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MESSAGE POUR LE DIMANCHE DE PÂQUES 2026

Que nul ne déplore sa pauvreté, car le Royaume est apparu pour tous,

  Que nul ne se lamente de ses fautes, car le pardon a jailli du tombeau.

Que nul ne craigne la mort, car la mort du Sauveur nous en a libérés.

(Sermon pascal de Saint Jean Chrysostome)

CHRIST EST RESSUSCITE !

Il est vivant. Il est Le vivant, Il est la vie, Il nous fait vivre. Que peut-il y avoir de plus grand que la joie de Pâques, la joie du renouveau de toute la création, la joie de la restauration de tout l’univers ?

« Vous qui avez jeûné et vous qui n’avez pas jeûné, réjouissez-vous aujourd’hui… La table est préparée, mangez-en tous (Mt 22,4) ». Ces paroles merveilleuses de Saint Jean Chrysostome semblent placer sur un pied d’égalité ceux qui se sont spirituellement préparés à la fête et ceux qui ne s’y sont pas spirituellement préparés. Il invite les uns et les autres comme s’il n’existe aucune différence entre eux et parle comme si la même grâce leur était donnée. Qu’en est-il au juste ? Le Père Lev Gillet, un moine orthodoxe très connu en France et au Liban et auteur de nombreux livres spirituels, nous explique que, bien que nous ne nous soyons pas beaucoup préparés à vivre ce jour de Pâques, bien que nous ayons renié le Christ par nos péchés multiples, Jésus nous invite à entrer dans la joie pascale à la condition que nous ouvrions vraiment notre cœur au pardon qui jaillit du tombeau vide, à la condition que nous nous laissions pénétrer par la lumière de Pâques, gage qui nous permet de recevoir la puissance de la Résurrection, ce don que la Pentecôte rendra parfait (in « L’An de Grâces du Seigneur », Editions du Cerf, Paris 1988, pp.200-201). 

Sa victoire sur la mort, le Christ l’a voulue pour tous les hommes, sans aucune exception, sans aucune distinction pour les différences et les particularités entre les personnes, comme cela se passe habituellement dans nos sociétés. Sa victoire, le Christ l’a gagnée pour le bien de toutes les créatures de Dieu et Il l’a offerte pour le meilleur de tout un chacun.

« A ceux qui sont dans les tombeaux Il a donné la vie » ! Cette vie que nous offre le Seigneur ressuscité n’a rien de commun ni de ressemblant avec la vie biologique que nous connaissons dans notre existence terrestre. Bien au contraire : il s’agit ici d’une vie qui nous libère de la peur de la mort, qui surpasse le temps abrégé de notre séjour sur la terre. Une vie qui ne nous quitte pas dans le tombeau mais qui nous introduit dans le Royaume du Christ, bien au-delà de la mort. « Comme tous meurent en Adam, écrit Saint Paul dans sa première lettre aux Corinthiens (15/22), de même aussi tous revivront en Christ », puisque par sa victoire sur la mort, le Christ ressuscité est « les prémices de ceux qui sont morts (1 Corinthiens 15/20) ». En consentant à être crucifié, par le fait de sa crucifixion, le Christ a été crucifié pour nous. Sa vie, perdue pour nous, nous a donné une vie nouvelle. Le message de Pâques c’est que désormais le monde créé et Dieu, Lui qui existe sans avoir été créé, sont désormais étroitement unis entr’eux ; qu’ils sont en étroite communion.

La résurrection de Jésus est l’événement le plus important, le plus merveilleux, le plus joyeux et le plus porteur d’espérance de toute l’histoire de l’humanité. Saint Grégoire Palamas insiste sur le fait « que l’édit de la dette, qui a été rédigé contre nous à cause de notre désobéissance, a été déchiré sur la Croix. A la suite de cela, ajoute-t-il, les puissances des esprits de la méchanceté et de la perversité, roulées totalement dans la honte, ont été détrônées le plus loin possible. Quant à nous, nous avons triomphalement retrouvé avec le Christ notre liberté. Nous nous sommes réconciliés avec la Croix et par la Croix nous nous sommes réconciliés avec le Christ ».

Cette vérité, l’Eglise Orthodoxe ne cherche pas à l’imposer avec des arguments stériles. Elle la transforme en fête, Elle s’en réjouit, Elle la vit. Elle proclame avec Saint Jean Damascène : « Christ est ressuscité des morts. Il défait les liens de la mort. Terre proclame une grande joie. Cieux chantez la gloire de Dieu ». Telle est la façon orthodoxe de voir les choses sans nécessairement chercher la vérité dans les décrets d’une quelconque autorité extérieure, ni même dans les théories de penseurs individuels croyants ou non mais en agissant plutôt à travers la foi intérieure et l’expérience spirituelle tant des cœurs que de tous les croyants unis par l’amour, qui confessent que Jésus Christ a donné sa vie pour eux sur la Croix. 

Il y a plus. La fête de Pâques ne se contente pas seulement de sa proclamation. Elle poursuit par une étonnante invitation, laquelle fut d’abord adressée aux Apôtres et ensuite à toute l’Eglise, pour toutes les générations : les évènements salvateurs de la Croix et de la Résurrection doivent être proclamés à la terre toute entière : « Allez, dit Jésus (Matthieu 28/19-20), faites de toutes les nations des disciples, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit et enseignez-leur à observer tout ce que je vous ai prescrit ». 

Ce que l’Eglise Orthodoxe est, ce qu’Elle enseigne, ce qu’Elle offre, Elle le destine à toute l’humanité ; pour le renouveau de toute l’humanité puisque la Résurrection du monde est donnée pour la vie du monde. L’Eglise ne peut en aucun cas être comprise comme une communauté religieuse de gens pieux recroquevillés sur eux-mêmes. Elle demeure pour toujours la communauté eucharistique de ceux qui croient en Christ, laquelle rayonne la lumière et l’expérience de la victoire de la Résurrection sur la mort. A partir de cette vérité, écrit l’Archevêque d’Albanie Anastase, « Elle donne un sens, anime et transfigure la vie de l’humanité avec liberté et amour ». 

« Comme le Père m’a envoyé, dit Jésus (Jean 20,22), moi aussi je vous envoie ».  Dans cette époque, comme la nôtre, marquée par tant d’angoisses, d’instabilités, de pressions, de tant de détresses et de désespoirs, chaque chrétien, porté par l’action du Saint Esprit, est invité de proclamer et de transmettre, ici-même ou partout ailleurs, le message joyeux de la résurrection. Sans arrogance, sans triomphalisme, sans désir de puissance de quelque nature que ce soit, mais, à l’exemple du Christ, avec amour, paix, sobriété, sereine responsabilité et humilité.

Mes bien-aimés,

Pâques, c’est la conviction, pour chacun d’entre nous, que la mort est absorbée par la vie et que le sens ultime de toutes choses lui est révélé dans la lumière glorieuse qui jaillit du visage de Jésus ressuscité. Pâques, c’est la certitude que Dieu a créé le monde pour la résurrection, pour la victoire de la justice sur l’injustice, de la vérité sur le mensonge, de la vie sur la mort. Pour que tous les êtres participent à sa joie et soient illuminés de sa splendeur.  C’est donc à juste titre que notre Eglise se plait à définir Pâques comme la fête des fêtes.

EN VERITE, IL EST RESSUSCITE !

+Stephanos, Métropolite de Tallinn et de toute l’Estonie,

           Président du Saint Synode.