{"id":8079,"date":"2015-01-26T15:37:47","date_gmt":"2015-01-26T13:37:47","guid":{"rendered":"http:\/\/www.eoc.ee\/?p=8079"},"modified":"2015-01-26T15:37:47","modified_gmt":"2015-01-26T13:37:47","slug":"une-solution-conciliaire-anticipee-de-la-question-ecclesiastique-orthodoxe-en-estonie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.eoc.ee\/fr\/histoire\/une-solution-conciliaire-anticipee-de-la-question-ecclesiastique-orthodoxe-en-estonie\/","title":{"rendered":"\u2028Une solution conciliaire anticip\u00e9e\u2028de la \u201cquestion eccl\u00e9siastique orthodoxe\u201d en Estonie"},"content":{"rendered":"<p><b>Une solution conciliaire anticip\u00e9e\u2028de la \u201cquestion eccl\u00e9siastique orthodoxe\u201d en Estonie\u2028(Canon 39 du Quinisexte Concile \u0153cum\u00e9nique in Trullo-691)<\/b><\/p>\n<p><b>par l\u2019Archimandrite Grigorios Papathomas<\/b><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><b>\u00ab Nous avons donc d\u00e9cid\u00e9 que l\u2019Eglise de Dieu r\u00e9pandue\u2028\u00e0 travers tout l\u2019univers suivra une et unique taxis\u2026 \u00bb.\u2028(Canon 56\/Quinisexte).<\/b><br \/>\n<b>\u00ab Les int\u00e9r\u00eats des nations ne peuvent \u00eatre plac\u00e9s\u2028au-dessus de la v\u00e9rit\u00e9 \u00bb.\u2028(Patriarche de Russie Alexis II-\u2028in France Catholique, n\u00b0 2340 du 31-1-1992).<\/b><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Telle qu\u2019elle se pose depuis une dizaine d\u2019ann\u00e9es \u00e0 peine, en raison des transformations g\u00e9opolitiques r\u00e9cemment intervenues en Europe de l\u2019Est, la question eccl\u00e9siastique estonienne est envisag\u00e9e, par les instances eccl\u00e9siastiques concern\u00e9es, comme un cas canonique pos\u00e9 pour la premi\u00e8re fois au sein de l\u2019Eglise [orthodoxe] \u201cr\u00e9pandue par tout l\u2019univers\u201d, d\u2019apr\u00e8s la proc\u00e9dure adopt\u00e9e et les solutions propos\u00e9es. Cela \u00e9tait, entre autres, la raison principale pour laquelle les arguments utilis\u00e9s (comme p. ex. l\u2019argument de la \u201cmajorit\u00e9 des fid\u00e8les\u201d (sic), qui constitue en fait un argument politique (1) et jamais canonique (2), etc&#8230;ne refl\u00e9taitaient pas l&rsquo;exp\u00e9rience et la conscience de l&rsquo;Eglise \u00e0 travers les si\u00e8cles. Malgr\u00e9 cette difficult\u00e9, le peuple orthodoxe vivant dans un contexte d\u2019une inspiration plus ou moins politique \u2014 qui demeure beaucoup plus accessible car \u201cnaturelle\u201d, \u00e9tant donn\u00e9 que l\u2019altera pars, l\u2019aspect canonique est beaucoup moins facile car \u201ctranscendant\u201d \u2014 \u00e9tait facilement persuad\u00e9 par des arguments de telle sorte. Les donn\u00e9es canoniques du pass\u00e9 sont-elles encore capables d\u2019apporter une lumi\u00e8re sur la probl\u00e9matique contemporaine et de nous aider \u00e0 \u00e9tudier la situation concr\u00e8te ? Y a-t-il un crit\u00e8re canonique objectif qui aiderait aussi \u00e0 l\u2019\u00e9tude de la m\u00eame question dans l\u2019avenir proche ?<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9tude du canon 39\/Quinisexte montre de toute \u00e9vidence que l\u2019Eglise s\u2019est d\u00e9j\u00e0 trouv\u00e9e devant un tel probl\u00e8me et qu\u2019elle lui a d\u00e9j\u00e0 apport\u00e9 des r\u00e9ponses et des solutions pertinentes. C\u2019est, en effet, le Quinisexte Concile \u0153cum\u00e9nique in Trullo (691) qui examina un cas analogue et donna en fait une solution qui n\u2019a rien \u00e0 voir avec une solution \u2026politique du probl\u00e8me. Plus pr\u00e9cis\u00e9ment, c\u2019est son canon 39 qui constitue une \u201canticipation conciliaire\u201d pour la question eccl\u00e9siastique contemporaine pos\u00e9e en Estonie. La pr\u00e9sente \u00e9tude propose un examen de la question \u00e0 partir de ce canon conciliaire de l\u2019Eglise. Pour mieux retracer l\u2019approche du probl\u00e8me, on va exposer cette d\u00e9marche en deux \u00e9tapes successives : on examinera et analysera la proposition conciliaire de la solution d\u2019une part, et, dans une deuxi\u00e8me \u00e9tape, on examinera \u00e0 la lumi\u00e8re du canon 39\/Quinisexte d\u2019un point de vue canonique la perspective, d\u2019une mani\u00e8re ou d\u2019une autre, \u201cco-existentielle\u201d adopt\u00e9e r\u00e9cemment.<\/p>\n<p><b>1\u00e8re Partie : La proposition de solution \u00e9labor\u00e9e par le Quinisexte Concile<\/b><\/p>\n<p>Le canon 39\/Quinisexte comporte entre autres deux \u00e9l\u00e9ments canoniques tr\u00e8s importants pour la question que nous concerne : ce sont, d\u2019une part, la confirmation conciliaire de l\u2019autoc\u00e9phalie de l\u2019Eglise de Chypre sur le territoire d\u2019un autre Eglise, et, d\u2019autre part, \u2014 comme cons\u00e9quence de cette confirmation \u2014 un exemple de solution conciliaire d\u2019un \u201clitige intereccl\u00e9siastique\u201d entre deux Eglises, qui peut \u00e0 tout moment se poser dans notre soci\u00e9t\u00e9 dor\u00e9navant mondialis\u00e9e et, pour l\u2019Eglise orthodoxe de nos jours, qui se trouve dans une situation \u201cinter-juridictionnelle\u201d (sic). C\u2019est notamment ce deuxi\u00e8me aspect de cet \u00e9v\u00e9nement conciliaire qui concerne notre recherche ici et qui peut nous fournir non seulement un pr\u00e9c\u00e9dent canonique, mais aussi une m\u00e9thodologie concr\u00e8te de solution de la querelle juridictionnelle apparue r\u00e9cemment en Estonie.<\/p>\n<p><b>Le contexte historique du canon 39\/V-VIe et la solution canonique<\/b><\/p>\n<p>En 688 (3), la partie orientale de l\u2019Empire romain se trouvait de nouveau en guerre contre les arabes. D\u00e8s le commencement des hostilit\u00e9s, l\u2019empereur Justinien II Rhinotm\u00e8te (685-694, 705-711), r\u00e9alisant qu\u2019il ne pouvait plus prot\u00e9ger Chypre et sa population chr\u00e9tienne contre la vengeance arabe, d\u00e9cida en 690\/691 de transf\u00e9rer momentan\u00e9ment \u2014 \u201cmanu militari\u201d \u2014 ses habitants chr\u00e9tiens dans la province de l\u2019Hellespont (4). Sur son ordre, l\u2019archev\u00eaque de l\u2019Eglise autoc\u00e9phale de Chypre Jean, certains \u00e9v\u00eaques de l\u2019\u00eele \u2014sinon tous\u2014 et la majorit\u00e9 de la population quitt\u00e8rent Chypre en masse pour se r\u00e9fugier sur la rive asiatique de l\u2019Hellespont (Artace) fondant \u00e0 cet effet une nouvelle ville appel\u00e9e N\u00e9a Justinianopolis (Nova Justiniana). Mais cette \u00e9migration forc\u00e9e ne fut que temporaire ; debellatio, elle ne dura qu\u2019une dizaine d\u2019ann\u00e9es (5). N\u00e9anmoins, elle impose au Quinisexte Concile \u0153cum\u00e9nique in Trullo tenu alors \u00e0 Constantinople (novembre 691) de prendre en consid\u00e9ration la question pos\u00e9e par ces \u00e9v\u00e9nements et d\u2019examiner la nouvelle r\u00e9partition des affaires eccl\u00e9siastiques de cette province.<\/p>\n<p>Cet \u00e9v\u00e9nement constitua un motif d\u00e9cisif pour le statut autoc\u00e9phale de l\u2019Eglise de Chypre et constitua de plus une [3e] \u00e9tape apportant une confirmation, tant de [1\u00e8re \u00e9tape] la formation (qui \u00e9tait intervenue d\u00e8s le 1er si\u00e8cle) que de [2e \u00e9tape] la constitution conciliaire de l\u2019autoc\u00e9phalie (431) de l\u2019Eglise insulaire. La d\u00e9cision conciliaire sanctionne et sauvegarde en effet in concreto et in alio loco l\u2019autoc\u00e9phalie qui avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 stipul\u00e9e ant\u00e9rieurement par voie conciliaire \u00e9galement.<\/p>\n<p>En effet, le Quinisexte Concile \u0153cum\u00e9nique in Trullo (octobre-novembre 691)<b> <\/b>(6), confirma la proclamation de l\u2019autoc\u00e9phalie conciliaire et les droits canoniques accord\u00e9s, durant le pass\u00e9, \u00e0 l\u2019Eglise insulaire, et donna de plus une solution au probl\u00e8me juridictionnel cr\u00e9\u00e9 du fait m\u00eame de l\u2019\u00e9migration chypriote en raison des transformations g\u00e9opolitiques, par la teneur du 39e canon, en ces termes :\u2028\u00ab Notre fr\u00e8re et confr\u00e8re Jean, le pro\u00e9stos de l\u2019\u00eele de Chypre, s\u2019\u00e9tant r\u00e9fugi\u00e9 avec le peuple de son \u00eele dans la province de l\u2019Hellespont, \u00e0 cause des attaques des barbares et pour \u00eatre d\u00e9livr\u00e9 de l\u2019esclavage pa\u00efen et se mettre franchement sous l\u2019autorit\u00e9 du pouvoir tr\u00e8s chr\u00e9tien ; et cela gr\u00e2ce \u00e0 la providence divine et aux efforts de notre pieux basileus aim\u00e9 du Christ, nous d\u00e9cidons que les privil\u00e8ges accord\u00e9s \u00e0 son tr\u00f4ne par les p\u00e8res inspir\u00e9s de Dieu, qui se r\u00e9unirent auparavant \u00e0 Eph\u00e8se, restent inchang\u00e9s ; en sorte que la Nouvelle Justinianopolis ait les droits de la ville de Constantia, et l\u2019\u00e9v\u00eaque tr\u00e8s aim\u00e9 de Dieu qui y sera \u00e9tabli \u00e0 l\u2019avenir, pr\u00e9sidera \u00e0 tous les \u00e9v\u00eaques de la province de l\u2019Hellespont et sera \u00e9lu par ses propres \u00e9v\u00eaques, selon l\u2019ancienne coutume ; car nos p\u00e8res inspir\u00e9s de Dieu ont d\u00e9cid\u00e9 que les usages de chaque Eglise soient gard\u00e9s. Quant \u00e0 l\u2019\u00e9v\u00eaque de la ville de Cyzique, il sera soumis au pro\u00e9stos de la dite Justinianopolis \u00e0 l\u2019instar de tous les autres \u00e9v\u00eaques de la province qui sont sous la pr\u00e9sidence de Jean le pro\u00e9stos tr\u00e8s aim\u00e9 de Dieu, lequel, si c\u2019est n\u00e9cessaire, ordonnera [promouvra] m\u00eame l\u2019\u00e9v\u00eaque de la ville de Cyzique \u00bb (7).\u2028Pour \u00e9valuer le contenu de ce canon en rapport avec le canon 8\/IIIe, suivant l\u2019expression du VIIe Concile \u0153cum\u00e9nique tenu \u00e0 Nic\u00e9e (787), on pourrait dire \u00e9galement : \u00ab Nous renouvelons donc nous aussi ce canon \u00bb (8).<\/p>\n<p>En effet, ce canon est \u00e9troitement associ\u00e9 au canon 8\/IIIe. Car la confirmation exprim\u00e9e par le canon 39 se trouve principalement dans la d\u00e9cision canonique qu\u2019il \u00e9mit, reproduisant celle du canon 8\/IIIe par l\u2019expression \u00ab [&#8230;] nous d\u00e9cidons que les privil\u00e8ges accord\u00e9s \u00e0 son tr\u00f4ne par les p\u00e8res inspir\u00e9s de Dieu, qui se r\u00e9unirent auparavant \u00e0 Eph\u00e8se, restent inchang\u00e9s \u00bb. Cette d\u00e9cision conciliaire avait pour cons\u00e9quence canonique que l\u2019archev\u00eaque, le pro\u00e9stos, de l\u2019Eglise de Chypre \u00ab [&#8230;] pr\u00e9sidera tous les \u00e9v\u00eaques de la province de l\u2019Hellespont et sera \u00e9lu par ses propres \u00e9v\u00eaques, selon l\u2019ancienne coutume \u00bb. Le Concile d\u00e9cida alors de d\u00e9cerner \u00e0 l\u2019archev\u00eaque de l\u2019Eglise de Chypre, le titre de l\u2019\u00e9v\u00eaque de la \u201cNouvelle Justinianopolis\u201d \u2014 qui aura \u00ab les droits de la ville de Constantia \u00bb \u2014 avec le droit plein et canonique d\u2019exercer sa juridiction eccl\u00e9siale sur toute la province de l\u2019Hellespont, y compris donc le peuple de la juridiction eccl\u00e9siale constantinopolitaine, avec toutes les cons\u00e9quences canoniques de cette juridiction octroy\u00e9e et incontestable : \u00ab Quant \u00e0 l\u2019\u00e9v\u00eaque de la ville de Cyzique, il sera soumis au pro\u00e9stos de la dite \u201cN\u00e9a Justinianopolis\u201d \u00e0 l\u2019instar de tous les autres \u00e9v\u00eaques de la province qui sont sous la pr\u00e9sidence de Jean le pro\u00e9stos tr\u00e8s aim\u00e9 de Dieu, lequel, si c\u2019est n\u00e9cessaire, promouvra (ordonnera) m\u00eame l\u2019\u00e9v\u00eaque [m\u00e9tropolitain] de la ville de Cyzique \u00bb. Et le Quinisexte Concile \u0153cum\u00e9nique n\u2019omet pas de pr\u00e9ciser : \u00ab car nos p\u00e8res inspir\u00e9s de Dieu ont d\u00e9cid\u00e9 que les usages de chaque Eglise soient gard\u00e9s \u00bb.<\/p>\n<p>Or, le droit juridictionnel canonique que le patriarche de Constantinople exer\u00e7ait jusqu\u2019ici sur la province hellespontine est maintenant acquis \u00e0 l\u2019\u00e9v\u00eaque de N\u00e9a Justinianopolis et archev\u00eaque de l\u2019Eglise de Chypre (9). C\u2019est ainsi que \u00ab le 39e canon du Quinisexte renouvela et confirma l\u2019ordonnance du IIIe Concile \u0153cum\u00e9nique d\u2019Eph\u00e8se (431) relative \u00e0 l\u2019autoc\u00e9phalie ; depuis lors cela demeura en vigueur sans suppression ni suspension, m\u00eame aux moments tr\u00e8s difficiles qui dictaient un contact plus direct avec l\u2019Eglise de Constantinople \u00bb (10). L\u2019autoc\u00e9phalie chypriote fut ainsi gard\u00e9e absolument intacte par ce Concile \u0153cum\u00e9nique, pr\u00e9serv\u00e9e et conciliairement confirm\u00e9e pour la troisi\u00e8me fois (11), et cela par la cession de territoires juridictionnels du Patriarcat de Constantinople \u00e0 l\u2019archev\u00eaque de l\u2019Eglise de Chypre. On doit enfin souligner ici le fait que le Quinisexte Concile \u0153cum\u00e9nique, par ce canon, confirme l\u2019autoc\u00e9phalie de l\u2019Eglise de Chypre sur un territoire d\u2019\u00e9migration dans le but d\u2019exclure \u00e0 tout prix une situation eccl\u00e9siastique bi-juridictionnelle et d\u2019\u00e9viter ainsi toute assimilation de cette Eglise.<\/p>\n<p>Une remarque d\u2019ordre canonique pourrait \u00eatre \u00e0 l\u2019origine de la probl\u00e9matique suivante. Une Eglise locale (autoc\u00e9phale) enti\u00e8re se d\u00e9place avec tout son statut eccl\u00e9siastique administratif dans le ressort territorial d\u2019une autre Eglise locale (patriarcale). Le Concile ordonne que le \u00ab pro\u00e9stos Jean de l\u2019\u00eele de Chypre \u00bb \u2014 dont \u00ab les privil\u00e8ges accord\u00e9s \u00e0 son tr\u00f4ne par les p\u00e8res inspir\u00e9s de Dieu, qui se r\u00e9unirent auparavant \u00e0 Eph\u00e8se, restent inchang\u00e9s \u00bb \u2014, \u00ab pr\u00e9sidera tous les \u00e9v\u00eaques de la province de l\u2019Hellespont \u00bb en tant qu\u2019archev\u00eaque \u2014 y compris ceux du Patriarcat de Constantinople \u2014 et \u00ab promouvra m\u00eame l\u2019\u00e9v\u00eaque [m\u00e9tropolitain] de la ville de Cyzique \u00bb, mais \u00ab sera \u00e9lu par ses propres \u00e9v\u00eaques \u00bb, et cela \u00ab selon l\u2019ancienne coutume \u00bb. L\u2019archev\u00eaque de l\u2019Eglise de Chypre, en tant que tel \u2014 primat d\u2019une Eglise locale (autoc\u00e9phale) \u2014, ne pouvait pas \u00eatre juridictionnellement soumis au patriarche de Constantinople \u2014 primat \u00e9galement d\u2019une (autre) Eglise locale (patriarcale). Par le biais de cette d\u00e9cision conciliaire, le statut eccl\u00e9siastique de Chypre fut donc totalement respect\u00e9 par le Concile et il est ainsi rest\u00e9 intact \u00e0 tout point de vue. Par cons\u00e9quent, le droit d\u2019autoc\u00e9phalie ou d\u2019autonomie canoniquement accord\u00e9 \u00e0 une Eglise ne s\u2019\u00e9teint pas tant que [son] corps eccl\u00e9sial existe en tant que corps ; le lieu g\u00e9ographique n\u2019alt\u00e8re pas le contenu des droits que cette Eglise \u00e9tait acquis tant que les conditions demeurent manifestement remplies.<\/p>\n<p>La question qui se pose donc ici peut \u00eatre formul\u00e9e de la fa\u00e7on suivante : comment peut-on avoir une juridiction eccl\u00e9siale de plein droit sur des \u00e9v\u00eaques qui ne font pas partie du synode que pr\u00e9side ce primat (primus sedis episcopus), concernant notamment l\u2019\u00e9lection de celui-ci ? Comment l\u2019archev\u00eaque \u00e9migr\u00e9 Jean encore pourrait-il ordonner un \u00e9v\u00eaque qui ne faisait pas partie de son synode propre ? Le Concile indique bien cependant que l\u2019archev\u00eaque sera \u00e9lu uniquement par le synode des \u00e9v\u00eaques chypriotes sans la participation au synode concernant cette \u00e9lection d\u2019autres \u00e9v\u00eaques d\u2019une autre Eglise, au moment o\u00f9 ces \u201cautres\u201d \u00e9v\u00eaques se trouveront sous sa pleine juridiction eccl\u00e9siale. Autrement dit, le synode archi\u00e9piscopal chypriote ordonnera les \u00e9v\u00eaques de l\u2019Eglise patriarcale qui l\u2019accueille, et non r\u00e9ciproquement, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019on aboutit \u00e0 un synode qui \u00e9lira et ordonnera des \u00e9v\u00eaques qui ne font pas partie de cette Eglise. Mais le Concile accepte ce fait et stipule canoniquement cette pratique sans que cela en fait ait pos\u00e9 des probl\u00e8mes canoniques (12).<\/p>\n<p>Si l\u2019on examine ce canon dans son contexte, il appara\u00eet clairement qu\u2019il entend envisager directement deux questions juridictionnelles bien distinctes l\u2019une de l\u2019autre, mais sans les opposer. Il pr\u00e9sente donc deux aspects juridictionnels qui doivent \u00eatre examin\u00e9s ensemble. Le Concile appara\u00eet d\u2019abord [premier aspect] soucieux des droits eccl\u00e9siaux de l\u2019archev\u00eaque chypriote d\u00e9j\u00e0 acquis au IIIe Concile \u0153cum\u00e9nique d\u2019Eph\u00e8se (431) ; il veut les sauvegarder. Cette intention in flagrando conciliaire se manifeste donc dans les termes suivants : \u00ab [&#8230;], nous d\u00e9cidons que les privil\u00e8ges accord\u00e9s \u00e0 son tr\u00f4ne par les p\u00e8res inspir\u00e9s de Dieu qui se r\u00e9unirent auparavant \u00e0 Eph\u00e8se, restent inchang\u00e9s ; en sorte que la Nouvelle Justinianopolis ait les droits de la ville de Constantia, et l\u2019\u00e9v\u00eaque tr\u00e8s aim\u00e9 de Dieu qui y sera \u00e9tabli \u00e0 l\u2019avenir pr\u00e9sidera \u00e0 tous les \u00e9v\u00eaques de la province de l\u2019Hellespont et sera \u00e9lu par ses propres \u00e9v\u00eaques, selon l\u2019ancienne coutume ; car nos p\u00e8res inspir\u00e9s de Dieu ont d\u00e9cid\u00e9 que les usages de chaque Eglise soient gard\u00e9s \u00bb. Cette partie du canon indiquant que l\u2019autoc\u00e9phalie reste intacte se trouvait d\u00e9j\u00e0, sinon litt\u00e9ralement, au moins quant au sens (in sensu), dans le 8e canon du IIIe Concile \u0153cum\u00e9nique d\u2019Eph\u00e8se. Le Quinisexte Concile confirma ainsi l\u2019autoperfection (aujtotevleia) du corps eccl\u00e9sial de l\u2019Eglise autoc\u00e9phale de Chypre. D\u2019apr\u00e8s cette norme conciliaire, se trouvant dans le ressort territorial canonique d\u2019une autre Eglise locale, il convient que l\u2019archev\u00eaque \u00ab Constantian\u00e6 civitatis jus obtineat \u00bb dans sa nouvelle r\u00e9sidence pour ne pas perdre son in-d\u00e9pendance eccl\u00e9siastique et administrative. L\u2019autoc\u00e9phalie chypriote resta ainsi totalement intacte. La persistance et le maintien dans le temps de l\u2019application du syst\u00e8me administratif de l\u2019autoc\u00e9phalie sont donc irr\u00e9fragables et en tant que tels irr\u00e9futables.<\/p>\n<p>Par ailleurs, comme second aspect juridictionnel de ce canon, le Concile stipule \u00e9galement que \u00ab [&#8230;] Quant \u00e0 l\u2019\u00e9v\u00eaque de la ville de Cyzique, il sera soumis au pro\u00e9stos de ladite Justinianopolis \u00e0 l\u2019instar de tous les autres \u00e9v\u00eaques de la province qui sont sous la pr\u00e9sidence de Jean le pro\u00e9stos tr\u00e8s aim\u00e9 de Dieu, lequel, si c\u2019est n\u00e9cessaire, promouvra m\u00eame l\u2019\u00e9v\u00eaque de la ville de Cyzique \u00bb. Le canon place donc l\u2019\u00e9parchie m\u00e9tropolitaine hellespontine sous la pr\u00e9sidence de l\u2019archev\u00eaque et l\u2019\u00e9v\u00eaque de Cyzique au sein du synode provincial de Constantia. Il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019une expression conciliaire d\u00e9licate et assez nuanc\u00e9e, affirmant un octroi net des droits eccl\u00e9siaux, des \u201cdroits juridictionnels de l\u2019Eglise de Constantinople \u201d, au pro\u00e9stos de l\u2019Eglise autoc\u00e9phale de Chypre et de N\u00e9a Justinianopolis, qui les exercera de plein droit sur tout l\u2019Hellespont sans distinction ni discrimination administratives. Par cons\u00e9quent et \u00e0 partir de cette d\u00e9finition conciliaire, les \u00e9v\u00eaques de l\u2019\u00e9parchie m\u00e9tropolitaine de l\u2019Hellespont ainsi que le peuple indig\u00e8ne avec les \u00e9v\u00eaques et le peuple \u00e9migr\u00e9s chypriotes constituaient ensemble un corps eccl\u00e9sial autoc\u00e9phale unique qui reconna\u00eet comme (sa) t\u00eate eccl\u00e9siastique mais \u00e9galement administrative unique \u2014 non plus le patriarche \u0153cum\u00e9nique de Constantinople mais \u2014 l\u2019archev\u00eaque de l\u2019Eglise de Chypre et de N\u00e9a Justinianopolis.<\/p>\n<p>\u00c0 partir de cela et en comparaison avec le premier aspect, on comprend bien l\u2019octroi \u201cdes droits de l\u2019Eglise de Constantinople\u201d \u00e0 ce dernier ; fait qui sanctionne en plus les droits \u2014 (de la ville de Constantia) \u2014 de l\u2019autoc\u00e9phalie de l\u2019archev\u00eaque de Chypre. En effet, l\u2019archev\u00eaque de Chypre tout en conservant incontestablement son jus proprium, acquiert alors une potestas delegata et exerce ipso jure un jus delegatum sur un peuple qui relevait, jusqu\u2019alors, d\u2019une autre juridiction eccl\u00e9siale. On aurait en effet pu se trouver alors devant une situation anticanonique, o\u00f9 \u201cdeux juridictions eccl\u00e9siastiques autoc\u00e9phales\u201d (sic) se seraient exerc\u00e9es \u2014 et ainsi venire contra factum proprium \u2014 sur la m\u00eame province eccl\u00e9siastique <b>(<\/b>13), ou, au cas o\u00f9 la juridiction patriarcale aurait pr\u00e9valu, on aurait donc pu consid\u00e9rer la situation comme si l\u2019archev\u00eaque n\u2019avait plus de territoire propre, alors on aurait eu in extremis un \u201carchev\u00eaque titulaire\u201d se trouvant sur une terra nullius \u2014 ce qui aurait signifi\u00e9 la suppression totale in facto de l\u2019Eglise autoc\u00e9phale de Chypre elle-m\u00eame.<\/p>\n<p>Ce fait manifeste, d\u2019un autre point de vue, la sensibilit\u00e9 canonique qui a \u00e9t\u00e9 celle du Synode patriarcal constantinopolitain lorsqu\u2019il accepta cette solution conciliaire \u2014 de consentir \u00e0 la suspension de ses droits canoniques propres sur les provinces de l\u2019Hellespont \u2014, en se d\u00e9mettant (conditio sine qua non) des droits qui lui appartenaient. Enfin, cet ordre conciliairement \u00e9tabli, pour une juridiction hyperoria \u2014 mais en propre canonique \u2014 dans des conditions circonstancielles et sp\u00e9cialement extraordinaires, prouve que l\u2019autoc\u00e9phalie est accord\u00e9e afin d\u2019\u00eatre exerc\u00e9e dans les limites d\u2019une province eccl\u00e9siastique unique \u00e0 laquelle fut octroy\u00e9 ce privil\u00e8ge canonique \u2014 et non dans les limites de deux provinces juxtapos\u00e9es, superpos\u00e9es ou encore pire parall\u00e8les (sic). Si n\u00e9cessaire, une ordonnance conciliaire d\u2019ordre \u0153cum\u00e9nique doit \u00eatre \u00e9mise, lorsqu\u2019il s\u2019agit notamment de l\u2019exercice hyperorius d\u2019une juridiction autoc\u00e9phale mais toujours sans coexistence ni homonymie avec une autre. Puisqu\u2019il s\u2019agit d\u2019une clausula generalis, le m\u00eame principe doit concerner, par extension mais aussi in extenso, ult\u00e9rieurement (19e-20e si\u00e8cles) les juridictions eccl\u00e9siales ethniques des autoc\u00e9phalies modernes, o\u00f9 l\u2019on devrait \u2014 et on le doit toujours \u2014 canoniquement donner la priorit\u00e9 \u00e0 la juridiction eccl\u00e9siale et non \u00e0 l\u2019appartenance ethnique\u2026<\/p>\n<p>Il ne pouvait en \u00eatre autrement. Toute autre disposition conciliaire e\u00fbt \u00e9t\u00e9 anti-conciliaire et ainsi anti-canonique. Qu\u2019il nous soit permis cependant d\u2019\u00e9mettre une hypoth\u00e8se \u00e0 cette occasion pour aborder un autre aspect de notre sujet. L\u2019Eglise autoc\u00e9phale de Chypre fut accueillie par une autre Eglise locale, l\u2019Eglise patriarcale de Constantinople, fait qui constitue historiquement un autre aspect de la communion eccl\u00e9siale. Du point de vue canonique, c\u2019est le comportement de cette derni\u00e8re qui nous int\u00e9resse ici. Elle aurait pu exiger pour des raisons ressortissant, p. ex., de la taxis int\u00e9rieure et de l\u2019ordre canonique qui doit r\u00e9gner au sein de l\u2019Eglise de Chypre, que celle-ci suspend\u00eet son autoc\u00e9phalie \u2014 d\u2019une mani\u00e8re simplement provisoire. Dans ce cas, l\u2019Eglise autoc\u00e9phale de Chypre serait devenue, par assimilation, une m\u00e9tropole \u2014 m\u00eame \u201cautoc\u00e9phale\u201d, peu importe \u2014 ipso facto soumise pleinement au Patriarcat de Constantinople avec toutes les cons\u00e9quences canoniques effectives que cela comporte (d\u00e9cisions patriarcales pour le peuple chypriote, participation des \u00e9v\u00eaques chypriotes au Synode patriarcal, droit de ce dernier pour l\u2019\u00e9lection, l\u2019ordination et le jugement des \u00e9v\u00eaques chypriotes, etc.), fait qui aurait eu comme cons\u00e9quence imm\u00e9diate et effective la suspension de l\u2019autoc\u00e9phalie chypriote.<\/p>\n<p>Mais, on l\u2019a vu, l\u2019Eglise de Chypre demeurait d\u00e9finitivement depuis 431 en fait et en droit conciliairement autoc\u00e9phale. Une telle perspective ne pouvait donc, en aucun cas, \u00eatre justifi\u00e9e canoniquement m\u00eame pour des raisons exceptionnelles. C\u2019est pour cette raison que le Patriarcat \u0153cum\u00e9nique respecta totalement cette particularit\u00e9 conciliaire de l\u2019Eglise autoc\u00e9phale de Chypre, en l\u2019accueillant dans son ressort territorial canonique, afin \u00ab que les privil\u00e8ges accord\u00e9s \u00e0 son tr\u00f4ne par les p\u00e8res inspir\u00e9s de Dieu, qui se r\u00e9unirent auparavant \u00e0 Eph\u00e8se, restent inchang\u00e9s \u00bb, et en soumettant m\u00eame les \u00e9v\u00eaques de cette r\u00e9gion (regio metropolitana) \u00e0 la juridiction propre de l\u2019archev\u00eaque de l\u2019Eglise de Chypre qui \u00ab pr\u00e9sid[er]a tous les \u00e9v\u00eaques de la province de l\u2019Hellespont \u00bb. La priorit\u00e9 conciliaire a donc \u00e9t\u00e9 donn\u00e9e ici \u00e0 la communion et la taxis canoniques et plus du tout \u00e0 des revendications territoriales \u2014 ou \u00e9ventuellement, de nos jours, raciales et ethniques.<\/p>\n<p>Le Quinisexte Concile \u0153cum\u00e9nique in Trullo (691) \u00e9mit donc un canon qui entra\u00eenait des r\u00e9percussions sur la position de l\u2019Eglise constantinopolitaine, ordonnant que l\u2019archev\u00eaque de l\u2019Eglise de Chypre \u00ab pr\u00e9sidera tous les \u00e9v\u00eaques de la province de l\u2019Hellespont [mais] et sera \u00e9lu par ses propres \u00e9v\u00eaques, selon l\u2019ancienne coutume ; car nos p\u00e8res inspir\u00e9s de Dieu ont d\u00e9cid\u00e9 que les usages de chaque Eglise soient gard\u00e9s \u00bb. Le principe canonique attest\u00e9 de l\u2019autoc\u00e9phalie recevra ainsi son couronnement historique au VIIe Concile \u0153cum\u00e9nique de Nic\u00e9e (787), o\u00f9 l\u2019Eglise autoc\u00e9phale de Chypre occupe \u2014 comme c\u2019\u00e9tait d\u2019ailleurs le cas au Quinisexte Concile \u0153cum\u00e9nique (691) (14)\u2014 un rang, selon la taxis canonique des Eglises autoc\u00e9phales, imm\u00e9diatement apr\u00e8s les cinq tr\u00f4nes patriarcaux (et non pas comme aujourd\u2019hui o\u00f9 elle occupe \u2014 et \u00e0 tort \u2014 la onzi\u00e8me place). Car toutes les Eglises patriarcales modernes sont des Eglises autoc\u00e9phales qui portent tout simplement le titre honorifique de Patriarcat, \u00e9tant donn\u00e9 que \u2014 non seulement leur qualit\u00e9 patriarcale honorifique mais aussi \u2014 leur autoc\u00e9phalie reste encore \u00e0 \u00eatre confirm\u00e9e par un Concile, privil\u00e8ge qui n\u2019a \u00e9t\u00e9 accord\u00e9 pour l\u2019instant qu\u2019\u00e0 seule Eglise autoc\u00e9phale de Chypre).<\/p>\n<p><b>2nde Partie : Perspective de facto \u201cco-existentielle\u201d, mais canonique ?<\/b><\/p>\n<p>Une question reste encore sans r\u00e9ponse. On peut la saisir \u00e0 partir de cet \u00e9v\u00e9nement canonique unique dans l\u2019histoire de l\u2019Eglise : le cas eccl\u00e9siastique chypriote du 7e si\u00e8cle pourrait-il constituer un mod\u00e8le de solution pour la \u201cquestion eccl\u00e9siastique\u201d estonienne ? La position conciliaire que nous avons rapport\u00e9e donne-t-elle le droit aux communaut\u00e9s eccl\u00e9siales russes dans l\u2019ensemble du ressort territorial d\u2019Estonie de jouir d\u2019une autonomie pleine et enti\u00e8re, qui exclurait toute \u201cint\u00e9gration juridictionnelle\u201d canonique au sein du corps eccl\u00e9sial canoniquement pr\u00e9existant qui est bien l\u2019Eglise autonome orthodoxe d\u2019Estonie ? Cette m\u00eame position conciliaire donne-t-elle en plus le droit aux communaut\u00e9s eccl\u00e9siales russes \u201cd\u2019appartenir\u201d \u00e0 une autre entit\u00e9 eccl\u00e9siale ext\u00e9rieure que celle du territoire canonique de l\u2019Eglise autonome et orthodoxe d\u2019Estonie ? L\u2019\u00e9tude et l\u2019analyse de l\u2019\u00e9v\u00e9nement chypriote, tr\u00e8s li\u00e9 \u00e0 la praxis canonique adopt\u00e9e dans le pass\u00e9 par l\u2019Eglise, pourraient apporter \u00e0 tout point de vue une solution ou tout du moins un mod\u00e8le de solution ou m\u00eame une r\u00e9ponse claire \u00e0 la question canonique contemporaine de l\u2019Eglise orthodoxe en Estonie.<\/p>\n<p>Dans les lignes qui suivent, on abordera la question que nous venons de poser \u00e0 partir des perspectives notamment conciliaires et canoniques. D\u2019apr\u00e8s le Quinisexte Concile \u0153cum\u00e9nique in Trullo (691), dont nous venons de constater qu\u2019on ne peut pas avoir deux juridictions eccl\u00e9siastiques dans la m\u00eame r\u00e9gion g\u00e9ographique, de m\u00eame qu\u2019un statut bi-juridictionnel ou encore deux Eglises autoc\u00e9phales sur le m\u00eame territoire (\u00e9tatique) unique, quelle solution canonique proposera-t-on pour l\u2019Estonie ? Notre int\u00e9r\u00eat est focalis\u00e9 sur une possibilit\u00e9 de solution objective, afin que la lecture des pages de cette \u00e9tude permette d\u00e9gager facilement l\u2019esprit et la solution conciliaires quinisextiens.<\/p>\n<p><b>\u00a7 1.\u2014Les donn\u00e9es pour une approche canonique pr\u00e9alable<\/b><\/p>\n<p>Pour progresser dans notre recherche, il est pr\u00e9f\u00e9rable de proc\u00e9der \u00e0 une \u00e9valuation, du point de vue canonique, de certains aspects, qui seront utilis\u00e9s pour l\u2019approche (nomo)canonique de certaines questions surtout canoniques, et cela, dans la perspective de r\u00e9soudre la question eccl\u00e9siastique estonienne dont la solution tra\u00eene depuis d\u00e9j\u00e0 une d\u00e9cennie.<\/p>\n<p>En effet, selon la praxis et le principe eccl\u00e9siologiques et canoniques de l\u2019unit\u00e9 territoriale (chorog\u00e9ographique) d\u2019un corps eccl\u00e9sial, adopt\u00e9e depuis toujours comme condition canonique pr\u00e9alable \u00e0 la proclamation de l\u2019autoc\u00e9phalie ou de l\u2019autonomie d\u2019une Eglise, on ne peut avoir deux \u2014 ou plusieurs \u2014 Eglises autoc\u00e9phales\/autonomes dans la m\u00eame r\u00e9gion, de m\u00eame que deux \u2014 ou plusieurs \u2014 juridictions eccl\u00e9siastiques sur un m\u00eame territoire (\u00e9tatique). Ce principe et cet esprit sont r\u00e9affirm\u00e9s dans la solution adopt\u00e9e et la d\u00e9cision finale notamment du Quinisexte Concile \u0153cum\u00e9nique, se fondant sur la praxis eccl\u00e9siale et conciliaire pr\u00e9c\u00e9dente (15). Les limites internationalement reconnues de l\u2019Etat estonien, ind\u00e9pendant et souverain, forment un territoire uni avec toutes les conditions indispensables par cette unification territoriale.<\/p>\n<p>D\u2019apr\u00e8s la Tradition canonique de l\u2019Eglise, les vis\u00e9es du Patriarcat de Russie sur les communaut\u00e9s russes situ\u00e9es en Estonie, les pr\u00e9sentant comme \u201cEglise d\u2019Estonie rattach\u00e9e ou relevant (16) (sic) au\/du Patriarcat de Moscou\u201d ne sont absolument pas justifi\u00e9es par l\u2019Economie canonique (17) et peuvent co\u00efncider en pratique avec l\u2019autoc\u00e9phalisme. En effet, invent\u00e9 par le Professeur de l\u2019Institut Saint-Serge de Paris Olivier Cl\u00e9ment, ce n\u00e9ologisme veut d\u00e9signer une tendance eccl\u00e9siastique relativement r\u00e9cente et manifestement anticanonique \u00e0 un double point de vue. Il s\u2019agit, d\u2019une part, d\u2019un d\u00e9sir ardent d\u2019acqu\u00e9rir \u00e0 tout prix, m\u00eame si les conditions g\u00e9o-politiques mais aussi g\u00e9o-eccl\u00e9siastiques correspondantes ne le permettent pas, le status autoc\u00e9phale d\u2019une unit\u00e9 territoriale. Mais il existe d\u2019autre part \u2014 et c\u2019est bien le cas ici \u2014, une tendance concr\u00e8te \u00e0 l\u2019exercice hyperorius d\u2019une juridiction eccl\u00e9siale sur le territoire d\u2019une autre Eglise autoc\u00e9phale ou autonome \u2014 ou au sein de la diaspora \u2014, sous le seul pr\u00e9texte d\u2019existence de droits eccl\u00e9siaux non-d\u00e9finis ou mal d\u00e9finis. \u00c0 vrai dire, il s\u2019agit d\u2019un \u201cnationalisme eccl\u00e9siastique\u201d flagrant, qui cultive une notion d\u2019\u201cautoc\u00e9phalie nationale universelle\u201d et une \u201ceccl\u00e9siologie monocam\u00e9rale\u201d (d\u2019exclusivisme eccl\u00e9siastique ethnique). Ce sont bien l\u00e0 les deux caract\u00e9ristiques contemporaines de l\u2019aberration canonique des Eglises nationales orthodoxes. C\u2019est l\u00e0 aussi qu\u2019il faut surveiller, tr\u00e8s attentivement, les ennemis de l\u2019unit\u00e9 eccl\u00e9siale qui se cachent sous l\u2019id\u00e9e d\u2019autoc\u00e9phalie. \u00c0 chaque fois que le nationalisme et l\u2019ethno-phyl\u00e9tisme ou l\u2019identit\u00e9 culturelle r\u00e9clament la priorit\u00e9 sur l\u2019unit\u00e9 de l\u2019Eglise, ils doivent \u00eatre clairement refus\u00e9s et sacrifi\u00e9s. L\u2019eccl\u00e9siologie orthodoxe ne peut attribuer une valeur de r\u00e9alit\u00e9 ultime \u00e0 aucune r\u00e9alit\u00e9 historique en tant que telle, mais, seulement, au Christ et \u00e0 la r\u00e9capitulation eschatologique de toute chose en Lui ; c\u2019est ce qui est en r\u00e9alit\u00e9 proclam\u00e9 dans chaque divine liturgie. Ici encore, l\u2019autoc\u00e9phalisme est en fait un avatar moderne de l\u2019autoc\u00e9phalie, qui fait entrer un confessionalisme ethnique dans la communion et l\u2019unit\u00e9 eccl\u00e9siales. Enfin, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de cette aberration canonique d\u2019autoc\u00e9phalisme, il faut classer une autre tendance aberrante plus souple et, pour cette raison, facilement plus r\u00e9pandue et plus insaisissable, celle de l\u2019irr\u00e9dentisme* eccl\u00e9siastique ou encore celle de la \u201cpolitique eccl\u00e9siastique du limes\u201d\u2026<\/p>\n<p><b>\u00a7 2.\u2014Un pr\u00e9c\u00e9dent anticanonique<\/b><\/p>\n<p>Suite \u00e0 l\u2019\u00e9conomie d\u00e9cid\u00e9e et adopt\u00e9e bilat\u00e9ralement au sein du dialogue entre le Patriarcat \u0153cum\u00e9nique de Constantinople et le Patriarcat de Russie \u00e0 Zurich en 1996, la question est de savoir sous quelles conditions canoniques \u00e9voluera le statut eccl\u00e9sial autonome en Estonie. Si un statut bi-juridictionnel est d\u00e9finitivement instaur\u00e9, faudra-t-il alors envisager un changement de son status autonome, form\u00e9 canoniquement depuis 1923 ? Si oui, dans quel sens ? Dans la perspective de son abolition ? Dans la perspective de sa suspension ou bien dans la perspective de sa conservation int\u00e9grale ?<\/p>\n<p>D\u2019apr\u00e8s l\u2019approfondissement auquel nous avons proc\u00e9d\u00e9 dans la partie pr\u00e9c\u00e9dente concernant l\u2019Eglise autoc\u00e9phale de Chypre et pour une solution d\u00e9finitive de la question eccl\u00e9siastique estonienne, nous proposerons nettement et concr\u00e8tement l\u2019adoption du 39e canon\/Quinisexte dans la perspective indiqu\u00e9e par son contenu canonique et par son esprit eccl\u00e9sial, \u00e0 la suite de l\u2019autod\u00e9termination (aujtodiavqesi\u00a0\u00bb) \u00e9tatique de l\u2019Estonie en 1991. Autrement dit, cette vision conciliaire va dans le sens o\u00f9 l\u2019autonomie acquise depuis 1923 reste eccl\u00e9siastiquement intacte. Tenant compte, en effet, du comportement canonique de l\u2019Eglise de Constantinople au moment du d\u00e9placement de l\u2019Eglise de Chypre en Hellespont (18) \u2014 cela comme pr\u00e9c\u00e9dent conciliaire et canonique du pass\u00e9 \u2014, il nous para\u00eet beaucoup plus canonique et en conformit\u00e9 avec les Conciles eccl\u00e9siaux de conserver intacte l\u2019autonomie qui a \u00e9t\u00e9 accord\u00e9e \u00e0 l\u2019Eglise d\u2019Estonie, \u00e9tant donn\u00e9 que la situation reste du point de vue historico-canonique analogiquement la m\u00eame, non seulement au moment du d\u00e9placement de l\u2019Eglise locale chypriote (691), mais aussi et notamment durant le temps de la proclamation de son autonomie autoc\u00e9phalique (431) (19).<\/p>\n<p>Aux 19e et 20e si\u00e8cles apparurent des Eglises autonomes et autoc\u00e9phales ou patriarcales \u2014 aux dimensions des Etats nationaux \u2014 ayant apparemment le m\u00eame contenu que celui qu\u2019exprime la notion d\u2019\u201cEglise nationale\u201d (20). Or si nous regardons la situation canonique actuelle de l\u2019Eglise autonome orthodoxe d\u2019Estonie, nous nous rendons compte qu\u2019elle se trouve, vu la pression russe de reconnaissance pleine et enti\u00e8re, et notamment d\u2019\u00e9galit\u00e9 des Communaut\u00e9s russes comme \u201cEglise orthodoxe d\u2019Estonie\u201d, devant certains probl\u00e8mes fondamentaux concernant notamment la structure canonique de l\u2019Eglise. En effet, la reconnaissance canonique de deux juridictions eccl\u00e9siastiques diff\u00e9rentes sur le m\u00eame territoire (\u00e9tatique) unique signifierait, pour le moins, la suspension partielle \u2014 sinon totale \u2014 de l\u2019autonomie eccl\u00e9siastique, directement ou indirectement. De m\u00eame, la reconnaissance canonique des communaut\u00e9s orthodoxes russes comme \u201cEglise orthodoxe d\u2019Estonie\u201d signifierait aussi la suspension \u201cpartielle\u201d de cette autonomie eccl\u00e9siastique en faveur d\u2019une int\u00e9gration de l\u2019Eglise d\u2019Estonie en tant que m\u00e9tropole dans la juridiction patriarcale de l\u2019Eglise de Russie. Bien que le but, ici, ne soit pas de proposer cette solution compte tenu des circonstances difficiles, il serait possible qu\u2019une assimilation [int\u00e9gration] eccl\u00e9siastique intervienne et que des modalit\u00e9s de conservation formelle de l\u2019autonomie et des coutumes qui y sont li\u00e9es soient trouv\u00e9es, sans pr\u00e9judice \u00e0 l\u2019unit\u00e9 eccl\u00e9siastique qui a \u00e9t\u00e9 impos\u00e9e par la Russie. Il s\u2019agirait dans ce cas, \u2014 si l\u2019on interpr\u00e8te bien \u2014 d\u2019une \u201cint\u00e9gration sans autonomie\u201d. L\u2019exigence russe de \u201cdouble\u201d reconnaissance juridictionnelle est donc un acte plus politique qu\u2019eccl\u00e9siastique, \u00e9tant donn\u00e9 qu\u2019elle ne peut pas \u00eatre justifi\u00e9e d\u2019un point de vue surtout conciliaire et canonique. En tout cas, la co-existence juridictionnelle de deux communaut\u00e9s ind\u00e9pendamment l\u2019une de l\u2019autre est contraire aussi bien \u00e0 la lettre qu\u2019\u00e0 l\u2019esprit des canons et, notamment, \u00e0 la canonicit\u00e9 quinisextienne.<\/p>\n<p>Ici encore, le Patriarcat de Russie utilise l\u2019argument selon lequel le principe a pr\u00e9valu que dans un Etat libre l\u2019Eglise \u201cnum\u00e9riquement dominante\u201d y constitue une Eglise unique, afin qu\u2019un autre principe soit observ\u00e9. Il fait appel \u00e0 l\u2019assimilation eccl\u00e9siastique, dans le d\u00e9veloppement de sa probl\u00e9matique comme m\u00e9thode appliqu\u00e9e dans le pass\u00e9, plus pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 partir de 1945 en ce qui concerne l\u2019Estonie. Mais cela constitue purement une hypoth\u00e8se qui ne correspond pas \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 canonique de la question examin\u00e9e jusqu\u2019ici.<\/p>\n<p>Par ailleurs, si l\u2019on fait une comparaison entre les deux positions d\u00e9j\u00e0 expos\u00e9es, c\u2019est-\u00e0-dire celle de l\u2019Eglise de Constantinople (Quinisexte Concile \u0153cum\u00e9nique in Trullo-691) et celle de l\u2019Eglise de Russie (depuis 1991), une diff\u00e9rence ressort automatiquement entre l\u2019esprit supranational constantinopolitain et l\u2019esprit ethnocentrique et irr\u00e9dentiste* d\u2019une Eglise nationale. On constate manifestement que le Saint-Synode l\u2019Eglise de Russie se comporte sur la base et selon une mentalit\u00e9 impos\u00e9e par des principes \u00e9tatiques de l\u2019\u00e9migration nationale sans prendre en consid\u00e9ration, semble-t-il, les crit\u00e8res et les d\u00e9finitions canoniques selon lesquels l\u2019Eglise orthodoxe a accord\u00e9 le statut autonome \u00e0 une Eglise locale. La comparaison entre cette attitude et le canon 39\/Quinisexte indique que le Patriarcat de Constantinople, en 691, ne revendiquait pas le territoire de l\u2019Hellespont, qui \u00e9tait son territoire eccl\u00e9siastique propre ; il ne revendiquait pas non plus le peuple de l\u2019Hellespont, qui \u00e9tait son peuple eccl\u00e9sial. L\u2019Eglise de Russie, au contraire, revendique une juridiction non territoriale (juridiction hyperoria) sur un peuple, qui est bien un peuple d\u2019origine russe (notion en fait de vassalit\u00e9 nationale), mais qui est situ\u00e9 en dehors du territoire juridictionnel de l\u2019Eglise de Russie. Cependant, une juridiction ne peut \u00eatre qu\u2019intra-territoriale \u2014 et jamais extra-territoriale (hyperoria). Elle ne peut \u00eatre que sous la condition d\u2019une d\u00e9cision canonique expresse (21).<\/p>\n<p>De m\u00eame, en partant toujours de cette perspective \u2014 infond\u00e9e du point de vue canonique \u2014, et d\u2019apr\u00e8s cette revendication, il s\u2019agit en fait du m\u00eame principe que celui qui concerne l\u2019organisation de la diaspora (\u00e9migration) nationale russe (d\u2019apr\u00e8s la d\u00e9finition de citoyennet\u00e9) par l\u2019Etat russe et ses autorit\u00e9s \u00e9tatiques. C\u2019est un ph\u00e9nom\u00e8ne actuellement tr\u00e8s r\u00e9pandu dans la mentalit\u00e9 eccl\u00e9siastico-politique et dans les habitudes pratiqu\u00e9es par les Eglises autoc\u00e9phales (patriarcales) ethniques \u00e0 ce jour \u2014 bien que les canons dictent, il faut le dire, clairement le contraire \u2014, et cela par imitation \u2014 en tant qu\u2019Eglises dites nationales (et tr\u00e8s souvent \u00e9tatiques) li\u00e9es aux Etats correspondants \u2014 sans prendre conscience qu\u2019il s\u2019agit en r\u00e9alit\u00e9 d\u2019un comportement eccl\u00e9siastique canoniquement aberrant. Manque de maturit\u00e9 th\u00e9ologique et de sensibilit\u00e9 canonique \u2014 les deux vont de pair \u2014, contraires au pr\u00e9c\u00e9dent canonique du canon 39\/V-VIe (22), qui fait \u00e9galement partie de la tradition eccl\u00e9siale et canonique constitutive de l\u2019Eglise orthodoxe de Russie.<\/p>\n<p>Car le souci de l\u2019exclusivisme \u00e9tatique comme l\u2019int\u00e9r\u00eat de disposer d\u2019une repr\u00e9sentation consulaire l\u00e9gitime sur un plan universel \u2014 de chaque Etat unique dans le monde pour son peuple qui se veut ind\u00e9pendant, souverain et qui se pr\u00e9tend tr\u00e8s souvent racialement \u00e9tranger par rapport aux autres groupes et Etats nationaux \u2014 ne pourrait pas et ne doit pas constituer un exemple \u00e0 imiter pour les Eglises autoc\u00e9phales et ne pourrait s\u2019identifier \u00e0 la diaconie pastorale adopt\u00e9e par chaque Eglise locale sur un territoire canoniquement donn\u00e9. Autrement dit, la d\u00e9finition juridique de la (double) citoyennet\u00e9 ne peut et ne doit pas s\u2019identifier \u00e0 la d\u00e9finition du statut canonique des membres d\u2019une Eglise autoc\u00e9phale se situant en dehors de ses limites canoniques. Or, depuis toujours et pour l\u2019avenir, une \u201cdouble citoyennet\u00e9\u201d pour une seule personne est l\u00e9galement tol\u00e9rable, tandis qu\u2019une \u201cdouble citoyennet\u00e9 eccl\u00e9siastique\u201d est, par d\u00e9finition, eccl\u00e9sialement aberrante et profond\u00e9ment anticanonique. Car l\u2019Eglise de chaque lieu (du locus) donn\u00e9 ne conna\u00eet qu\u2019un seul corps du Christ constitu\u00e9 de membres qui ne font pas partie d\u2019un autre corps eccl\u00e9sial \u00e0 la fois. Sur chaque locus, il ne peut y avoir qu\u2019une seule juridiction eccl\u00e9siale canonique. On ne peut parler de juridiction territoriale qu\u2019au singulier, jamais au pluriel.<\/p>\n<p>Enfin, dans la m\u00eame perspective toujours, on voudrait soulever une autre question. L\u2019occupation militaire qui a \u00e9t\u00e9 impos\u00e9e, d\u2019une mani\u00e8re ou d\u2019une autre, depuis 1945 jusqu\u2019au 1991 par les forces d\u2019occupation russes, a-t-elle influenc\u00e9 le statut autonome de l\u2019Estonie dans son int\u00e9grit\u00e9 \u00e9tatique ? Le Tomos de 1923 accorda \u00e0 cette Eglise le status d\u2019autonomie pour l\u2019ensemble du peuple et l\u2019Etat estoniens, et ce statut y demeure intact. Pour ce temps transitoire et en attendant une solution positive de la question estonienne, l\u2019Eglise autonome d\u2019Estonie demeure et reste le seul facteur eccl\u00e9sial institutionnel qui unifie et qui peut unifier les parties eccl\u00e9siastiques orthodoxes divis\u00e9es en Estonie. Dans la perspective de cette vision \u00e9galement, le statut eccl\u00e9sial demeure donc intact tant canoniquement que pratiquement.<\/p>\n<p>Par ailleurs, l\u2019autonomie d\u2019une \u201cnation\u201d (23), de la \u201cnation estonienne\u201d, est devenue l\u2019autonomie dans le cadre d\u2019un Etat national non tant \u00e0 cause de l\u2019\u00e9clatement de l\u2019ethnophyl\u00e9tisme \u2014 qui n\u2019a pas tellement touch\u00e9 en fait la mentalit\u00e9 traditionnelle du peuple estonien \u2014, qu\u2019en raison de la cr\u00e9ation des Etats nationaux (ethniques) contemporains suite \u00e0 la d\u00e9composition de l\u2019Empire russe, durant le 20e si\u00e8cle, et, plus pr\u00e9cis\u00e9ment, apr\u00e8s l\u2019ind\u00e9pendance politique d\u2019Estonie et la cr\u00e9ation de la \u201cR\u00e9publique d\u2019Estonie\u201d en 1917. N\u00e9anmoins, la transformation de mentalit\u00e9 survenue apr\u00e8s ce changement est facile \u00e0 constater dans le dialogue bilat\u00e9ral\u2026<\/p>\n<p>Comme les communaut\u00e9s russes existent en Estonie, si l\u2019Eglise de Russie veut appliquer finalement la revendication ethnico-religieuse et irr\u00e9dentiste exprim\u00e9e dans le territoire estonien unifi\u00e9, elle devra alors sans doute cr\u00e9er, elle aussi, un pr\u00e9c\u00e9dent anticanonique pour l\u2019avenir et renforcera en plus l\u2019intervention eccl\u00e9siastique hyperoria canoniquement injustifi\u00e9e mais largement r\u00e9alis\u00e9e \u00e0 ce jour par d\u2019autres Eglises autoc\u00e9phales (patriarcales) sur diff\u00e9rents territoires eccl\u00e9siaux du monde entier. On a seulement voulu ici signaler ce fait pour attirer l\u2019attention, mettre en garde et sensibiliser ceux qui sont sensibles vis-\u00e0-vis de cette question canonique, sachant que la globalisation du monde entier faisant de tous les ex-Etats nationaux un territoire formellement uni donne manifestement de telles possibilit\u00e9s. Cela est \u00e9videmment plus visible dans le processus d\u2019unification europ\u00e9enne \u2014 qui n\u2019est encore qu\u2019un processus en cours \u2014, qui ouvre manifestement une perspective positive \u00e0 l\u2019Eglise orthodoxe. D\u2019o\u00f9 l\u2019agitation r\u00e9cente des Eglises orthodoxes nationales dans le sens de l\u2019organisation des communaut\u00e9s homoethniques sur un plan universel. Or la responsabilit\u00e9 des Eglises autoc\u00e9phales devient encore, de ce point de vue, plus importante dans cette nouvelle perspective de l\u2019unification europ\u00e9enne et de mondialisation immanentes.<\/p>\n<p>Notons \u00e0 ce propos que Olivier Cl\u00e9ment a tout r\u00e9cemment, entre parenth\u00e8se, \u00e9voqu\u00e9 ce fait en disant qu\u2019\u00ab une tension violente entre Constantinople et Moscou (\u00e0 propos du statut de l\u2019Eglise orthodoxe d\u2019Estonie, finalement partag\u00e9e, Constantinople accordant aux paroisses qui le demandaient un statut d\u2019autoc\u00e9phalie) a \u00e9t\u00e9 surmont\u00e9e en septembre 1997 \u00bb (24), fait qui constitue, d\u2019apr\u00e8s l\u2019auteur, une anomalie canonique dans ce statut eccl\u00e9siastique. Ici, l\u2019expression \u201c finalement partag\u00e9e\u201d du Professeur Cl\u00e9ment signifie instauration en fait d\u2019un statut bi-juridictionnel\u2026 Autrement dit, \u201cce qui \u00e9tait, sera\u2026\u201d.<\/p>\n<p><b>\u00a7 3.\u2014Actualisation de la solution canonique quinisextienne \u00e0 la question eccl\u00e9siastique estonienne<\/b><\/p>\n<p>Gardant les proportions et faisant uniquement quatre changements correspondant \u00e0 l\u2019actualisation de ce canon, supposons qu\u2019il faille entendre :\u2028a) \u00e0 la place de l\u2019archev\u00eaque de Chypre Jean, l\u2019archev\u00eaque d\u2019Estonie St\u00e9phane ;\u2028b) \u00e0 la place du basileus romain, le gouvernement du peuple estonien ;\u2028c) \u00e0 la place de Concile d\u2019Eph\u00e8se qui accorda l\u2019autoc\u00e9phalie \u00e0 l\u2019Eglise de Chypre, le Tomos patriarcal et conciliaire de 1923 qui accorda le statut d\u2019autonomie \u00e0 l\u2019Eglise d\u2019Estonie ; et, enfin,\u2028d) \u00e0 la place de l\u2019\u00e9v\u00eaque de Cyzique du Patriarcat \u0153cum\u00e9nique, l\u2019\u00e9v\u00eaque des paroisses russes de la province d\u2019Estonie du Patriarcat de Russie,\u2028le canon 39\/Quinisexte pouvait \u00eatre conciliairement ainsi con\u00e7u :\u2028\u00ab Notre fr\u00e8re et confr\u00e8re St\u00e9phane, le pro\u00e9stos de l\u2019Eglise d\u2019Estonie, s\u2019\u00e9tant install\u00e9 avec son peuple dans la province d\u2019Estonie au bord de la mer Baltique, pour \u00eatre d\u00e9livr\u00e9 de l\u2019esclavage \u00e9tranger et se mettre franchement sous l\u2019autorit\u00e9 du pouvoir l\u00e9gitime ; et cela gr\u00e2ce \u00e0 la providence divine et aux efforts du gouvernement du peuple estonien, nous d\u00e9cidons que les privil\u00e8ges accord\u00e9s \u00e0 son tr\u00f4ne par les p\u00e8res inspir\u00e9s de Dieu, qui en avaient d\u00e9cid\u00e9 auparavant en 1923, restent inchang\u00e9s ; en sorte que la ville de Tallinn ait les droits accord\u00e9s par l\u2019Eglise, et l\u2019\u00e9v\u00eaque tr\u00e8s aim\u00e9 de Dieu qui y sera \u00e9tabli \u00e0 l\u2019avenir, pr\u00e9sidera \u00e0 tous les \u00e9v\u00eaques de la province d\u2019Estonie et sera \u00e9lu par ses propres \u00e9v\u00eaques, selon l\u2019ancienne coutume ; car nos p\u00e8res inspir\u00e9s de Dieu ont d\u00e9cid\u00e9 que les usages de chaque Eglise soient gard\u00e9s. Quant \u00e0 l\u2019\u00e9v\u00eaque des paroisses russes de la province d\u2019Estonie, il sera soumis au pro\u00e9stos de la dite ville de Tallinn \u00e0 l\u2019instar de tous les autres \u00e9v\u00eaques de la province qui sont sous la pr\u00e9sidence de St\u00e9phane le pro\u00e9stos tr\u00e8s aim\u00e9 de Dieu, lequel, si c\u2019est n\u00e9cessaire, ordonnera [promouvra] m\u00eame l\u2019\u00e9v\u00eaque des paroisses russes de la province d\u2019Estonie \u00bb (25).\u2028Voil\u00e0 en forme et en norme conciliaires la solution canonique qui demeure en conformit\u00e9 avec la tradition conciliaire quinisextienne de l\u2019Eglise. En effet, en 691, si c\u2019\u00e9tait le cas d\u2019Estonie, les P\u00e8res conciliaires de Quinisexte Concile \u0153cum\u00e9nique d\u00e9cideraient textuellement de cette mani\u00e8re. Il est vrai que \u00ab les P\u00e8res inspir\u00e9s de Dieu \u00bb donnaient la priorit\u00e9 \u00e0 l\u2019eccl\u00e9siologie et \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 de l\u2019Eglise sans permettre \u00e0 des param\u00e8tres politiques ou \u2014 \u00e0 ce jour \u2014 nationo-ethniques et nationo-religieux de conditionner la communion, l\u2019organisation et l\u2019unit\u00e9 eccl\u00e9siales. Car, \u00ab les int\u00e9r\u00eats des nations ne peuvent \u00eatre plac\u00e9s au-dessus de la v\u00e9rit\u00e9 \u00bb, nous a dynamiquement dit le patriarche de Russie Alexis II, juste apr\u00e8s son \u00e9lection patriarcale (26). Nous souhaitons de tout c\u0153ur et de profundis que sa voix soit entendue de tous les Chr\u00e9tiens orthodoxes du monde entier\u2026<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019\u00e9poque du Quinisexte Concile \u0153cum\u00e9nique in Trullo, on n\u2019a pos\u00e9 en Hellespont et au sein de la M\u00e9tropole de Cyzique ni la question ni le crit\u00e8re de la \u201cmajorit\u00e9 des fid\u00e8les\u201d pour voir quel \u00e9v\u00eaque ou quelle juridiction dominerait par le biais de la majorit\u00e9 de ses fid\u00e8les ou de ses paroisses, mais on a carr\u00e9ment plac\u00e9 l\u2019\u00e9v\u00eaque de Cyzique dans le cadre eccl\u00e9siastique de l\u2019Eglise autoc\u00e9phale de Chypre et sous la pr\u00e9sidence de l\u2019archev\u00eaque \u201cimmigr\u00e9\u201d chypriote qui, de plus, \u201cvenait de s\u2019installer\u201d dans cet endroit. (En particulier, dans ce cas, le param\u00e8tre de la majorit\u00e9 du peuple ne p\u00e8se gu\u00e8re dans la taxis canonique des Eglises autoc\u00e9phales \u00e9tablie par l\u2019Eglise elle-m\u00eame, pour l\u2019ins\u00e9rer comme une optique ou un crit\u00e8re de solution (27)). Au contraire, en Estonie, le Patriarcat de Russie a \u00e0 tout prix refus\u00e9 l\u2019int\u00e9gration de son \u00e9v\u00eaque existant \u00e0 Tallinn au sein de l\u2019Eglise autonome d\u2019Estonie qui, cependant, \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 canoniquement form\u00e9e (c\u2019est-\u00e0-dire depuis 1917\/1923) et pr\u00e9existait \u00e0 toute formation eccl\u00e9siastique ult\u00e9rieure (c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 partir de 1945 et ensuite) et qui demeurait et demeure toujours la seule et unique instance eccl\u00e9siastique pour les chr\u00e9tiens orthodoxes dans cet endroit. La bic\u00e9phalie peut \u00eatre un enjeu politique, mais elle ne refl\u00e8te jamais l\u2019eccl\u00e9siologie orthodoxe telle qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9e depuis l\u2019ap\u00f4tre Paul (1er si\u00e8cle), par l\u2019eccl\u00e9siologie conciliaire et canonique \u00e0 travers les si\u00e8cles (2e-9e si\u00e8cles) jusqu\u2019aux Conf\u00e9rences panorthodoxes pr\u00e9-conciliaires de Chamb\u00e9sy (1976-1993).<\/p>\n<p>Autrement dit, \u00ab la garantie des droits \u00e0 l\u2019autoc\u00e9phalie de l\u2019archev\u00eaque de Chypre aurait \u00e9t\u00e9 impossible du point de vue canonique, si, par exemple, ces droits avaient d\u00fb \u00e9ventuellement \u00eatre exerc\u00e9s sur des groupes de Chypriotes, \u00e9parpill\u00e9s dans toute l\u2019\u00e9tendue de l\u2019empire, parce qu\u2019ainsi seraient exerc\u00e9es, en d\u00e9pit des canons, deux juridictions autoc\u00e9phales sur le m\u00eame territoire (28)\u00bb . Les paroisses russes doivent donc s\u2019int\u00e9grer, du point de vue eccl\u00e9sial et canonique, dans la juridiction de l\u2019Eglise autonome locale d\u2019Estonie sans que cela puisse porter pr\u00e9judice \u2014 et cela doit \u00eatre bien pr\u00e9vu comme cela avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 pr\u00e9vu en 1919 et en 1924 en Estonie \u2014 \u00e0 leur identit\u00e9 ethnique ou \u00e0 celle de leur origine.<\/p>\n<p>Partant donc de la vision mentionn\u00e9e, l\u2019archev\u00eaque continuera \u00e0 gouverner sa propre Eglise canoniquement autonome selon \u00ab les privil\u00e8ges accord\u00e9s \u00e0 son tr\u00f4ne par les p\u00e8res inspir\u00e9s de Dieu [qui] restent inchang\u00e9s ; [&#8230;], et il sera \u00e9lu par ses propres \u00e9v\u00eaques, selon l\u2019ancienne coutume \u00bb. Or le status autonome, selon sa forme canonique et administrative, reste intouchable et inali\u00e9nable \u2014 sinon l\u2019on risquerait de blesser la taxis et l\u2019acribie canoniques. Autrement dit, int\u00e9gration (incorporation) et autonomie \u00e0 la fois, les deux pistes \u00e9tant exprim\u00e9es par une, la m\u00eame et unique entit\u00e9 eccl\u00e9siale. Aujourd\u2019hui tout comme par le pass\u00e9, cette Eglise n\u2019est assimilable \u00e0 aucune, et conserve son rang d\u2019Eglise autonome dans les Diptyques de l\u2019Eglise orthodoxe \u201cr\u00e9pandue par tout l\u2019univers\u201d (29). Or lorsque le primat et le Synode d\u2019une Eglise autoc\u00e9phale ou autonome d\u2019un peuple d\u00e9j\u00e0 form\u00e9e canoniquement sont pr\u00e9sents dans son pays ou en un autre endroit \u2014 et c\u2019est l\u00e0 que le Quinisexte Concile \u0153cum\u00e9nique a os\u00e9 aller encore plus loin \u2014, peu importent que ce lieu ou cet endroit \u201cappartiennent\u201d \u00e0 cette Eglise ou non, les \u00e9v\u00eaques et le peuple d\u2019une autre Eglise sont int\u00e9gr\u00e9s dans le corps de cette Eglise autoc\u00e9phale ou autonome (30). Enfin, l\u00e0 o\u00f9 on doit disposer ou envoyer des \u00e9v\u00eaques et des pr\u00eatres, dans notre cas, de la part de l\u2019Eglise patriarcale de Russie, on doit les incorporer et encadrer au sein de la juridiction territoriale eccl\u00e9siale existante sur le lieu, en conformit\u00e9 avec la tradition canonique pr\u00e9sent\u00e9e par le Quinisexte Concile \u0153cum\u00e9nique.<\/p>\n<p>On pouvait formuler, n\u00e9anmoins, l\u00e0 une objection. L\u2019Eglise orthodoxe d\u2019Estonie est autonome depuis 1923, \u00e0 la suite de l\u2019\u00e9mancipation \u00e9tatique et eccl\u00e9siastique survenue \u00e0 cette \u00e9poque. Mais l\u2019Estonie, \u00e0 une \u00e9poque ant\u00e9rieure, faisait territorialement partie de l\u2019Empire russe et on peut, donc, mettre en doute l\u2019autonomie eccl\u00e9siastique qui fut accord\u00e9e par le Patriarcat \u0153cum\u00e9nique en l\u2019ann\u00e9e 1923. Par cons\u00e9quent, dit-on, il n\u2019est plus de question d\u2019autonomie eccl\u00e9siastique en Estonie\u2026 Ind\u00e9pendamment du r\u00e9sultat, pour l\u2019Eglise de Russie le d\u00e9saccord tourne autour de cet axe. D\u2019apr\u00e8s cette approche, la seule instance eccl\u00e9siastique capable de jouer un r\u00f4le en Estonie (c\u2019est ce qu\u2019elle fait d\u2019ailleurs en r\u00e9alit\u00e9), c\u2019est bien le Patriarcat de Russie.<\/p>\n<p>Cependant, on oublie deux param\u00e8tres canoniques qui, dans le cas de l\u2019Eglise d\u2019Estonie, s\u2019unissent pour donner en fait une r\u00e9ponse claire et nette \u00e0 cette objection formul\u00e9e d\u2019une fa\u00e7on ou d\u2019une autre. Ce sont le droit pr\u00e9juridictionnel du Patriarcat de Constantinople d\u2019une part, et, d\u2019autre part, l\u2019\u00e9tendue de la vigueur de l\u2019autoc\u00e9phalie d\u2019une Eglise autoc\u00e9phale\/patriarcale \u2014 dans notre cas, de l\u2019Eglise de Russie.<\/p>\n<p><b><i>a) Le droit pr\u00e9juridictionnel du Patriarcat \u0153cum\u00e9nique de Constantinople.<\/i><\/b> Ce terme est emprunt\u00e9 au droit administratif fran\u00e7ais ; il s\u2019agit \u2014 en mettant un nouveau contenu conforme notamment \u00e0 son \u00e9tymologie (31)\u2014 d\u2019une qualification concernant le territoire d\u2019une Eglise autoc\u00e9phale \u00e9mancip\u00e9e d\u2019une juridiction \u2014 toujours patriarcale \u2014, o\u00f9 l\u2019Eglise patriarcale n\u2019exerce aucune autorit\u00e9 eccl\u00e9siastique juridictionnelle, spirituelle ou administrative. Une Eglise autoc\u00e9phale moderne constitue toujours un \u201cterritoire pr\u00e9juridictionnel\u201d du Patriarcat dont elle est issue et canoniquement \u00e9mancip\u00e9e ; elle ne constitue pas un \u201cterritoire ex-juridictionnel\u201d, car, alors, la juridiction reviendrait \u00e0 l\u2019Eglise patriarcale dans le cas d\u2019une abolition de l\u2019Eglise locale (exemple r\u00e9cent de l\u2019Eglise autoc\u00e9phale d\u2019Albanie). Parmi les cinq Patriarcats anciens, le Patriarcat \u0153cum\u00e9nique de Constantinople demeure, pour des raisons historiques et th\u00e9ologiques, le seul qui, pour faire face \u00e0 des circonstances pluriformes extr\u00eamement difficiles, ait conc\u00e9d\u00e9 au syst\u00e8me de l\u2019autoc\u00e9phalie dans son ressort territorial patriarcal propre pour les peuples ethniques formant un Etat national. Les autres quatre Patriarcats anciens (\u00e0 savoir, ceux de Rome, d\u2019Alexandrie, d\u2019Antioche et de J\u00e9rusalem) n\u2019ont pas adopt\u00e9 ce syst\u00e8me eccl\u00e9sial. Or une Eglise autoc\u00e9phale moderne constitue, toujours et par d\u00e9finition, un \u201cterritoire pr\u00e9juridictionnel\u201d du Patriarcat de Constantinople, duquel elle est issue et canoniquement \u00e9mancip\u00e9e. Cela s\u2019explique aussi par le fait qu\u2019en cas d\u2019abolition d\u2019une Eglise autoc\u00e9phale locale (cf. les autonomies eccl\u00e9siastiques de Serbie et de Bulgarie au cours du 12e si\u00e8cle, ainsi que l\u2019exemple r\u00e9cent de l\u2019Eglise autoc\u00e9phale d\u2019Albanie [1967-1991]), la juridiction en revient \u00e0 l\u2019Eglise patriarcale de Constantinople qui jouit alors du plein droit canonique ainsi que de l\u2019initiative canonique n\u00e9cessaires pour agir afin de restaurer l\u2019autoc\u00e9phalie ou l\u2019autonomie d\u2019une Eglise abolie par les diff\u00e9rentes circonstances et vicissitudes.<\/p>\n<p>Par cons\u00e9quent, l\u2019\u201cautonomie\u201d comme l\u2019\u201cautoc\u00e9phalie\u201d constituent des formes sp\u00e9ciales d\u2019in-d\u00e9pendance des provinces eccl\u00e9siastiques qui sortaient alors de la juridiction du Patriarcat \u0153cum\u00e9nique (c\u2019est justement cela le cas de pr\u00e9juridictionnel) pour correspondre aux territoires des Etats nouvellement cr\u00e9\u00e9s. \u00c0 titre d\u2019exemple, tout ressort territorial de chaque Eglise autoc\u00e9phale ou patriarcale et autonome se situant dans les limites patriarcales d\u00e9finies par les [(IIe) IVe et V-VIe] Conciles \u0153cum\u00e9niques [(381) 451 et 691], c\u2019est-\u00e0-dire de l\u2019Europe centrale et orientale, constitue un territoire pr\u00e9juridictionnel du Patriarcat \u0153cum\u00e9nique de Constantinople \u2014 ce cas \u00e9tant unique au sein de l\u2019Eglise orthodoxe \u201cr\u00e9pandue par tout l\u2019univers\u201d de ce point de vue. Or les [neuf] Eglises autoc\u00e9phales existantes \u00e0 ce jour \u2014 \u00e0 la seule exception de l\u2019Eglise autoc\u00e9phale de Chypre qui ne fit jamais partie du territoire juridictionnel d\u2019un des cinq Patriarcats \u2014, \u00e0 savoir, les Eglises de Russie, de Serbie, de Roumanie, de Bulgarie, de G\u00e9orgie, de Gr\u00e8ce, de Pologne, d\u2019Albanie et de Tch\u00e9quie et Slovaquie, ainsi que les [deux] Eglises autonomes de Finlande et d\u2019Estonie, constituent un \u201cterritoire pr\u00e9juridictionnel\u201d du Patriarcat \u0153cum\u00e9nique de Constantinople. Par cons\u00e9quent, d\u2019un point de vue eccl\u00e9siastique et de la juridiction canonique orthodoxe, l\u2019Estonie constitue une juridiction eccl\u00e9siastique du Patriarcat \u0153cum\u00e9nique.<\/p>\n<p><b><i>b) L\u2019\u00e9tendue de la vigueur de l\u2019autoc\u00e9phalie d\u2019une Eglise autoc\u00e9phale (ou patriarcale moderne).<\/i><\/b> La proclamation de l\u2019autoc\u00e9phalie a un fondement eccl\u00e9siologique et canonique lorsqu\u2019elle est tir\u00e9e du principe de la possible adaptation de l\u2019organisation eccl\u00e9siastique \u00e0 l\u2019ordre politique. Cette adaptation est notamment possible lorsqu\u2019il existe un peuple ayant une forte coh\u00e9rence ethnique-nationale s\u2019exprimant dans le cadre de territoire et de limites \u00e9tatiques. L\u2019exigence canonique conciliaire est que l\u2019ordre eccl\u00e9siastique doit s\u2019adapter \u00e0 l\u2019ordre politique (32). En effet, le principe de l\u2019adaptation de l\u2019organisation administrative eccl\u00e9siastique \u00e0 l\u2019organisation civile de l\u2019Etat national est conciliairement apparu et appliqu\u00e9 depuis l\u2019\u00e9poque des Conciles \u0153cum\u00e9nique du 1er mill\u00e9naire ; cette intention conciliaire est d\u00e9j\u00e0 clairement visible dans les canons du 1er Concile \u0153cum\u00e9nique de Nic\u00e9e (325). Par cons\u00e9quent, au sein de l\u2019Eglise orthodoxe r\u00e9pandue \u00e0 travers tout l\u2019univers, c\u2019est le principe territorial qui compte pour la d\u00e9limitation des Eglises autoc\u00e9phales, patriarcales ou autonomes, et non un principe ethnique\u2026<\/p>\n<p>Alors une fois qu\u2019une Eglise a \u00e9t\u00e9 d\u00e9clar\u00e9e autoc\u00e9phale, l\u2019autoc\u00e9phalie ou la patriarchie de cette Eglise s\u2019exerce dans les limites de la province pour laquelle a \u00e9t\u00e9 proclam\u00e9 et accord\u00e9 ce privil\u00e8ge eccl\u00e9sial \u2014 et jamais hors de ses fronti\u00e8res. Cela signifie que a) les Eglises autoc\u00e9phales ont une juridiction restreinte \u00e0 des limites territoriales bien d\u00e9finies et que b) elles n\u2019ont pas de pouvoir canonique d\u2019accorder l\u2019autonomie \u2014 aussi bien \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur qu\u2019\u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur du territoire canonique de l\u2019Eglise autoc\u00e9phale\/patriarcale.<\/p>\n<p>Rappelons aussi le fait que le r\u00e9gime eccl\u00e9siastique acquis, tant des Eglises \u201cautonomes\u201d que des Eglises \u201cautoc\u00e9phales\u201d, concerne l\u2019ensemble des hommes, des fid\u00e8les (clerg\u00e9 et peuple), qui r\u00e9sident dans les limites g\u00e9ographiques de leurs Etats exclusivement. Cela signifie justement que la r\u00e9sidence de certains chr\u00e9tiens, membres des Eglises en question hors les limites de souverainet\u00e9 de l\u2019Etat, dont ils \u00e9taient ressortissants et citoyens, avait pour cons\u00e9quence l\u2019\u201cinterruption\u201d provisoire ou m\u00eame d\u00e9finitive de leur \u201cd\u00e9pendance\u201d eccl\u00e9siale envers leurs Eglises, dont ils \u00e9taient des membres ipso jure. Dans la r\u00e9alit\u00e9 \u2014 non pas politique mais \u2014 eccl\u00e9siologique orthodoxe, cela signifie que les communaut\u00e9s russes d\u2019Estonie n\u2019appartiennent pas eccl\u00e9sialement et juridictionnellement au Patriarcat de Russie mais \u00e0 l\u2019Eglise autonome d\u2019Estonie, dont elles font partie constitutive !<\/p>\n<p>De m\u00eame, l\u2019\u00e9v\u00eaque de ces communaut\u00e9s eccl\u00e9siales russes si\u00e9geant \u00e0 Tallin, comme on l\u2019a vu, doit faire partie de cette Eglise autonome locale. Car, d\u2019apr\u00e8s les saints canons, il n\u2019est pas permis dans la m\u00eame province eccl\u00e9siastique d\u2019avoir plus d\u2019un \u00e9v\u00eaque (33). Il ne peut y avoir qu\u2019un seul \u00e9v\u00eaque \u00e0 la t\u00eate de ces dioc\u00e8ses bigarr\u00e9s (bi-ethniques), car un corps \u00e0 plusieurs t\u00eates serait \u201cun monstre\u201d (34). Au sein de la diaspora et, tout r\u00e9cemment, au sein des Eglises locales canoniquement form\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9chelon national, la co-existence de plusieurs \u00e9v\u00eaques dans une m\u00eame ville offre une image de l\u2019Orthodoxie se querellant sur des questions d\u2019autorit\u00e9, de juridiction, de d\u00e9pendance, de diff\u00e9renciation selon la nation, la nationalit\u00e9 ou la tradition, etc., ce qui a des incidences n\u00e9gatives sur son unit\u00e9 int\u00e9rieure et son t\u00e9moignage r\u00e9surrectionnel et eschatologique ext\u00e9rieur.<\/p>\n<p>Il est donc communis opinio dans le domaine de la Tradition canonique orthodoxe que l\u2019autoc\u00e9phalie d\u2019une Eglise, par d\u00e9finition, s\u2019\u00e9puise au sein de son ressort territorial juridictionnel qui s\u2019identifie avec l\u2019ensemble du territoire de l\u2019Etat au sein duquel elle se trouve situ\u00e9e. Or a) si l\u2019Etat estonien n\u2019\u00e9tait pas form\u00e9 en tant que tel et b) s\u2019il n\u2019\u00e9tait pas reconnu officiellement par la Communaut\u00e9 internationale comme tel, on pourrait toujours discuter et revendiquer d\u2019une mani\u00e8re ou d\u2019une autre la juridiction eccl\u00e9siale d\u2019un territoire de l\u2019ex-Empire russe. Une fois que cet Etat est de facto et de jure form\u00e9, libre, autonome, constituant une R\u00e9publique ind\u00e9pendante, souveraine et internationalement reconnue, c\u2019est alors que son peuple, par le biais de son gouvernement, a le droit humain aussi bien que canonique de choisir la forme de son Eglise comme d\u2019ailleurs le statut de cette derni\u00e8re, ind\u00e9pendamment de la situation politique du pass\u00e9 r\u00e9cent \u2014 en conformit\u00e9 bien \u00e9videmment avec la vie conciliaire diachronique de l\u2019Eglise. Toute sorte d\u2019intervention ext\u00e9rieure politico-eccl\u00e9siastique au nom d\u2019un pass\u00e9 qui n\u2019\u00e9tait \u2014 sous-entend \u2014 pas aussi clair eccl\u00e9sialement, n\u2019est pas justifi\u00e9e par l\u2019eccl\u00e9siologie de l\u2019autoc\u00e9phalie eccl\u00e9siale.<\/p>\n<p>De plus, qu\u2019une \u201cautoc\u00e9phalie puisse s\u2019\u00e9puiser au sein de son ressort territorial juridictionnel\u201d signifie que cette Eglise autoc\u00e9phale n\u2019a pas le droit canonique d\u2019intervenir au sein d\u2019une autre Eglise patriarcale, autoc\u00e9phale, autonome (le cas de l\u2019Estonie) ou semi-autonome. Toute action et orientation dans ce sens est totalement anticanonique. (\u00c0 l\u2019occasion, il faut noter ici que la Tradition canonique de l\u2019Eglise conna\u00eet bien le terme \u201cterritoire canonique\u201d, indiqu\u00e9 toujours conciliairement par l\u2019Eglise, dans le sens toujours d\u2019un territoire eccl\u00e9sialement uni et unique \u2014 et non partag\u00e9 ou divis\u00e9 \u2014, mais elle ignore le terme \u201cterritoire traditionnel\u201d qui correspond plut\u00f4t au langage politique ou \u00e9tatique surtout lorsqu\u2019il s\u2019agit de revendications territoriales d\u2019un autre espace limitrophe). Et le \u201cterritoire canonique\u201d d\u2019une Eglise autoc\u00e9phale s\u2019identifie au \u201cterritoire \u00e9tatique\u201d du pays qui lui correspond et qui porte le m\u00eame nom. Or comme l\u2019Eglise patriarcale de Russie, l\u2019Eglise autonome d\u2019Estonie \u00e9galement a son propre \u201cterritoire canonique\u201d, qui lui reste intact, mais qui lui sera d\u00e9chir\u00e9 si on insiste(ra) sur la revendication des communaut\u00e9s eccl\u00e9siales russes dans le sens qu\u2019elles \u201cdoivent\u201d \u00eatre rattach\u00e9es au Patriarcat de Russie. En tout cas, le \u201cdroit de sol\u201d et le \u201cdroit de sang\u201d sont des cat\u00e9gories naturelles et \u00e9trang\u00e8res \u00e0 la notion et surtout \u00e0 l\u2019\u00eatre m\u00eame de l\u2019Eglise.<\/p>\n<p>Pour expliquer donc la \u201cquestion eccl\u00e9siastique estonienne\u201d apparue au cours de la derni\u00e8re d\u00e9cennie, il ne faut surtout pas oublier que chaque Eglise autoc\u00e9phale ne peut en fait exercer canoniquement une juridiction hyperoria, selon \u2014 entre beaucoup d\u2019 autres \u2014 le 2e canon du IIe Concile \u0153cum\u00e9nique de Constantinople (381), \u00e9tant donn\u00e9, pour le dire d\u2019une autre fa\u00e7on, qu\u2019une juridiction ne peut \u00eatre que territoriale \u2014 et jamais ethnique ou autre. Effectivement, \u00ab l\u2019autoc\u00e9phalie d\u2019une Eglise consacr\u00e9e par une proc\u00e9dure canonique se r\u00e9duit aux limites de la circonscription administrative pour laquelle le privil\u00e8ge de l\u2019autoc\u00e9phalie a \u00e9t\u00e9 reconnu. Il va de soi que ce principe canonique est aussi valable pour les circonscriptions eccl\u00e9siastiques autoc\u00e9phales, dont la composition a un caract\u00e8re national. Pour tout d\u00e9passement de juridiction en dehors du territoire administratif autoc\u00e9phale est exig\u00e9, d\u2019une part, un fondement canonique complet et, d\u2019autre part, l\u2019application de la m\u00eame proc\u00e9dure canonique que celle appliqu\u00e9e \u00e0 l\u2019acte eccl\u00e9siastique lors de la proclamation de l\u2019autoc\u00e9phalie de l\u2019Eglise en question, ainsi que le dit clairement le 39e canon du Quinisexte Concile \u0153cum\u00e9nique in Trullo \u00bb (35).<\/p>\n<p>Enfin, de nos jours, tout comme dans la perspective de son adh\u00e9sion \u00e9ventuelle au sein de l\u2019Europe unie, l\u2019Etat russe, bien qu\u2019il soit territoire europ\u00e9en, ne verra la juridiction de son Eglise patriarcale (autoc\u00e9phale) \u00e9tendue qu\u2019uniquement \u00e0 son territoire \u00e9tatique, comme cela fut canoniquement pr\u00e9vu, dans le pass\u00e9, par la voie conciliaire pour toutes les autres Eglises patriarcales, autoc\u00e9phales et autonomes. Car, si l\u2019Eglise de Russie devait avancer des revendications de type nationo-ethnique dans ce sens, il faudrait alors supprimer la patriarchie, l\u2019autoc\u00e9phalie ou l\u2019autonomie de toutes ces Eglises locales orthodoxes modernes\u2026 Mais l\u00e0, il y a une autre question qui sans aucun doute tourmentera le corps eccl\u00e9sial orthodoxe sur le sol du Vieux Continent durant l\u2019\u00e9poque europ\u00e9enne qui ne fait que commencer\u2026<\/p>\n<p>Pour toutes ces raisons historiques et canoniques que nous venons d\u2019examiner, le gouvernement de droit du peuple estonien a eu donc bien raison de s\u2019adresser au Patriarcat \u0153cum\u00e9nique \u2014 et non pas au Patriarcat de Russie \u2014 pour la restauration de l\u2019autonomie eccl\u00e9siastique orthodoxe en Estonie et, \u00e0 son tour, le fait que le Patriarcat \u0153cum\u00e9nique ait r\u00e9pondu \u00e0 cette demande, est bien justifi\u00e9 par l\u2019\u00e9tat canonique des choses.<\/p>\n<p><b>Remarques critiques<\/b><\/p>\n<p>Tout d\u2019abord, la d\u00e9cision conciliaire du Quinisexte Concile \u0153cum\u00e9nique in Trullo (691), prise juste apr\u00e8s que la question canonique eut \u00e9t\u00e9 pos\u00e9e, montre bien la volont\u00e9 qui a \u00e9t\u00e9 constamment celle de l\u2019Eglise d\u2019affronter concr\u00e8tement les probl\u00e8mes eccl\u00e9siastiques pos\u00e9s par les circonstances et les vicissitudes politiques ; en fait, elle leur apporte une solution conciliaire. Ce qui \u00e9vite aux dits probl\u00e8mes de rester en suspens des ann\u00e9es durant.<\/p>\n<p>La praxis eccl\u00e9siale des trois premiers si\u00e8cles et les saints canons de l\u2019Eglise qui ont suivi soulignent tout sp\u00e9cialement le r\u00f4le primordial de chaque \u00e9v\u00eaque, dont ils limitent les fonctions \u00e9piscopales non pas \u00e0 une entit\u00e9 ethnique mais \u00e0 un territoire d\u00e9fini ; autrement dit, la notion de l\u2019Eglise s\u2019applique, au sens plein de ce terme, non pas \u00e0 une entit\u00e9 ethnique, mais \u00e0 une r\u00e9alit\u00e9 inter-locale (territoriale). L\u2019autonomie et l\u2019autoc\u00e9phalie des temps modernes r\u00e9unissent les deux aspects. Ainsi, le principe territorial, comme de tous temps, d\u00e9termine d\u00e9cid\u00e9ment la juridiction eccl\u00e9siale comme espace g\u00e9o-eccl\u00e9siastique concret. L\u2019\u201cautonomie\u201d peut alors correspondre \u00e0 une Eglise qui fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019aspect christologique de l\u2019unicit\u00e9 du corps eccl\u00e9sial. Or le statut bi-juridictionnel vient \u00e0 l\u2019encontre de l\u2019unit\u00e9 christologique du corps eccl\u00e9sial en Estonie.<\/p>\n<p>\u00c0 la lumi\u00e8re du Quinisexte Concile \u0153cum\u00e9nique et en particulier au sein de son canon 39 se dessine le mod\u00e8le conciliaire d\u2019une position\/comportement canonique pour le Patriarcat de Russie. Voici en quoi cela peut consister : il s\u2019agirait non seulement de ne pas \u201cjouer\u201d marchander la pr\u00e9sence d\u2019un \u00e9v\u00eaque ni m\u00eame de revendiquer le rattachement de l\u2019\u00e9v\u00eaque des paroisses russes en Estonie, il s\u2019agit, au contraire, de l\u2019\u201coctroyer\u201d \u2014 comme c\u2019est le cas quinisextien avec l\u2019\u00e9v\u00eaque de Cyzique \u2014 au Saint-Synode en cours de formation de l\u2019Eglise autonome d\u2019Estonie. Et cela si l\u2019on veut avoir un mode de vie eccl\u00e9sial orthodoxe comme celui de l\u2019Orthodoxie quinisextienne. Toute autre position provient, semble-t-il, de la politique et non d\u2019une mentalit\u00e9 conciliaire iconologique\u2026 En deux mots, c\u2019est justement cela que r\u00e9sident la vision et le message du Concile quinisextien. De ce c\u00f4t\u00e9 aussi, il faut indiquer \u00e0 propos de cette question canonique que cette norme conciliaire [39\/Ve-VIe] s\u2019impose, parce qu\u2019il est une Eglise orthodoxe, au Patriarcat de Moscou qui est invit\u00e9 \u00e0 observer le m\u00eame comportement et \u00e0 suivre le m\u00eame mandat conciliaire vis-\u00e0-vis de l\u2019Eglise autonome d\u2019Estonie, que celui que le Patriarcat de Constantinople avait alors \u00e9t\u00e9 invit\u00e9 \u00e0 le suivre \u2014 et qu\u2019il a bien suivi \u2014 vis-\u00e0-vis de l\u2019Eglise autoc\u00e9phale de Chypre. Il est \u00e9galement invit\u00e9 \u00e0 suivre l\u2019esprit et la perspective de solution quinisextienne qui a permis de sauvegarder alors \u2014 pour que cette solution analogique puisse s\u2019offrir de nos jours \u2014 l\u2019unit\u00e9 du territoire eccl\u00e9sial dans l\u2019Hellespont de Baltique, l\u2019unit\u00e9 de l\u2019\u201cEglise de Chypre\u201d de la r\u00e9gion baltique, mais aussi la pleine koinonia, \u00e9tymologiquement et th\u00e9ologiquement parlant, eccl\u00e9siale au sein de l\u2019Eglise orthodoxe. Et cela si on veut \u00eatre vraiment en conformit\u00e9 avec nos d\u00e9clarations projetales : \u00ab Les int\u00e9r\u00eats des nations ne peuvent \u00eatre plac\u00e9s au-dessus de la v\u00e9rit\u00e9 \u00bb (36).<\/p>\n<p>De toute \u00e9vidence, tenant compte de tout cela, le Patriarcat \u0153cum\u00e9nique a d\u00e9clar\u00e9, dans l\u2019Acte patriarcal et synodal du 29 f\u00e9vrier 1996, que \u00ab [\u2026] leur volont\u00e9 in\u00e9branlable d\u2019assurer, en Estonie, une vie eccl\u00e9siale sans entraves aux immigr\u00e9s orthodoxes d\u2019origine russe qui, install\u00e9s en Estonie lorsque l\u2019Estonie faisait partie de l\u2019Union Sovi\u00e9tique, sont indissociablement li\u00e9s \u00e0 l\u2019Eglise autonome d\u2019Estonie, organis\u00e9s sous un \u00e9v\u00eaque russophone, en esp\u00e9rant que leur situation canonique et l\u00e9gale sera r\u00e9gl\u00e9e dans un esprit d\u2019amour et de paix, en toute conscience de l\u2019unit\u00e9 fraternelle de tous les peuples orthodoxes \u00bb. Si on lit bien, cette d\u00e9claration se r\u00e9v\u00e8le en conformit\u00e9 avec la vision quinisextienne des choses que les \u201cimmigr\u00e9s orthodoxes d\u2019origine russe qui, install\u00e9s en Estonie [\u2026], sont indissociablement li\u00e9s \u00e0 l\u2019Eglise autonome d\u2019Estonie\u201d, comme d\u2019ailleurs leur \u00e9v\u00eaque, sont invit\u00e9s de s\u2019int\u00e9grer au sein de l\u2019Eglise autonome d\u2019Estonie, entit\u00e9 canonique orthodoxe unique de ce pays. Il faut \u00e9galement rappeler ici que cela \u00e9tait en pleine pratique du d\u00e9but du 20e si\u00e8cle jusqu\u2019\u00e0 proclamation canonique de l\u2019autonomie de l\u2019Eglise orthodoxe en Estonie (1923\/1924), c\u2019est-\u00e0-dire le fait d\u2019avoir un \u00e9v\u00eaque pour les communaut\u00e9s russophones d\u2019Estonie.<\/p>\n<p>D\u2019apr\u00e8s une telle approche, des r\u00e9actions d\u2019un style plus politique que conciliaire sont dans ce cas pr\u00e9cis \u00e9videntes. Mais l\u00e0, il faut proc\u00e9der \u00e0 une analyse. Le statut canonique pour les Eglises \u201cr\u00e9pandues dans l\u2019espace\u201d, tel qu\u2019il est issu des IIIe, IVe et Quinisexte [V-VIe] Conciles \u0153cum\u00e9niques (431, 451 et 691 respectivement), reste normativement valable et n\u2019a jamais chang\u00e9 ou m\u00eame \u00e9t\u00e9 modifi\u00e9 depuis. Cela veut dire que les Eglises autoc\u00e9phales (patriarcales, autoc\u00e9phales proprement dites et autonomes) modernes sont issues d\u2019un seul Patriarcat concern\u00e9, du Patriarcat \u0153cum\u00e9nique de Constantinople, et sont issues de sa d\u00e9cision conciliaire, et confirm\u00e9es par un consentement panorthodoxe. Le droit pr\u00e9juridictionnel, fond\u00e9 sur ce fait, donne donc la possibilit\u00e9 canonique d\u2019agir au sein d\u2019une de ces Eglises orthodoxes modernes, lorsqu\u2019elles n\u2019ont pas les moyens canoniques locaux de se restaurer elles-m\u00eames. Au cours de la derni\u00e8re d\u00e9cennie, les deux cas parall\u00e8les et semblables sont fournis par l\u2019Eglise autoc\u00e9phale d\u2019Albanie et l\u2019Eglise autonome d\u2019Estonie.<\/p>\n<p>Toute autre action donc est abusive, anticanonique et r\u00e9alis\u00e9e au d\u00e9triment des d\u00e9cisions de trois Conciles \u0153cum\u00e9niques pr\u00e9cit\u00e9s, \u00e9tant donn\u00e9 que l\u2019on n\u2019a pas eu de Concile \u0153cum\u00e9nique (au cours du 1er mill\u00e9naire) ou panorthodoxe (au cours du 2e mill\u00e9naire) qui en ait d\u00e9cid\u00e9 autrement. Bien au contraire, toutes les Conf\u00e9rences panorthodoxes pr\u00e9-conciliaires depuis 1961 jusqu\u2019en 1993, auxquelles l\u2019Eglise de Russie a particip\u00e9, sont all\u00e9es dans le m\u00eame sens canonique que les trois Conciles \u0153cum\u00e9niques de l\u2019Eglise aux 5e et 7e si\u00e8cles. En cons\u00e9quence, toutes les initiatives des Eglises nationales orthodoxes d\u2019aujourd\u2019hui ne sont pas justifi\u00e9es par le consensus traditionis canonicae Ecclesiae.<\/p>\n<p>En sus, au moment de la formation d\u2019une conscience nationale par ces missionnaires hell\u00e8nes parmi les Slaves, Cyrille et M\u00e9thode (9e si\u00e8cle) jet\u00e8rent les fondements du \u201cchristianisme slave\u201d qui comportait d\u00e8s son d\u00e9but l\u2019utilisation d\u2019une langue slave et la cr\u00e9ation d\u2019un alphabet sp\u00e9cifique (l\u2019alphabet \u201ccyrillique\u201d). Car il \u00e9tait inh\u00e9rent \u00e0 la nature m\u00eame de l\u2019Orthodoxie d\u2019encourager l\u2019\u00e9volution de l\u2019Eglise sur la base explicite des cultures locales pr\u00e9existantes (p. ex. hell\u00e9niques). Les h\u00e9ritiers donc de cet effort missionnaire et eccl\u00e9sialement orthodoxe sont principalement les Russes\u2026 De ce point de vue, l\u2019\u00e9volution de l\u2019autoc\u00e9phalie sur la base du \u201cfacteur culturel\u201d ne pr\u00e9sentait pas pour l\u2019Orthodoxie de probl\u00e8mes th\u00e9ologiques ou canoniques. De nos jours, l\u2019exigence russe refuse en r\u00e9alit\u00e9 le fondement d\u2019un \u201cchristianisme orthodoxe estonien\u201d et va \u00e0 l\u2019encontre de leur h\u00e9ritage cyrillo-m\u00e9thodien propre\u2026<\/p>\n<p>Les autoc\u00e9phalies eccl\u00e9siales nationales ont tr\u00e8s souvent remplac\u00e9 le principe territorial-g\u00e9ographique comme condition pr\u00e9alable de l\u2019unit\u00e9 eccl\u00e9siale par le principe territorial-national comme condition pr\u00e9alable de l\u2019unit\u00e9 ethnique dans tous les pays o\u00f9 la nation \u2014 en l\u2019esp\u00e8ce il s\u2019agit de la nation russe \u2014 existe. Mais une telle Eglise est porteuse d\u2019une personnalit\u00e9 nationale, non de son identit\u00e9 eschatologique. Il s\u2019agit d\u2019une vision qui ne contribue pas \u00e0 l\u2019unit\u00e9 eccl\u00e9siale, mais qui \u00e9limine le caract\u00e8re essentiel eschatologique, hypostatique et \u0153cum\u00e9nique de l\u2019Eglise. Dans un tel contexte, on peut comprendre les causes d\u2019un conflit canonique et, notamment, pourquoi une exigence canoniquement aveugle constitue une s\u00e9quelle de phyl\u00e9tisme. Car l\u2019autoc\u00e9phalie et la patriarchie eccl\u00e9siales ne peuvent pas \u00eatre accord\u00e9es \u2014 seulement \u2014 pour servir des int\u00e9r\u00eats politiques, mais \u2014 d\u2019abord \u2014 pour servir un peuple dans sa vocation eccl\u00e9siale et son orientation eschatologique\u2026<\/p>\n<p>Venant d\u2019ailleurs dans un Etat ind\u00e9pendant, souverain et internationalement reconnu, l\u2019Eglise autonome d\u2019Estonie a tous ses droits canoniques \u00e0 l\u2019existence en tant que telle. Il n\u2019est pas question de chiffres, de statistiques ou de proportions, caract\u00e9ristiques qui ont domin\u00e9 dans les dialogues de la derni\u00e8re d\u00e9cennie et en fait ont persuad\u00e9 beaucoup de Chr\u00e9tiens orthodoxes dans le monde entier. Il est plut\u00f4t question d\u2019existence ou non de l\u2019Eglise autonome et, par extension, il est question d\u2019autod\u00e9termination eccl\u00e9siastique des fid\u00e8les et des paroisses, et de leur participation \u00e0 la r\u00e9alisation de ce corps eccl\u00e9sial local.<\/p>\n<p>Juste apr\u00e8s l\u2019\u00e9mancipation politique de l\u2019Estonie en 1991 \u2014 comme bien avant d\u2019ailleurs \u2014, le Patriarcat de Russie a depuis lors pr\u00e9sent\u00e9 vis-\u00e0-vis de l\u2019Eglise autonome d\u2019Estonie une tendance clairement manifest\u00e9e d\u2019extension du statut et du climat d\u2019autoc\u00e9phalie\/patriarchie en Estonie, c\u2019est-\u00e0-dire une disposition d\u2019exercice de juridiction eccl\u00e9siastique en dehors de ses limites canoniques et en dehors de son \u201cterritoire canonique\u201d \u2014 sur lequel tout r\u00e9cemment plus qu\u2019autrefois il insiste beaucoup (37)\u2014 sur le territoire \u00e9galement canonique d\u2019une Eglise autonome orthodoxe pr\u00e9existante. Cette tendance allait donc, par d\u00e9finition, au d\u00e9triment de l\u2019Eglise autonome locale en Estonie. Et cela, malgr\u00e9 le contenu manifestement anticanonique, comme l\u2019on a vu, de cet acte et malgr\u00e9 ses propres engagements synodaux r\u00e9cents dans toutes les conf\u00e9rences pr\u00e9-conciliaires de Chamb\u00e9sy (1976-1993).<\/p>\n<p>Dans le cadre des rencontres bilat\u00e9rales, comme on l\u2019a dit, a domin\u00e9 en Estonie un esprit d\u2019\u00e9conomie extr\u00eame, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019acceptation commune de la \u201cco-existence de deux juridictions eccl\u00e9siastiques\u201d, qui a \u00e9t\u00e9, de plus, r\u00e9alis\u00e9e pour des raisons circonstancielles. Ind\u00e9pendamment de la bonne volont\u00e9 de deux parties partenaires, la Tradition canonique de l\u2019Eglise ne vient pas au secours d\u2019une telle perspective, mais, au contraire, elle plaide en faveur d\u2019une solution unitaire du probl\u00e8me canonique survenu, en proposant une juridiction eccl\u00e9siale unique \u2014 et non plus deux parall\u00e8les, superpos\u00e9es ou juxtapos\u00e9es \u2014 en Estonie. Le canon 39\/Quinisexte ne peut \u00eatre seulement offert ou propos\u00e9 comme un argument de renforcement des positions de l\u2019Eglise autonome d\u2019Estonie \u2014 qui est canoniquement \u00e9vident \u2014, mais plut\u00f4t et surtout comme un crit\u00e8re de sensibilit\u00e9 eccl\u00e9siologique pour tous et comme crit\u00e8re d\u2019un comportement canonique notamment pour l\u2019Eglise autoc\u00e9phale\/patriarcale de Russie. Il s\u2019agit des crit\u00e8res canoniques de base que la derni\u00e8re d\u00e9cennie a du mal \u00e0 nous montrer dans tous les domaines\u2026 N\u00e9anmoins, le Quinisexte Concile \u0153cum\u00e9nique, par exemple, non seulement ne donnerait jamais une solution diff\u00e9rente \u00e0 celle qu\u2019il a donn\u00e9 pour le Patriarcat \u0153cum\u00e9nique vis-\u00e0-vis de l\u2019Eglise de Chypre (\u00e9tant donn\u00e9 qu\u2019il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019un cas tout \u00e0 fait identique, mais \u00e9galement ne permettrait conciliairement jamais ce qui constitue de nos jours l\u2019\u201cexigence russe\u201d, pour la seule raison qu\u2019il s\u2019agit tout simplement d\u2019une exigence anticanonique. Le Patriarcat \u0153cum\u00e9nique a accept\u00e9 la solution que le Quinisexte Concile \u0153cum\u00e9nique a propos\u00e9e et n\u2019a pas formul\u00e9 l\u2019exigence \u2014 qui \u00e9tait vraie d\u2019ailleurs \u2014 comme quoi la r\u00e9gion de l\u2019Hellespont \u00e9tait \u201cson territoire canonique\u201d, mais il a donn\u00e9 la priorit\u00e9 \u00e0 la solution canonique conciliaire ainsi qu\u2019\u00e0 la communion et la paix eccl\u00e9siales.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 le fait qu\u2019on parle de l\u2019Eglise orthodoxe qui, \u00e0 travers son caract\u00e8re eucharistique et eschatologique ainsi que sa catholicit\u00e9, transcende toutes les divisions : naturelles, sociales, culturelles et ethniques, on donne la priorit\u00e9 au nationalisme d\u00e9cha\u00een\u00e9 sur des concepts raciaux ou\/et religieux tout en en abandonnant la vie eccl\u00e9siale en tant que modus vivendi communionnel. Ce qui est nouveau dans cette question est que la co-existence juridictionnelle, connue d\u00e9j\u00e0 au sein de la diaspora mais \u201ctol\u00e9r\u00e9e\u201d \u00e0 cause des circonstances, gagne de nos jours du terrain au sein des Eglises orthodoxes canoniquement form\u00e9es. Le cas d\u2019Estonie est un cas exemplaire o\u00f9 nous pouvons constater et d\u00e9noncer l\u2019apparition et la formation de cette aberration manifestement anticanonique. Deux traits caract\u00e9risent ce r\u00e9gime : le refus d\u2019une juridiction eccl\u00e9siale unique qui s\u2019\u00e9tendrait aux limites \u00e9tatiques de l\u2019Etat estonien et la d\u00e9termination autonome et communionnellement ind\u00e9pendante de la vie de deux entit\u00e9s eccl\u00e9siales \u00e0 l\u2019\u00e9chelon national. Dans la perspective d\u2019une \u00e9ventuelle \u201cdouble\u201d reconnaissance canonique, c\u2019est-\u00e0-dire de deux Communaut\u00e9s eccl\u00e9siales existantes l\u2019une totalement ind\u00e9pendante de l\u2019autre, Tallinn deviendra alors le si\u00e8ge de deux archev\u00eaques orthodoxes qui porteront le m\u00eame titre qualificatif et r\u00e9capitulatif de l\u2019Eglise orthodoxe unique d\u2019Estonie.<\/p>\n<p>N\u00e9anmoins, \u00ab le noyau de l\u2019organisation de l\u2019Eglise orthodoxe est la communaut\u00e9 des chr\u00e9tiens baptis\u00e9s, guid\u00e9e par l\u2019\u00e9v\u00eaque, entour\u00e9 par l\u2019ensemble des presbytres et assist\u00e9 par les diacres. Seule cette structure m\u00e9rite, dans sa pl\u00e9nitude, selon Ignace d\u2019Antioche, le nom d\u2019\u201cEglise\u201d, et cela surtout parce qu\u2019elle est requise par la c\u00e9l\u00e9bration de l\u2019eucharistie en laquelle se r\u00e9v\u00e8le et se r\u00e9alise l\u2019Eglise de Dieu par excellence. L\u2019organisation de l\u2019Eglise orthodoxe trouve son fondement dans ce principe et, malgr\u00e9 les d\u00e9viations dues aux nombreux changements historiques et th\u00e9ologiques, la trahison du principe ignatien comporterait pour l\u2019orthodoxie la perte de ses propres identit\u00e9 et nature \u00bb (38).<\/p>\n<p>Cette attitude se fonde autant sur la base de la tradition canonique ancienne de l\u2019Eglise que sur l\u2019esprit de l\u2019Orthodoxie eccl\u00e9siale et sp\u00e9cialement quinisextienne. Ce principe canonique fut accept\u00e9 de facto au sein de l\u2019Eglise primitive dans la mesure o\u00f9 elle d\u00e9veloppait sa pr\u00e9sence dans la soci\u00e9t\u00e9 humaine, dans l\u2019Empire romain et, par la suite, dans les Etats nationaux contemporains. Cette option et cette structure administratives avaient pour but d\u2019affirmer l\u2019unit\u00e9 int\u00e9rieure de l\u2019Eglise sur un lieu donn\u00e9 mais \u00e9galement sa r\u00e9sistance aux pressions ext\u00e9rieures venant aussi bien du pouvoir \u00e9tatique que d\u2019une autre Eglise patriarcale ou autoc\u00e9phale limitrophe ou lointaine. Or, selon la tradition eccl\u00e9siale la plus ancienne, l\u2019Eglise locale \u00e0 l\u2019\u00e9chelon national ou \u00e9tatique poss\u00e8de sa propre t\u00eate, son chef-t\u00eate, et, pour cette raison, n\u2019est pas \u201ca-c\u00e9phale\u201d pas plus qu\u2019elle n\u2019est \u201ch\u00e9t\u00e9ro-nome\u201d, elle est \u201cauto-nome\u201d ayant une t\u00eate unique pour soi-m\u00eame [\u2018auto\u2019] entour\u00e9 d\u2019un Synode de tous les \u00e9v\u00eaques effectifs et avec le consentement du corps eccl\u00e9sial. L\u2019Orthodoxie quinisextienne est bas\u00e9e sur cette vision des choses. Le statut d\u2019autonomie se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 une forme concr\u00e8te et stable d\u2019autonomie eccl\u00e9siastique, pr\u00e9supposant un territoire donn\u00e9 ainsi qu\u2019un corps eccl\u00e9sial unique et unifi\u00e9.<\/p>\n<p>Le comportement du Patriarcat de Russie s\u2019explique par le fait qu\u2019il repr\u00e9sente un peuple qui sort, d\u2019une mani\u00e8re ou d\u2019une autre, de la \u201cmentalit\u00e9 d\u2019Empire\u201d \u2014 comme cela s\u2019est pass\u00e9 avec les Grecs d\u2019autrefois ou avec d\u2019autres peuples \u2014, compl\u00e9t\u00e9e au cours des derni\u00e8res d\u00e9cennies par une \u201cmentalit\u00e9 de superpuissance\u201d \u2014 avec toutes les cons\u00e9quences que cela comporte \u2014, dominant sur plusieurs peuples et ethnies de l\u2019Europe de l\u2019Est. Dans ce contexte, la notion d\u2019Eglise nationale signifie une revendication des \u201cdroits nationaux ou politiques\u201d que l\u2019Etat homologue et homonyme, pour des raisons diff\u00e9rentes, ne peut pas revendiquer\u2026 Or, lorsqu\u2019on voit des territoires et des peuples qui appartenaient \u00e0 l\u2019\u201cEmpire russe\u201d d\u2019autrefois ou \u00e0 la \u201cSuperpuissance unique de l\u2019Europe de l\u2019Est\u201d, devenir des Etats ind\u00e9pendants, souverains, autonomes et surtout g\u00e9ographiquement limitrophes \u00e0 l\u2019Etat, cette fois-ci, russe, avec leurs propres Eglises autoc\u00e9phales ou autonomes, le seul pr\u00e9texte qui reste disponible pour revendiquer des droits extra-territoriaux, constitue l\u2019existence des communaut\u00e9s religieuses russes au sein de ces Etats ind\u00e9pendants\u2026 Il s\u2019agit d\u2019une mentalit\u00e9 n\u00e9o-eccl\u00e9siastique assez souple, cultiv\u00e9e consciemment ou inconsciemment au sein des Eglises nationales orthodoxes, qui couvre en priorit\u00e9 des int\u00e9r\u00eats politiques proprement parlant, d\u2019apr\u00e8s l\u2019exp\u00e9rience historique de l\u2019Eglise orthodoxe depuis le d\u00e9but du 19e si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Ici encore, on peur s\u2019interroger comment est-il possible de concilier la n\u00e9cessit\u00e9 de \u201ctranscender\u201d les diversit\u00e9s ethniques et culturelles avec l\u2019affirmation des identit\u00e9s ethniques en tant qu\u2019\u00e9l\u00e9ment acceptable et qualifiant l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 du corps eccl\u00e9sial sur le m\u00eame territoire ? Certes, lorsqu\u2019il s\u2019agit de peuples ou de communaut\u00e9s orthodoxes en pleine communion eccl\u00e9siale, la pleine communion de deux peuples cohabitant sur le m\u00eame territoire n\u2019alt\u00e8re pas leur hypostase ethnique et surtout leur hypostase eccl\u00e9siale. Si vraiment on accepte cela, la pratique de divergence montre alors qu\u2019on ne croit ni \u00e0 l\u2019Eglise ni \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 r\u00e9v\u00e9l\u00e9e \u2014 qui \u201cdoit \u00eatre plac\u00e9e au-dessus des int\u00e9r\u00eats des nations\u201d comme nous dit le patriarche Alexis de Russie \u2014, ni non plus \u00e0 la communion eccl\u00e9siale, malgr\u00e9 l\u2019apparence eccl\u00e9siastique !\u2026 L\u2019inter-\u00e9change entre les peuples est un \u00e9l\u00e9ment que l\u2019\u00e9tatisme de deux derniers si\u00e8cles a d\u00e9truit, alors que les peuples europ\u00e9ens l\u2019ont bien compris r\u00e9cemment au niveau politique et social. La communion des peuples renforce en fait leur identit\u00e9 comme d\u2019ailleurs elle enrichit leur vie et aide notamment \u00e0 d\u00e9truire les mythes et les fantasmes du pass\u00e9\u2026 Cela se passe, a fortiori, au niveau eccl\u00e9sial et surtout \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 la Russie pr\u00e9pare son adh\u00e9sion \u00e0 l\u2019Union Europ\u00e9enne\u2026 Le comportement adopt\u00e9 montre pratiquement le contraire, c\u2019est-\u00e0-dire, semble-t-il, qu\u2019on ne croit pas \u00e0 l\u2019\u00e9change entre les peuples coexistant sur le continent europ\u00e9en, lorsqu\u2019on insiste sur des revendications de type nationo-religieux.<\/p>\n<p>Pour compl\u00e9ter encore cette approche, on doit dire qu\u2019une comparaison ici s\u2019impose.\u2028\u2022 La proposition conciliaire quinisextienne a \u00e9t\u00e9 formul\u00e9e en vue de maintenir int\u00e9grale et intacte l\u2019autoc\u00e9phalie de l\u2019Eglise de Chypre, ainsi qu\u2019une et unique juridiction eccl\u00e9siale sur le m\u00eame territoire hellespontin.\u2028\u2022 D\u2019apr\u00e8s tout ce qu\u2019on vient d\u2019examiner et analyser, la proposition conciliaire quinisextienne consisterait, s\u2019il en \u00e9tait question aujourd\u2019hui comme alors, \u00e0 maintenir int\u00e9grale et intacte l\u2019autonomie de l\u2019Eglise d\u2019Estonie, ainsi qu\u2019une et unique juridiction eccl\u00e9siale sur le m\u00eame territoire estonien.\u2028\u2022 La \u201cperspective de coexistence juridictionnelle\u201d comme solution d\u2019\u00e9conomie ultime (eccl\u00e9siastique et politique), c\u2019est-\u00e0-dire de deux juridictions eccl\u00e9siales parall\u00e8les ind\u00e9pendamment l\u2019une de l\u2019autre, para\u00eet s\u2019installer en Estonie. On pourrait chercher les causes dans le fait de la chute ou des faiblesses humaines, ainsi que dans celui de la d\u00e9cadence th\u00e9ologique et spirituelle, que traverse l\u2019Orthodoxie \u00e0 notre \u00e9poque. Il reste, n\u00e9anmoins, avouer que la \u201cproposition conciliaire\u201d quinisextienne [1\u00e8re partie] ne justifiera jamais la \u201cperspective co-existentielle\u201d [2nde partie], ni dans l\u2019Histoire \u2014 \u00e9tant donn\u00e9 que lorsque un cas similaire lui a \u00e9t\u00e9 pos\u00e9, le Quinisexte donna imm\u00e9diatement une solution canonique requise \u2014, ni dans le Royaume \u00e0 venir, pour ceux qui sentent que l\u2019\u201c\u00eatre\u201d de l\u2019Eglise est ancr\u00e9 l\u00e0\u2026<\/p>\n<p>Une question reste encore ouverte pour l\u2019avenir. D\u2019apr\u00e8s le d\u00e9veloppement qu\u2019on a expos\u00e9, on a pu constater que l\u2019Eglise autoc\u00e9phale\/patriarcale de Russie tente d\u2019exercer \u2014 et exerce dans le fait et dans la r\u00e9alit\u00e9 \u2014 une juridiction hyperoria, une juridiction hors de ses limites g\u00e9ographiques canoniques. Quelle cons\u00e9quence cela pourrait-il entra\u00eener pour le statut de l\u2019Eglise autonome orthodoxe d\u2019Estonie, sachant que la qualit\u00e9 eccl\u00e9siastique patriarcale moderne \u2014 aussi bien que l\u2019autoc\u00e9phalie eccl\u00e9siastique \u2014s\u2019\u00e9tend et m\u00eame s\u2019\u00e9puise seulement aux limites d\u2019un seul Etat national ?<\/p>\n<p>La d\u00e9cision r\u00e9cente du Gouvernement estonien (17 avril 2002), qu\u2019on a beaucoup appr\u00e9ci\u00e9e d\u2019ailleurs pour la paix de toutes les Communaut\u00e9s eccl\u00e9siales orthodoxes en Estonie, donne une valeur d\u2019existence de droit civil aux communaut\u00e9s russes rattach\u00e9es au Patriarcat de Russie, mais, d\u2019apr\u00e8s ce qu\u2019on vient d\u2019\u00e9tudier et examiner dans le cadre de la pr\u00e9sente \u00e9tude, elle n\u2019a aucune valeur canonique pour l\u2019Eglise autonome orthodoxe qui demeure unique et int\u00e9grale dans l\u2019ensemble de l\u2019\u00e9tat estonien, de m\u00eame qu\u2019elle n\u2019a eu aucune cons\u00e9quence eccl\u00e9siastique, notamment au niveau du statut de l\u2019Eglise autonome en Estonie. Car les d\u00e9cisions conciliaires tant quinisextienne (691) que patriarcale (1923) ne donnent aucune valeur d\u2019existence de droit canonique \u00e0 ces communaut\u00e9s ethniques, lorsqu\u2019elles se basent sur une appartenance (sic) eccl\u00e9siastique, certes homo-ethnique, mais situ\u00e9e \u201c\u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur\u201d, par d\u00e9finition hyperoria et donc anticanonique. Car cette \u201cappartenance\u201d, \u00e9trang\u00e8re \u00e0 la Tradition canonique de l\u2019Eglise, il faut le dire, ne permet pas la r\u00e9alisation d\u2019un corps eccl\u00e9sial local. Apr\u00e8s le refus d\u2019int\u00e9gration canonique de ces communaut\u00e9s et du Patriarcat de Russie, l\u2019Eglise autonome orthodoxe d\u2019Estonie garantira donc institutionnellement avec le gouvernement de droit estonien actuel \u2014 sans ignorer certes l\u2019Eglise luth\u00e9rienne pr\u00e9dominante \u2014 l\u2019unit\u00e9 de l\u2019ensemble territorial \u00e9tatique, territoire juridictionnellement propre \u00e0 cette Eglise locale orthodoxe en Estonie.<\/p>\n<p>Qu\u2019il nous soit permis de proc\u00e9der \u00e0 une \u00e9valuation plus personnelle que scientifique. L\u2019affaire d\u2019Estonie \u2014 qui \u00e9tait une affaire critique \u2014 a bien montr\u00e9 que ce n\u2019est pas l\u2019Eglise orthodoxe d\u2019Estonie qui a \u00e9t\u00e9 jug\u00e9e par les \u00e9v\u00e9nements, mais les Orthodoxes du monde entier, qui se sont jug\u00e9s eux-m\u00eames ; en d\u2019autres termes, ce sont les juges qui ont \u00e9t\u00e9 jug\u00e9s\u2026 C\u2019est l\u00e0 \u00e9galement o\u00f9 on voit s\u2019accomplir la parole proph\u00e9tique biblique qui dit que \u00ab ainsi seront d\u00e9voil\u00e9s les d\u00e9bats [pens\u00e9es] de bien des c\u0153urs \u00bb (39) de m\u00eame que cela aura lieu \u00ab pour la chute ou le rel\u00e8vement de beaucoup \u00bb (40). Car, il s\u2019agit d\u2019un consentement \u00e0 la (re)naissance et \u00e0 la sauvegarde de l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 d\u2019une Eglise autonome locale, corps mystique du Christ, au-del\u00e0 de toute revendication nationale ou pr\u00e9tention territoriale, de toute pr\u00e9s\u00e9ance historique qui serait due \u00e0 l\u2019origine ethnique ou \u00e0 l\u2019histoire.<\/p>\n<p>Enfin, durant la p\u00e9riode de 1917-1921, le Patriarcat de Russie \u00e9tait favorable pour accorder l\u2019autonomie int\u00e9grale \u00e0 l\u2019Eglise orthodoxe d\u2019Estonie. L\u2019effort que le m\u00eame Patriarcat fait de nos jours (1992-2002) pour garder s\u00e9par\u00e9es et sous sa juridiction directe hyperoria les Communaut\u00e9s eccl\u00e9siastiques russes d\u2019Estonie, va \u00e0 l\u2019encontre de l\u2019attitude adopt\u00e9e durant les ann\u00e9es 1917-1921. L\u00e0, on a en effet le cas de \u00ab donner et reprendre ne vaut \u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019il ne faut pas revenir sur ce qu\u2019on a accord\u00e9. Le Patriarcat de Russie donc se d\u00e9juge en revenant sur un processus que lui-m\u00eame avait initi\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9poque\u2026<\/p>\n<p>Dans tous les cas, signalons ici une derni\u00e8re chose.\u2028\u2022 \u00c0 l\u2019\u00e9poque du Quinisexte Concile \u0153cum\u00e9nique (691), l\u2019un de deux \u201cpartenaires\u201d concern\u00e9 par le canon 39 \u00e9tait le Patriarcat \u0153cum\u00e9nique, l\u2019autre \u00e9tait l\u2019Eglise autoc\u00e9phale de Chypre.\u2028\u2022 \u00c0 notre \u00e9poque (depuis 1991) et dans le cadre du dialogue bilat\u00e9ral sur l\u2019Eglise autonome d\u2019Estonie, \u00e0 nouveau, l\u2019un de deux \u201cpartenaires\u201d concern\u00e9 est le Patriarcat \u0153cum\u00e9nique, l\u2019autre est l\u2019Eglise patriarcale de Russie.\u2028Dans les deux cas, le Patriarcat \u0153cum\u00e9nique adopte le m\u00eame choix, le m\u00eame comportement canonique, la m\u00eame position, fait qui, entre autres, montre sa cons\u00e9quence eccl\u00e9siologique et canonique diachronique. Il est vrai qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9poque du Quinisexte Concile \u0153cum\u00e9nique (691), il c\u00e8de et octroie ses droits et son territoire canoniques sur la r\u00e9gion de l\u2019Hellespont en faveur de l\u2019Eglise autoc\u00e9phale de Chypre, pour sauvegarder l\u2019unit\u00e9 et l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 de cette Eglise. De nos jours (depuis 1996), devant la revendication st\u00e9rile, hyperoria et ethno-phyl\u00e9tique, d\u2019une autre Eglise-fille et s\u0153ur, il c\u00e8de et accepte l\u2019\u00e9conomie canonique limitative de l\u2019existence de \u201cdeux juridictions\u201d, malgr\u00e9 les probl\u00e8mes canoniques que cette \u201cadoption bi-juridictionnelle\u201d comporte. En d\u2019autres termes, aujourd\u2019hui, il octroie son territoire, afin qu\u2019une autre Eglise, en parall\u00e8le, y existe. Dans tous les cas, la priorit\u00e9, pour le Patriarcat \u0153cum\u00e9nique, \u00e9tait la conservation de la communion et de l\u2019unit\u00e9 eccl\u00e9siale, malgr\u00e9 le partage de l\u2019int\u00e9gralit\u00e9. Or, de nos jours, l\u2019un des partenaires \u201caccepte\u201d par \u00e9conomie extr\u00eame l\u2019existence de \u201cdeux juridictions parall\u00e8les\u201d, malgr\u00e9 l\u2019inconv\u00e9nient canonique, alors que l\u2019autre \u201cexige\u201d non seulement la solution \u00e0 la limite d\u2019un statut bi-juridictionnel, mais surtout la reconnaissance unilat\u00e9rale des communaut\u00e9s eccl\u00e9siastiques ethniques russes comme la seule Eglise orthodoxe d\u2019Estonie, au d\u00e9triment de la continuation historique et canonique du corps eccl\u00e9sial local estonien. Alors que le Patriarcat \u0153cum\u00e9nique \u00e9tait en droit selon les canons eccl\u00e9siaux de le faire aussi bien en 691 en Hellespont qu\u2019en 1991 en Estonie, consciemment il n\u2019a pas voulu le faire. Cela, enfin, nous rappelle l\u2019\u00e9v\u00e9nement avec les deux m\u00e8res devant le roi Salomon (41)<b> <\/b>: une m\u00e8re \u201cexigeait\u201d\u2026 et l\u2019autre \u201coctroyait\u201d\u2026, et, finalement, l\u2019histoire a justifi\u00e9 la m\u00e8re qui c\u00e9dait\u2026 D\u2019apr\u00e8s la d\u00e9cision r\u00e9cente du Gouvernement estonien du 17 avril 2002, les Communaut\u00e9s eccl\u00e9siastiques russes ont l\u00e9galement acquis une existence civile. Cela est bien clair. La question de leur existence canonique reste n\u00e9anmoins ouverte et restera ainsi dans la conscience de l\u2019Eglise, autant que l\u2019exigence d\u2019un statut bi-corporel eccl\u00e9siastique \u2014 ou plut\u00f4t d\u2019un statut uni-corporel eccl\u00e9siastique partag\u00e9 (42) \u2014 persistera en Estonie ou ailleurs\u2026<\/p>\n<p>* * *<\/p>\n<p>D\u2019apr\u00e8s tout ce qu\u2019on vient d\u2019\u00e9tudier et d\u2019examiner, la conclusion historique et canonique ainsi que la proposition demeure une et unique : une Eglise orthodoxe locale au sein d\u2019un seul ressort territorial, une Eglise orthodoxe locale au sein d\u2019un seul \u00e9tat, si on souhaite vraiment \u00eatre en conformit\u00e9 avec l\u2019Orthodoxie conciliaire quinisextienne\u2026 La pratique d\u2019avoir deux entit\u00e9s eccl\u00e9siales superpos\u00e9es ou parall\u00e8les ne manifeste pas une Orthodoxie consciemment eccl\u00e9siologique\u2026 Et si cela pour l\u2019instant n\u2019est malheureusement pas la solution adopt\u00e9e, que cette Orthodoxie quinisextienne reste au moins dans la conscience du corps eccl\u00e9sial orthodoxe en tant que perspective\u2026, perspective pour ce peuple eccl\u00e9sial qui d\u00e9sire s\u2019orienter \u2014 non nationalement vers un pays ethnique, mais \u2014 eschatologiquement vers la Terre de Promesse, \u201cterre canonique\u201d du Royaume \u00e0 venir\u2026<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><b><i>NOTES<\/i><\/b><\/p>\n<p><b>1.-<\/b> Voir, \u00e0 titre d\u2019exemple indicatif, dans le SOP, l\u2019information r\u00e9cente que \u00ab L\u2019\u00c9glise orthodoxe russe a r\u00e9cemment adress\u00e9 \u00e0 la Commission de Bruxelles un document exprimant sa conception de la r\u00e9forme des institutions europ\u00e9ennes dans le cadre de l\u2019\u00e9largissement de l\u2019Union Europ\u00e9enne, [comme l\u2019] indique un communiqu\u00e9 du d\u00e9partement des relations ext\u00e9rieures du Patriarcat de Moscou. [\u2026] Dans ce document pr\u00e9par\u00e9, les responsables de l\u2019\u00c9glise russe d\u00e9clarent que [\u2026] avec l\u2019entr\u00e9e dans l\u2019Union Europ\u00e9enne des R\u00e9publiques baltes, dont les dioc\u00e8ses orthodoxes rel\u00e8vent pour la plupart de la juridiction du Patriarcat de Moscou, ce dernier deviendra un acteur \u00e0 part enti\u00e8re de la soci\u00e9t\u00e9 europ\u00e9enne \u00bb ; SOP, n\u00b0 269 (6\/2002), p. 5 ; soulign\u00e9 par nous.<\/p>\n<p><b>2.-<\/b> Voir \u00e0 ce propos les probl\u00e8mes eccl\u00e9siologiques et canoniques que pose l\u2019application d\u2019un tel principe \u00e9tranger \u00e0 la Tradition canonique de l\u2019\u00c9glise, dans J. D. ZIZIOULAS, \u201c JO sunodiko;\u00a0\u00bb qesmov\u00a0\u00bb : JIstorikav, ejkklhsiologika; kai; kanonika; problhvmata\u201d [L\u2019institution synodale : probl\u00e8mes historiques, eccl\u00e9siologiques et canoniques], in Timhtiko;n ajfievrwma eij\u00a0\u00bb to;n Mhtropolivthn Kivtrou\u00a0\u00bb Barnavban [\u201cM\u00e9langes en l\u2019honneur du M\u00e9tropolite Barnab\u00e9 de Kitros\u201d], Ath\u00e8nes, 1980, p. 176, 182, et note 41. De m\u00eame, IDEM, \u201cL\u2019institution synodale : probl\u00e8mes historiques, eccl\u00e9siologiques et canoniques\u201d, in Istina, t. 47, n\u00b0 1 (2002), p. 28-29, 35, et note 41.<\/p>\n<p><b>3.-<\/b> Voir les d\u00e9tails du d\u00e9placement forc\u00e9 de l\u2019\u00c9glise autoc\u00e9phale de Chypre durant le 7e si\u00e8cle et ses cons\u00e9quences, dans Archim. Grigorios D. PAPATHOMAS, L\u2019\u00c9glise autoc\u00e9phale de Chypre dans l\u2019Europe unie (Approche nomocanonique), Thessalonique-Kat\u00e9rini 1998, p. 81-96.<\/p>\n<p><b>4.-<\/b> Les chronographes, notamment, nous informent sur cet \u00e9v\u00e9nement. Voir C. PORPHYROGENITI, De administrando imperio, caput XLVII, in Corpus Scriptorum Histori\u00e6 Byzantin\u00e6, vol. III, Bonn\u00e6 1840, p. 214-215. Cf. THEOPHANIS, Chronographia, in P. G., t. CVIII, col. 741-742 A-B [\u00a7 304] ; G. CEDRENUS, Compendium Historiarum, in P. G., t. CXXI, col. 843-844 C [\u00a7 772] ; Ph. GEORGIOU, Informations historiques concernant l\u2019\u00c9glise de Chypre, Nicosie 21975, p. 29-37 (et Paulus Diaconus, lib. XIX) ; B. EGGLEZAKIS, Chypre, Nouvelle Justinianopolis, Nicosie 1990, p. 7-11 ; A. I. DIKIGOROPOULOS, \u201cThe Church of Cyprus during the period of the Arab Wars, A. D. 649-965\u201d, in The Greek Orthodox Theological Review, t. XI (1965-1966), p. 237-279.<\/p>\n<p><b>5.-<\/b> Voir R. P. J. PARGOIRE, L\u2019\u00c9glise byzantine de 527 \u00e0 847, Paris 1905, p. 156-157. Durant cette courte p\u00e9riode (8 ans [690\/691-698\/699]), une ville nouvelle fut b\u00e2tie \u2014sur les fondements de la ville d\u2019Artaki\u2014 dans les environs de Cyzique pour les Chypriotes en \u00e9migration ; elle porta en l\u2019honneur de l\u2019empereur, le nom de N\u00e9a Justinianopolis. Il s\u2019agit du nom de la ville que le canon 39\/V-VIe (voir infra) mentionne. Cf. \u00e9galement J. HACKETT-Ch.-J. PAPA\u00cfOANNOU, Histoire de l\u2019\u00c9glise orthodoxe de Chypre [traduction et \u00e9dition compl\u00e9t\u00e9e], vol. I, Pir\u00e9e 1927, p. 56 et ss. ; voir CHARTE STATUTAIRE DE LA TR\u00c8S-SAINTE \u00c9GLISE DE CHYPRE, article 32, in Archim. Grigorios D. PAPATHOMAS, L\u2019\u00c9glise autoc\u00e9phale de Chypre\u2026, op. cit., p. 240.<\/p>\n<p><b>6.-<\/b> Voir le cadre historique de ce Concile \u0153cum\u00e9nique dans P. M\u00c9N\u00c9VISOGLOU, Introduction historique aux canons de l\u2019\u00c9glise orthodoxe, Stockholm 1990, p. 289 (et note 2)-290 ; V. LAURENT, \u201cL\u2019\u0153uvre canonique du Concile in Trullo (691\/692). Source primaire du Droit de l\u2019\u00c9glise orientale\u201d, in Revue des \u00c9tudes Byzantines, t. XXIII (1965), p. 9-13, 20-21 ; de m\u00eame, J. PAPA\u00cfOANNOU, \u201cL\u2019autoc\u00e9phalie de l\u2019\u00c9glise de Chypre\u201d, in Orthodoxia, t. 23 (1948), p. 139-141.<\/p>\n<p><b>7.-<\/b> P.-P. JOANNOU, Discipline g\u00e9n\u00e9rale antique (IVe-IXe si\u00e8cles). Les Canons des Conciles \u0153cum\u00e9niques (IIe-IXe si\u00e8cles), \u00e9dition critique du texte grec, version latine et traduction fran\u00e7aise, [Pontificia Commissione per la Redazione del Codifice di Diritto Canonico Orientale], Fonti 9, t I, 1, Grottaferrata (Rome), Tipografia Italo-Orientale \u201cS. Nilo\u201d, 1962, p. 173-174 (trilingue ; traduction fran\u00e7aise rectifi\u00e9e) ; cf. MANSI, t. XI, col. 961-962 A-C ; SYNTAGMA, t. II, p. 395-396.<\/p>\n<p><b>8.-<\/b> Canon 6\/VIIe.<\/p>\n<p><b>9.-<\/b> Cf. l\u2019opinion de C. J. H\u00c9F\u00c9L\u00c9-H. LECLERCQ, Histoire des Conciles, d\u2019apr\u00e8s les documents originaux. Nouvelle traduction fran\u00e7aise corrig\u00e9e et augment\u00e9e par H. Leclercq, Hildesheim-New York 1973, t. III, vol. 1, liv. XVII [\u00a7 336], p. 568, note 3.<\/p>\n<p><b>10.-<\/b> B. TZORTZATOS, Les institutions fondamentales de l\u2019\u00c9glise autoc\u00e9phale de Chypre, Ath\u00e8nes 1974, p. 14.<\/p>\n<p><b>11.-<\/b> Cf. A. N. MITSIDIS, \u201cL\u2019autoc\u00e9phalie de l\u2019\u00c9glise de Chypre\u201d, in XVe Congr\u00e8s international des \u00c9tudes byzantines, t. V, n\u00b0 2, Ath\u00e8nes 1976, p. 5-6 ; P. I. PANAGIOTACOS, \u201cL\u2019autoc\u00e9phalie de la tr\u00e8s Sainte \u00c9glise apostolique de Chypre. B- La taxis canonique\u201d, in AEKD, t. 14, n\u00b0 1 (1959), p. 13-16.<\/p>\n<p><b>12.-<\/b> \u00c0 partir de cette probl\u00e9matique, le contenu du canon 39 posa des questions aux historiens en ce qui concerne, notamment, la mention de la ville soit de Constantia, soit de Constantinople, \u00e0 laquelle sont li\u00e9s les droits canoniques octroy\u00e9s. Voir, \u00e0 ce propos, A. PALMIERI, \u201cChypre (\u00c9glise de)\u201d, in Dictionnaire de Th\u00e9ologie Catholique, t. II, vol. b, Paris 1923, col. 2431 ; R. JANIN, \u201cChypre\u201d, in Dictionnaire d\u2019Histoire et de G\u00e9ographie eccl\u00e9siastiques, t. XII, Paris 1953, col. 796 ; J. HACKETT-Ch.-J. PAPA\u00cfOANNOU, Histoire de l\u2019\u00c9glise de Chypre&#8230;, op. cit., vol. I, p. 58-67 ; G. KONIDARIS, \u201cLa place de l\u2019\u00c9glise de Chypre dans les Tactica eccl\u00e9siastiques (Notitia episcopatuum) du 8e \u00e0 12e si\u00e8cle (Contribution \u00e0 l\u2019histoire de l\u2019autoc\u00e9phalie), in Proc\u00e8s-verbaux du Premier Congr\u00e8s international chypriologique (Nicosie, 14-18 avril 1969), vol. II (\u00e9poque m\u00e9di\u00e9vale), Nicosie 1972, \u00a7 8, p. 90-91 ; comparer le texte du canon 39 chez P.-P. JOANNOU, Discipline g\u00e9n\u00e9rale antique-Les Canons&#8230;, op. cit., t. I, 1, p. 174, et dans SYNTAGMA, t. 2, p. 395. En tout cas et en ce qui concerne l\u2019\u00e9lection et l\u2019ordination des \u00e9v\u00eaques, tant l\u2019archev\u00eaque (\u00c9glise autoc\u00e9phale) que le patriarche (\u00c9glise patriarcale [ancienne]) ont les m\u00eames droits canoniques \u00e0 exercer dans leur espace g\u00e9ographique juridictionnel propre. Il n\u2019y avait pas eu de question sp\u00e9ciale pour octroyer les \u201cdroits du si\u00e8ge de Constantinople\u201d \u00e0 l\u2019archev\u00eaque chypriote uniquement pour consacrer les \u00e9v\u00eaques de la (\u201csa\u201d) province, mais m\u00eame l\u2019\u00e9v\u00eaque (m\u00e9tropolitain) de Cyzique ; c\u2019est donc pour cela qu\u2019il s\u2019agit de droits canoniques octroy\u00e9s conciliairement d\u2019une \u00c9glise locale \u00e0 une autre pour des raisons valables et canoniquement justifi\u00e9es ; autrement dit, on ne lui octroyait pas des droits exarchaux*, mais des pleins droits ceux d\u2019un primat d\u2019\u00c9glise autoc\u00e9phale. (Ce fait cr\u00e9e un pr\u00e9c\u00e9dent canonique qu\u2019on retrouvera appliqu\u00e9 ult\u00e9rieurement \u2014 d\u00e9but du 20e si\u00e8cle \u2014 entre le Patriarcat \u0153cum\u00e9nique et l\u2019\u00c9glise de Gr\u00e8ce concernant notamment le droit canonique octroy\u00e9 par la premi\u00e8re visant la direction de la diaspora \u201ceurop\u00e9enne\u201d (sic), am\u00e9ricaine et australienne, par la deuxi\u00e8me, de 1908 \u00e0 1922 ; voir B. TZORTZATOS, The subjection of the Greek Churches in the \u201cdiaspora\u201d to the Church of Creece and its revocation, Athens 1977, p. 5 et 10-11. L\u2019int\u00e9r\u00eat de cette \u00e9tude canonique r\u00e9side en l\u2019actualit\u00e9 de son sujet, tout comme la question de la diaspora. Elle contient la correspondance \u00e9chang\u00e9e par le Patriarcat \u0153cum\u00e9nique et l\u2019\u00c9glise autoc\u00e9phale de Gr\u00e8ce \u00e0 propos d\u2019un r\u00e8glement du statut canonique des communaut\u00e9s helladiques vivant en dehors de la Gr\u00e8ce). De m\u00eame, selon l\u2019opinion droite et unanime des canonistes Balsamon, Zonaras et Arist\u00e8ne exprim\u00e9e en commentant pr\u00e9cis\u00e9ment le 39e canon\/V-VIe [cf. A. PALMIERI, ibid., col. 2431 ; R. JANIN, Ibid., col. 796], \u00ab les droits reconnus \u00e0 l\u2019archev\u00eaque \u00e9taient ceux que le patriarche de Constantinople avait jusqu\u2019alors exerc\u00e9s sur la province d\u2019Hellespont \u00bb ; ils reconnaissent alors que depuis la fondation de leur \u00c9glise, le synode local chypriote \u00e9lisait et consacrait, nommait et jugeait lui-m\u00eame ses \u00e9v\u00eaques ; voir P. G., t. CXXXVII, col. 649 A-652 A et col. 365 B-368 A [cf. \u00e9galement P. G., t. CXXXVIII, col. 223-224 C], col. 651-652 A-B et col. 367-368 A-D, et 651-652 B-C et col. 367 D-370 A respectivement ; voir \u00e9galement SYNTAGMA, t. 2, p. 396-397 et 204-206. Au d\u00e9part des chypriotes, l\u2019Hellespont retourna ipso facto sous la juridiction patriarcale de l\u2019\u00c9glise de Constantinople comme auparavant. Par ailleurs, qu\u2019il nous soit permis d\u2019utiliser une expression heureuse \u2014 bien qu\u2019en r\u00e9alit\u00e9 sa formulation ne soit pas canoniquement correcte \u2014 pour qualifier la situation expos\u00e9e ci-dessus d\u2019un autre point de vue et \u00e0 travers le crit\u00e8re territorial. Il s\u2019agirait d\u2019une \u201c\u00c9glise dans une autre \u00c9glise\u201d destin\u00e9e \u00e0 diriger son peuple eccl\u00e9sial en pr\u00e9servant pleinement ses droits eccl\u00e9siaux acquis auparavant tout en acqu\u00e9rant provisoirement les pleins droits canoniques \u00e9galement sur le peuple de l\u2019autre \u00c9glise. Ce cas, par ailleurs, touche directement la question contemporaine de la diaspora orthodoxe en fournissant un pr\u00e9c\u00e9dent qui concerne notamment l\u2019exercice et le contenu de la juridiction eccl\u00e9siale d\u2019une \u00c9glise locale oblig\u00e9e de vivre int\u00e9gralement ou proportionnellement sur le territoire d\u2019une autre \u00c9glise locale.<\/p>\n<p><b>13.-<\/b> Cf. Vl. PHIDAS, \u201cL\u2019 \u201cautoc\u00e9phalie\u201d et l\u2019 \u201cautonomie\u201d dans l\u2019\u00c9glise orthodoxe\u201d, in N\u00e9a Sion, t. 71 (1979), p. 27. Voir \u00e9galement une probl\u00e9matique sur cette question chez J. HACKETT-Ch.-J. PAPA\u00cfOANNOU, Histoire de l\u2019\u00c9glise de Chypre&#8230;, op. cit., vol. I, p. 60-69 ; G. KONIDARIS, \u201cLa place de l\u2019\u00c9glise de Chypre dans les Tactica&#8230;\u201d, op. cit., p. 111-112.<\/p>\n<p><b>14.- <\/b>Voir MANSI, t. XI, col. 989-990 A ; MANSI, t. XIII, col. 1A-490D, respectivement.<\/p>\n<p><b>15.-<\/b> \u00c0 titre d\u2019exemple qui n\u2019est pas unique, voir les canons 8\/Ier (325) et 10\/Antioche (341).<\/p>\n<p><b>16.-<\/b> Cf. la publication r\u00e9cente du SOP, \u201cTALLINN : l\u2019\u00c9glise d\u2019Estonie relevant du Patriarcat de Moscou\u201d, in SOP, n\u00b0 269 (6\/2002), p. 8-9, demeure r\u00e9v\u00e9latrice en ce qui concerne la fa\u00e7on dont on a pr\u00e9sent\u00e9 la reconnaissance civile des communaut\u00e9s russes par les autorit\u00e9s \u00e9tatiques estoniennes. On y parle d\u2019une \u201c\u00c9glise d\u2019Estonie\u201d autre que l\u2019\u201c\u00c9glise autonome orthodoxe\u201d existant canoniquement en Estonie depuis 1923. Voir \u00e9galement infra.<\/p>\n<p><b>17.-<\/b> C\u2019est le terme que nous proposons pour qualifier le domaine th\u00e9ologique scientifique de \u201cdroit canonique\u201d, qui exprime exactement ce que c\u2019est l\u2019ensemble no\u00e9tique des canons de l\u2019\u00c9glise.<\/p>\n<p><b>18.-<\/b> Voir la partie pr\u00e9c\u00e9dente.<\/p>\n<p><b>19.-<\/b> Voir les d\u00e9tails de cette question dans Archim. Grigorios D. PAPATHOMAS, L\u2019\u00c9glise autoc\u00e9phale de Chypre\u2026, op. cit., p. 46-81.<\/p>\n<p><b>20.-<\/b> Cf. P. L\u2019HUILLIER, \u201cL\u2019exp\u00e9rience politique de l\u2019Orthodoxie\u201d, in Les Chr\u00e9tiens et l\u2019\u00c9tat, Paris 1967, p. 89 ; Yv. CONGAR, \u201cAutoc\u00e9phales (\u00c9glises)\u201d, in Catholicisme, t. I, Paris 1948, col. 1089 ; cf. D. SALACHAS, \u201cLe \u201cstatus\u201d eccl\u00e9siologique et canonique des \u00c9glises catholiques orientales \u201csui juris\u201d et des \u00c9glises orthodoxes autoc\u00e9phales\u201d, in L\u2019ann\u00e9e canonique, t. XXXIII (1990), p. 36 et ss.<\/p>\n<p><b>21.-<\/b> Voir \u00e0 ce propos le canon 28 du IVe Concile \u0153cum\u00e9nique de Chalc\u00e9doine (451).<\/p>\n<p><b>22.-<\/b> Voir \u00e0 ce propos la partie pr\u00e9c\u00e9dente.<\/p>\n<p><b>23.-<\/b> On a vu que le terme \u201cnation\u201d d\u00e9signe une r\u00e9gion, une province, une \u201cp\u00e9riph\u00e9rie administrative\u201d d\u2019une \u00e9parchie civile de l\u2019Empire romain (34e canon apostolique), alors que, de nos jours, signifie la conscience commune d\u2019un peuple qu\u2019elle l\u2019unifie.<\/p>\n<p><b>24.-<\/b> Olivier CL\u00c9MENT, L\u2019\u00c9glise orthodoxe, Paris, PUF (coll. Que sais-je ?, n\u00b0 949), 61998, p. 27 ; soulign\u00e9 par nous. En fait et en r\u00e9alit\u00e9, les paroisses orthodoxes estoniennes avec l\u2019accord du gouvernement estonien ont demand\u00e9 le statut d\u2019autonomie \u2014 et non d\u2019autoc\u00e9phalie \u2014et, plus pr\u00e9cis\u00e9ment, la r\u00e9activation du Tomos de leur autonomie eccl\u00e9siastique de 1923.<\/p>\n<p><b>25.-<\/b> Actualisation du canon 39\/Quinisexte ; soulign\u00e9 par nous.<\/p>\n<p><b>26.-<\/b> Interview accord\u00e9e \u00e0 France Catholique, n\u00b0 2340 du 31-1-1992.<\/p>\n<p><b>27.-<\/b> \u00c0 l\u2019avenir donc, si la Russie doit entrer dans l\u2019Union Europ\u00e9enne, on est oblig\u00e9 \u2014 en retenant le [vraiment nouveau] crit\u00e8re de l\u2019\u00c9glise \u201cnum\u00e9riquement dominante\u201d \u2014 d\u2019abolir ou de r\u00e9duire toutes les autres autoc\u00e9phalies, car le Patriarcat de Russie demeure majoritairement et \u201cnum\u00e9riquement dominant\u201d !<\/p>\n<p><b>28.-<\/b> Vl. PHIDAS, \u201cL\u2019\u00c9glise locale \u2014 autoc\u00e9phale ou autonome \u2014 en communion avec les autres \u00c9glises. Autoc\u00e9phalie et communion\u201d, in \u00c9glise locale et \u00c9glise universelle, Chamb\u00e9sy-Gen\u00e8ve 1981, p. 147 ; soulign\u00e9 par nous.<\/p>\n<p><b>29.-<\/b> Cf. canon 57 du Concile local de Carthage (419) ; canon 56 du Quinisexte Concile \u0153cum\u00e9nique in Trullo (691).<\/p>\n<p><b>30.-<\/b> \u00c0 ce propos, voir \u00e9galement le canon 10 du Concile local d\u2019Antioche (341), qui est tr\u00e8s pr\u00e9cis et clair sur cette question.<\/p>\n<p><b>31.-<\/b> Voir notre \u00e9tude canonique traitant dans les d\u00e9tails cette question : Grigorios PAPATHOMAS, \u201cLes diff\u00e9rentes modalit\u00e9s d\u2019exercice de la juridiction du Patriarcat \u0153cum\u00e9nique de Constantinople\u201d, in Istina, t. XL, n\u00b0 4 (1995), p. 369-385. De m\u00eame, Archim. Grigorios PAPATHOMAS, Le Patriarcat \u0153cum\u00e9nique de Constantinople (y compris la Politeia monastique du Mont Athos) dans l\u2019Europe unie (Approche nomocanonique), Thessalonique-Kat\u00e9rini, \u00c9d. \u00c9pektasis (coll. Biblioth\u00e8que nomocanonique, n\u00b0 1), 1998, p. 98-107.<\/p>\n<p><b>32.-<\/b> Les canons 17e du IVe Concile \u0153cum\u00e9nique de Chalc\u00e9doine (451) et 38e du Quinisexte Concile \u0153cum\u00e9nique in Trullo (691) dicte : \u00ab L\u2019organisation de l\u2019\u00c9glise doit toujours suivre l\u2019organisation civile \u00bb.<\/p>\n<p><b>33.-<\/b> Dans les canons 34, 35 et 38 des Canons apostoliques ; 18e du Concile d\u2019Ancyre (314) ; 8e du Ier Concile \u0153cum\u00e9nique de Nic\u00e9e (325) ; 9e, 13e et 22e du Concile d\u2019Antioche (341) ; 3e du Concile de Sardique (343) ; 2e du IIe Concile \u0153cum\u00e9nique de Constantinople (381) ; 20e du Quinisexte Concile \u0153cum\u00e9nique in Trullo (691) ; 16e du Concile prime-second (861).<\/p>\n<p><b>34.-<\/b> J. GAUDEMET, Le gouvernement de l\u2019\u00c9glise \u00e0 l\u2019\u00e9poque classique [IIe partie, Le gouvernement local], t. VIII, vol. 2, Paris 1979, p. 124 ; J. MEYENDORFF, Orthodoxie et Catholicit\u00e9, Paris 1965, p. 99-108.<\/p>\n<p><b>35.-<\/b> Vl. PHIDAS, \u201cL\u2019\u00c9glise locale \u2014 autoc\u00e9phale ou autonome \u2014 en communion&#8230;\u201d, op. cit., p. 148 ; soulign\u00e9 par nous. Par ailleurs, \u00e0 titre de comparaison, on voudrait citer la norme de l\u2019article parall\u00e8le d\u2019une autre \u00c9glise autoc\u00e9phale, celle de Gr\u00e8ce, qui stipule pr\u00e9cis\u00e9ment : \u00ab Ses membres sont tous les chr\u00e9tiens orthodoxes habitant ces r\u00e9gions [de Gr\u00e8ce] \u00bb (article 1, \u00a7 3). Cette question \u2014 qu\u2019on trouve dans d\u2019autres Chartes statutaires des \u00c9glises autoc\u00e9phales \u2014 renvoie \u00e0 une r\u00e9\u00e9valuation de ces Chartes statutaires des \u00c9glises nationales orthodoxes d\u2019un point de vue canonique.<\/p>\n<p><b>36.-<\/b> Interview du Patriarche de Russie Alexis II, juste apr\u00e8s son \u00e9lection patriarcale accord\u00e9e \u00e0 France Catholique, n\u00b0 2340 du 31-1-1992.<\/p>\n<p><b>37.-<\/b> Voir l\u2019article int\u00e9ressant sur cette question d\u2019actualit\u00e9 Br. CHENU, \u201cL\u2019ambigu\u00eft\u00e9 du \u00ab territoire canonique \u00bb\u201d, dans le Journal quotidien La Croix, du lundi 25-2-2002, aussi bien que dans le SOP, n\u00b0 269 (6\/2002), p. 5. En effet, aux termes du SOP, \u00ab L\u2019\u00c9glise orthodoxe russe a r\u00e9cemment adress\u00e9 \u00e0 la Commission de Bruxelles un document exprimant sa conception de la r\u00e9forme des institutions europ\u00e9ennes dans le cadre de l\u2019\u00e9largissement de l\u2019Union Europ\u00e9enne, indique un communiqu\u00e9 du d\u00e9partement des relations ext\u00e9rieures du Patriarcat de Moscou. [Entre autres, on y d\u00e9clare] \u201cL\u2019adh\u00e9sion \u00e0 l\u2019Europe de plusieurs pays de tradition orthodoxe ainsi que des R\u00e9publiques baltes, o\u00f9 il existe plus de trois cents paroisses relevant de la juridiction du Patriarcat de Moscou, l\u2019existence en Europe occidentale de nombreuses paroisses du Patriarcat de Moscou, de m\u00eame que le voisinage direct de l\u2019Union Europ\u00e9enne avec des \u00c9tats qui entrent dans le territoire canonique du Patriarcat de Moscou, tout cela constitue des donn\u00e9es objectives pour un engagement actif de l\u2019\u00c9glise orthodoxe russe en faveur d\u2019une repr\u00e9sentation digne et enti\u00e8re de l\u2019Orthodoxie dans le cadre de l\u2019Europe unie\u201d, affirme le communiqu\u00e9 dans ses explications \u00bb ; ibid. ; soulign\u00e9 par nous.<\/p>\n<p><b>38.-<\/b> J. D. ZIZIOULAS, \u201cOrtodossia\u201d, in Enciclopedia del novecento, vol. V, Rome, Istituto dell\u2019Enciclopedia Italiana, 1981, \u00a7 2, I, p. 1 b. Cf. une analyse eccl\u00e9siologique concr\u00e8te concernant cette question dans J. D. ZIZIOULAS, \u201cL\u2019\u00c9glise locale dans une perspective eucharistique\u201d, in Messager de l\u2019Exarchat du Patriarche russe en Europe occidentale, nos 97-100 (1978), p. 35-48.<\/p>\n<p><b>39.-<\/b> Lc 2, 35.<\/p>\n<p><b>40.-<\/b> Lc 2, 34.<\/p>\n<p><b>41.-<\/b> 1 Rois 3, 16-27.<\/p>\n<p><b>42.-<\/b> L\u2019affaire est maintenant bien claire. Aux termes explicites du SOP, \u00ab le Patriarcat de Moscou s\u2019est f\u00e9licit\u00e9 de la reconnaissance de l\u2019Eglise d\u2019Estonie relevant de sa juridiction. \u201cCette d\u00e9cision ouvre la porte au r\u00e9tablissement d\u2019une justice authentique, y compris \u00e0 la reconnaissance des droits des croyants de poss\u00e9der les \u00e9glises qui ont \u00e9t\u00e9 construites par leurs anc\u00eatres\u201d, indique un communiqu\u00e9 du d\u00e9partement des relations ext\u00e9rieures du Patriarcat. Le primat de l\u2019\u00c9glise orthodoxe russe, le patriarche de Moscou ALEXIS II, qui est lui-m\u00eame d\u2019origine estonienne et a, pendant pr\u00e8s de trente ans, dirig\u00e9 le dioc\u00e8se de Tallinn, a d\u00e9clar\u00e9 devant la presse russe qu\u2019il consid\u00e9rait cette d\u00e9cision comme \u201cun premier pas dans la bonne direction\u201d. Il n\u2019a pas exclu la possibilit\u00e9 de se rendre prochainement en visite pastorale en Estonie \u00bb (SOP, n\u00b0 269 (6\/2002), p. 8 ; soulign\u00e9 par nous). Si on comprend bien, la \u201cbonne direction\u201d constitue la r\u00e9alisation, l\u2019incarnation de l\u2019exigence de la division et du partage\u2026 du corps du Christ en Estonie, \u00e9tant donn\u00e9 en plus que, suite \u00e0 la reconnaissance civile, la visite pastorale souhait\u00e9e concernera \u201cl\u2019\u00c9glise d\u2019Estonie relevant du Patriarcat de Russie\u201d\u2026 Et si, enfin, on rappelait sa d\u00e9claration patriarcale inaugurale : \u00ab Les int\u00e9r\u00eats des nations ne peuvent \u00eatre plac\u00e9s au-dessus de la v\u00e9rit\u00e9 \u00bb (France Catholique, n\u00b0 2340 du 31-1-1992 ; soulign\u00e9 par nous), on se demande, o\u00f9 est la v\u00e9rit\u00e9 \u00e9voqu\u00e9e ?\u2026<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Une solution conciliaire anticip\u00e9e\u2028de la \u201cquestion eccl\u00e9siastique orthodoxe\u201d en Estonie\u2028(Canon 39 du Quinisexte Concile \u0153cum\u00e9nique in Trullo-691) par l\u2019Archimandrite Grigorios Papathomas &nbsp; \u00ab Nous avons donc d\u00e9cid\u00e9 que l\u2019Eglise de Dieu r\u00e9pandue\u2028\u00e0 travers tout l\u2019univers suivra une et unique taxis\u2026 \u00bb.\u2028(Canon 56\/Quinisexte). \u00ab Les int\u00e9r\u00eats des nations ne peuvent \u00eatre plac\u00e9s\u2028au-dessus de la v\u00e9rit\u00e9 \u00bb.\u2028(Patriarche [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":7,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_exactmetrics_skip_tracking":false,"_exactmetrics_sitenote_active":false,"_exactmetrics_sitenote_note":"","_exactmetrics_sitenote_category":0,"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[120],"tags":[154,130,128,168,155,162],"class_list":["post-8079","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-histoire","tag-canon","tag-eglise","tag-estonie","tag-histoire-2","tag-patriarcat","tag-russie"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.6 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>\u2028Une solution conciliaire anticip\u00e9e\u2028de la \u201cquestion eccl\u00e9siastique orthodoxe\u201d en Estonie &#8211; 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