{"id":8088,"date":"2015-01-26T16:08:00","date_gmt":"2015-01-26T14:08:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.eoc.ee\/?p=8088"},"modified":"2015-01-26T16:08:00","modified_gmt":"2015-01-26T14:08:00","slug":"l-orthodoxie-et-la-crise-ecclesiastique-en-estonie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.eoc.ee\/fr\/histoire\/l-orthodoxie-et-la-crise-ecclesiastique-en-estonie\/","title":{"rendered":"L\u2019ORTHODOXIE ET LA CRISE ECCLESIASTIQUE EN ESTONIE"},"content":{"rendered":"<p><b>Par Konstantinos VAVOUSKOS<\/b><\/p>\n<p><b>Professeur \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Thessalonique<\/b><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>1. Le 28e canon du IVe Concile \u0153cum\u00e9nique de Chalc\u00e9doine prescrivait que : \u00ab [\u2026]. Les \u00e9v\u00eaques des parties de ces dioc\u00e8ses se situant chez les r\u00e9gions barbares, seront ordonn\u00e9s par le saint tr\u00f4ne de l\u2019Eglise de Constantinople \u00bb. Conform\u00e9ment \u00e0 ce canon, les \u00ab dioc\u00e8ses se situant chez les r\u00e9gions barbares \u00bb, \u00e0 savoir les \u00e9glises des \u201cr\u00e9gions barbares\u201d se trouvant \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des fronti\u00e8res de l\u2019Empire byzantin, sont soumis au Patriarcat \u0153cum\u00e9nique de Constantinople (voir Maximos, M\u00e9tropolite de Sardes, Le Patriarcat \u0153cum\u00e9nique dans l\u2019Eglise orthodoxe, Thessalonique 1972, p. 227 et ss., notamment, p. 236-237, o\u00f9 l\u2019on peut trouver un d\u00e9bat autour de cette interpr\u00e9tation), ou, selon une interpr\u00e9tation analogue, les r\u00e9gions non soumises \u00e0 une Eglise autoc\u00e9phale (orthodoxe) (voir mon Manuel de Droit eccl\u00e9siastique, Thessalonique 1989, p. 27). L\u2019interpr\u00e9tation de ce canon, comme je l\u2019ai d\u00e9j\u00e0 not\u00e9 dans mon Manuel de Droit eccl\u00e9siastique (ibid., p. 31 et ss., et p. 25) a \u00e9t\u00e9 contest\u00e9e par l\u2019Eglise russe, qui, en certaines circonstances (p. ex., dans le cas de l\u2019Eglise au Japon et en Pologne auxquelles se r\u00e9f\u00e8rent les articles 8 et 9), a tent\u00e9 d\u2019empi\u00e9ter sur le pouvoir du Patriarcat. C\u2019est pourquoi il a \u00e9t\u00e9 propos\u00e9, lors de la 1\u00e8re Conf\u00e9rence interorthodoxe pr\u00e9conciliaire, de mettre \u00e0 l\u2019ordre du jour du Saint et Grand Concile panorthodoxe \u00e0 venir la question de \u00ab l\u2019autoc\u00e9phalie et la mani\u00e8re de la proclamer \u00bb et de \u00ab l\u2019autonomie et la mani\u00e8re de la proclamer \u00bb, afin de reprendre, sur de nouvelles bases, le d\u00e9bat autour de ce privil\u00e8ge du Patriarcat \u0153cum\u00e9nique (autrement, il n\u2019y avait aucune raison de le renvoyer \u00e0 la discussion). La polyarchie (pluralit\u00e9 des pouvoirs) est la faiblesse de l\u2019orthodoxie ; toutefois, je suis convaincu que le Patriarcat \u0153cum\u00e9nique conservera ce privil\u00e8ge, \u00e9tant donn\u00e9 que la Conf\u00e9rence interorthodoxe pr\u00e9conciliaire s\u2019est d\u00e9j\u00e0 orient\u00e9e en ce sens, \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9 m\u00eame, au moment o\u00f9 l\u2019Eglise russe (aux c\u00f4t\u00e9s de laquelle s\u2019est rang\u00e9e l\u2019Eglise bulgare) a formul\u00e9 sa proposition (voir pour plus d\u2019information, mon \u00e9tude \u201cLe Patriarcat \u0153cum\u00e9nique et les orthodoxes de la diaspora\u201d, dans Hommage \u00e0 Iakovos, Archev\u00eaque d\u2019Am\u00e9rique du Nord et du Sud, Thessalonique 1985, p. 264 et ss.). \u00c0 cette conviction, contribue \u00e9galement le fait que l\u2019Eglise bulgare, \u00e0 la suite de l\u2019effondrement des r\u00e9gimes du \u00ab socialisme r\u00e9el \u00bb n\u2019est plus, comme elle l\u2019\u00e9tait, un satellite de l\u2019Eglise russe, et que le Patriarcat \u0153cum\u00e9nique a vu son autorit\u00e9 s\u2019accro\u00eetre consid\u00e9rablement.<\/p>\n<p>2. L\u2019alin\u00e9a 4 du canon 17 du m\u00eame IVe Concile \u0153cum\u00e9nique et, suite \u00e0 ce dernier, le canon 38 du Quinisexte Concile \u0153cum\u00e9nique prescrit que \u00ab le canon \u00e9dict\u00e9 par nos p\u00e8res, nous aussi, nous l\u2019observerons, qui dit : \u201cSi par ordre du pouvoir imp\u00e9rial une ville a \u00e9t\u00e9 fond\u00e9e, ou elle sera d\u00e9sormais fond\u00e9e, l\u2019ordre des affaires eccl\u00e9siastiques se conformera \u00e0 l\u2019ordre civil et public\u201d \u00bb. Ces dispositions canoniques r\u00e9glaient une question qui avait d\u00e9j\u00e0 commenc\u00e9e \u00e0 se poser sous la pression de l\u2019\u00e9volution des probl\u00e8mes ethno-raciaux, dans la r\u00e9gion \u00ab se situant chez les r\u00e9gions barbares \u00bb du continent europ\u00e9en, frontali\u00e8re de l\u2019Empire byzantin, et qui devait, par la suite, et m\u00eame jusqu\u2019\u00e0 nos jours, constituer un \u00e9l\u00e9ment fondamental r\u00e9gissant l\u2019\u00e9laboration de la politique du Patriarcat \u0153cum\u00e9nique, relativement \u00e0 la concession du r\u00e9gime eccl\u00e9siastique autoc\u00e9phale aux Etats nationaux (orthodoxes) qui se sont form\u00e9s \u00e0 cette \u00e9poque.\u2028Cette question, en raison, d\u2019une part, de l\u2019importance qu\u2019elle a acquise et, d\u2019autre part, de sa relation avec la politique ext\u00e9rieure de l\u2019Empire byzantin, a, quatre si\u00e8cles plus tard, oblig\u00e9 le patriarche \u0153cum\u00e9nique Photius le Grand, lors de son av\u00e8nement en 861 sur le Tr\u00f4ne patriarcal de Constantinople, \u00e0 \u00e9crire au pape de Rome Nicolas 1er, pour lui dire que \u00ab selon la coutume, les affaires eccl\u00e9siastiques et notamment les droits des \u00e9glises suivent l\u2019\u00e9volution des circonscriptions politiques et administratives \u00bb. La position du Patriarche Photius est l\u2019\u00e9cho de la pratique en vigueur lors de l\u2019\u00e9laboration de la politique du Patriarcat \u0153cum\u00e9nique, quant \u00e0 la concession du r\u00e9gime eccl\u00e9siastique autoc\u00e9phale \u00e0 ceux qui le demandaient (Etats, nations, races, groupes d\u2019hommes).<\/p>\n<p>3. D\u2019apr\u00e8s ce qui pr\u00e9c\u00e8de, c\u2019est donc ainsi que le Patriarcat \u0153cum\u00e9nique a accord\u00e9 le r\u00e9gime autoc\u00e9phale a) \u00e0 ceux qui, parmi les groupes nationaux chr\u00e9tiens, avaient acquis une ind\u00e9pendance politique, parce qu\u2019il \u00e9tait inconcevable que, dans un seul Etat et dans une telle circonstance, il exist\u00e2t deux Eglises orthodoxes ind\u00e9pendantes. Dans le cas o\u00f9 des groupes nationaux avaient acquis un r\u00e9gime politique semi-autonome, il leur \u00e9tait conc\u00e9d\u00e9 un r\u00e9gime eccl\u00e9siastique semi-autonome. Dans les deux cas, la condition pr\u00e9alable \u00e9tait d\u2019en soumettre la demande, car, autrement, la proclamation arbitraire du r\u00e9gime autoc\u00e9phale aurait constitu\u00e9 un coup d\u2019Etat eccl\u00e9siastique. Un coup d\u2019Etat pour acqu\u00e9rir une existence \u00e9tatique ind\u00e9pendante contre un Etat souverain constitue une r\u00e9volution (nationale) mais, pour acqu\u00e9rir une existence eccl\u00e9siastique ind\u00e9pendante contre une Eglise (m\u00e8re) plus ancienne, constitue un refus de l\u2019infrastructure m\u00eame de l\u2019Eglise, en tant qu\u2019organisme d\u2019amour, de respect, d\u2019altruisme et de discipline (canonique). Le Patriarcat \u0153cum\u00e9nique n\u2019a finalement pas refus\u00e9, en d\u00e9pit de la situation cr\u00e9\u00e9e dans certains cas, l\u2019octroi de l\u2019ind\u00e9pendance eccl\u00e9siastique sous la forme du statut autoc\u00e9phale, lorsque une demande lui a \u00e9t\u00e9 adress\u00e9e par le c\u00f4t\u00e9 int\u00e9ress\u00e9 et lorsque les conditions pr\u00e9alables analogues d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9cit\u00e9es \u00e9taient r\u00e9unies.\u2028b) Les \u00e9glises apostoliques, c\u2019est-\u00e0-dire les \u00e9glises fond\u00e9es par les Ap\u00f4tres eux-m\u00eames, constituent un autre cas de concession du r\u00e9gime eccl\u00e9siastique autoc\u00e9phale. Ce cas n\u2019a d\u00e9sormais qu\u2019une importance historique, \u00e9tant donn\u00e9 que, depuis longtemps, il n\u2019est plus possible de fonder d\u2019\u00e9glise apostolique, puisque les Ap\u00f4tres, comme chacun sait, sont morts depuis des si\u00e8cles.<\/p>\n<p>4. Sur la base du principe formul\u00e9 par Photios le Grand, le Patriarcat \u0153cum\u00e9nique a, jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui, accord\u00e9 le r\u00e9gime autoc\u00e9phale (eccl\u00e9siastique) \u00ab aux dioc\u00e8ses se situant chez les r\u00e9gions barbares \u00bb, par ordre, aux Eglises russe, grecque, serbe, roumaine, albanaise, bulgare et \u00e0 l\u2019Eglise orthodoxe de G\u00e9orgie. L\u2019application de ce principe n\u2019est pas toujours all\u00e9e sans malentendus ni remises en cause, mais, en tout cas, l\u2019id\u00e9e \u00e9tait l\u00e0 et elle affirme pr\u00e9cis\u00e9ment que, pour accorder un r\u00e9gime eccl\u00e9siastique autoc\u00e9phale \u00e0 un quelconque groupe national n\u2019appartenant pas \u00e0 une Eglise autoc\u00e9phale, il faut que ce groupe soit, au pr\u00e9alable, reconnu comme Etat, autrement dit qu\u2019il ait la forme d\u2019un Etat ind\u00e9pendant et, en tant que tel, qu\u2019il soumette une demande pour que lui soit accord\u00e9 le r\u00e9gime eccl\u00e9siastique autoc\u00e9phale, car, ainsi qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 dit, ce r\u00e9gime n\u2019est pas acquis d\u2019office. Je crois qu\u2019il va de soi qu\u2019un r\u00e9gime eccl\u00e9siastique autoc\u00e9phale n\u2019est accord\u00e9 qu\u2019\u00e0 la condition que les dogmes, les canons et les traditions de l\u2019Orthodoxie soient respect\u00e9s, que la comm\u00e9moration du nom du Patriarche \u0153cum\u00e9nique soit c\u00e9l\u00e9br\u00e9e, que le saint chr\u00eame soit re\u00e7u du Patriarcat \u0153cum\u00e9nique et, surtout, que la primaut\u00e9 d\u2019honneur du Patriarcat \u0153cum\u00e9nique soit reconnue, car l\u2019Eglise orthodoxe est une et unique en mati\u00e8re de dogme et, par cons\u00e9quent, la concession d\u2019un r\u00e9gime eccl\u00e9siastique autoc\u00e9phale ne signifie ni la rupture ni la d\u00e9viation du syst\u00e8me des Eglises orthodoxes, autrement dit il ne s\u2019agit pas d\u2019un schisme.<\/p>\n<p>5. Au cas o\u00f9 un certain groupe national aurait \u00e9t\u00e9 constitu\u00e9 en Etat semi-autonome, ce dernier peut obtenir un r\u00e9gime eccl\u00e9siastique semi-autonome. L\u2019Eglise de Serbie se trouvait dans ce cas, quand, en 1817, elle a \u00e9t\u00e9 reconnue comme un Etat semi-autonome soumis au sultan. En 1831, elle a soumis la demande requise et, par la suite, s\u2019est vue accorder un r\u00e9gime eccl\u00e9siastique semi-autonome par le Patriarcat \u0153cum\u00e9nique. Les circonstances \u00e9taient similaires dans le cas de la Cr\u00e8te qui, en 1900, a \u00e9t\u00e9 reconnue comme Etat semi-autonome, sous la d\u00e9nomination de \u00ab Politeia cr\u00e9toise \u00bb, \u00e9galement soumise au sultan, puis, apr\u00e8s en avoir pr\u00e9sent\u00e9 la demande au Patriarcat \u0153cum\u00e9nique, a obtenu le m\u00eame r\u00e9gime que la Serbie, \u00e0 savoir un r\u00e9gime eccl\u00e9siastique semi-autonome (qui existe toujours, r\u00e9glement\u00e9 par les lois de l\u2019Etat hell\u00e9nique, dont la plus r\u00e9cente est la loi 4149\/1961 (voir, \u00e0 ce sujet, mon Manuel de Droit eccl\u00e9siastique, op. cit., p. 28, de m\u00eame que mon \u00e9tude : \u201cL\u2019influence de Photius sur la mani\u00e8re d\u2019\u00e9manciper les Eglises autoc\u00e9phales\u201d, in (collectif-Actes du Symposium scientifique) Hommage \u00e0 saint Gr\u00e9goire le Th\u00e9ologien et \u00e0 Photius le Grand, archev\u00eaques de Constantinople, Thessalonique 1994, p. 452 et ss., laquelle concerne plus particuli\u00e8rement la concession d\u2019un r\u00e9gime autoc\u00e9phale et semi-autonome aux Eglises susmentionn\u00e9es, d\u00e9j\u00e0 autoc\u00e9phales et semi-autonomes).<\/p>\n<p>6. C\u2019est dans le cadre de cette politique que le Patriarcat \u0153cum\u00e9nique a accord\u00e9 un r\u00e9gime eccl\u00e9siastique autonome, au moyen des Tomes patriarcaux et synodaux, aux circonscriptions eccl\u00e9siastiques orthodoxes de Tch\u00e9coslovaquie (en 1992), de Finlande (en 1923), d\u2019Estonie (1923), de Latvie et de toute la Lettonie (en 1923), de Hongrie et de la communaut\u00e9 ukrainienne d\u2019Europe (dont le si\u00e8ge \u00e9tait \u00e0 Karlsruhe).<\/p>\n<p>7. Il est n\u00e9cessaire de clarifier certains cas, en raison des malentendus et des contestations, dont l\u2019interpr\u00e9tation du canon 28 pr\u00e9cit\u00e9 du IVe Concile \u0153cum\u00e9nique de Chalc\u00e9doine et l\u2019\u00e9tendue de l\u2019application du principe formul\u00e9 par Photius le Grand ont fait l\u2019objet. Notons que les objections soulev\u00e9es l\u2019ont, dans tous les cas, \u00e9t\u00e9 par l\u2019Eglise autoc\u00e9phale de Russie.<\/p>\n<p>Ainsi :\u2028a) Apr\u00e8s la R\u00e9volution russe de 1917, les Russes r\u00e9fugi\u00e9s en Occident ont form\u00e9 les communaut\u00e9s orthodoxes (russes) d\u2019Europe occidentale. Ces derni\u00e8res, ne voulant rien avoir \u00e0 faire avec l\u2019Eglise autoc\u00e9phale russe (avec le Patriarcat de Moscou), se sont volontairement soumises au Patriarcat \u0153cum\u00e9nique sous forme d\u2019Exarchat et ont continu\u00e9 \u00e0 en d\u00e9pendre canoniquement jusqu\u2019en 1965. Cette ann\u00e9e-l\u00e0, le Patriarcat \u0153cum\u00e9nique, c\u00e9dant \u00e0 la pression instante du Patriarcat de Moscou, les d\u00e9gagea de sa juridiction, malgr\u00e9 le fait que ces communaut\u00e9s \u00e9taient de son ressort territorial, comme se trouvant, conform\u00e9ment au Canon 28 du 4e Synode \u0153cum\u00e9nique de Chalc\u00e9doine, sur des territoires \u00ab se situant chez des r\u00e9gions barbares \u00bb, dans l\u2019acception qu\u2019il \u00e9tait alors donn\u00e9e \u00e0 ce terme, et, par cons\u00e9quent, les a laiss\u00e9es libres de s\u2019int\u00e9grer \u00ab canoniquement, \u00e0 l\u2019Eglise orthodoxe de leur choix \u00bb. Ainsi, il leur \u00e9tait accord\u00e9 la facilit\u00e9 de s\u2019int\u00e9grer, si elles le d\u00e9siraient, \u00e0 l\u2019Eglise autoc\u00e9phale de Russie. Ces communaut\u00e9s orthodoxes, fortes de cette facilit\u00e9, ont choisi (de nouveau) \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9 le Patriarcat \u0153cum\u00e9nique. En effet, leur Exarchat, ne voulant pas se soumettre au Patriarcat de Moscou et autoris\u00e9e \u00e0 agir autrement \u2014 puisque le Patriarcat \u0153cum\u00e9nique l\u2019avait laiss\u00e9 libre de choisir \u2014, s\u2019est autoproclam\u00e9e autoc\u00e9phale, et, s\u2019adressant au Patriarcat \u0153cum\u00e9nique, l\u2019a pr\u00e9venu que, s\u2019il ne la reconnaissait pas, elle suivrait une politique de coup d\u2019Etat. Finalement, le Patriarcat \u0153cum\u00e9nique, r\u00e9pondant \u00e0 ce d\u00e9sir unanime des Communaut\u00e9s russes et de cet Exarchat russe qui les repr\u00e9sentait, a repris l\u2019Exarchat sous sa juridiction \u2014 sans aucunement violer l\u2019ordre canonique, puisqu\u2019elle avait d\u00e9pos\u00e9 une demande \u2014 et lui a donn\u00e9 le nom d\u2019Archev\u00each\u00e9 des paroisses russes d\u2019Europe occidentale.<\/p>\n<p>8. b) Au Japon, a \u00e9t\u00e9 fond\u00e9e une communaut\u00e9 orthodoxe, qui a demand\u00e9 un r\u00e9gime eccl\u00e9siastique autonome, que le Patriarcat de Moscou s\u2019est empress\u00e9 de lui accorder. Le Patriarcat \u0153cum\u00e9nique a r\u00e9agi avec d\u00e9plaisir \u00e0 cette initiative du Patriarcat de Moscou, parce que, conform\u00e9ment \u00e0 ce qui pr\u00e9c\u00e8de, cela constituait une usurpation de pouvoir, du fait que le Japon aussi se trouve en territoires \u00ab se situant chez les r\u00e9gions barbares \u00bb, et, par cons\u00e9quent, sous le coup du canon 28 du IVe Concile \u0153cum\u00e9nique. Finalement, un synode, convoqu\u00e9 par le Patriarcat \u0153cum\u00e9nique en son Centre interorthodoxe, dont le si\u00e8ge est \u00e0 Chamb\u00e9sy, pr\u00e8s de Gen\u00e8ve, s\u2019est prononc\u00e9 en faveur de cette comp\u00e9tence du Patriarcat \u0153cum\u00e9nique.<\/p>\n<p>9. c) L\u2019Eglise de Pologne a de tout temps \u00e9t\u00e9 soumise au Patriarcat \u0153cum\u00e9nique, qui, en accord avec le gouvernement polonais de cette \u00e9poque, l\u2019a proclam\u00e9e autoc\u00e9phale par le Tome patriarcal et synodal pendant la patriarchie de Gr\u00e9goire VII, dat\u00e9 du 13 novembre 1924. Ce Tome, donn\u00e9 le 17 septembre 1927, lors d\u2019une c\u00e9r\u00e9monie officielle \u00e0 Varsovie, de la part de la d\u00e9l\u00e9gation patriarcale, a \u00e9t\u00e9 lu en langue hell\u00e9nique, russe et ukrainienne, et reconnu par toutes les Eglises orthodoxes. Le locum tenens du tr\u00f4ne patriarcal russe d\u2019alors (auquel a succ\u00e9d\u00e9, en 1943, le patriarche de Moscou Serge), a protest\u00e9 contre la proclamation de l\u2019autoc\u00e9phalie de l\u2019Eglise orthodoxe polonaise par le Patriarcat \u0153cum\u00e9nique, en affirmant que cette proclamation constituait un privil\u00e8ge exclusif de l\u2019Eglise de Russie. Cette protestation a \u00e9t\u00e9 renouvel\u00e9e en 1930. En 1948, apr\u00e8s l\u2019annexion, par la Russie, des territoires orientaux de la Pologne, sur lesquels se trouvait la plus large part de la population orthodoxe de Pologne, le patriarche de Russie Alexis, ignorant sciemment le r\u00e9gime autoc\u00e9phale accord\u00e9 \u00e0 l\u2019Eglise polonaise par le Patriarcat \u0153cum\u00e9nique comme inexistant, a accord\u00e9, par l\u2019Acte du 22 juin 1948 du Saint-Synode de l\u2019Eglise de Russie, ent\u00e9rin\u00e9 par le Saint-Synode de la Hi\u00e9rarchie russe, un nouveau r\u00e9gime autoc\u00e9phale, ce dont il a fait part, par une Lettre, au Patriarcat \u0153cum\u00e9nique. Le m\u00e9tropolite de Varsovie et de toute la Pologne Dionysios, primat de l\u2019Eglise polonaise en vertu du Tome patriarcal et synodal du Patriarcat \u0153cum\u00e9nique, a \u00e9t\u00e9 contraint \u00e0 la rel\u00e9gation jusqu\u2019\u00e0 sa mort.\u2028Le comportement de l\u2019Eglise de Russie, dans le cadre de sa politique de contestation du privil\u00e8ge dont jouit le Tr\u00f4ne \u0153cum\u00e9nique, \u00e0 savoir de prendre les dioc\u00e8ses \u00ab se situant chez les r\u00e9gions barbares \u00bb sous sa juridiction, a refroidi les relations de ce dernier avec l\u2019Eglise de Russie et l\u2019Eglise polonaise ainsi fond\u00e9e. Aussi le Patriarcat \u0153cum\u00e9nique a-t-il adress\u00e9, en r\u00e9ponse au geste de l\u2019Eglise russe, une lettre qui a \u00e9t\u00e9 transmise \u00e0 toutes les Eglises orthodoxes ayant reconnu le Tome patriarcal et synodal, publi\u00e9 plus anciennement par le Patriarcat \u0153cum\u00e9nique. La querelle s\u2019est poursuivie jusqu\u2019en 1962, ann\u00e9e \u00e0 laquelle, sous le m\u00e9tropolite Timoth\u00e9os, les relations entre l\u2019Eglise polonaise et le Patriarcat \u0153cum\u00e9nique se sont r\u00e9tablies.<\/p>\n<p>10. d) De nos jours, un cas similaire se pr\u00e9sente avec l\u2019Eglise orthodoxe d\u2019Estonie. Comme il a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 dit, le Patriarcat \u0153cum\u00e9nique, en juillet 1923, a accord\u00e9 \u00e0 l\u2019Eglise orthodoxe d\u2019Estonie, par le Tome patriarcal et synodal \u00ab sur la M\u00e9tropole orthodoxe d\u2019Estonie \u00bb, publi\u00e9 pendant la patriarchie du patriarche \u0153cum\u00e9nique M\u00e9l\u00e9tios IV, un r\u00e9gime eccl\u00e9siastique autonome. Ce r\u00e9gime, demand\u00e9 au patriarche \u0153cum\u00e9nique par l\u2019Eglise d\u2019Estonie, laquelle l\u2019avait demand\u00e9 \u00e0 l\u2019Etat estonien (au Pr\u00e9sident comme au gouvernement), est rest\u00e9 inchang\u00e9 jusqu\u2019en 1940. On sait que l\u2019Estonie, comme tous les autres Etats baltiques, la Finlande y comprise, faisait partie de l\u2019Empire russe jusqu\u2019\u00e0 la fin de la Premi\u00e8re Guerre mondiale (1918). Apr\u00e8s la guerre, tous ces Etats ont obtenu leur ind\u00e9pendance et, de ce fait, ont demand\u00e9 un r\u00e9gime eccl\u00e9siastique autonome. Auparavant, se trouvant en territoire russe, ils \u00e9taient soumis au Patriarcat de Moscou.\u2028Quand la Seconde Guerre mondiale a \u00e9clat\u00e9, en 1939, apr\u00e8s le fameux accord germano-russe de non-agression (accord entre Staline et Ribbentrop, ce dernier agissant sur ordre d\u2019Hitler), mis en application selon le protocole secret, juste apr\u00e8s la chute de la Pologne en septembre 1939 et l\u2019invasion de l\u2019arm\u00e9e allemande (hitl\u00e9rienne), la Russie (en tant qu\u2019Union Sovi\u00e9tique) a envahi les trois r\u00e9publiques baltiques (Lituanie, Lettonie et Estonie) et les a rattach\u00e9es au nouvel empire (communiste) russe. Peu apr\u00e8s, la Russie (en 1940) a d\u00e9clar\u00e9 la guerre \u00e0 la Finlande et, finalement, malgr\u00e9 la d\u00e9fense h\u00e9ro\u00efque de cette derni\u00e8re, a occup\u00e9 certaines r\u00e9gions sises \u00e0 la fronti\u00e8re russo-finlandaise, qu\u2019elle a d\u00e9finitivement rattach\u00e9es \u00e0 son territoire. Cet \u00e9tat des choses a dur\u00e9 environ deux ans (de septembre 1939 \u00e0 juillet 1941), jusqu\u2019\u00e0 ce que l\u2019Allemagne hitl\u00e9rienne envahisse la Russie en juin 1941 et occupe les trois Etats baltiques. Cette situation s\u2019est prolong\u00e9e environ jusqu\u2019\u00e0 la fin de la Seconde Guerre mondiale, jusqu\u2019\u00e0 ce que la Russie, apr\u00e8s la d\u00e9faite de l\u2019Allemagne hitl\u00e9rienne occupe, \u00e0 son tour, ces Etats qu\u2019elle a rattach\u00e9 de force \u00e0 son Etat, c\u2019est-\u00e0-dire sans leur consentement, de sorte qu\u2019ils ont perdu l\u2019ind\u00e9pendance, dont ils jouissaient avant l\u2019occupation, conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019accord Staline-Ribbentrop.<\/p>\n<p>11. En 1945, l\u2019Estonie a donc \u00e9t\u00e9 priv\u00e9e, par la force des armes, de son ind\u00e9pendance, et son rattachement \u00e0 l\u2019Union Sovi\u00e9tique a entra\u00een\u00e9 par contrecoup la suppression (encore une fois par la force, c\u2019est-\u00e0-dire en violation de l\u2019ordre canonique, et unilat\u00e9ralement sans obtenir le consentement du Patriarcat \u0153cum\u00e9nique, ni m\u00eame l\u2019en informer) de l\u2019autonomie de l\u2019Eglise (orthodoxe) d\u2019Estonie, qui a alors \u00e9t\u00e9 transform\u00e9e en simple Dioc\u00e8se de l\u2019Eglise de Russie. \u00c0 la suite de quoi, le m\u00e9tropolite orthodoxe l\u00e9gitime (primat de l\u2019Eglise autonome) d\u2019Estonie, Alexandre, suivi de nombreux clercs (23) et de quelques milliers (7) d\u2019habitants (orthodoxes), se sont r\u00e9fugi\u00e9s, en mars 1943, en Su\u00e8de, o\u00f9 il est mort en 1953. Quarante-cinq autres clercs, rest\u00e9s en Estonie, ont \u00e9t\u00e9 assassin\u00e9s ou exil\u00e9s.\u2028Le Patriarcat \u0153cum\u00e9nique, \u00ab gardien de l\u2019exactitude canonique \u00bb, n\u2019a pas accept\u00e9 ce qui avait \u00e9t\u00e9 impos\u00e9 de mani\u00e8re anticanonique (\u00e0 savoir \u00ab par la force et la tyrannie \u00bb) et a longtemps continu\u00e9, jusqu\u2019en 1972 exactement, \u00e0 consid\u00e9rer comme effective l\u2019autonomie de l\u2019Eglise orthodoxe d\u2019Estonie, \u00e0 la t\u00eate de laquelle il a reconnu (comme il l\u2019avait fait pour les communaut\u00e9s russes de l\u2019Eglise occidentale, ainsi qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 dit) le primat des Estoniens orthodoxes r\u00e9fugi\u00e9s vivant en exil (en dehors de l\u2019Union Sovi\u00e9tique), lesquels avaient form\u00e9 l\u2019 \u00ab Eglise orthodoxe apostolique autonome d\u2019Estonie \u00bb, nom qu\u2019elle portait depuis 1935. Cependant, cette ann\u00e9e-l\u00e0 (1978), le Patriarcat \u0153cum\u00e9nique (de la m\u00eame fa\u00e7on, d\u2019ailleurs, dont il avait agi dans le cas similaire des communaut\u00e9s russes d\u2019Europe occidentale), r\u00e9pondant encore une fois de mani\u00e8re \u00ab fraternelle, affectueuse et protectrice \u00bb \u00e0 la requ\u00eate insistante de l\u2019Eglise de Russie (du Patriarcat de Russie) \u00ab en usant de l\u2019\u00e9conomie eccl\u00e9siastique \u00bb, a, par un Acte patriarcal et synodal, tout simplement d\u00e9sactiv\u00e9 le Tome patriarcal et synodal de 1923, en soulignant que celui-ci, en raison de la conjoncture de l\u2019\u00e9poque, c\u2019est-\u00e0-dire en raison de la mutation politique qui s\u2019\u00e9tait produite, ne peut plus \u00eatre en vigueur que dans l\u2019Estonie sous occupation sovi\u00e9tique, mais ne peut l\u2019\u00eatre dans la diaspora des Estoniens. Autrement dit, il suspend tout simplement la validit\u00e9 de ce Tome, sans l\u2019invalider ni le d\u00e9sactiver ni l\u2019abolir.<\/p>\n<p>12. Entre-temps, comme nous l\u2019avons dit, l\u2019Estonie, en 1991, apr\u00e8s la dissolution de l\u2019Union Sovi\u00e9tique, est redevenue un Etat ind\u00e9pendant et a demand\u00e9 \u00e0 ce que soit r\u00e9tabli, comme dans le cas de tous les autres Etats orthodoxes, le r\u00e9gime eccl\u00e9siastique (orthodoxe) autonome, dont elle jouissait avant la dissolution de l\u2019Etat, par la remise en vigueur du Tome patriarcal et synodal de 1923, puisque l\u2019Eglise orthodoxe apostolique estonienne susmentionn\u00e9e, vivant en exil, \u00e9tait revenue sur sa terre canonique. La demande en a \u00e9t\u00e9 instamment formul\u00e9e aussi bien par l\u2019Etat estonien que par l\u2019\u00e9crasante majorit\u00e9 des paroisses orthodoxes d\u2019Estonie, qui ont cat\u00e9goriquement d\u00e9clar\u00e9 (comme l\u2019avaient fait les communaut\u00e9s russes d\u2019Europe occidentale) que, si le Patriarcat \u0153cum\u00e9nique refusait de recevoir cette demande pour une raison quelconque, ces paroisses ne demeureraient en aucun cas sous la juridiction du Patriarcat de Moscou (telle \u00e9tait l\u2019indignation contre l\u2019occupation sovi\u00e9tique qu\u2019elles avaient subie pendant de longues ann\u00e9es).\u2028En application des saints Canons (canons 9 et 17 du IVe Concile \u0153cum\u00e9nique de Chalc\u00e9doine, selon lesquels : (canon 9) \u00ab si un \u00e9v\u00eaque ou un clerc a quelque chose contre l\u2019\u00e9v\u00eaque m\u00e9tropolitain de l\u2019\u00e9parchie, qu\u2019il porte l\u2019affaire devant l\u2019exarque du di\u0153cesis ou bien devant le tr\u00f4ne de la ville royale de Constantinople, et s\u2019y faire rendre justice \u00bb et (canon 17) \u00ab si en pareil cas un \u00e9v\u00eaque pense que son propre m\u00e9tropolite l\u2019a desservi, qu\u2019il porte l\u2019affaire devant l\u2019exarque de di\u0153cesis ou bien devant le tr\u00f4ne de Constantinople pour s\u2019y faire rendre justice \u00bb, ce qui appara\u00eet aussi dans le canon 34 des saints Ap\u00f4tres, selon lesquels les Eglises des diverses nations, notamment des nations constitu\u00e9es en Etats libres et ind\u00e9pendants, doivent \u00eatre form\u00e9es en Eglises autonomes et autoc\u00e9phales par leurs propres archev\u00eaque et \u00e9v\u00eaques), le Patriarcat \u0153cum\u00e9nique, a re\u00e7u cette demande commune, soumise par le gouvernement estonien et l\u2019Eglise (orthodoxe) estonienne (notons que la demande, c\u00f4t\u00e9 Etat, a \u00e9t\u00e9 officiellement soumise, par \u00e9crit, par la plus haute autorit\u00e9 et le gouvernement d\u2019Estonie, et, c\u00f4t\u00e9 Eglise, par 56 des 80 paroisses d\u2019Estonie (voir aussi infra, \u00a7 16). Jugeant cette demande \u00ab droit bien fond\u00e9 \u00bb, le Patriarcat \u0153cum\u00e9nique a r\u00e9tabli le Tome patriarcal et synodal de 1923 dans son int\u00e9gralit\u00e9 (il l\u2019a remis en vigueur avec toutes ses clauses) et, \u00ab comme un devoir et comme un droit canonique et historique \u00bb, a redonn\u00e9 \u00e0 l\u2019Eglise apostolique orthodoxe estonienne le statut dont elle jouissait avant 1940. Autrement dit, il lui a redonn\u00e9 son autonomie (sous le Patriarcat \u0153cum\u00e9nique). Ainsi, le Patriarcat \u0153cum\u00e9nique a reconnu comme continuateurs l\u00e9gitimes de l\u2019Eglise apostolique orthodoxe estonienne, \u00ab ceux qui, reconnaissant le Tomos, n\u2019ont jamais cess\u00e9 de veiller \u00e0 la continuit\u00e9 canonique de cette Eglise \u00bb. Cet arrangement a \u00e9t\u00e9 fait par l\u2019Acte patriarcal et synodal du 20 f\u00e9vrier (\u00e9pin\u00e9missis 4) 1996, \u00ab sur la remise en vigueur du Tome patriarcal et synodal de 1923 pour la M\u00e9tropole orthodoxe d\u2019Estonie \u00bb. Le consid\u00e9rant de cet Acte \u00e9tait que \u00ab vu que nous sommes charg\u00e9s de veiller \u00e0 ce qui touche le gouvernement et la conduite de toutes les affaires eccl\u00e9siastiques, et de pr\u00e9voir ce qu\u2019il convient de faire, \u00e0 savoir que le Saint Tr\u00f4ne \u0153cum\u00e9nique soit acquis depuis tr\u00e8s longtemps selon la coutume canonique, afin que ce dernier puisse veiller \u00e0 la constitution et \u00e0 la substance des Eglises, de sorte \u00e0 r\u00e9pondre de mani\u00e8re ad\u00e9quate aux besoins des temps, ainsi qu\u2019au bon fonctionnement de l\u2019ensemble, et qu\u2019il adapte et fasse soign\u00e9e la structure de tout l\u2019ensemble, en chaque circonstance, de mani\u00e8re harmonieuse et profitable, sur des points particuliers comme sur tout l\u2019ensemble \u00bb.<\/p>\n<p>13. L\u2019Acte patriarcal et synodal en question a \u00e9t\u00e9 port\u00e9 en Estonie, entre le 21 et le 24 f\u00e9vrier 1996, par une d\u00e9l\u00e9gation patriarcale, compos\u00e9e du m\u00e9tropolite de Chalc\u00e9doine Joachim, pour pr\u00e9sident, et, pour membres, le m\u00e9tropolite de Tyrolo\u00e9 et de S\u00e9rention Pant\u00e9l\u00e9\u00efmon, ainsi que le m\u00e9tropolite de Philadelphie M\u00e9liton. La d\u00e9l\u00e9gation a \u00e9galement install\u00e9 l\u2019archev\u00eaque de Car\u00e9lie et de toute la Finlande Ioannis, comme locum tenens. Cette d\u00e9l\u00e9gation a \u00e9t\u00e9 re\u00e7ue avec tous les honneurs et a collabor\u00e9 avec le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, M. Mery, avec le premier ministre M. Vahi, avec des membres du Conseil des ministres, ainsi que de nombreux membres eccl\u00e9siastiques et la\u00efcs de l\u2019Eglise orthodoxe d\u2019Estonie. \u00c0 la suite de quoi, le 24 f\u00e9vrier, une divine liturgie a \u00e9t\u00e9 c\u00e9l\u00e9br\u00e9e dans la cath\u00e9drale de la Transfiguration de Tallinn, pendant laquelle ont \u00e9t\u00e9 lus, en pr\u00e9sence de repr\u00e9sentants du gouvernement estonien, l\u2019encyclique patriarcale et synodale, adress\u00e9e au clerg\u00e9 et au peuple estonien, et l\u2019Acte patriarcal et synodal (voir l\u2019Encyclique patriarcale et synodale, l\u2019Acte patriarcal et synodal, ainsi que ce qui a \u00e9t\u00e9 expos\u00e9 lors de la c\u00e9r\u00e9monie, les s\u00e9ances de travail et les offices dans Orthodoxie, du mars 1996, p. 11 et ss.).<\/p>\n<p>14. On pouvait s\u2019attendre \u00e0 ce que la r\u00e9action du Patriarcat de Moscou, vu la position historique qu\u2019il avait prise en des cas similaires, ainsi que nous l\u2019avons vu plus haut, et vu la th\u00e9orie que, d\u00e9j\u00e0 depuis le Concile de Florence, il avait formul\u00e9e au sujet de la Troisi\u00e8me Rome (voir mon Manuel de Droit eccl\u00e9siastique, op. cit., p. 45), soit des plus vives, \u00e9tant donn\u00e9 que le Patriarche de Moscou et de toute la Russie Alexis \u00e9tait originaire d\u2019Estonie ; il \u00e9tait donc naturel que des facteurs affectifs aient influenc\u00e9 sa position. De toute \u00e9vidence, tenant compte de tout cela, les services comp\u00e9tents du Patriarcat \u0153cum\u00e9nique ont proclam\u00e9, dans l\u2019Acte patriarcal et synodal susmentionn\u00e9 du 29 f\u00e9vrier 1996, \u00ab leur volont\u00e9 in\u00e9branlable d\u2019assurer, en Estonie, une vie eccl\u00e9siale sans entraves aux immigr\u00e9s orthodoxes d\u2019origine russe qui, install\u00e9s en Estonie lorsque l\u2019Estonie faisait partie de l\u2019Union Sovi\u00e9tique, sont indissociablement li\u00e9s \u00e0 l\u2019Eglise autonome d\u2019Estonie, organis\u00e9s sous un \u00e9v\u00eaque russophone, en esp\u00e9rant que leur situation canonique et l\u00e9gale sera r\u00e9gl\u00e9e dans un esprit d\u2019amour et de paix, en toute conscience de l\u2019unit\u00e9 fraternelle de tous les peuples orthodoxes \u00bb. Tout cela, comme il avait \u00e9t\u00e9 pr\u00e9vu, a \u00e9t\u00e9 d\u00e9clar\u00e9 par les responsables du Patriarcat \u0153cum\u00e9nique \u00ab en consid\u00e9ration de l\u2019inqui\u00e9tude de notre fr\u00e8re Sa b\u00e9atitude le Patriarche de Moscou et de toute la Russie \u00bb au sujet des immigr\u00e9s russes d\u2019Estonie (cet Acte patriarcal et synodal a aussi \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 au locum tenens de l\u2019Eglise apostolique orthodoxe autonome d\u2019Estonie, le tr\u00e8s saint Archev\u00eaque de Car\u00e9lie et de toute la Finlande Ioannis, lors de la divine liturgie c\u00e9l\u00e9br\u00e9e le 24 f\u00e9vrier dans la cath\u00e9drale de Tallinn) (voir supra, \u00a7 13).<\/p>\n<p>15. Malgr\u00e9 tout, la demande pressante du gouvernement, de l\u2019Eglise orthodoxe et du peuple d\u2019Estonie, a provoqu\u00e9 une vive r\u00e9action de la part du Patriarcat de Moscou et de toute la Russie qui, par la suite, en d\u00e9pit des tentatives entreprises par le Patriarcat \u0153cum\u00e9nique pour entamer un dialogue avec lui et trouver une solution de compromis, est demeur\u00e9 in\u00e9branlable, proc\u00e9dant m\u00eame \u00e0 des d\u00e9clarations offensantes \u00e0 l\u2019\u00e9gard du Patriarcat \u0153cum\u00e9nique (p. ex. qu\u2019il a trait\u00e9 de \u00ab g\u00e9n\u00e9ral sans arm\u00e9e \u00bb) et \u00e0 des menaces diverses contre le Patriarche \u0153cum\u00e9nique Bartholom\u00e9 Ier \u00e0 qui il a tenu des propos arrogants (il a qualifi\u00e9 l\u2019Eglise de Constantinople de \u00ab s\u0153ur a\u00een\u00e9e \u00bb et non d\u2019Eglise \u00ab m\u00e8re \u00bb, alors que chacun sait que c\u2019est d\u2019elle qu\u2019il a re\u00e7u son r\u00e9gime autoc\u00e9phale et, par suite, sa dignit\u00e9 patriarcale). De plus, ce Patriarcat a exerc\u00e9 une pression inadmissible sur l\u2019Eglise orthodoxe estonienne qu\u2019il a qualifi\u00e9e de \u00ab conspiratrice \u00bb et a inflig\u00e9 des ch\u00e2timents et des bl\u00e2mes continuels et, en g\u00e9n\u00e9ral, des peines de suspense aux clercs s\u2019adressant au Patriarcat \u0153cum\u00e9nique. (\u00c0 noter que cette Eglise repr\u00e9sente 67 % des Orthodoxes d\u2019Estonie, les autres \u00e9tant les Russes que Staline a massivement install\u00e9s en Estonie pour alt\u00e9rer la composition ethnique de la population, encore ceux-l\u00e0 m\u00eames ne sont-ils pas d\u2019accord avec l\u2019Eglise russe (voir infra, \u00a7 16), et a publi\u00e9 des articles o\u00f9 elle accusait le Patriarcat \u0153cum\u00e9nique d\u2019ing\u00e9rence anticanonique dans les affaires int\u00e9rieures de l\u2019Eglise de Russie (on l\u2019a accus\u00e9 d\u2019\u00ab intrusion anticanonique \u00bb [eijsphvdhsi\u00a0\u00bb], c\u2019est-\u00e0-dire de violation des saints Canons) (voir, entre autres, la lettre du Patriarche de Moscou du 6 f\u00e9vrier 1996 adress\u00e9e au Patriarcat \u0153cum\u00e9nique), comme si l\u2019Eglise estonienne faisait partie de l\u2019Eglise russe, malgr\u00e9 la volont\u00e9 de l\u2019Etat, de l\u2019Eglise et du peuple d\u2019Estonie.\u202816. Il est \u00e9vident que la position du Patriarcat de Moscou et de toute la Russie est erron\u00e9e, \u00e9tant donn\u00e9 que, comme nous l\u2019avons vu, le r\u00e9gime autoc\u00e9phale et autonome est toujours accord\u00e9 sur demande d\u2019un Etat et, dans cet Etat, du clerg\u00e9 et du peuple (sous la condition que l\u2019Etat est ind\u00e9pendant), ce qui, aujourd\u2019hui, est le cas de l\u2019Etat estonien, de l\u2019Eglise estonienne et du peuple estonien, lesquels demandent \u00ab in\u00e9branlablement \u00bb la remise en vigueur du r\u00e9gime eccl\u00e9siastique autonome d\u2019avant 1945, accord\u00e9, comme nous l\u2019avons dit, par le Tome patriarcal et synodal de 1923.\u2028Le Secr\u00e9tariat du Patriarcat \u0153cum\u00e9nique a proc\u00e9d\u00e9 \u00e0 toutes ces d\u00e9clarations le 24 f\u00e9vrier 1996, pr\u00e9cisant express\u00e9ment qu\u2019il n\u2019est pas permis de trahir la tradition s\u00e9culaire relative aux modalit\u00e9s et aux conditions r\u00e9gissant l\u2019octroi de l\u2019autonomie et de l\u2019autoc\u00e9phalie aux Eglises, ni, par cons\u00e9quent, de m\u00e9conna\u00eetre le droit de l\u2019Eglise orthodoxe estonienne, dans son \u00e9crasante majorit\u00e9, ni, enfin, d\u2019oblit\u00e9rer l\u2019avenir de l\u2019Orthodoxie dans le monde contemporain (comme nous l\u2019avons dit, 67 % des Orthodoxes d\u2019Estonie, \u00e0 savoir, administrativement parlant, 54 des 80 paroisses ont soumis une demande \u00e9crite au Patriarcat \u0153cum\u00e9nique pour qu\u2019il r\u00e9active le Tome patriarcal et synodal de 1923 ; de surcro\u00eet, sur les 26 autres paroisses, nombreuses sont celles qui ont manifest\u00e9 leur intention d\u2019\u00eatre int\u00e9gr\u00e9es \u00e0 l\u2019Eglise autonome estonienne apr\u00e8s sa r\u00e9organisation (document n\u00b0 201 du 21 f\u00e9vrier 1996 du Patriarche \u0153cum\u00e9nique, adress\u00e9 \u00e0 l\u2019archev\u00eaque Chrysostome de Chypre). Notons ici que le Patriarcat \u0153cum\u00e9nique est inform\u00e9 que seuls 10 % des Russes d\u2019Estonie ont adopt\u00e9 la position de l\u2019archev\u00eaque (russe) Corn\u00e9lios, alors que 90 % d\u2019entre eux (la majorit\u00e9 silencieuse) vivent tranquillement dans le pays (communiqu\u00e9 synodal du 28 mars 1996, dans Orthodoxie, op. cit., p. 31).<\/p>\n<p>17. Insistons maintenant sur l\u2019accusation de phyl\u00e9tisme prononc\u00e9e contre l\u2019Eglise d\u2019Estonie. Le Patriarcat \u0153cum\u00e9nique a r\u00e9fut\u00e9 cette accusation dans la r\u00e9ponse que, le 24 f\u00e9vrier 1996, il a adress\u00e9e au Patriarche de Moscou et de toute la Russie, tout particuli\u00e8rement pour r\u00e9pondre \u00e0 cette accusation, en disant que \u00ab ceux-ci (les Estoniens), en tant que Nation particuli\u00e8re, ont le droit, conform\u00e9ment au 34e canon des saints Ap\u00f4tres, de constituer leur propre Eglise, de choisir leurs propres \u00e9v\u00eaques et, parmi eux, un primat appartenant \u00e0 la m\u00eame nation qu\u2019eux, d\u2019autant plus qu\u2019ils sont constitu\u00e9s en Etat ind\u00e9pendant \u00bb, argument directement fond\u00e9 sur les saints Canons et la praxis eccl\u00e9siastique. Par cons\u00e9quent, l\u2019accusation de phyl\u00e9tisme ne tient pas. Au contraire, c\u2019est l\u2019Eglise russe qui est accus\u00e9e de phyl\u00e9tisme par de nombreuses entit\u00e9s eccl\u00e9siastiques et politiques d\u2019Europe, qui affirment qu\u2019elle cherche ainsi \u00e0 soutenir la politique du gouvernement russe, dans le but de ne pas perdre le contr\u00f4le de la Baltique apr\u00e8s la dissolution de l\u2019Union sovi\u00e9tique et l\u2019ind\u00e9pendance des Etats d\u2019Estonie, Lituanie et Lettonie. Notons que, le 19 mars 1996, le Parlement russe a ent\u00e9rin\u00e9 une politique fond\u00e9e sur le concept d\u2019 \u00ab unit\u00e9 des populations russes \u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire sur la s\u00e9curit\u00e9 des citoyens russes vivant dans les pays de l\u2019ex-Union Sovi\u00e9tique (voir pour plus de d\u00e9tail, P. G. Tsetsis dans Enim\u00e9rosis 12-1996\/4, o\u00f9 l\u2019on trouvera des informations suppl\u00e9mentaires sur la mani\u00e8re dont est justifi\u00e9e cette politique). Comme nous l\u2019avons soulign\u00e9, c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment la politique expansionniste de la Russie et les craintes qu\u2019elle engendre parmi les peuples de la Baltique, qui ont conduit les entit\u00e9s politiques et eccl\u00e9siastiques d\u2019Estonie \u00e0 couper tout lien rappelant le pass\u00e9 tragique de leur pays \u2014 encore tout proche \u2014 et, par cons\u00e9quent, susceptible de cr\u00e9er un climat d\u2019incertitude et d\u2019ins\u00e9curit\u00e9. C\u2019est pour cela, d\u2019ailleurs, que les amis de l\u2019Eglise russe en Occident n\u2019ont pas n\u00e9glig\u00e9 de souligner ce danger mena\u00e7ant l\u2019Estonie aussi bien que la Russie elle-m\u00eame. Ainsi, le diacre Peter Scorer, clerc de la M\u00e9tropole du Patriarcat de Moscou en Angleterre, mais aussi membre du personnel enseignant de l\u2019universit\u00e9 d\u2019Exeter, dans un article paru le 17 mars 1996 dans le journal \u201cThe Guardian\u201d, ne s\u2019est pas content\u00e9 d\u2019approuver la position du Patriarcat \u0153cum\u00e9nique, mais a aussi accus\u00e9 son Eglise (russe) d\u2019\u00eatre nostalgique du pass\u00e9 sovi\u00e9tique, de ne pas avoir le courage d\u2019affronter la nouvelle r\u00e9alit\u00e9, telle qu\u2019elle s\u2019inscrit aujourd\u2019hui en Russie, d\u2019autant que \u00ab par sa position, le Patriarcat de Moscou court le danger de s\u2019isoler, de se marginaliser et de devenir la proie des milieux nationalistes extr\u00e9mistes de Russie \u00bb (G. Tsetsis, op. cit.).<\/p>\n<p>18. Notons que, dans le cas du schisme bulgare, bien qu\u2019il ait \u00e9t\u00e9 accus\u00e9 d\u2019\u00eatre un produit de l\u2019ethno-phyl\u00e9tisme (le consul fran\u00e7ais, Gustave Laffon, qui \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9 comme le mieux inform\u00e9 des questions de l\u2019Orient, l\u2019a soulign\u00e9 dans le rapport de novembre 1886, qu\u2019il a adress\u00e9 \u00e0 son premier ministre et ministre des Affaires Etrang\u00e8res Freycinet : \u00ab [\u2026] Il ne reste plus un seul Bulgare ignorant que le schisme a pour but d\u2019\u00e9tablir plut\u00f4t une barri\u00e8re politique et ethnologique entre les deux races (Grecs et Bulgares) qu\u2019une distinction de croyance religieuse [\u2026] \u00bb ; Michel Paillar\u00e8s, L\u2019Imbroglio mac\u00e9donien, Paris 1907, p. 405), l\u2019Eglise russe d\u2019alors l\u2019a encourag\u00e9, sinon manifestement soutenu, et, au (Grand) Synode panorthodoxe que le Patriarcat \u0153cum\u00e9nique a convoqu\u00e9 le 29 ao\u00fbt 1872 en l\u2019\u00e9glise patriarcale Saint Georges \u00e0 Constantinople (sous le patriarche \u0153cum\u00e9nique Anthimos VI) pour juger de ce schisme, celle-ci (l\u2019Eglise russe), non seulement s\u2019est retir\u00e9e, mais aussi a menac\u00e9 le Patriarcat de J\u00e9rusalem, s\u2019il signait la r\u00e9solution, de confisquer les m\u00e9tochia du Saint-S\u00e9pulcre en Russie, si bien que le repr\u00e9sentant s\u2019est retir\u00e9 du Synode avant la signature de cette r\u00e9solution (voir mon Manuel\u2026, op. cit., p. 62 et ss.). Il est vrai que le Saint-Synode de l\u2019Eglise de Russie s\u2019est r\u00e9tract\u00e9, mais, en acte, il s\u2019est comport\u00e9 tout autrement. En effet, le Gouvernement provisoire de Russie, dans le document du 27 mars 1917, a reconnu le r\u00e9gime autoc\u00e9phale de l\u2019Eglise g\u00e9orgienne comme Eglise nationale, sans limites g\u00e9ographiques, apr\u00e8s que lui a \u00e9t\u00e9 soumis un document par lequel lui \u00e9tait communiqu\u00e9e la d\u00e9cision, prise \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9 le 17 mars 1917 par le clerg\u00e9 et le peuple de G\u00e9orgie, de r\u00e9tablir l\u2019administration eccl\u00e9siastique autoc\u00e9phale en G\u00e9orgie. L\u2019Eglise de Russie a alors vivement protest\u00e9 contre cette action du Gouvernement provisoire de Russie, auquel le patriarche Tikhon a r\u00e9pondu par sa lettre n\u00b0 3 du 29 d\u00e9cembre 1917. Finalement, en 1937, cette m\u00eame Eglise de Russie a reconnu le r\u00e9gime autoc\u00e9phale de l\u2019Ib\u00e9rie (G\u00e9orgie) (voir Maximos, m\u00e9tropolite de Sardes, \u201cL\u2019Eglise de G\u00e9orgie (Ib\u00e9rie) et son statut autoc\u00e9phale\u201d (paru aussi dans Th\u00e9ologie), Ath\u00e8nes 1996, pour toute l\u2019\u00e9tude, p. 31, 40, 44-45, 46 et 50, ainsi que mon Manuel\u2026, op. cit., p. 55-56), de sorte que l\u2019autoc\u00e9phalie de l\u2019Eglise de G\u00e9orgie a \u00e9t\u00e9 reconnu en Russie et par le Gouvernement et par l\u2019Eglise (du Patriarcat de Moscou). C\u2019est, cependant, ce qu\u2019ils ont \u00e9vit\u00e9 de faire dans le cas de l\u2019Eglise d\u2019Estonie, bien que, dans ce cas aussi, le Patriarcat \u0153cum\u00e9nique ait, entre-temps, accord\u00e9 officiellement le r\u00e9gime autoc\u00e9phale \u00e0 l\u2019Eglise de G\u00e9orgie, par un Tome patriarcal et synodal qui a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 plus tard, lors d\u2019une c\u00e9r\u00e9monie officielle qui s\u2019est tenue dans le Patriarcat de G\u00e9orgie, par le patriarche \u0153cum\u00e9nique Dimitrios Ier.<\/p>\n<p>19. Pour arriver \u00e0 un r\u00e8glement pacifique de la question, le Patriarcat \u0153cum\u00e9nique a envoy\u00e9 une d\u00e9l\u00e9gation \u00e9piscopale au Patriarcat de Moscou, afin d\u2019engager un dialogue et tirer des conclusions de la visite en Estonie de la d\u00e9l\u00e9gation patriarcale ; mais, ce dialogue n\u2019a jamais abouti. Malgr\u00e9 tout, le Patriarcat \u0153cum\u00e9nique a engag\u00e9 le Patriarcat de Moscou \u00e0 envoyer une d\u00e9l\u00e9gation \u00e0 Constantinople, pour reprendre le dialogue en vue de trouver un accord consensuel, mais cette invitation, accept\u00e9e apr\u00e8s un silence de plusieurs mois, n\u2019a pas non plus abouti. Par la suite, la d\u00e9l\u00e9gation russe a soumis une contre-proposition, demandant que les deux d\u00e9l\u00e9gations se rencontrent \u00e0 Moscou. Cette proposition a \u00e9t\u00e9 accept\u00e9e par le Patriarcat \u0153cum\u00e9nique, \u00e0 la condition que soit prise en consid\u00e9ration l\u2019urgence de la question. Entre-temps, dans l\u2019intervalle o\u00f9 l\u2019\u00e9ventualit\u00e9 de cette rencontre \u00e9tait discut\u00e9e, c\u2019est-\u00e0-dire en attendant que le Patriarcat de Moscou invite la d\u00e9l\u00e9gation du Patriarcat \u0153cum\u00e9nique \u00e0 poursuivre les discussions, le Patriarcat de Moscou, par l\u2019interm\u00e9diaire de Corn\u00e9lios, archev\u00eaque russe d\u2019Estonie, a inflig\u00e9 des peines s\u00e9v\u00e8res de suspense aux clercs estoniens, qui avaient manifest\u00e9 le d\u00e9sir d\u2019\u00eatre r\u00e9int\u00e9gr\u00e9s \u00e0 l\u2019Eglise autonome d\u2019Estonie, telle qu\u2019elle avait \u00e9t\u00e9 remise en vigueur. Le Patriarche de Moscou Alexis et le m\u00e9tropolite de Smolensk et Kaliningrad Cyrille, lequel est charg\u00e9 du r\u00e8glement des affaires \u00e9trang\u00e8res de l\u2019Eglise de Russie, ont men\u00e9, dans la presse, une campagne diffamatoire contre le Patriarcat \u0153cum\u00e9nique (le second, lors d\u2019une conf\u00e9rence de presse, le 4 mars 1996). \u00c0 la suite de quoi, le Patriarcat \u0153cum\u00e9nique a demand\u00e9 la lev\u00e9e des peines inflig\u00e9es aux clercs estoniens, le d\u00e9dit ou le d\u00e9menti des diffamations lanc\u00e9es contre lui, afin que soit r\u00e9tabli un climat favorable \u00e0 la poursuite des discussions et que soit d\u00e9finitivement fix\u00e9e une rencontre des deux d\u00e9l\u00e9gations, en Estonie cette fois, pour examiner la situation, sur place et en commun, et prendre des d\u00e9cisions d\u00e9finitives. Le Patriarche de Moscou a refus\u00e9 la lev\u00e9e des peines inflig\u00e9es et la rencontre en Estonie, restant \u00e9galement dans un silence absolu au sujet du d\u00e9menti des accusations formul\u00e9es contre le Patriarcat \u0153cum\u00e9nique. C\u2019est ainsi que, l\u2019id\u00e9e de trouver une solution \u00e0 cette question par un accord commun et fraternel, a fait naufrage, et que, par cons\u00e9quent, la prise de d\u00e9cisions a \u00e9t\u00e9 longuement retard\u00e9e. En raison de cette longue attente et de l\u2019inertie involontaire du Patriarcat \u0153cum\u00e9nique, les Orthodoxes estoniens, qui avaient demand\u00e9 la remise en vigueur du Tome patriarcal et synodal de 1923, ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9\u00e7us et sont all\u00e9s demander refuge, les uns \u00e0 l\u2019Eglise uniate, les autres aux communaut\u00e9s luth\u00e9riennes auxquelles appartiennent la majorit\u00e9 des Chr\u00e9tiens d\u2019Estonie, d\u2019autres encore \u00e0 l\u2019Eglise russe hors fronti\u00e8res, et le reste, enfin, dans d\u2019autres communaut\u00e9s. Ces raisons ont d\u00e9finitivement persuad\u00e9 le Patriarcat \u0153cum\u00e9nique de la n\u00e9cessit\u00e9 de remettre en vigueur le Tome patriarcal et synodal de 1923, \u00e9tant donn\u00e9 que tous \u00e9taient d\u00e9sormais convaincus que le Patriarcat de Moscou n\u2019agissait pas de bonne foi. \u00c0 la suite de quoi, le Patriarcat de Moscou, au lieu de r\u00e9pondre \u00e0 cette attitude pacificatrice du Patriarcat \u0153cum\u00e9nique dans un esprit d\u2019amour et d\u2019unit\u00e9, a rompu ses relations avec le Patriarcat \u0153cum\u00e9nique et, plus encore, a supprim\u00e9 la comm\u00e9moration du nom du Patriarcat \u0153cum\u00e9nique lors des saints offices.<\/p>\n<p>20. Examinons, \u00e0 pr\u00e9sent, les bl\u00e2mes formul\u00e9s par le Patriarcat de Moscou, les uns rev\u00eatant un caract\u00e8re canonique, les autres \u00e9tant simplement offensants. Ces critiques ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9fut\u00e9es par le protopresbytre G. Tsetsis, dans le Bulletin de l\u2019actualit\u00e9 \u0153cum\u00e9nique Enim\u00e9rosis n\u00b0 12 1996\/3 (bulletin de la d\u00e9l\u00e9gation permanente du Patriarcat \u0153cum\u00e9nique, au si\u00e8ge du Conseil \u0152cum\u00e9nique des Eglises, \u00e0 Gen\u00e8ve), auquel je renvoie pour sa pertinence. En effet, il est faux de consid\u00e9rer que la mission apostolique qu\u2019une Eglise est appel\u00e9e \u00e0 accomplir dans un pays donn\u00e9, comme celle que le Patriarcat de Moscou est appel\u00e9 \u00e0 accomplir en Estonie, lui donne le droit de prendre ce pays sous sa juridiction. \u00c0 ce titre, le Patriarcat \u0153cum\u00e9nique pourrait, en vertu de ce principe, revendiquer la juridiction de l\u2019Ukraine et de la Russie, qui, jusqu\u2019\u00e0 la fin du XVIe si\u00e8cle, comptaient parmi ses provinces.\u2028En ce qui concerne l\u2019argument qui pr\u00e9tend que l\u2019Estonie appartient au territoire du Patriarcat de Moscou et que, par cons\u00e9quent, le Patriarcat \u0153cum\u00e9nique, en accordant un r\u00e9gime autoc\u00e9phale \u00e0 cette Eglise, \u00ab s\u2019est ing\u00e9r\u00e9 \u00bb dans la juridiction canonique du Patriarcat de Moscou, il faut remarquer que le Grand Synode de Constantinople de 1593, en accordant la dignit\u00e9 patriarcale au m\u00e9tropolite de Moscou, a pr\u00e9cis\u00e9 que les limites de l\u2019Eglise de Russie seraient les limites de l\u2019Etat russe \u00ab et des provinces septentrionales \u00bb ; or, l\u2019Estonie n\u2019appartient ni \u00e0 la Russie ni aux provinces \u00ab septentrionales \u00bb (puisqu\u2019\u00e0 cette \u00e9poque, elle appartenait en partie \u00e0 la Pologne et en partie \u00e0 la Su\u00e8de). En tout cas, aujourd\u2019hui, l\u2019Estonie est un Etat ind\u00e9pendant et demande la remise en vigueur du r\u00e9gime eccl\u00e9siastique libre qui lui a \u00e9t\u00e9 enlev\u00e9 de force, comme il est d\u2019ailleurs advenu de l\u2019Eglise d\u2019Ib\u00e9rie [G\u00e9orgie].<\/p>\n<p>21. Je saisis ici l\u2019occasion de remarquer que le Patriarcat de Russie a avanc\u00e9 un autre argument, affirmant que l\u2019Archev\u00each\u00e9 russe d\u2019Estonie est le successeur et l\u2019h\u00e9ritier de l\u2019Eglise (orthodoxe) autonome d\u2019Estonie d\u2019avant 1940, parce que le m\u00e9tropolite Alexandre, alors primat de l\u2019Eglise orthodoxe d\u2019Estonie, a sign\u00e9 l\u2019adh\u00e9sion de son Eglise \u00e0 l\u2019Eglise russe \u2013 assertion fausse, puisque le m\u00e9tropolite Alexandre a d\u00e9clar\u00e9 plus tard, dans une encyclique adress\u00e9e aux paroisses orthodoxes, estoniennes, russes et mixtes d\u2019Estonie, qu\u2019on l\u2019avait contraint \u00e0 se rendre \u00e0 Moscou, que sa signature lui avait \u00e9t\u00e9 arrach\u00e9e sous la menace et les pressions et il a proclam\u00e9 que l\u2019Eglise estonienne \u00e9tait autonome sous la juridiction du Patriarcat \u0153cum\u00e9nique. On sait que ce m\u00e9tropolite a finalement \u00e9t\u00e9 oblig\u00e9 de se r\u00e9fugier en Su\u00e8de, o\u00f9, comme nous l\u2019avons dit, il est mort en 1953. En consid\u00e9ration de tout cela, la remise en vigueur du Tome de 1923 ne constitue pas une intervention anticanonique dans l\u2019Eglise russe, mais, au contraire, un r\u00e9tablissement de l\u2019ordre canonique en Estonie, lequel a \u00e9t\u00e9 aboli en 1940.<\/p>\n<p>22. Le Patriarche \u0153cum\u00e9nique est le primat, parmi ses \u00e9gaux dans la hi\u00e9rarchie orthodoxe, et il a le droit et le devoir de prendre certaines initiatives pour le r\u00e8glement des affaires touchant l\u2019Orthodoxie en g\u00e9n\u00e9ral (comme je l\u2019ai not\u00e9 dans mon Manuel\u2026, op. cit., p. 25 et 26). D\u2019ailleurs, la 1\u00e8re Conf\u00e9rence panorthodoxe pr\u00e9conciliaire, qui a eu lieu en 1976 \u00e0 Chamb\u00e9sy, a d\u00e9montr\u00e9, malgr\u00e9 certaines faiblesses qui, pendant cette conf\u00e9rence, sont sorties au grand jour, l\u2019unit\u00e9 organique de l\u2019Orthodoxie et le respect que toutes les Eglises autoc\u00e9phales t\u00e9moignaient au Patriarcat \u0153cum\u00e9nique, lequel, de cette mani\u00e8re, est reconnu sans r\u00e9serve comme le sommet de l\u2019Orthodoxie.\u2028Cette reconnaissance a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 confirm\u00e9e par le message envoy\u00e9 par les primats des tr\u00e8s saintes Eglises orthodoxes (parmi lesquelles l\u2019Eglise de Moscou et de toute la Russie occupe la cinqui\u00e8me place dans l\u2019ordre). Ces derniers, comme ils le pr\u00e9cisent dans leur message, se sont r\u00e9unis en communion avec le Saint Esprit, le 15 mars 1992, Dimanche de l\u2019Orthodoxie, \u00ab \u00e0 l\u2019initiative et sur invitation de notre Patriarche \u0153cum\u00e9nique, Mgr Bartholom\u00e9, qui a d\u00e9cid\u00e9 cette rencontre \u00e0 la suite du d\u00e9sir exprim\u00e9 par d\u2019autres primats fr\u00e8res du Phanar, dans l\u2019\u00e9glise patriarcale et sous sa Pr\u00e9sidence \u00bb (voir texte du message dans Peira\u00efki Ekkl\u00e9sia, avril 1992, p. 8). C\u2019est pourquoi le Patriarcat \u0153cum\u00e9nique a clairement d\u00e9clar\u00e9, dans son communiqu\u00e9 synodal du 28 mars 1996, qu\u2019il \u00e9tait \u00ab le premier tr\u00f4ne de l\u2019Eglise orthodoxe d\u2019Orient et que, \u00e9tant l\u2019Eglise-m\u00e8re qui a donn\u00e9 naissance \u00e0 toutes les Eglises autoc\u00e9phales et autonomes orthodoxes, y compris celle de Russie, il \u00e9tait le coordinateur de l\u2019unit\u00e9 et de la collaboration de toutes les Eglises orthodoxes \u00bb, ajoutant cependant, qu\u2019 \u00ab il n\u2019a jamais voulu ni tent\u00e9 d\u2019\u00eatre le centre d\u2019un pouvoir panorthodoxe, comme l\u2019en a accus\u00e9 l\u2019Eglise de Russie \u00bb.<\/p>\n<p>23. En ce qui concerne le droit d\u2019appel (ekkliton) vis-\u00e0-vis du Patriarche \u0153cum\u00e9nique, il est r\u00e9gl\u00e9 par les canons 9 et 17 du IVe Concile \u0153cum\u00e9nique, dont, selon certains, l\u2019interpr\u00e9tation est contradictoire, mais, \u00e0 mon avis, claire. En effet, le Patriarche \u0153cum\u00e9nique constitue le crit\u00e8re supr\u00eame, dans tout l\u2019Orient, dans tous les cas o\u00f9 les int\u00e9ress\u00e9s ont recours \u00e0 lui de leur plein gr\u00e9 (voir mon Manuel\u2026, op. cit., p. 134, ainsi que l\u2019analyse extr\u00eamement p\u00e9n\u00e9trante de toute la question, par Maximos, m\u00e9tropolite de Sardes, Le Patriarcat \u0153cum\u00e9nique\u2026, op. cit., p. 208-211, et c\u2019est l\u00e0 la r\u00e9futation des arguments russes). Cet acte avait aussi \u00e9t\u00e9 mis en cause par l\u2019Eglise autoc\u00e9phale de Gr\u00e8ce, relativement aux m\u00e9tropolites des Nouveaux Territoires [Gr\u00e8ce du Nord], mais la nouvelle Charte statutaire de l\u2019Eglise de Gr\u00e8ce (loi 590\/1977) l\u2019avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9tendu aux m\u00e9tropolites de l\u2019Eglise autoc\u00e9phale de Gr\u00e8ce (voir mon Manuel\u2026, op. cit., p. 134-135). Par cons\u00e9quent, c\u2019est \u00e0 juste titre que le protopresbytre Georges Tsetsis (Enim\u00e9rosis, op. cit., p. 20) se demande tr\u00e8s justement : est-il possible que le Patriarcat \u0153cum\u00e9nique ignore la requ\u00eate des Orthodoxes estoniens, alors qu\u2019ils sont confront\u00e9s \u00e0 de r\u00e9elles difficult\u00e9s avec l\u2019\u00e9v\u00eaque qui \u00e9tait en Estonie.\u2028Je ne crois pas que le fait que le gouvernement estonien (en dehors de l\u2019Eglise estonienne) ait soumis la demande susmentionn\u00e9e justifie les critiques \u00e9mises par le Patriarcat de Moscou contre l\u2019action du Patriarcat \u0153cum\u00e9nique, \u00e9tant donn\u00e9 que, comme il a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s justement r\u00e9pondu, l\u2019Eglise de Russie elle-m\u00eame a \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9 en Patriarcat en 1593, sur demande expresse du tsar F\u00e9dor Ivanovitch et de son beau-fr\u00e8re, Boris Godounov, son conseiller secret et vice-roi (un op\u00e9ra a m\u00eame \u00e9t\u00e9 compos\u00e9 sur la question). Notons que des pressions inadmissibles ont alors \u00e9t\u00e9 exerc\u00e9es sur le Patriarche \u0153cum\u00e9nique J\u00e9r\u00e9mie II, qui s\u00e9journait \u00e0 ce moment \u00e0 Moscou, en vue de demander de l\u2019aide au nom du Patriarcat \u0153cum\u00e9nique qui traversait alors de rudes \u00e9preuves, et que le Patriarche J\u00e9r\u00e9mie a \u00e9t\u00e9 retenu \u00e0 Moscou pendant neuf mois, jusqu\u2019\u00e0 ce que le M\u00e9tropolite de Moscou Job soit consacr\u00e9 Patriarche (le 13 janvier 1589) (voir mon Manuel\u2026, op. cit., p. 46 et ss.).<\/p>\n<p>24. L\u2019accusation dirig\u00e9e contre le Patriarcat \u0153cum\u00e9nique, qui aurait, par son action, agi au d\u00e9triment de la minorit\u00e9 russe d\u2019Estonie \u00ab en s\u2019ing\u00e9rant dans le jeu politique du gouvernement estonien \u00bb, est de toute \u00e9vidence mensong\u00e8re. Parce que, comme il a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 dit, l\u2019Acte patriarcal et synodal, comme le confirme d\u2019ailleurs la lettre du 24 f\u00e9vrier 1996 que le Patriarche \u0153cum\u00e9nique Bartholom\u00e9 a adress\u00e9e au Patriarche de Moscou et de toute la Russie Alexis, t\u00e9moignait d\u2019un souci manifeste pour la situation de la minorit\u00e9 russe orthodoxe d\u2019Estonie.<\/p>\n<p>25. L\u2019ironie avec laquelle Constantinople a \u00e9t\u00e9 compar\u00e9e \u00e0 une r\u00e9union de \u00ab g\u00e9n\u00e9raux sans arm\u00e9e \u00bb, comme nous l\u2019avons dit plus haut, \u00e9tait des plus malencontreuses, r\u00e9v\u00e9lant, en outre, une absence de spiritualit\u00e9 orthodoxe et de morale eccl\u00e9siale orthodoxe, \u00e9tant donn\u00e9 qu\u2019une Eglise ne saurait \u00eatre jug\u00e9e en fonction du nombre de ses fid\u00e8les (d\u2019apr\u00e8s le mot c\u00e9l\u00e8bre de Staline \u00e0 propos du nombre de [commandements de] divisions dont disposait le Pape), mais en fonction du nombre de ses martyrs (voir autres objections dans G. Tsetsis, op. cit., p. 3). D\u2019ailleurs, du point de vue du nombre de \u00ab soldats \u00bb aussi, le Patriarcat \u0153cum\u00e9nique, malgr\u00e9 les \u00e9v\u00e9nements divers qui, en Turquie, ont fait d\u00e9cro\u00eetre le nombre de ses fid\u00e8les, a, aujourd\u2019hui encore, sous sa juridiction spirituelle des millions d\u2019orthodoxes de la diaspora et tous les orthodoxes appartenant aux Eglises semi-autonomes, dont il est, au sens large du mot, le chef spirituel (pour ce qui est des autres qualifications infamantes, qui ont \u00e9t\u00e9 formul\u00e9es contre le Patriarcat \u0153cum\u00e9nique et l\u2019Eglise d\u2019Estonie, pendant la marche de protestation, organis\u00e9e par l\u2019archev\u00eaque russe r\u00e9sidant \u00e0 Tallinn Corn\u00e9lios et l\u2019Union des Citoyens russes d\u2019Estonie, le 16 mars 1996, voir Enim\u00e9rosis, op. cit., 12-1996 A, p. 1).<\/p>\n<p>26. Toute cette affaire a provoqu\u00e9 une inqui\u00e9tude justifi\u00e9e dans le monde chr\u00e9tien. \u00c0 une \u00e9poque o\u00f9 la soci\u00e9t\u00e9 traverse une crise et o\u00f9 le monde fonde son espoir en l\u2019Eglise (en Gr\u00e8ce, un sondage d\u2019opinion effectu\u00e9 l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re a montr\u00e9 que l\u2019Eglise venait en premi\u00e8re place dans la confiance du peuple), des \u00e9preuves de ce genre sont un luxe impardonnable.\u2028C\u2019est pourquoi le Conseil \u0152cum\u00e9nique des Eglises (COE), ainsi que le Conseil des Eglises Europ\u00e9ennes (KEK), ont uni leurs efforts pour trouver une issue \u00e0 cette crise inattendue. Ainsi, leurs secr\u00e9taires g\u00e9n\u00e9raux ont envoy\u00e9 une lettre au Patriarche \u0153cum\u00e9nique Bartholom\u00e9e Ier et au Patriarche de Moscou Alexis II, dans laquelle ils leur ont exprim\u00e9 leur inqui\u00e9tude sur le cours pris par les choses, en raison de l\u2019interruption des relations entre les Patriarcats de Constantinople et de Russie (bien que le Patriarcat \u0153cum\u00e9nique n\u2019ait pas supprim\u00e9 la comm\u00e9moration du nom du Patriarche de Moscou pendant les saints offices) et leur ont fait part de leurs craintes quant aux incidences de cette rupture dans l\u2019ensemble du monde chr\u00e9tien. Plus particuli\u00e8rement, le Secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral du Conseil \u0152cum\u00e9nique des Eglises, Dr Konrad Raiser, \u00e9crit, dans sa lettre du 28 f\u00e9vrier 1996, qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 inform\u00e9, \u00e0 son grand regret, de la d\u00e9cision du Patriarcat de Moscou de rompre ses relations avec le Patriarcat \u0153cum\u00e9nique, et que cette rupture est douloureuse \u00ab \u00e0 un moment o\u00f9 les chr\u00e9tiens s\u2019efforcent de d\u00e9passer les obstacles pour parvenir \u00e0 leur unit\u00e9 et tentent de d\u00e9velopper des relations de confiance et de compr\u00e9hension mutuelles, qui les conduiraient \u00e0 t\u00e9moigner en commun et, finalement, \u00e0 imposer leur unit\u00e9 \u00bb. Le Dr Raiser exprime enfin sa certitude que la bonne volont\u00e9 et la sagesse des Patriarches contribueront \u00e0 r\u00e9soudre les difficult\u00e9s et permettront de r\u00e9tablir leur pleine Communion.\u2028Par ailleurs, le Secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral du Conseil des Eglises Europ\u00e9ennes, Jean Fisher, dans sa lettre du 1er mars 1996, exprime son inqui\u00e9tude sur les \u00e9ventuelles incidences de la crise sur la communion \u0153cum\u00e9nique en g\u00e9n\u00e9ral, et formule l\u2019espoir que le conflit trouvera une solution dans le dialogue, la confiance et la compr\u00e9hension mutuelles, de mani\u00e8re \u00e0 ce que les Eglises europ\u00e9ennes soient en mesure d\u2019apporter un t\u00e9moignage commun en \u00e9change, lors de la 2e Synaxe \u0153cum\u00e9nique paneurop\u00e9enne de Graz (1997).\u2028Notons \u00e9galement qu\u2019aucune Eglise autoc\u00e9phale (orthodoxe) n\u2019a approuv\u00e9 la position de l\u2019Eglise russe. Comme le mentionne le communiqu\u00e9 synodal susmentionn\u00e9 du Patriarcat \u0153cum\u00e9nique, en date du 28 mars 1996, \u00ab tous les autres Patriarches et primats des Eglises orthodoxes locales se trouvent toujours en communion canonique avec le Patriarcat \u0153cum\u00e9nique, et, d\u00e9sireux, en pratique, de se d\u00e9marquer de la d\u00e9cision du Patriarche de Moscou et d\u2019isoler ce dernier dans son \u00ab glissement \u00bb canonique\u2026, jamais ils n\u2019ont condamn\u00e9 ni qualifi\u00e9 d\u2019anticanonique la d\u00e9cision de l\u2019Eglise de Constantinople de remettre en vigueur l\u2019autonomie de l\u2019Eglise orthodoxe en Estonie.<\/p>\n<p>27. Le Patriarcat \u0153cum\u00e9nique qui, comme nous l\u2019avons remarqu\u00e9, n\u2019a pas supprim\u00e9 la comm\u00e9moration du nom du Patriarche de Moscou, a poursuivi ses efforts pour arriver \u00e0 un arrangement pacifique de cette question douloureuse. Pour ce faire, il a d\u00e9sign\u00e9 une repr\u00e9sentation compos\u00e9e, pour pr\u00e9sident, du m\u00e9tropolite de Tyrolo\u00e8 et de S\u00e9rention, Pant\u00e9l\u00e9\u00efmon, et, pour membres, des m\u00e9tropolites Jean de Pergame et M\u00e9liton de Philadelphie, laquelle a rencontr\u00e9 \u00e0 Zurich, les 3 et 22 avril 1996, la d\u00e9l\u00e9gation \u00e9quivalente du Patriarcat de Moscou ; le 5 avril, elle a soumis le rapport de cette rencontre. Le 16 mai 1996, le Saint-Synode du Patriarcat \u0153cum\u00e9nique s\u2019est r\u00e9uni et, apr\u00e8s avoir accept\u00e9 le rapport et approuv\u00e9 sa teneur, a d\u00e9cid\u00e9 d\u2019accorder exceptionnellement aux orthodoxes d\u2019Estonie la libert\u00e9 de choisir la juridiction eccl\u00e9siastique \u00e0 laquelle ils d\u00e9siraient appartenir (\u00e0 savoir celle du Patriarcat \u0153cum\u00e9nique ou celle du Patriarcat de Moscou). C\u2019est pourquoi le Patriarcat \u0153cum\u00e9nique s\u2019est vu dans l\u2019obligation de reporter de quatre mois l\u2019application de sa d\u00e9cision du 20 f\u00e9vrier 1996, relative \u00e0 l\u2019Eglise orthodoxe d\u2019Estonie, jusqu\u2019\u00e0 ce que cette derni\u00e8re choisisse la juridiction eccl\u00e9siastique \u00e0 laquelle elle d\u00e9sirait appartenir. Il a toutefois d\u00e9clar\u00e9 que les deux Patriarcats devaient s\u2019engager \u00e0 reconna\u00eetre la d\u00e9cision que les paroisses avaient d\u00e9j\u00e0 prise de se placer sous l\u2019une ou l\u2019autre des juridictions eccl\u00e9siastiques, ainsi que la situation eccl\u00e9siastique que les d\u00e9cisions d\u00e9j\u00e0 prises avaient instaur\u00e9e en Estonie.\u2028En m\u00eame temps, il a \u00e9t\u00e9 d\u00e9cid\u00e9 de donner la possibilit\u00e9 aux autres paroisses (celles qui n\u2019avaient pas encore fait leur choix) de prendre leur d\u00e9cision dans un certain d\u00e9lai.\u2028Dans ce but, le Patriarcat de Moscou s\u2019est vu dans l\u2019obligation d\u2019accorder aux eccl\u00e9siastiques orthodoxes d\u2019Estonie, d\u00e9pendant de sa juridiction, ainsi qu\u2019\u00e0 ceux qui, parmi eux, avaient \u00e9t\u00e9 suspendus, la possibilit\u00e9 d\u2019\u00eatre int\u00e9gr\u00e9s \u00e0 la juridiction du Patriarcat \u0153cum\u00e9nique. Sur ce point, les deux Patriarcats ont d\u00e9cid\u00e9 de coop\u00e9rer et de travailler ensemble \u00e0 la pr\u00e9sentation commune de leur position aupr\u00e8s du gouvernement estonien, de sorte \u00e0 ce que tous les orthodoxes d\u2019Estonie puissent jouir de leurs droits, dont celui de propri\u00e9t\u00e9, et qu\u2019une pleine communion soit r\u00e9tablie entre eux, car leur coop\u00e9ration rev\u00eat une extr\u00eame importance pour tout le monde orthodoxe. Le Secr\u00e9tariat du Saint-Synode du Patriarcat \u0153cum\u00e9nique a publi\u00e9 un communiqu\u00e9 de presse sur tout cela.<\/p>\n<p>28. Le Patriarche \u0153cum\u00e9nique, dans sa lettre du 20 avril 1996, a f\u00e9licit\u00e9 le pr\u00e9sident de la d\u00e9l\u00e9gation, le m\u00e9tropolite Pant\u00e9l\u00e9\u00efmon du Tyrolo\u00e9 et de S\u00e9rention, et professeur de la Facult\u00e9 de Th\u00e9ologie de l\u2019Universit\u00e9 Aristote de Thessalonique, de l\u2019issue heureuse des entretiens. Si j\u2019y fais r\u00e9f\u00e9rence, c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment parce que le r\u00e9tablissement des relations entre l\u2019Eglise-m\u00e8re de Constantinople et l\u2019Eglise-fille de Moscou est aujourd\u2019hui d\u2019une importance capitale pour l\u2019Orthodoxie. L\u2019Eglise russe, de par le nombre de ses fid\u00e8les, sa situation g\u00e9ographique et sa contribution \u00e0 l\u2019\u0153uvre apostolique de l\u2019Orthodoxie, constitue un membre pr\u00e9cieux de l\u2019Eglise orthodoxe r\u00e9pandue par tout l\u2019univers. Elle a, d\u2019ailleurs, en des temps difficiles, apport\u00e9 son soutien aux autres Eglises orthodoxes. Quoi qu\u2019il en soit, le Patriarcat \u0153cum\u00e9nique reste l\u2019Eglise-m\u00e8re, celle qui a accompli la mission apostolique la plus lourde, dont le fruit est les Eglises orthodoxes d\u2019aujourd\u2019hui. C\u2019est elle qui a donn\u00e9 naissance \u00e0 l\u2019Orthodoxie, par ses Conciles \u0153cum\u00e9niques et locaux, et c\u2019est elle encore qui constitue le centre de l\u2019Orthodoxie, unanimement respect\u00e9, parce que tous rendent au Patriarche \u0153cum\u00e9nique les honneurs dus \u00e0 un chef d\u2019Etat.\u2028Je crois que tous estiment comme un bien supr\u00eame la coop\u00e9ration entre les deux Eglises.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Konstantinos VAVOUSKOS Professeur \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Thessalonique &nbsp; 1. Le 28e canon du IVe Concile \u0153cum\u00e9nique de Chalc\u00e9doine prescrivait que : \u00ab [\u2026]. Les \u00e9v\u00eaques des parties de ces dioc\u00e8ses se situant chez les r\u00e9gions barbares, seront ordonn\u00e9s par le saint tr\u00f4ne de l\u2019Eglise de Constantinople \u00bb. 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