\/strong><\/p>\n<p>Maintenant, bien s\u00fbr, tout le monde y va en auto! Mais je me souviens de fameuses \u00ab\u00a0resquillades\u00a0\u00bb sur les trottoirs verglac\u00e9s de la rue Paradis ! Autrefois, c&rsquo;\u00e9tait plus po\u00e9tique : \u00a0\u00bb La belle nuit ! Le vent s&rsquo;arr\u00eate, les \u00e9toiles dansent, la lune brille comme une perle, le bruit des cloches se prolonge en bourdonnant, l\u00e0-bas, au loin, dans la plaine. Des mas, les gens courent vers l&rsquo;\u00e9glise, c&rsquo;est l&rsquo;heure du pastrage \u00a0\u00bb (Baptiste Bonnet). \u00a0\u00bb Je vois encore les hommes dans leur cape de bure, les femmes dans leur p\u00e8lerine \u00e0 capuche, et les enfants ; tout le monde marchait joyeusement, muni de sa lampe \u00e0 huile, vers ce clocher, cette \u00e9glise qui nous attendait pour la messe de minuit et o\u00f9 p\u00e9tillait un bon feu de bois. \u00a0\u00bb Ce sont les souvenirs de Gilberte \u00e0 Uvernet (Ubaye).<\/p>\n<p><b>La messe de minuit La messo de miejo-nue<\/b><\/p>\n<p>Quelle est l&rsquo;origine liturgique des 3 messes qui \u00e9taient c\u00e9l\u00e9br\u00e9es cette nuit-l\u00e0, jusqu&rsquo;\u00e0 une \u00e9poque r\u00e9cente ? Primitivement, il n&rsquo;y avait \u00e0 Rome qu&rsquo;une seule messe solennelle le 25 au matin. En 445, le pape Sixte 3 institua la messe de minuit, et au 6\u00e8me si\u00e8cle s&rsquo;y ajouta la messe de l&rsquo;aurore, \u00e0 laquelle succ\u00e9dait la messe du jour.<\/p>\n<p>Mais Lou felibre de Nosto-Damo (1904) attribue ces c\u00e9r\u00e9monies \u00e0 une jolie l\u00e9gende : Un jour, au Paradis, une d\u00e9l\u00e9gation des \u00e9toiles, men\u00e9e par la bello brihanto, l&rsquo;\u00e9toile du berger, qui guida les mages vers l&rsquo;\u00e9table, demande \u00e0 Dieu le P\u00e8re que la messe de minuit leur soit d\u00e9di\u00e9e. Dieu le leur accorde, \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9. L&rsquo;aube vient ensuite se plaindre que les \u00e9toiles se moquent d&rsquo;elle et demande une messe, elle aussi, cette nuit l\u00e0. Le Seigneur lui accorde la messe de l&rsquo;aurore. Arrive enfin le soleil, jaloux, auquel on consacre la messe du jour. \u00a0\u00bb E vaqui coume, p\u00e8r Nouv\u00e8, ami miejo ni niue, se dis la messo dis Estello ; a la primo, quand li gau canton, aquelo de l&rsquo;aubo; e, lon dejour, la messo soulenno don soul\u00e8u. \u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Bien des traditions, signal\u00e9es par diff\u00e9rents auteurs, se sont perdues : les l\u00e2chers d&rsquo;oiseaux dans l&rsquo;\u00e9glise (en particulier le roitelet la petouso) \u00e0 Entraigues, Mirabeau, Mazan, Lagnes. De m\u00eame que, \u00e0 Saint-Maximin, la qu\u00eate des enfants pauvres dans les rues du villages, jusqu&rsquo;\u00e0 la guerre de 1914 (C. Seignolle) ; mais aussi les farces signal\u00e9es par B\u00e9renger-F\u00e9raud (1885) : \u00a0\u00bb Pendant la messe de minuit, les d\u00e9votes ont grandement \u00e0 craindre de trouver de l&rsquo;encre au lieu d&rsquo;eau b\u00e9nite dans le b\u00e9nitier (aujourd&rsquo;hui les \u00e9glises sont trop \u00e9clair\u00e9es, et les b\u00e9nitiers souvent vides&#8230;), de rencontrer, en sortant de l&rsquo;\u00e9glise, des pois fulminants (des p\u00e9tards, je suppose ?) sous leurs pieds, si elles n&rsquo;ont pas eu d\u00e9j\u00e0 leur robe cousue \u00e0 celle de la voisine (difficile avec les minijupes !) \u00a0\u00bb ; et on ne fait plus peta li boufigo : \u00e9clater les vessies de porc gonfl\u00e9es d&rsquo;air en sautant dessus dans certaines paroisses du Var. A Cruis jusqu&rsquo;\u00e0 la guerre de 14, les fid\u00e8les chantaient en ch\u0153ur le \u00ab\u00a0minuit chr\u00e9tien\u00a0\u00bb, paroles compos\u00e9es en 1847 par Placide Capeau, de Roquemaure (Gard) sur la demande du cur\u00e9 de son village, musique d&rsquo;Adolphe Adam, compositeur connu. Cet air, chant\u00e9 pour la premi\u00e8re fois en Provence, est connu dans toute la France.<\/p>\n<p>Mais beaucoup de traditions sont heureusement maintenues, souvent gr\u00e2ce aux groupes folkloriques qui les ont continu\u00e9es ou reprises avec les offrandes, le chant des no\u00ebls, la musique du galoubet et les costumes.<\/p>\n<p>A Marseille, l&rsquo;offrande du poisson se faisait, autrefois, \u00e0 l&rsquo;\u00e9glise Saint-Laurent, paroisse des poissonni\u00e8res et des p\u00eacheurs, elle se fait toujours, gr\u00e2ce \u00e0 \u00a0\u00bb L&rsquo;Escolo de la Mar \u00a0\u00bb dans l&rsquo;\u00e9glise Saint Ferr\u00e9ol les Augustins, sur le Vieux-Port. La pri\u00e8re traditionnelle est simple et confiante : \u00a0\u00bb Pichoun J\u00e9sus, noueste Segnour, les p\u00e9cheurs et les poissonni\u00e8res viennent vous faire l&rsquo;offrande du plus beau poisson en signe d&rsquo;affection et de reconnaissance. Vous qui \u00eates le ma\u00eetre de tout, qui remplissez de poissons nos filets, qui punissez nos manquements, faites que nous vivions toujours comme il se doit, maintenez la paix et la sant\u00e9 dans nos familles, ainsi soit-il. \u00a0\u00bb Cette offrande est \u00e9galement signal\u00e9e dans quelques paroisses de Nice.<\/p>\n<p>Le pastrage, lou pastrage : l&rsquo;adoration des bergers repr\u00e9sent\u00e9e \u00e0 No\u00ebl dans les \u00e9glises est une ancienne tradition. La procession des bergers avance vers l&rsquo;autel au son du tambourin et du galoubet, pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e d&rsquo;un petit char garni de verdure et tir\u00e9 par un mouton. Au fond du char se trouve l&rsquo;agneau sans tache offert par la corporation des bergers \u00e0 l&rsquo;Enfant J\u00e9sus. D&rsquo;autres offrandes, apport\u00e9es par les enfants du village, venaient compl\u00e9ter celle-l\u00e0 : fruits, confitures, fougasses&#8230; Ce pastrage a toujours lieu aux Baux, peut-\u00eatre un peu \u00ab\u00a0touristique\u00a0\u00bb ? A Barbentane, \u00e0 Arles, \u00e0 Marseille, \u00e0 la paroisse de Chateau-Gombert avec le Roudelet Felibren. A S\u00e9guret, presque tout le village participe \u00e0 la c\u00e9r\u00e9monie Li Bergi\u00e9, \u00e0 la procession dans les rues du village, jusqu&rsquo;\u00e0 la cr\u00e8che vivante dans l&rsquo;\u00e9glise. Beaucoup de groupes folkloriques, dans toute la r\u00e9gion, animent les veill\u00e9es et font \u00ab\u00a0l&rsquo;offrande\u00a0\u00bb devant la cr\u00e8che. Offrandes \u00e9voqu\u00e9es d&rsquo;une fa\u00e7on amusante dans les No\u00ebls, ceux de N.-D. des Doms, par exemple :<\/p>\n<p>\u00a0\u00bb l\u00e9u pourtarai \u00e0 sa maire<br \/>\n\u00a0\u00bb De la un plen escaufaire,<br \/>\n\u00a0\u00bb Un gros froumage \u00e0 son paire,<br \/>\n\u00a0\u00bb E Janetoun un agn\u00e8u.<br \/>\n\u00a0\u00bb E tu pourtaras, moue paire,<br \/>\n\u00a0\u00bb Un plen plat de brigadeu. \u00a0\u00bb<br \/>\n\u00a0\u00bb Moi, je porterai \u00e0 sa m\u00e8re du lait, un plein coquemar, un gros fromage \u00e0 son p\u00e8re, et Janeton un agneau. Et toi tu porteras. mon p\u00e8re un plein plat de bouillie. \u00a0\u00bb Ou encore<br \/>\n\u00a0\u00bb Lou gros e gras coumpaire l&rsquo;Andredochi porto un couchoun tout vi\u00e9u eun couni\u00e9u, p\u00e8r lou bouta \u00e0 l&rsquo;asti p\u00e8r Iou fi\u00e9u. Lou bon Guillot porto dedins sa biasso for\u00e7o fromajoun e un jamboun, uno grosso fougasso a l&rsquo;enfantoun. Un gros capoun \u00e0 la gaio-estouf\u00e8io, li dounnara Martin, de bon matin, emb&rsquo;uno fricass\u00e8io de boudin. Margot fara un plen plat de poutage, de sabourous lausan, e puis Grand-Jan I\u00e9 m\u00e9tra de froumage per l&rsquo;enfant. \u00a0\u00bb<br \/>\n\u00a0\u00bb Le gros et gras Andr\u00e9 porte un cochon tout vivant et un li\u00e8vre, pour mettre \u00e0 la broche pour le fils. Le bon Guillot porte dans sa besace force petits fromages et un jambon, une grosse galette pour l&rsquo;enfan\u00e7on. Un gros chapon en daube, lui donnera Martin, de bon matin, avec une fricass\u00e9e de boudin. Margot fera un plein plat de rago\u00fbt, des lasagnes savoureuses, et puis grand Jean mettra du fromage pour l&rsquo;enfant. \u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Curieux r\u00e9gime pour un b\u00e9b\u00e9 de naissance, mais enfin l&rsquo;intention y est ! A Aix, \u00e0 la cath\u00e9drale Saint Sauveur, on peut entendre, ex\u00e9cut\u00e9 \u00e0 l&rsquo;orgue, le \u00ab\u00a0jeu du rossignol\u00a0\u00bb r\u00e9serv\u00e9 pour cette seule circonstance.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Texte \u00e9tabli d&rsquo;apr\u00e8s : Nadine Cretin \u00ab\u00a0No\u00ebl : chants de la Grande Nuit\u00a0\u00bb in Revue \u00ab\u00a0Histoire\u00a0\u00bb et Marion Nazet \u00ab\u00a0No\u00ebl Proven\u00e7al\u00a0\u00bb Ed. Edisud PP 9-18 et 35-43.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La veille de No\u00ebl La v\u00e8io de Nouv\u00e8 : la cr\u00e8che C&rsquo;est le moment o\u00f9, dans les familles, on fait la cr\u00e8che. Certains situent ces pr\u00e9paratifs plusieurs jours auparavant. 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