Avaleht/Traditions autour de Noel en Europe – l’avent

Traditions autour de Noel en Europe – l’avent

L’avent

Les longues nuits froides, de la fin de l’automne à l’hiver, faisaient naître les pires craintes dans un monde rural où mauvais temps, insectes, rongeurs, maladie étaient synonymes de famine. Aussi les croyances et superstitions anciennes visaient à conjurer ces menaces et s’assurer que les beaux jours reviendraient, que la lumière reprendrait le dessus, que la végétation renaîtrait, que les semis lèveraient dans les champs, que le bétail serait épargné par la maladie et que les enfants nombreux, garantiraient l’avenir. Sapin, fruits, bougies, guirlandes, bûches sont les vestiges des symboles de ces rites agraires associant culte solaire, culte de la fertilité et du renouveau et exorcisme des peurs nocturnes. La période de l’Avent, qui doit ses références à la religion chrétienne n’a pas totalement rompu avec ces traditions, au premier rang desquelles on trouve le chant.

Avec le retour des nuits noires et longues revenaient les peurs et croyances anciennes. Lors de Samain, la nuit du

31 octobre au 1er novembre, les Celtes fêtaient le retour de la saison froide. Ils ne connaissaient que deux saisons, la saison des mois « jaunes », dont le retour avait lieu la nuit du 30 avril au 1er mai, et la saison des mois « noirs ». Cette nuit de Samain était réputée mettre en contact le monde des morts et des esprits et celui des vivants. La Toussaint, surtout le jour des morts, de même que la fête anglo-saxonne d’Halloween témoignent encore de ces craintes ancestrales.

Des tournées bienfaisantes

Lors d’Halloween, littéralement « veille de la Toussaint », les enfants américains vont frapper aux portes des maisons en faisant la quête et en menaçant  » Trick or treat !  » (un bonbon sinon un mauvais tour). Aux seuils des maisons ou aux fenêtres, vacille une petite lumière placée dans une citrouille évidée et taillée de manière à évoquer une figure grimaçante. La présence du légume, fréquente dans d’autres tournées du moment révèle d’anciennes préoccupations agraires, tout comme les enfants, déguisés en sorcières, en squelettes, en fantômes, témoignent de ces peurs d’autrefois ; même si ces costumes amusent et que cette mise en scène ne fait que mettre en dérision une nuit qui n’est plus vraiment inquiétante. Ces coutumes, comme toutes celles qui s’attachent à ces nuits qui marquent cette période de l’hiver étaient autrefois investies des symboles des croyances anciennes, symboles solaires, rites de fertilité qui côtoyaient les peurs de la longue nuit d’hiver peuplées de personnages démoniaques. Christianisées, elles s’appellent maintenant « Saint-Martin », « Saint-Nicolas », ou « Sainte-Lucie ».

Des tournées d’enfants, annonciatrices d’espoirs, y avaient leur place ; et leurs musiques, leurs comptines ou leurs chants traduisaient vœux et promesses. Ces tournées soudaient entre eux les enfants d’un même quartier ou d’un même village, et c’était l’occasion pour eux d’être reconnus des habitants. Cette véritable agrégation sociale était plus importante qu’elle n’en avait l’air. Le groupe était vu, autant qu’il était écouté. A côté de cette fonction sociale, les tournées avaient aussi un but magique et protecteur, comme les étrennes que l’on distribuait aux chanteurs pour les remercier.

Malheur à celui qui n’ouvrait pas sa porte : il s’assurait une année bien peu prospère ! Les enfants ne sont-ils pas les dépositaires de l’avenir ? On offrait aux petits quêteurs, pour le remercier, une poignée de noix, de noisettes ou une pomme. En échange, on se mettait l’avenir de son côté. Sans doute est-ce là l’une des origines des cadeaux que l’on aime toujours échanger la nuit de Noël au pied de l’arbre, même s’ils ont maintenant la forme de jouets. Ces nuits étaient marquées aussi par des défilés que l’on connaît encore dans certaines régions, avec des personnages grimaçants et bruyants tels les Pères Fouettards qui personnalisaient l’hiver, et d’autres, beaux et lumineux à l’image de Martin, Nicolas ou Lucie qui symbolisaient l’espoir des beaux jours, le retour de la lumière et de la paix. La vie agricole ralentissait avec le retour de l’hiver et les occupations étaient plus tournées vers les travaux domestiques. Les journées passaient plus lentement peut-être, mais elles n’étaient pas inoccupées pour autant. Il fallait réparer les outils, filer la laine… A partir de la Saint-Martin, on tuait le cochon, ce qui entraînait de joyeuses agapes en famille ou entre voisins. Cette fête d’abondance, comme celles qui terminent les moissons ou les vendanges, portait à la joie : on riait et on chantait autour des tables. En cette période plus tranquille, on prenait le temps de se réunir aux veillées. Tous y chantaient aussi. Ce n’était plus autour d’une table, mais auprès de la cheminée. Les plus vieux racontaient des histoires, des légendes entendues de leurs grands-parents ou d’édifiants souvenirs d’enfance. Ces moments de convivialité n’ont pas complètement disparu et ils marquent encore nos réunions familiales de ce moment de Noël.

Des tournées d’enfants ont toujours lieu dans beaucoup de pays de l’Avent jusqu’aux Rois. Par petits groupes, ils chantent la joie de Noël et leurs vœux dans de célèbres Christmas Carols en Grande-Bretagne ou en Amérique du Nord, à partir de la Saint-Thomas dit-on, le 21 décembre, ou des villancicos en Espagne, Weilnachtslieder en Allemagne ou en Autriche, Regolë en Hongrie, Colinde en Roumanie ou Kallenda en Grèce… Cette coutume est très répandue et partout, les enfants sont récompensés de friandises ou de piécettes qu’ils gardent ou distribuent au profit d’une bonne œuvre. Partout aussi, les injures et malédictions pleuvent sur ceux qui n’ouvrent pas leur porte. Ils sont accompagnés parfois d’un petit orchestre de guitares, tambourins et clochettes comme en Espagne, ou d’un seul joueur qui agite en mesure son instrument, tel l’ancien Rommelpot (pot à vacarme). Cet instrument rudimentaire consistait en un pot recouvert d’une vessie de porc et contenant un bâton qu’on faisait vibrer. Les enfants sont parfois déguisés en bergers ou en anges en présentant leurs cantiques ; ils peuvent également jouer des saynètes autour du thème de la Nativité, ou encore promener une simple étoile. Des tournées semblables ont lieu au moment du Nouvel An et des Rois, où les enfants sont alors déguisés en Mages.