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Noël en Alsace

Comment dit-on Noël en alsacien ? En dialecte alsacien, Noël se dit « wihnachte » ou « wiehnachte ». Traduit littéralement, wihnachte signifie les nuits sacrées ou saintes (« wih » pour sacrées ou saintes et « nachte » pour nuits). En Alsace, « wihnachte » désigne non seulement la nuit du 24 au 25 décembre, mais aussi toutes les nuits du 25 décembre au 6 janvier, que l’on baptisait le cycle des 12 jours. Le 26 décembre est d’ailleurs férié. Le temps de Noël, en Alsace commence en réalité, le 11 novembre à la St Martin, pour se terminer le 6 janvier à l’Epiphanie. Il est divisé en trois périodes : l’Avent, la fête de Noël et le cycle des 12 jours. La St Martin marque la fin des travaux des champs et le début du jeûne de préparation de Noël. Ce n’est qu’à la St André, le 30 novembre que débute véritablement la période de l’Avent avec ses démons qui rôdent dans les villages et ses rites qui ponctuent l’attente de Noël.

En attendant Noël

Dès la fin novembre, les premières décorations font leur apparition. Qui n’a pas aperçu la fameuse couronne ornant les portes d’entrée ? C’est la couronne de l’Avent qui inaugure la période allant du 30 novembre au 24 décembre. Réjouissances pour les uns, ces quatre semaines sont aussi le moment où les bons esprits s’en vont pour préparer Noël, laissant la place aux personnagess inquiétants, aux revenants, qui hantent ces premiers jours de décembre. En Alsace, pendant cette période, il était interdit de se marier, de donner ou aller voir un spectacle… sans quoi vous risquiez d’être emmenés à tout jamais par les démons des ténèbres. A chaque jour son saint. Dans les maisons alsaciennes, chaque matin à cette époque, le père de famille ouvrait le livre des saints. A chaque jour son saint, qui protégeait ainsi la maison et la famille, des démons. Le cycle de Noël s’ouvrait ainsi le 30 novembre, à la St André, protecteur des jeunes filles à marier. Ce jour-là, les jeunes filles avaient la possibilité, par des pratiques magiques, de voir le visage, la silhouette ou le métier de leur futur époux. Une des pratiques consistait à balayer sa chambre, à demi nue. En balayant, à reculons ou sous les armoires, des ombres apparaissaient sur les murs. La demoiselle découvrait alors la silhouette de son futur mari seul ou muni d’un outil, révêlant alors son métier ! Puis le 1er décembre, venait St Eloi, protecteur des chevaux. Le jour de la St Eloi, le fermier, pour prévenir ses bêtes des maladies, les amenait à l’abreuvoir boire de l’eau. Le prêtre bénissait aussi les chevaux et donnait un léger coup de marteau en argent sur le front des animaux. Cette pratique de l’Eglise est un héritage d’anciennes traditions relatives au dieu Thor, détenteur d’un célèbre marteau, ou à Sucellos, divinité gauloise représentée avec un maillet.Puis vient la Ste Barbe ou Barbara le 4 décembre. Patronne des artilleurs et des pompiers, elle protège de la mort. Ce jour-là on coupait des rameaux d’arbres fruitiers que l’on disposait sur le poêle. La qualité de leur floraison, indiquait la récolte de l’année à venir. Le 6 décembre approche, les enfants attendent St Nicolas et ses cadeaux. En Alsace, son culte se répandit au 12è siècle. Accompagné d’un vilain personnage, Hans Trapp (assimilé aussi au père Fouettard), St Nicolas, patron des écoliers, récompense les enfants sages, alors que Hans Trapp punit les autres. L’Eglise, considérant que seul l’Enfant Jésus devait apporter les cadeaux, supprima St Nicolas. C’est ainsi qu’à partir de la Réforme, on vit apparaître le Christkindel « l’enfant christ » ou « l’enfant lumière », seul personnage autorisé à apporter les cadeaux. Cependant St Nicolas restera toujours un personnage important, remplaçant le christkindel dans certaines régions. La fête du 6 décembre persista dans les milieux catholiques où un jeune homme se revêtait d’un habit d’évêque et, accompagné du « Hans Trapp », passait le soir du 5 décembre, dans tout le village et distribuait aux enfants des pains d’épices, des pommes et des noix. Dans les familles on confectionnait des brioches en forme de St Nicolas dont les yeux étaient représentés par des raisins secs. Puis, la période de l’Avent prenait fin avec les nuits bruyantes (les 3 derniers jeudis de l’avent). Pour éloigner les mauvais esprits (que l’on peut rapprocher de la chasse sauvage menée par Odhinn-Wotan et son cortège de guerriers), un groupe de jeunes gens parcourait les villages, faisant un vacarme épouvantable à l’aide d’instruments divers et hétéroclites.

Le Christkindel arrive la nuit de Noël

Il est des personnages bien étranges dans le Noël alsacien : le Christkindel, Hans Trapp, d’r Birckeresel … Il était une fois … une nuit de Noël ! La nuit tombe ! Le vent souffle à travers les arbres qui plient sous le poids de neige … Lorsque « dling, dling ». « C’est le Christkindel » chuchotent les enfants quelque peu affolés. Ils savent que le Christkindel est accompagné de Birckeresel, l’âne à bec et du vilain Hans Trapp qui emmène les enfants méchants dans son sac … Ils ont pris soin de laisser une botte de foin pour l’âne, qui bien que très bruyant est inoffensif. La porte de la maison s’ouvre, et laisse apparaître une dame tout de blanc vêtue, portant une couronne de bougies sur la tête. Le Christkindel ressemble à une fée. Mais tout à coup, un bruit épouvantable, le sol tremble, on entend un bruit de chaînes, c’est Hans Trapp. Il trépigne, il gémit, il ressemble à un abominable vieil homme voûté, vêtu de noir, avec une longue barbe de chanvre, des cornes et un grand chapeau. D’une main il tient un grand sac, destiné à emporter les enfants, de l’autre une chaîne. Il furète dans toute la pièce en regardant les enfants. « Avez-vous été sages cette année » lance-t-il aux enfants apeurés. « Oui » répondents-ils hésitants. « Oh ! oh ! mais je vais les emporter dans la forêt, les vilains. As-t-on de la place dans notre sac !!! ». « S’il vous plaît, crient les enfants, on demande pardon, on sera gentil toute l’année ». … « Bon cela va pour cette fois, mais attention, je reviendrai l’année prochaine ». Puis le Christkindel chante et récite la prière avec les enfants qui lui offre un bredele.

La maison s’emplit de joie. Il est temps de partir, le Christkindel disribue les cadeaux, et jette des noix et des noisettes de son panier en guise d’adieu. La petite troupe quitte la maison pour regagner le froid à la quête d’autres demeures. Ainsi se déroulait la nuit de Noël en Alsace. Le Christkindel fit son apparition au 16è siècle. Ce personnage est plein de contradiction : il est représenté comme une jeune fille aux longs cheveux, et pourtant symbolise l’Enfant-Jésus. Il rappelle la déesse-mère primitive, chez les gaulois, qui vole dans les airs pour regagner l’autre monde au solstice. Quand au terrible Hans Trapp, on dit qu’il vient d’un personnage historique, Hans von Dratt, qui régnait sur Wissembourg comme un véritable despote. Une autre version parle d’un personnage imaginaire qui tient son nom du verbe « tappe » ou ‘trappe » en alsacien, qui veut dire « marcher bruyamment ». Ces deux personnages étaient accompagnés de peckersel ou d’r Birckeresel. Il ressemble à un homme avec une tête d’âne à bec, porte une cloche, un gourdin, un lourd sac de pommes.

Le 24 décembre, la nuit sainte

Après le passage du Christkindel, toute la famille se rendait à l’église pour la messe de minuit. Mais avant de partir, le père de famille choissisait la plus grosse bûche dans son tas de bois. Elle devenait le « wihnachstklotz » ou « baamstamm » la bûche de Noël. Les enfants devaient la décorer de houx et de baies sauvages.Elle devait se consumer doucement pendant la durée de la messe. Le maître de maison l’aspergeait de vin ou d’eau bénite et la mettait dans la cheminée. Au retour de la famille, on recueillait les cendres, pour les disperser avant l’Epiphanie, dans les champs. « Les récoltes seront meilleures », disait-on. Elles pouvaient être aussi conservées dans le grenier de la maison. Elles la protégeaient ainsi des tempêtes et des orages. Dans certains villages alsaciens, ce rituel est toujours suivi.

Prédire les récoltes de l’année

Le soir du 24 décembre, on sortait la rose de Noël, « wihnachtrose », de sa boîte. Il s’agissait d’une véritable rose, l’anastatica hierochuntica, cultivée en Palestine ou en Egypte. Cette fleur séchée et fermée se conservait dans une boîte pendant des années. On la disposait dans un vase, le soir de Noël avant de partir pour l’église. Au retour, si la rose était largement ouverte, le vin de l’année à venir serait un grand millésime et les récoltes abondantes. Cette tradition existe toujours aujourd’hui et l’on trouve encore des roses de Noël.

L’eau sacrée

Appelée le « Heilwoog » ou « Heiliwog ». Pendant les 12 coups de minuit, l’eau des ruisseaux et des fontaines étaient sacrée. Les fermiers allaient chercher le bétail, et remplissaient l’abreuvoir de cette eau. Tout animal qui la buvait, était protégé des maladies. Chaque maison avait sa fiole pour se préserver des épidémies.

Puis le village se réunissait dans l’église. Pour voir les sorcières, il fallait se munir d’un trépied ou d’un tabouret fait de 9 essences de bois et de s’installer au fond de l’église, on voyait alors les sorcières qui tournaient le dos à l’autel. Au retour, la veillée de Noël commençait : chants, danses, légendes la composait.

Mais la nuit de Noël n’avait pas pour autant chassé les mauvais esprits, elle annonçait une période d’effroi : le cycle des 12 jours qui allait de Noël à l’Epiphanie (Théophanie). Il s’appelait « s’kleine johr » (la petite année) puisque chaque jour représente un mois. Les paysans notent encore le temps qu’il fait pendant cette période, pour les prévisions de l’année.

Les raunächte

C’est aussi une période sombre appelée « raunächte », les nuits sauvages, pendant lesquelles le cortège du chasseur sauvage passait dans les villages. Il symbolisait le combat entre les forces des ténèbres et les forces du bien (parties le 30 novembre). Si le chasseur prononçait un prénom, la personne qui répondait à son appel, était enlevée. Il était présent toutes les nuits pendant le cycle. Le jour de Noël, jour de festin, entame la petite année. Les enfants allaient visiter leurs parrains et marraines pour recevoir leurs cadeaux ou leurs friandises. Le 26 décembre, on embauchait les valets et les servantes au marché. Le soir, une fête était donnée pour leur souhaiter la bienvenue dans la famille. Le jour de la St Jean, le 27 décembre, on buvait le vin porte-bonheur « Johannistrunk ». Une légende racontait que St Jean but du vin empoisonné, sans souffrir de malaise. Le cycle des 12 jours était ponctué de multiples cortèges d’enfants qui partaient à la quête de gâteaux et de friandises. Les jours les plus symboliques de la période restaient la St Sylvestre, le 31 décembre et l’Epiphanie (Théophanie) le 6 janvier.

La Saint Sylvestre

La nuit du 31 décembre était proche de la nuit de Noël, tant elle étaient riche de traditions. Les jeunes garçons, par exemple, dressaient devant la maison de leur fiancée, un sapin. Cette nuit-là, on offrait un bretzel à celle ou à celui qu’on aimait, comme gage d’amour. Vers minuit, les villages tremblaient aux sons des coups de feu. On savait alors que la nouvelle année commençait. Les garçons tiraient des coups de fusil sur les volets de leur fiancée, qui leur jetait des gâteaux leur souhaitant bonne année. Aujourd’hui les pétards sont de rigueur dans toute l’Alsace. Ce vacarme devait chasser les démons, qui disparaissaient à l’Epiphanie.

L’Epiphanie

Le 6 janvier marquait réellement le début de l’année. Ce jour était consacré aux rois mages : Gaspar (Caspar en alsacien), Melchior et Balthazar. On traçait leurs initiales C. M. B. sur les portes des maisons pour se protéger des incendies et inondations. C’est ainsi que se termine le cycle des 12 jours, emportant avec lui le cycle de Noël.